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 La renaissance d'un monde, l'extinction d'un autre. Par Eldaxer.

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MessageSujet: La renaissance d'un monde, l'extinction d'un autre. Par Eldaxer.   Lun 28 Mar - 11:51

Cela faisait des jours qu'il marchait sans s'arrêter. Sa cape d'un vert bleuté, qu'il ne pouvait ôter, lui enserrait le cou comme une corde de pendaison. Ses vêtements déchirés, guère plus que des haillons, le gênaient plus qu'autre chose. Il aurait bien aimé qu'il pleuve, rien qu'une petite bruine, seulement pour rafraîchir sa peau, rendue brûlante par la magie qui émanait de lui.
Ainsi pensait, tout en vagabondant, Gryf, l'ancien Légendaire, dorénavant connu sous le surnom de Gryfenfer le Maudit, ancien hôte d'Eternity, libéré de l'emprise de celui-ci depuis presque un an.

Il se souvenait assez mal de tout ce qui avait précédé sa transformation. Son passé de monslave, ses années de fier Légendaire, représentant le courage au cœur de ce groupe de valeurs incarnées, l'incident Jovénia et tout ce qui s'ensuivit... Tout cela n'était plus qu'une brume sans sens dans sa tête.
Jadina avait dit que s'était sans doute à cause de son Katseye, qui ne fonctionnait plus à cause d'Eternity. Ou de Kirikiri. Ou peut-être des deux. A vrai dire, il ne le savait pas et il s'en fichait. Il se fichait de tout, d'ailleurs.
Après avoir été contrôle par celui-ci pendant près de cinq ans, l'esprit de Gryf avait néanmoins survécu à l'intérieur du corps qui n'était plus le sien.

Eternity ne l'avait pas supprimé, pour une raison ou une autre. Peut-être qu'il voulait simplement faire souffrir le jaguarian, afin qu'il assiste, aux premières loges, à l’extinction totale de la vie d'Alysia. Ou peut-être que le dieu n'en savait rien, ou ne savait simplement pas comment supprimer cette âme qui l'importunait de temps à autre.
Toujours est-il qu'il y a presque un an, Jadina, que tout le monde croyait morte, était revenue affronter Eternity, dotée d'une nouvelle puissance. Elle avait réussi à passer un pacte avec Kalandre, attirant ainsi les Dynaméis à ses côtés, et avait également retrouvé les pierres divines. Eternity, ayant déjà passé plusieurs marchés avec la semi-déesse, croyait que celle-ci était en vérité de son côté, et s'était lamentablement fait berner. Le dieu qui avait exterminé les trois-quarts de la vie sur Alysia, fut ainsi lamentablement trahi et perdit tout contrôle sur son hôte.

Ce furent les premiers instants de la liberté de Gryf. La main de Kalandre était posée sur son épaule, neutralisant ainsi le pouvoir du fils d'Anathos. Le jagurian comprit néanmoins ce qu'il allait se passer, lorsqu'il vit Jadina s'emparer de l'épée de Danaël et se diriger vers lui. Il allait mourir, sans rien pouvoir faire, après cinq ans de souffrance absolue, sans même pouvoir profiter de sa liberté. Il comprit également qu'ils avaient bel et bien tué Danael, lorsque Kalandre avait délivré celui-ci de l'emprise d'Anathos. Peut-être est-pour cette raison que le blond, qui fut un jour son meilleur ami, l'avait fixé avec un regard rempli de tristesse, alors que Kalandre avait dit, plusieurs mois auparavant, à Eternity, que ses Dynaméis ne ressentaient aucun sentiment lié à leur passé.

Lorsque l'épée d'or le transperça, Gryf crut que tout était fini. Il s'effondra par terre, mourant, et vit, dans la périphérie de son champ de vision qui devenait de plus en plus flou, Jadina sortant les pierres divines.
Tout s’enchaîna très vite. Une lumière colossale balaya la planète entière, et le jaguarian se sentir revenir à la vie. Kalandre ne le tenait plus, et pourtant il était libre. Sans Eternity. Il observa ses mains, puis le reste de son corps, redevenus comme avant, et puis son regard tomba sur les pierres divines, plus loin, sur le sol. Grises. Vides. Inutiles.

Il n'avait pas encore eu le temps de recouvrer l'usage de la parole que Jadina se jeta à son cou, le faisant tomber en arrière. Elle pleurait sans retenue, et Gryf crut bon de l'imiter. Lui qui n'avait pas pu pleurer la mort de Shimy, qu'Eternity avait tué avec ses propres mains, ni celle de Razzia, ni celle de Shun-Day, ni celle de son frère, ni celles de tous les autres...
Jadina se ressaisit néanmoins très vite, et lui expliqua tout se qui s'était produit. Elle avait conclu un marché avec Kalandre afin de tuer Eternity, et celle-ci accepta, car elle trouvait le dieu de plus en plus arrogant et agressif. Jadina avait ensuite utilisé les pierres divines afin de restaurer la vie sur Alysia. Toutes les personnes « tuées, affectées ou ayant un lien avec Eternity de quelque façon que se soit », retrouveraient leur état d'antan.
Pendant que Jadina lui racontait tout cela, Gryf vit Kalandre s'emparer des pierres, devenues inutiles, mais n'y prêta pas attention. Après tout, elle ne pouvait pas s'en servir.

Ils avaient alors mené un périple long de plusieurs semaines afin de retrouver tous leurs compagnons. C'est pendant ce voyage que Gryf avait compris que quelque chose n'allait pas. Vraiment pas. Il disposait de nouveaux pouvoirs, semblables à ceux d'Eternity, était beaucoup plus rapide et avait une force surhumaine. Il n'avait plus besoin de boire ou de manger; il n'arrivait pas à s’intéresser à ce qui l'entourait, il était tout le temps calme et morose, et une étrange cape d'un vert bleuté, semblable à celle d'Eternity, lui enserrait perpétuellement le cou. Depuis ce temps-là, il prit l'habitude de marcher avec sa main droite sur l'encolure de sa cape, tirant sur celle-ci afin de respirer correctement. Si il l'enlevait, une autre réapparaissait aussitôt autour de son cou, et l'ancienne disparaissait.

Ses yeux, bien que redevenus jaunes, comme avant, étaient dorénavant parcourus de sillons noirs. On aurait dit qu'il faisait perpétuellement une crise de Chakounia, sauf que ses yeux n'étaient pas rouges, et les sillons n'étaient pas jaunes.
Sur son torse, on pouvait voir la marque d'Anathos, ce qui n'avait aucun sens, puisque Eternity n'avait jamais porté celle-ci. Sa peau était perpétuellement brûlante, comme s'il venait de sortir des flammes d'un bûcher. Cela ne le dérangeait pas énormément, mais cela rendait le contact physique avec d'autres êtres vivants assez problématique. Son Katseye était resté d'un noir sombre, et Jadina lui avait dit de ne pas l'utiliser, car il devait être cassé.
Mais le pire de tout cela était qu'il entendait désormais une voix, de temps à autre. Pas n'importe quelle voix. Celle d'Eternity. Celui-ci avait survécu, du moins en partie, dans les tréfonds de l'âme de Gryf, et restait silencieux la plupart du temps. Grâce à quelques brefs et violents échanges, Gryf avait compris que ses nouvelles particularités venaient du dieu déchu, qui était par ailleurs la source de ses nouveaux pouvoirs. Il ne pouvait rien faire contre Eternity, qui ne pouvait rien faire contre son ancien hôte. Le dieu s'était alors enfermé dans un carcan de silence, recouvrant lentement ses forces. Gryf, ne pouvant rien faire, se désintéressa de lui, tant qu'il ne parlera pas de nouveau.
Ces pouvoirs lui avaient néanmoins été bien utiles pour retrouver ses compagnons, dont il pouvait percevoir l'aura depuis plusieurs centaines de kilomètres.
Ils avaient d'abord retrouvé Shimy, ensuite...

Shimy. Gryf s’arrêta de marcher à ce moment-là, tiré de son flashback avec ce seul nom. Il entendit le tonnerre gronder au dessus de lui, mais n'y prêta pas attention. Il cracha par terre et se remit en marche.
Shimy. La Shimy qu'il parvenait à retrouver dans ses souvenirs brumeux, celle qu'il aimait, était froide, hautaine, indépendante, avec une épaisse chevelure bleue et des yeux dorés, au regard perçant et aux paroles affûtées. Rien à voir avec cette pleurnicheuse aux cheveux blancs qu'ils avaient retrouvé, qui s'accrochait à lui au moindre prétexte et qui semblait être aussi courageuse qu'un girawa. Quelque chose disait néanmoins à Gryf que c'était uniquement son ressenti à lui, et que la Shimy qu'il avait aimée avait disparu il y a longtemps, bien avant Eternity.
Ils avaient ensuite retrouvé Shun-Day. Elle n'était pas une Légendaire, mais elle semblait vouloir rester avec eux. Elle était assez recluse sur elle-même, et semblait perpétuellement éviter Gryf. Était-ce à cause de son apparence, ou s'agissait-il d'une autre raison, antérieure à leur mort ?
Razzia et Ténébris avaient été les suivants. Razzia avait été assez chaleureux envers Gryf, du moins au début, puis s'était mis à l'éviter, mais Amy, elle, avait été compatissante envers le jaguarian, lui remontant le moral de temps à autre. Ténébris, en revanche, n'avait pas changé. Elle se comportait comme si rien ne s'était passé.
Les paroles d'Amy étaient, en vérité, peut-être la seule chose qui ne le laissait pas indifférent, avec le regard empli de mépris de Jadina.
La magicienne n'évitait pas Gryf. Elle se contentait de le surveiller en permanence avec un regard dur et sévère, comme si elle surveillait un enfant hyperactif qu'elle n’appréciait vraiment pas. Elle commençait même à le recaler, l'ignorant ostensiblement lorsqu'ils devaient prendre une décision.

Alors que le groupe était sensé être au complet, tout changea. Quelqu’un qu'ils pensaient mort, qui était, à vrai dire, connu uniquement de Gryf et de Shimy, été venu les aborder afin de devenir un Légendaire. C'était Dark-Gryf.
Ils ignoraient comment il était revenu à la vie, et il l'ignorait aussi. Peut-être que les pierres divines l'avaient compté comme « ayant un lien avec Eternity ».
Son alter-ego, via son humour et son caractère, avait complètement repris l'ancienne place de Gryf. Il s'intégra très rapidement au groupe, et fut apprécié par tout le monde. L'ancien Infernal avait montré, certes, de la compassion pour ce qu'était devenu son « modèle », mais ne s'y intéressait pas plus que ça, ravi de l'attention que lui portaient les autres membres du groupe. C'est ce qui avait motivé à partir le dorénavant dénommé Gryfenfer le Maudit.
Il décida qu'il n'en pouvait plus. Il était redouté et évité dans toute Alysia, et même par la plupart de ses propres compagnons. Un matin pluvieux, juste avant l'aube, il s'était simplement éloigné du camp, sans faire ses adieux à personne. Ténébris, qui était de garde, l'avait regardé s'éloigner. Peut-être qu'elle avait compris, ou peut-être qu'elle s'en fichait. Peut-être aussi qu'elle se disait « Bon débarras ! ».

Le jaguarian s'arrêta et soupira. Il devrait cesser de ressasser ses souvenirs. Il remarqua alors que ses pas l'avaient mené sur un chemin de terre dans une forêt, et qu'un crachin léger faisait trembler les feuilles au dessus de sa tête. Il n'avait aucune idée d'où il se trouvait, mais cela ne le gênait pas. Il reprit simplement sa marche, lorsqu'il entendit une voix, une voix antérieure qui était restée muette depuis plusieurs mois :
-A ta droite, abruti.
Gryf, surpris par l'intervention d'Eternity, pensa en retour :
-Quoi ?
-Je sens que quelqu'un arrive à notre droite, imbécile.
Le jaguarian s'arrêta et observa la forêt à sa droite. Vide.
-Il n'y a personne.
-Attends quelques instants.

Gryf croisa les bras, se tourna d'un quart de tour vers la droite et vit effectivement, après quelques secondes, un groupe qu'il connaissait bien se matérialiser face à lui.
-Bonjour, Gryfenfer, prononça le femme tandis que les Dynaméis, leurs armes à la main, se déployaient à ses côtés, agressifs et prêts à combattre.
-Kalandre, répliqua le jaguarian d'un ton mauvais. Quel mauvais vent t'amène ?
La demi-déesse eut un sourire, et répondit :
-Il est temps de payer votre dette.

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MessageSujet: Re: La renaissance d'un monde, l'extinction d'un autre. Par Eldaxer.   Mer 30 Mar - 20:29

-Ma dette, répéta Gryf, surpris. Quelle dette ?
Kalandre eut un léger rire.
-Enfin, Gryfenfer, vous ne pensiez pas que j'allais me retourner contre Eternity sans aucune raison ? Non, j'ai passé un marché avec la leader des Légendaires. Et c'est à vous de payer dorénavant.
-Sale traîtresse de...
Le jaguarian sentit une colère froide l'envahir. Il était évident qu'Eternity éprouvait de la fureur en voyant celle qui l'avait trahi.
-Dans ce cas, répliqua Gryf avec hargne, va donc demander tes comptes à Jadina. Je n'ai rien à voir avec ça.
-Tiens donc, répliqua Kalandre, un soupçon d'étonnement dans la voix. Et vous m'envoyez vers vos compagnons sans même vous soucier de ce qui pourrait leur arriver ?

L'homme-bête prit quelques instants avant de répondre. S'intéressait-il encore au sort de ses anciens camarades? Il décida que oui, un peu, du moins pour certains. D’autres, comme Jadina, pouvaient bien crever, il n'en avait rien à faire.
-Si tu as passé un pacte avec Jadina, c'est à elle qu'il faut aller demander ton paiement, répéta finalement Gryf. Pas à moi.
Ce fut au tour de Kalandre de rester silencieuse pendant quelques instants.
-Je vois, répondit-elle. Vous n’êtes donc pas au courant qu'en vérité, ce dit paiement vous concerne ?
L'ancien Légendaire soupira, tandis que sa colère s'intensifiait.
-Tiens donc. Jadina me vend dès que j'ai le dos tourné ? Elle ne m'aurait pas rajouté la prime de 100 000 kishus que j'ai vu à Oroban, aussi, par hasard?
-Calmez-vous, Gryfenfer. A vrai dire, pour ce qui est de la prime, je n'en sais rien et je n'ai aucun intérêt à savoir. En revanche, en ce qui concerne la dette...
La femme eut un sourire mauvais.
-Disons que ce n'est pas vous qu'elle concerne directement, mais plutôt... la source de vos pouvoirs.

Gryf se figea, pendant que le grondement sourd qu'Eternity produisait au fond de son âme se muait en un rugissement de rage. Le jagurian se prit la tête dans les mains et attendit que le dieu se calme un minimum.
Lorsqu'il releva de nouveau le regard, il vit Kalandre l'observer avec un sourire triomphal.
-Dois-je comprendre que l’intéressé a compris ? Susurra-t-elle.
-Tu devrais surtout comprendre que tu as intérêt à t'expliquer rapidement, cracha l'homme-bête, tandis que la colère du dieu déchu lui vrillait le cerveau.
Kalandre perdit un peu de son sourire, tandis que les Dynaméis ressaieraient leur prise sur leurs armes.
-Soit, finit-elle par céder après un instant d'hésitation. J'imagine que je vous dois au moins cela, Gryfenfer. L'histoire est très simple. Lorsque j'avais appris, il y a un an, que Jadina avait récupérée les pierres divines, qui m’intéressaient fortement, je me suis rendue sur place. Dès qu'elle avait compris qui j'étais, je pus, avec l'aide de Danaël, son ancien amour, la convaincre de passer un pacte avec moi. A son avantage, bien sûr.
-Mais surtout au tien, souffla le jaguarian, mal en point.
-Certes, continua Kalandre après un petit rire. Elle accepta immédiatement ce que je lui avais proposée. Elle conservait sa vie et les pierres divines, mais je pouvais prendre celles-ci dès qu'elle les aurait utilisées. De plus... Je devais récupérer l'âme d'Eternity.

Le sourire de Kalandre disparut.
-Et je l'ai récupérée, voyez-vous. Mais pas en entier. Une partie de son âme était manquante, et avec elle les pouvoirs dont j'ai besoin pour recharger les pierres.
La femme eut un haussement d'épaules et sortit les quatre pierres, grises et vides.
-Je dispose déjà de l'âme d'Anathos, que j'avais facilement récupérée à partir de l'épée d'Or. Car ce que vous ignorez, c'est que les lames dorées sont très utiles pour emprisonner les âmes des créatures qu'elles abattent.
Le problème, c'est qu'une partie d'Eternity, celle qui vous confère vos pouvoirs, Gryfenfer, a résisté au pouvoir de la lame que j'avais crée... A mon pouvoir.

Kalandre leva le bras, et les Dynaméis se tendirent.
-Hors, avec une âme divine, je ne peux recharger plus de deux pierres. Faites le calcul. J'espère donc que vous m'excuserez pour ce qui va se passer...
A ces mots, elle claqua des doigts. Les quatre guerriers aux armes d'or se jetèrent alors sur Gryf.

Celui-ci, encore déstabilisé par la crise de fureur d'Eternity, ne put esquiver le premier coup des sous-fifres de Kalandre, qui consistait en une bourrasque de vent puissante de Galatée. Il s'envola, s'écrasa contre un arbre, se releva d'un bond, et vit, à quelques pas de lui, Halcyon qui, fonçant sur lui, s’apprêtait à le transpercer avec sa lance.

Le jaguarian sauta sur le côté afin d'esquiver l'attaque, mais sa surprise fut grande lorsqu'il vit la lance dévier de sa trajectoire et lui transpercer le flanc. L'elfe noir eut un sourire triomphant et enfonça son arme jusqu'à la garde. Gryf eut un rugissement de douleur, et saisit le manche à deux mains, mais, au lieu de tenter de sortir l'embout de la lance comme l'avait prévu Halcyon, il pivota sur lui-même en la tenant solidement, arrachant ainsi l'arme des mains de son propriétaire, et juste à temps pour remarquer que derrière lui, Danaël s’apprêtait à le décapiter avec son épée.

Gryf, arrachant de sa blessure la lance qu'il venait d'acquérir, la leva, parant ainsi in extremis l'attaque de son ancien meilleur ami. Il sentit alors qu'Halcyon, maintenant désarmé, s'agrippa à sa gorge par derrière, tentant de l'immobiliser (ou de l'étrangler, qui sait?). L'homme-bête attrapa l'elfe noir par le bras, et, avec sa force surhumaine, le souleva dans les airs, avant de l'écraser violemment au sol, devant lui. Il sauta ensuite en arrière, évitant ainsi un nouveau coup de Danaël, et tendit la paume de sa main gauche vers le guerrier blond. Après une demi-seconde de concentration, un rayon d'énergie orangée en surgit, et frappa son adversaire en pleine poitrine, l'envoyant s'écraser, vingt mètres plus loin, dans un buisson de ronces.
-A ta gauche!
Gryfenfer pivota juste à temps pour voir Galatée lui balancer une nouvelle rafale de vent. N'ayant plus le temps de se dégager de la trajectoire de son attaque, il lâcha la lance d'Halcyon qu'il tenait toujours, plaça ses bras devant lui en guise de bouclier, et encaissa la rafale, sentant ses pieds nus glisser en arrière sur le sol humide, ses bras se couvrant d'entailles sous la puissance des bourrasques.
-Sale petite garce aux cheveux roses, murmura Eternity à travers la bouche de Gryf. Je vais t'apprendre...
L'homme-bête sentit alors les alentours se troubler, comme s'il disparaissait. Un instant plus tard, l'environnement qui l'entourait redevint net, et il découvrit qu'il se trouvait dorénavant derrière Galatée.

Il mit quelques secondes à se ressaisir, ce qui donna le temps à son opposante de réaliser ce qui venait de se passer et de se retourner. Le jaguarian attrapa alors son adversaire par le visage, et, rassemblant ses forces, la jeta au sol.
Jetant un rapide coup d’œil autour de lui, il se rendit compte qu'Asgaroth n'avait pas bougé, et se contentait de balancer sa hache d'un air menaçant. Quant à Kalandre...
-Merde ! Ne reste pas là !
Gryf se jeta en avant de toutes ses forces, effectua une roulade pour se rétablir et fit volte-face. Juste derrière l'endroit qu'il occupait il y a quelques instants, la demi-déesse, la main encore tendue, semblait déçue. Presque effrayée, même.

L'homme-bête entendit alors des bruits de pas lourds se rapprocher rapidement, et vit, du coin de l’œil, le géant foncer sur lui, sa hache brandie au-dessus de sa tête.
-Il est temps d'en finir, Gryf, cracha Eternity. Voilà ce que tu vas faire...

Attendant le dernier instant, le jaguarian fit un simple pas en arrière lorsque Asgaroth abattit sa hache. Celle-ci le frôla de quelques centimètres, et profitant du fait qu'elle se soit largement enfoncée dans le sol sous la violence de l'impact, l'homme-bête sauta et atterrit directement sur la manche de l'arme, juste devant la tête du géant. Celui-ci retira la hache du sol, mais il était trop tard. Le pied de Gryf s'abattit puissamment contre le visage d'Asgaroth, dont le motif grésilla quelques instants avant de s’éteindre. Sautant de son perchoir avant qu'il ne percute le sol, le jaguarian tendit sa main droite vers Kalandre et laissa apparaître une sphère d'énergie orangée au creux de sa paume.
-Et maintenant, Kalandre, on va s'expliquer, toi et moi, gronda-t-il d'une voix sourde, la main gauche contre son flanc, d'où coulait du sang d'un rouge sombre.

La demi-déesse jeta un coup d’œil autour d'elle. Elle vit d'abord Galatée, inanimée, dont la tête était enfoncée dans le sol boueux jusqu’aux yeux, puis Halcyon, allongé sur le dos, dont le seul signe de vie était sa poitrine, qui se soulevait régulièrement, Danaël, dont les parties du corps qui dépassaient du buisson de ronces ne bougeaient pas, et enfin Asgaroth, étendu de tout son long et ayant fait tomber un arbre dans sa chute.
Elle tourna alors son regard vers Gryfenfer, qui la menaçait en sachant très bien qu'elle n'aurait pas le temps de se téléporter sans se faire abattre par son attaque, toussa et répondit :
-Très bien, Eternity. Que voulez-vous ?


* * *


A quelques kilomètres de là, sur une colline dominant la forêt...

-Je crois qu'on va le rattraper bientôt, annonça Shaki en détournant le regard de la forêt, qu'il était en train de scruter.
-Qu'est ce qui te fait dire ça ? demanda Michi-Gan, occupé à fouiller dans son sac.
-Peut-être le fait qu'il ait vu des éclairs et la chute d'un arbre au beau milieu de la forêt, répliqua Toopie, regardant toujours vers la forêt.
Michi-Gan se leva et tira son katana doré de son fourreau.
-Vous pensez qu'on va le rattraper aujourd'hui ? Demanda-t-il en examinant sa lame.
-C'est possible, répondit le dernier membre de la tribu des Comanshawa. Mais je pense qu'affronter un dieu déchu au crépuscule au milieu d'une forêt est une très mauvaise idée.
-C'est jouable, selon moi, répliqua le guerrier au katana.
-C'est le fait que la prime d'Eternity soit passée à un million de kishus qui te rend aussi téméraire, Mich ? Demanda Toopie.
-C'est surtout le fait que si on s'arrête pour camper aujourd'hui, il va encore nous distancer, expliqua le guerrier. Lui, il ne dort pas, contrairement à nous.
-Je crois que tu te trompes, répondit Shaki. Je pense que tu n'as pas fait attention, mais environ un tiers des empruntes que nous avons suivis étaient plus enfoncées et plus maladroites, comme s'il titubait. De plus, c'est des variations régulières, ce qui me fait penser qu'il doit dormir en marchant.

Un court silence s'ensuivit.
-Ça ne change donc rien, rétorqua Michi-Gan. Il va quand même nous distancer pendant la nuit !
-Je suis tout à fait contre l'idée d'affronter un dieu maléfique en pleine nuit, répliqua Toopie avec une moue sérieuse.
-Mais nous devons récupérer l'honneur qui nous est dû, répondit le guerrier. C'est nous qui avons organisé et mené la résistance durant le règne d'Eternity. Et c'est finalement Jadina qui s'est raflé tout le prestige en trouvant, sans doute par chance, les pierres divines.
-Je pense que tu prends toute cette histoire trop à cœur, Michi-Gan, prononça lentement Shaki. Notre objectif est de terrasser ce qui reste d'Eternity, rien de plus. Le destin est juste, il nous rendra la place qui nous revient un jour ou l'autre, et Jadina aura ce qu'elle mérite ce jour-là. A présent, je propose de camper. Deux voix contre une, tu es perdant, Michi-Gan. On campe à l'orée de la forêt et on reprend la traque demain. Avec toute cette pluie, ce qui est sûr, c'est qu'on ne perdra pas ses traces.

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MessageSujet: Re: La renaissance d'un monde, l'extinction d'un autre. Par Eldaxer.   Mer 13 Avr - 22:00

-Ne m'appelle pas comme ça, gronda Gryf.
-Achève-la, imbécile. Elle nous a causé assez de problèmes !
-Non.

L'homme-bête, après quelques instants de réflexion, prononça lentement d'une voix sourde :
-Toi qui aimes passer des marchés, Kalandre, j'aimerais justement en passer un avec toi.
Sur la défensive, la demi-déesse observa le jaguarian, et finit par répondre sur un ton ironique, sans détourner les yeux de la sphère d'énergie qu'il pointait sur elle :
-Tiens donc, comme c'est étonnant. Que proposez-vous ?
-Que fais-tu, Gryf ? Achève-là, comme ça c'est réglé !
Ignorant le dieu, l'ancien Légendaire s'adressa à Kalandre du même ton imperturbable :
-J'aimerais que tu me remettes l'âme d'Anathos.
La déesse en resta bouche bée pendant quelques instants, avant de répondre :
-Pardon ?
-Tu m'as bien entendu. Remets-moi l'âme d'Anathos et je te laisserai partir.
Kalandre répondit d'un ton sérieux qu'elle utilisait rarement :
-Vous vous rendez compte que cela me donne une autre raison de vous pourchasser ?
Toisant la femme d'un air sombre, tout en tentant de retenir le plus possible le sang qui coulait de son flanc, Gryfenfer rétorqua :
-Ne me prends pas pour un imbécile, Kalandre. Il est évident que tu prévoyais d'utiliser cette âme pour quelque chose de plus important que de recharger les pierres divines. Et, dans tous les cas, tu feras sans doute tout pour me tuer.
L'homme-bête toussa, cracha un caillot de sang et reprit, avec un sourire :
-Après tout, je suis le seul, avec Eternity, qui soit parvenu à te tenir tête.

La demi-déesse, le visage serré, sans expression, resta immobile pendant quelques instants. Puis, elle passa lentement sa main droite dans son dos et lorsqu'elle la tendit à nouveau devant elle, Gryf put y voir une sorte de fine gemme d'un noir de jais, d'une longueur ne dépassant pas quelques pouces, et de seulement quelques millimètres d'épaisseur.
-Voici Anathos, prononça doucement Kalandre, et Gryf sentit Eternity s'agiter de plus belle, comme un animal enragé tournant dans sa cage.
-Très bien, murmura le jaguarian, de plus en plus faible, donne-moi ça.
Son opposante eut soudain un sourire cruel et brisa la gemme dans son poing.

Gryf sentit l'hurlement de rage d'Eternity franchir ses propres lèvres et se plia en deux, la tête entre les mains, tentant de contenir la fureur du dieu, qui était telle que des flammes orangées, extrêmement brillantes, commencèrent à tournoyer autour de lui.
La demi-déesse resta hésitante pendant quelques secondes, puis, laissant un sourire apparaître sur son visage, murmura :
-Finalement, ta faiblesse ne t'a pas rendu plus perspicace, Eternity. Sur ce, bien que j'aurais voulu en terminer maintenant, je vais vous laisser.

L'ancien hôte du dieu maléfique, à moitié contrôlé par celui-ci, se redressa, la bave aux lèvres, et, sans même réfléchir, lança une décharge d’énergie dévastatrice vers Kalandre, mais celle-ci avait déjà disparu, et avec elle les corps des Dynaméis. Le rayon rasa simplement un pan entier de la forêt et embrasa les alentours.
-Calme-toi, bon sang ! Hurla le jaguarian de toute la force de ses poumons. Tu vois bien que c'était un leurre !
Le dieu, dont la rage commençait à retombait, laissa ainsi davantage de contrôle à son hôte, qui put calmer l’énergie qu'il dégageait.
-Imbécile, murmura t-il. Tu n'as même pas vérifié si elle disait la vérité avant de t’énerver ?
Eternity, trop vexé ou trop enragé pour répondre, se rétracta dans ce qui lui restait d'espace à l'intérieur de l'esprit de Gryf, et s'enferma dans un silence sourd.
L'homme-bête, se redressa douloureusement, sa peau brûlée par l'énergie que le dieu déchu avait dégagé dans sa fureur aveugle. La bonne nouvelle était que cela avait aussi cautérisé, en majeure partie, la plaie de son flanc, infligée par Halcyon.
Ses vêtements, malheureusement non prévus pour résister à l’énergie d'un dieu, avaient brûlé en majeure partie. Il se fit rapidement une espèce de pagne avec ce qu'il restait de ses haillons, et contempla avec désarroi la forêt, qui flambait de plus belle.
-Super, grogna t-il entre ses dents. Maintenant tout le monde, dans un rayon de cinq cents kilomètres, sait que je suis là.
Il jeta un coup d’œil au ciel et vit avec stupeur que la nuit était déjà tombée.
-Il va falloir que je bouge d'ici, et en vitesse, pensa Gryf.
Avec une démarche maladroite, poussant un gémissement provoqué par la douleur de sa peau brûlée à chacun de ses pas, le Maudit se remit en route.

* * *

-Qu'est que c'était que ça ?! S'écria Michi-Gan tout en se relevant, le souffle de l'explosion ayant été si puissant qu'il avait envoyé les trois héros voler sur quelques mètres.
-Un pigeon, peut-être ? Répondit Toopie avec sarcasme, et ce malgré son cœur qui tambourinait dans sa poitrine. A ton avis, banane ?
-Calmez-vous, répondit Shaki, déjà debout, avec calme. N'oubliez pas qu'on pourchasse un dieu. Ou ce qu'il en reste. Il fallait s'attendre à ce genre de choses.
-C'est nous qu'il visait ? Demanda à nouveau Michi-Gan en observant la fumée qui envahissait le ciel, quelques centaines de mètres plus loin.
-Je ne pense pas, rétorqua le Comanshawa.
-Dans ce cas il visait quoi ? Demanda à son tour Toopie. Des arbres ?
-Peut-être un buisson de ronces qui l'a importuné, plaisanta le guerrier au sabre.

Ignorant la blague de Michi-Gan, Shaki était revenu sur le chemin de terre, et observait la longue bande de feu et de fumée qu'il devinait à l'horizon.
-Je crois qu'il faudra faire un détour, dit-il finalement. Et pas un petit détour.
Poussant un soupir, Toopie acheva de ramasser le contenu de son sac, répandu sur le sol par l'explosion, et prononça d'une voix fatiguée :
-J'imagine qu'on ne pourra pas dormir cette nuit, hein ?
-Pas ici, en tout cas, acquiesça son compagnon taciturne, pendant que Michi-Gan se redressait en s’étirant.
-J'imagine que c'est pour bientôt, déclara t-il. Ça sera soit nous, soit lui.

* * *

La magicienne, assise sur une branche à plusieurs mètres du sol, tourna instinctivement la tête dans la direction de la décharge d'énergie qu'elle venait de sentir, bien que celle-ci était beaucoup trop loin pour qu'elle puisse la voir.
Elle resta pensive pendant quelques secondes, puis brisa la brindille qu'elle tenait entre les doigts et poussa un long soupir, comme pour expirer toute la lassitude qu'elle ressentait.
Revêtant à nouveau son masque de froideur et de dureté, Jadina sauta de son perchoir et, atterrissant avec souplesse, se dirigea vers ses compagnons qui courraient vers elle.
-Qu'est ce que... commença Shimy, avant d'être interrompue par Dark-Gryf, qu'ils nommaient dorénavant simplement Gryf.
-C'était quoi ce b... tenta ce dernier, avant de se faire lui-même couper par Shun-Day, qui tenta elle aussi de poser la même question que les deux autres.

Laissant le désordre s'installer pendant quelques instants, la princesse d'Orchidia se racla simplement la gorge.
Le silence fut instantané.
-J'imagine que c'est notre ancien compagnon, expliqua t-elle d'une voix grave. Je crois qu'il faut nous hâter. Rassemblez donc vos affaires, nous partons.
-Mais on vient juste de monter le camp, protesta Ténébris. On ne peut...
Le regard que sa demi-sœur lui jeta la dissuada de continuer.
-Nous devons atteindre Oroban le plus vite possible, déclara celle-ci d'un ton sans appel. Et ce qu'on vient de sentir est le signe que nous devons nous presser. On ne s'attardera donc pas pour des futilités telles que votre petit confort.
La leader des Légendaires, le visage impassible, se détourna de ses compagnons et se dirigea vers le camp d'une démarche énergique. Tous lui emboîtèrent le pas, excepté...
-Ça va, Ténébris ? Demanda Shun-Day, en voyant que la fille de Darkhell, le regard fixe, n'avait pas bougé d'un pouce.
-Ouais, répliqua celle-ci, ravalant sa fierté... une fois de plus.

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MessageSujet: Re: La renaissance d'un monde, l'extinction d'un autre. Par Eldaxer.   Dim 22 Mai - 13:14

Au bout de plusieurs heures de marche laborieuse, Gryf remarqua que la végétation commençait à se raréfier, et le terrain devenait de plus en plus escarpé. Il parvint au bout de la foret, et le terrain était devenu sablonneux et assez rocheux. Il envisagea de faire demi-tour, mais revenir sur ses pas, vers la forêt enfumée et en flammes, était sans doute une mauvaise idée.

Poursuivant donc malgré tout, le jaguarian continua de monter, devant même parfois grimper en s'accrochant aux parois rocheuses, mais ses griffes et sa force prodigieuse rendirent la tâche plus aisée qu'il ne l'aurait crue. Au bout d'un long moment, il sentit que le terrain commençait à s'aplanir, et que le vent devenait plus fort. Se redressant, l'homme-bête fit encore quelques pas et s'assit au bord de la faille qui s'étendait devant lui. Il en apercevait d'autres, plus loin, s'étendant sur quelques kilomètres. Au-delà, le terrain semblait se muer en montagnes. Cela semblait être un canyon.

Il ne parvenait pas à décider quelle direction prendre. Devait-il partir devant lui, en sautant par dessus les précipices ? Ou vaudrait-il mieux qu'il descende dans l'une des failles, et la suive au hasard jusqu'à trouver un terrain plus plat ?
A vrai dire, cela comptait t-il vraiment ?

Optant pour la deuxième option, plus simple, Gryfenfer se releva péniblement et sauta au fond de la faille, faisant une chute de plus d'une vingtaine de mètres. Là où n'importe quel mortel se serait brisé les jambes, et peut-être même pire, il se réceptionna avec puissance, fissurant la roche sous ses pieds. Il se redressa et observa rapidement ce qui l'entourait. La faille faisait dans les cinq mètres de largeur, et un très mince filet d'eau coulait, ou plutôt stagnait, au fond.

Ne dénotant donc rien de particulier, le jaguarian se mit à avancer lentement en suivant le cours du ruisseau lorsqu'une odeur étrange le frappa de plein fouet. Une odeur de sel.
Il ne mit pas longtemps à comprendre que c'est le ruisseau qui dégageait cette odeur particulière et pour le moins inhabituelle. Un ruisseau d'eau salée ?
S'accroupissant près du ruisseau, il plongea sa main dans l'eau sans réfléchir, et la retira aussitôt sans pouvoir retenir une exclamation de douleur. Sa peau, encore brûlée après l'épisode de la forêt, était très sensible, et la plonger dans une substance salée ne facilitait pas les choses.

Remontant alors le cours d'eau, le jaguarian parvint à un éboulement. Le filet d'eau filtrait par un trou entre les rochers, probablement creusé par l'érosion.
L'éboulement était peu escarpé,et il ne lui fallut pas longtemps pour l'escalader. Mais une fois parvenu au sommet, l'homme-bête s'immobilisa et retint son souffle.

Devant lui s'étendait un immense espace, un véritable cratère au centre du canyon. Des éboulis en formaient l'essentiel terrain, et entre ceux-ci, on dénotait des étendues d'eau. D'eau salée, comprit Gryf en sentant l'air, qui était chargé d'exactement la même odeur de sel que l'air marin. Plusieurs carcasses de bateau gisaient ça et là, à moitié pourries.

Mais le plus intéressant s'étendait au centre de ce « cratère ». C'était une sorte d'îlot de végétation, d'où dépassaient d'épaisses colonnes de pierre semblables à des griffes gigantesques. Malgré sa mémoire défectueuse, Gryfenfer ne mit pas longtemps à reconnaître l'endroit.

Sautant de son perchoir sur une carcasse de bateau, prudemment, l'ancien Légendaire se mit en route vers ce qu'il restait du Castlewar.

* * *

Observant silencieusement le canyon qui s’étendait devant eux à la lueur de la lune, les Fabuleux sentirent affluer une marée de souvenirs, datant de l'époque d'Anathos. Au bout de quelques instants, Toopie engagea la conversation :
-Croyez-vous qu'il a pris cette direction délibérément ?
-Peut-être, répondit Michi-Gan à voix basse, comme s'il craignait d'être entendu. Alysia est vaste, et je doute très sincèrement que ce soit le hasard qui l'ait mené ici.
-Alysia est vaste, en effet, répéta Shaki. Et pourtant pas assez pour qu'on ne puisse pas parcourir sa surface en quelques mois de voyage, sans dormir ni se reposer. Ce qu'Eternity a probablement fait.

Faisant quelques pas vers l'ouest, Toopie sortit une boussole et s'adressa aux deux autres :
-Bon, vous souvenez-vous du chemin ?
-Le chemin du campement des Faucons d'Argent ? Demanda le guerrier au katana doré, se remémorant le vieil campement que les soldats de Larbosa avaient dressé sur un plateau rocheux au milieu du canyon, afin de préparer l'embuscade du Castlewar.
La jeune fille acquiesça en silence, et les trois héros se mirent en route vers ce qu'il restait de cet ancien repère par des chemins qu'ils étaient seuls à connaître.

* * *

S'asseyant sans bruit sur le deuxième lit de la chambre, Jadina s'autorisa un soupir de soulagement.
Les Légendaires étaient enfin parvenus à Oroban. Cependant, afin de ne pas susciter des ruées de fans que leur célébrité ne manquerait pas d'engendrer, le groupe avait pris la décision de s'arrêter dans une auberge en dehors de la capitale, et de prendre le temps de se reposer avant de retrouver pleinement la civilisation... Et ses problèmes.

A l'autre bout de la chambre, affalée sur le deuxième lit, Shun-Day ronflait déjà. Jadina s’apprêtait à faire de même lorsqu'une lueur bleutée illumina la chambre et une ancienne alliée de la chef des Légendaires apparut au milieu de la pièce.
-Bonsoir, Jadina, prononça Kaladre d'une voix fatiguée mais néanmoins chaleureuse.
-Kalandre, constata simplement Jadina, sur le même ton. Qu'est ce qui t'amène ici ?
La demi-déesse coula un regard circonspect vers Shun-Day, qui ronflait toujours, puis soupira et décida de s'asseoir sur le rebord du lit de Jadina.
-J'ai eu quelques problèmes au sujet de notre accord, répondit-elle, retirant sa cape épaisse afin de s’installer plus confortablement.
-C'est-à-dire ? Demanda Jadina d'une voix attentive, étonnée de voir Kalandre manifester des signes de faiblesse.
-Disons simplement qu'Eternity, ou ce qu'il en reste, demeure bien plus puissant que ce que j'avais prévu, et qu'il n'a pas été possible de le supprimer. J'aimerais donc...
-... que ma chère alliée s'en charge, termina la magicienne d'un ton narquois.
-Je sais que j'avais dit que je m'en chargerais seule, mais...
-... mais on s'était mis d'accord que je ne ferais pas de mal à Gryf, coupa encore une fois la princesse.
-Allons, Jadina, susurra Kalandre en souriant. Vous avez déjà fait la moitié du travail en faisant croire au monde que Gryf n'est plus et qu'Eternity l'a à nouveau possédé. Ne pourriez-vous pas...
-J'ai dit non, rétorqua l’intéressée sans hausser le ton. Je refuse de trahir quelqu'un qui de toute manière est déjà à l'agonie.

Un court silence s'ensuivit. Jadina observait Kalanre, qui avait l'air de chercher quelque chose à dire. Finalement, celle-ci rompit le silence :
-Si je vous dis qu'il nous a mis une raclée, à moi et mes Dynaméis, et qu'il avait failli tuer Danaël, vous ne changerez pas d'avis ?
-Ce n'est pas en mettant Danaël dans la balance que vous aurez le dernier mot, ricana la magicienne.
-Et si je vous propose de le laisser revenir parmi vous en échange de votre aide ?

Jadina se tut, fixant Kalandre comme si celle-ci l'avait frappée.
-Vous m'aviez pourtant dit que...
-...qu'il m'était impossible de le laisser partir pour vous rejoindre, coupa à son tour Kalandre. Il est vrai que cela serait très pénalisant, mais... après tout, Danaël brûle d'envie de redevenir un Légendaire. Autant faire en sorte que ce retour se fasse après une preuve de bonne volonté de votre part, non ?

Éberluée, la princesse jeta plusieurs coups d’œil autour d'elle, puis, se sentant soudain très lasse, murmura :
-Il me reste encore plusieurs choses à faire dans la capitale. Mais revenez dans quelques jours, et vous pourrez recevoir mon aide.
Se redressant avec un sourire, Kalandre leva un bras et, avant de disparaître, lança à Jadina :
-Merci. Je vous assure que vous ne le regretterez pas.

* * *

Assise au chevet de Danaël, qui avait l'air encore plus muet que d'habitude, Galatée ruminait ses pensées lorsqu'une lueur bleutée l'avertit du retour de mère Kalandre.
En se relevant, elle jeta un rapide coup d’œil aux autres Dynaméis. Halcyon était adossé à un arbre non loin d'elle, l'air mauvais, incapable de tenir debout. Un peu plus loin, Asgaroth était allongé sur le sol, sans conscience. Kalandre ne l'avait toujours pas réanimé.

L'ancienne princesse aux cheveux mauves s'élança vers la demi-déesse qui venait de se matérialiser. Celle-ci, l'air satisfaite, prit une expression plus morose en constatant à nouveau l'état de ses serviteurs. Lorsqu'elle aperçut Galatée s'approcher d'elle en courant, elle prononça d'une voix ironique :
-Que d'enthousiasme ! Tu es déjà remise ?
Ralentissant et faisant craquer sa nuque, la jeune fille répondit d'un ton morose :
-Bien sûr. Si on excepte le fait que j'ai une migraine affreuse et les vertèbres en miettes, je suis en pleine forme.
Souriant à nouveau, Kalandre tourna son regard vers les corps inanimés de Danaël et d'Asgaroth.
-Bien. Tant que tu es vivante, mon plan n'est pas encore voué à l'échec.

Le cœur de Galatée commença à battre plus fort. C'était la première fois qu'elle entendait mère Kalandre évoquer ses projets aussi clairement.
-Votre plan ?
La demi-déesse retira son masque et se débarrassa du sortilège qui modifiait la couleur de sa peau.
Voyant son regard las mais tout de même perçant, Galatée comprit qu'elle s’apprêtait à leur ordonner quelque chose. Et vu qu'elle était la seule plus ou moins en état, la tâche tomberait sans doute sur elle.
-Comme tu as pu le voir, et même le sentir à tes dépens, commença Kalandre en s'asseyant sur un cercle doré matérialisé à l'instant, nous ne pouvons écraser Eternity par la force. Cette tentative était sans doute la plus grande erreur de ma vie.
-Mère, ne...
-N'essaie pas de me contredire, Galatée. Je mesure parfaitement mes actes, et mon échec m'est d'autant plus cruel que j'avais pourtant vu que ce ne serait pas nous qui abattrons ce dieu déchu.
Galatée s'agita, mal à l'aise. C'était la première fois qu'elle voyait la demi-déesse renoncer.

La voyant s'agiter maladroitement, Kalandre eut un sourire las et matérialisa un autre cercle doré. S'asseyant prudemment au bord de celui-ci, l'ancienne princesse demanda :
-Alors qui ? Qui aura cet enfoiré ?
-L'avenir ne me l'a pas révélé, prononça doucement la déesse. Mais...
-Mais ? Demanda Galatée, impatiente.
-Mais j'ai quelques objectifs annexes. Et j'ai besoin de toi, Galatée, pour en accomplir un.

Silencieuse, la jeune fille observait celle qu'elle appelait « Mère » réfléchir profondément, et essayer de ressembler ses pensées dans son esprit fatigué. Finalement, elle prononça d'une voix ferme :
-J'ai convaincu Jadina de tenter d'abattre Gryf, elle aussi. Elle se mettra en chasse dans quelques jours. A cette occasion, je lui enverrai Danaël. A la fois pour lui prêter main-forte... Et pour m'assurer de sa fidélité.
-Attendez, répliqua Galatée d'une voix qu'elle voulait calme. Vous voulez dire que vous allez envoyer Danaël aider cette grognasse ?

Ne pouvant dissimuler un sourire devant l'effarement de la Dynaméis, Kalandre précisa :
-Je sais que tu n'en as aucune envie, mais il me faut certaines choses que seule la mort de Gryf pourra me procurer.
-Certaines choses ? Répéta Galatée d'une voix incrédule. Que vous faut-il de plus que l’âme du dieu qu'il héberge ?
La déesse réfléchit un instant, puis éclata soudain de rire. A une dizaine de mètres de là, Halcyon leur jeta un regard agacé.
-Que... commença la jeune fille, surprise par ce soudain accès d'hilarité.
-Parfois je me surprends moi-même, souffla Kalandre après s'être légèrement calmée. Crois-moi ou pas, ma chère Galatée, mais je venais de me demander si je pouvais vraiment te faire confiance.

Étonnée, l'ancienne princesse balbutia quelques mots avant d'être interrompue à nouveau par la demi-déesse :
-Bon, puisque tu souhaites le savoir, écoute bien. Lors du premier affrontement entre les Légendaires et Anathos, celui-ci avait, entre autres, laissé un éclat de sa lame dans la poitrine de Gryfenfer, près de son cœur, le condamnant à une mort lente et douloureuse. Paradoxalement, devenir l'hôte d'Eternity lui à sauvé la vie, car, même si l'éclat de métal est planté dans le cœur du jaguarian depuis très longtemps, le dieu le maintient en vie.
-Sérieusement ? Demanda Galatée. Mais pourquoi ?
-Au début, pendant la période de toute-puissance d'Eternity, celui-ci ne s'en rendait sûrement même pas compte. Il gardait le corps qu'il possédait en vie par réflexe. L'Eternity d'aujourd'hui, en revanche, en à sûrement conscience. Et il s'efforce de maintenir son hôte en état, car il serait incapable de survivre dans un cadavre à son niveau de puissance actuel.
-Et qu'en est-il de l'éclat de métal ? Demanda à nouveau la Dynaméis. C'est ça qu'il vous faut ?

Sans répondre, la déesse sortir les pierres divines de sa cape. Puis, tout en en faisant tourner une entre ses doigts, elle murmura :
-Ces pierres peuvent former quelque chose de très puissant, Galatée. Le seul problème, c'est qu'elles ont besoin d'un support pouvant résister à leur énergie divine. Or, le seul objet divin encore présent sur Alysia est cet éclat de métal. Et les âmes d'Eternity et d'Anathos me permettront de recharger ces pierres. Voilà tout.

Pendant une courte seconde, Galatée eut l'impression que mère Kalandre ne lui disait pas tout. Puis cette impression s'évapora pour laisser place à une évidence : Mère Kalandre, mentir ? A ses Dynaméis ? Jamais !
Acceptant donc les réponses qu'elle venait de recevoir d'un hochement de tête, la jeune fille se releva et se dirigea vers Danaël, s’apprêtant à aller se coucher près de lui. Mais, à peine quelques pas plus loin, la voix de Kalandre l'interrompit à nouveau :
-Galatée.
Lorsqu'elle se retourna, l'ancienne princesse fut confrontée au regard perçant des trois yeux de Kaladre, qui la fixaient avec lassitude :
-Lorsque Danaël partira, tu partiras toi aussi. Mais c'est un autre Légendaire que tu devras aider... Jusqu'à un certain point.
La gorge nouée à l'idée de se savoir séparée de mère et des autres, particulièrement de Danaël, Galatée parvint néanmoins à demander :
-Lequel?
-Dark-Gryf. Et tu comprendras toi-même pourquoi.

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MessageSujet: Re: La renaissance d'un monde, l'extinction d'un autre. Par Eldaxer.   Mar 19 Juil - 23:00

Atteignant les ruines, après avoir traversé l'étendue d'eau qui l'en séparaient en sautant sur les épaves de bateau, Gryf huma l'air. Ne sentant aucune odeur particulière, il s'enfonça dans la végétation, aussi luxuriante que dans les souvenirs qu'il lui restait.
-Bon sang... C'est tout ce qui reste de la forteresse de mon père... C'est tout ce qu'il en reste?!
S'efforçant de maîtriser la colère d'Eternity, encore une fois, le jaguarian s'octroya une courte pause. Son regard fut alors attiré par un petit objet sur le sol. Il s'en saisit et l'examina. Une clé elfique. Hors d'usage, s'il en croyait la fissure qui la parcourait de part en part.
-Que fait une clé elfique ici ? S'interrogea l'homme-bête, davantage pour lui-même que pour son compagnon divin.
Jugeant la question sans intérêt, Eternity se renferma un nouveau dans un silence obtus.

Se relevant afin de poursuivre sa route, la clé à la main, l'attention de l'ancien monslave fut à nouveau attirée par un bout de ferraille rouillé, gisant dans l'herbe à quelques pas de lui. Pensant enfin à lever les yeux, Gryf comprit d'où tout cela venait.
Accroché au branches, une sorte d'engin volant, ou ce qu'il en restait, était empêtré dans les branchages. Il s'était disloqué, et le jaguarian vit plusieurs autres objets joncher le sol, tout autour de l'épave.

Il fut soudain alerté par le dieu déchu. Sans doute à cause du fait qu'ils partageaient le même corps, Gryfenfer pouvait discerner presque instinctivement dès qu'Eternity se mettait à agir, contrastant avec son inactivité habituelle.
Celui-ci, justement, était en train de fouiller la zone avec sa recherche d'auras.
-Tu cherches quoi ? Demanda son hôte, pas vraiment réjoui par l'idée que son ancien tortionnaire gaspille les ressources de son corps sans aucune raison.
Ne répondant pas immédiatement, celui-ci « observa » la zone pendant encore quelques instants, avant de répondre par une question :
-Depuis combien de temps cet endroit est-il en ruines ?
Tournant la question dans sa tête, Gryf constata qu'il était incapable de donner une date précise.
-Au moins depuis quelques années, répondit-il à tout hasard.
-Je vois. Alors pourquoi y a t-il des gens ici ?

Marquant un temps d'arrêt, le jaguarian sentit une lassitude morose l'envahir. Qui allait t-il tuer cette fois-ci ? De pauvres bougres qui n'avaient rien demandé, ou des mercenaires lancés à ses trousses ?
Maudissant une fois de plus son misérable destin, l'homme-bête demanda finalement :
-Et où est-ce que tu les sens ?
Eternity lui indiqua silencieusement un endroit, vers lequel Gryf se sentit comme attiré. Progressant alors en sa direction, il atteignit des ruines d'une taille considérable, recouvertes de feuillages et de mousse. Contournant ce qui fut sans doute une construction d'une grande ampleur, le jaguarian tomba nez à nez avec deux gardes, lesquels, postés près d'une ouverture béante semblable à l'orifice d'une porte, semblaient plus s'ennuyer qu'autre chose.
-Qu'est ce que... commença l'un d'eux, surpris par le nouveau venu.

Eternity considéra la situation. Il était évident que Gryfenfer, l'esprit meurtri par les longues années passées sous son contrôle, ne savait pas comment réagir. De plus la présence de gardes ici, indiquait clairement qu'il y en avait d'autres. Et vu l’endroit qu'ils protégeaient, il devait sans doute y avoir des sorciers ou des mages avec eux. Inutile donc de se faire remarquer dès le début.
Mobilisant ses forces, le dieu déchu commença à manipuler les sentiments et les pensées de son hôte, en lui insufflant une colère froide et meurtrière.

Gryf examina le garde qui s'approchait de lui, lance à la main, lui demandant de déclamer son identité d'une voix tremblante, intimidé par l'apparence de son interlocuteur. Mû par un désir meurtrier inexplicable, il fit soudain un pas en avant, et égorgea l'humain qui se tenait en face de lui d'un brusque mouvement de la main droite, et, sans même regarder le corps tomber, se tourna vers le second garde. L'homme-bête tendit son bras gauche vers celui-ci, et lança un fin rayon orangé qui lui transperça la poitrine.

Alors qu'il se tournait vers la porte, quelque chose se brisa en lui. Il fit volte face, et fixa avec horreur les deux innocents qu'il venait de massacrer. Hébété, il murmura :
-Qu'est ce que j'ai fait ?

Puis, d'une voix plus forte, le jaguarian s’adressa à Eternity :
-Qu’est ce que tu m'as fait faire, enfoiré ?!
-Uniquement le nécessaire, commença le dieu déchu. Ces hommes étaient tes ennemis, et ils...
Mais le jagurian ne l'écoutait pas. Il se laissa tomber lamentablement à genoux et fixa la scène de crime avec des yeux hagards. C'est alors qu'il prit conscience d'une présence face à lui. De plusieurs présences.

* * *

Jadina observa les autres Légendaires et se leva. En ce matin ensoleillé, elle avait décidé d'annoncer quelque chose d'important au groupe, qu'elle avait réuni pour l'occasion dans le sous-sol de l'auberge, afin de pouvoir parler sans risquer d'être entendus. Non pas qu'elle communiquait des informations secrètes, mais mieux valait être trop prudent que pas assez.

-Écoutez-moi attentivement, commença la magicienne d'une voix autoritaire. Je ne vais pas me répéter.
-Pas la peine de le préciser, rétorqua aussitôt Ténébris. On sait déjà tous que tu détestes répéter tes ordres.

Ne parvenant pas à déterminer si la remarque était ironique ou non, Jadina ignora sa demi-sœur et observa promena son regard sur son auditoire.
-Nous allons devoir nous séparer dans quelques jours, annonça t-elle. Et chacun d'entre vous aura une tâche bien précise à remplir.

La princesse tourna son regard vers Dark-Gryf.
-Gryf, tu vas chercher tes anciens compagnons, les Infernaux.
Celui-ci haussa les épaules avec un air fermé.
-Ben voyons... Si je ne les ai pas trouvé lors de ma résurrection, je ne risque pas de les trouver maintenant.
La chef du groupe l'ignora et s'adressa à Shimy :
-Tu l'accompagneras.
-Pourquoi faire ? Demanda l'elfe, surprise.
-Car l'une de vos cibles est une elfe élémentaire. Si elle utilise ses pouvoirs, tu seras capable de les sentir à des kilomètres à la ronde. Et si vous arrivez à les trouver, ce que j’espère fortement, tu parviendras à suivre leur piste même s'ils parviennent à tromper l'odorat de Dark-Gryf, grâce à tes broches elfiques.

Sans attendre de réponse, la magicienne tourna son regard vers sa demi-sœur et son amant.
-Razzia, Ténébris, vous resterez ici, avec moi. J'ai besoin d’arranger quelque chose, puis je vous laisserai seuls dans quelques jours.
Tournant son regard vers l'unique personne qui restait sans objectifs, Jadina lança à Shun-Day :
-Et toi, tu viendras avec moi.
-Pourquoi ? demanda la jeune fille, surprise.
-Tu comprendras en route. Nous partirons dans trois jours, alors prépare-toi à un long voyage.

Alors qu'elle s’apprêtait à clore la séance, Ténébris lança d'une voix énervée :
-Et moi et Razzia, on reste moisir ici ?
Sans perdre le contrôle de ses nerfs devant tant d’impertinence, la princesse répondit calmement :
-Vous vous assurerez que les plans que je vais mettre en place dans dans les jours qui viennent ne s’effondreront pas dès que j'aurais le dos tourné. Avant mon départ, je vous désignerai les personnes à surveiller, et, en cas de comportement suspect ou d'action non-autorisée, vous ferez ce qu'il faudra
pour qu'ils ne mettent pas mon plan en danger.
-On dirait une mizzion d'azzazzinat, ton truc, nota Razzia. Je croyais pourtant que nous n'avions que des alliés, dans zette ville.

Jadina fit une légère pause avant de rétorquer :
-En effet, nous n'avons que des alliés dans la capitale. Le problème, c'est que les alliés à qui je vais faire appel sont parmi les moins fiables et les plus curieux que je connaisse.

En remontant l'escalier qui conduisait au cellier de l'auberge, Jadina se retourna et précisa :
-Mais ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous laisser moisir ici en attendant que tout le monde revienne. Avant de partir, je vous dirai quoi faire.

* * *

Silencieuse, Galatée écoutait d'une oreille distraite Kaladre expliquer à Danaël la façon dont il devrait se comporter avec Jadina, et ce qu'il faudra qu'il fasse lorsqu'ils atteindront Eternity.
-Si Jadina et toi, vous parvenez à battre Eternity, récupère son âme et l'éclat de l'épée qui se trouve près de son cœur. Mais, n'oublie pas que le plus important dans ce cas, ce n'est pas de se précipiter vers le corps, mais d'éliminer Jadina.

Surprise par ces paroles, Galatée se redressa et tendit l'oreille. Kalandre, l'air concentrée continuait :
-Normalement, elle sera moralement affaiblie après avoir tué son ancien compagnon, et ne sera plus sur ses gardes. Surtout pas avec toi, qu'elle pense, je te le rappelle, agir comme si tu étais l'ancien Danaël. En revanche, si vous échouez, ne tente rien. Laisse Jadina risquer sa vie et contacte-moi à la première occasion. Je verrai quoi faire à ce niveau-là...

La princesse aux cheveux roses se leva et s'éloigna de la Mère et de Danaël. Elle ne parvenait pas à croire que Kalandre poussait... non, ordonnait à Danaël de trahir une alliée grâce à laquelle ils avaient triomphé d'Eternity. Une alliée sur laquelle ils avaient toujours pu compter, même...
-Tu as l'air perturbée, nota une voix qu'elle détestait.
Arborant un sourire narquois, Halcyon était assis sur une branche à deux mètres du sol, adossé contre le tronc de l'arbre. Voyant son trouble, l'elfe noir enchaîna :
-Et bien ? Tu as avalé ta langue de noble pompeuse à force de trop faire ta belle ?

Mais Galatée, sous le choc de ce qu'elle avait entendu, ne releva même pas l'insulte. Elle lui annonça simplement :
-Kaladre demande à Danaël...
-...d'assassiner Jadina, acheva le guerrier à la lance d'or. Je suis un elfe, j'ai parfaitement entendu ce qu'ils disaient. Tu es choquée que Mère demande de tuer quelqu'un ?
-Non, bafouilla la princesse. Je veux dire, ce n'est pas la première fois qu'elle dit à l'un de nous de tuer telle ou telle personne. Mais Jadina est une alliée fidèle ! La tuer n'a aucun...
-Calme-toi, lança Halcyon.
Galatée observa celui-ci descendre de l'arbre et se poster juste en face d'elle.
-Je suis au service de Kalandre depuis bien plus de temps que toi, prononça l'elfe noir à voix basse, son visage à une trentaine de centimètres de celui de la princesse. Et je peux t'affirmer qu'elle n'a jamais hésité à trahir qui que ce soit. Selon elle, l'honneur est un concept inventé par les dieux décadents qui ont crée notre monde, destiné à freiner le développement des mortels que nous sommes. Et je peux dire que je n'ai jamais douté d'elle. Alors tu devrais en faire de même. Si Mère dit « Jadina doit mourir », alors Jadina doit mourir. Point.

Hanlcyon retourna ensuite sur sa branche, laissant Galatée seule et pleine de doutes... Quels doutes ? « Si Mère Kalandre le disait, alors il le fallait », se convainquit Galatée, ignorant le sentiment d’insécurité qui lui tordait les boyaux, et qui finit par disparaître devant la résolution de la jeune fille.

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La renaissance d'un monde, l'extinction d'un autre. Par Eldaxer.

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