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 Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)

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MessageSujet: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Jeu 17 Juil - 21:58

PROLOGUE


Lorsque le Feu de la guerre et de la domination,
Libérera le Fils de sa diaphane Prison ,
Alors viendra l'Heure du Dernier, Compte rendu en soit aux Hommes
Invoquera et Rattrapé sera, par Deux Paiements
Sacrifiera l'Espoir d'Alysia aux Noir Fantôme
Faute de la Livrer à Elle Même,
Où à jamais elle s'enfoncera et pour l’Éternité, dans le Néant

Ainsi est décrite la Prophétie Jaguarianne. Alors que rien ne semblait plus pouvoir troubler la renaissance Alysienne après l'Ere d'Anathos, de nouveaux événements se bousculèrent. Sheibah, appartenant à la race des Jaguarians, Grandes Prêtresse du Dieu Libérateur, Misery, trahit les siens dans l'optique de vengeance. Elle déroba une partie d'une clé magique, verrouillant l'accès à un pouvoir destructeur sans limites connue, s'empara des autres fragments et fit alliance avec le Peuple Maudit des Chiridans, Gardiens séculaires de la Prison de Verre du Fils d'Anathos, Eternity. Sheibah et Eternity firent Alliance, combinant la Toute-Puissance Divine avec le Corps qu'il lui fallait pour Régner sur Alysia. Désormais un, Sheibah et Eternity prirent le Contrôle d'Alysia, entreprenant l'élimination définitive de la Race des Hommes. L'Alliance des Jaguarians et des Chiridans sous son joug Dominateur partit en Croisade à travers Monts et Marées afin d'Exécuter les Desseins du Nouveau Dieu. La Cité Volante Chiridanne devint le Palais Sombre de la Ville de Jaguarys, au coeur des Montagnes Inhospitalières de Lovinah, abritant l'Atroce Seigneur de la Nouvelle Alysia en plein Mouvement. Le Souverain Jaguarian, Kel-Cha et frère du Légendaire Gryf, fut contraint de faire Alliance avec la toute nouvelle Divinité. La Guerre se prolongea des Années, les Hommes furent vaincus et leur Race s'éteignit dans un sillage de poussière et de sang. Les Elfes coupèrent tous liens avec Alysia, acceptant le Marché que leur Proposa dans l'ombre Eternity. Les autres races, dépouillées de leurs richesses et pouvoirs, plièrent l'échine devant Eternity, Fils d'Anathos le Tout-Puissant, qui promit de leur laisser la vie Sauve en échange d'un asservissement à son culte et d'une adhésion sans bornes à sa cause.

Les Légendaires, sur la piste de la Prêtresse Sheibah, furent balayés par la domination du Dieu. Razzia de Rymar et la Dernière des Chiridelles, Amylada trépassèrent de la main d'Eternity. Shimy, l'Elfe Elémentaire de Koléana, refusant de se retirer d'Alysia afin de rejoindre son Peuple, fut également mise à mort. Gryf, Ténébris et Shun-Day, respectivement Légendaires et ultime descendante Galina, tombèrent en esclavage devant le Dieu, qui se chargeait personnellement de leur docilité par le biais d'un dressage implacable au sein des murs de Jaguarys. Nul ne sut ce qu'il advint du leader du Groupe de Héros, anciennement reconnu. A peine restait-il sur certaines lèvres encore le nom de l'Ancienne Princesse d'Orchidia. Jadina. Seul un fou l'aurait cru en vie.

Oroban et toutes les villes Humaines furent détruites par le Sillage et les Armées d'Eternity. La Mort de Larbosa permit au Dieu de S’Autoproclamer unique Autorité vivante sur Alysia.  

Rien ni Personne désormais n'aurait pu s'opposer à cette Nouvelle Ère de Ténèbres et de Folie.



CHAPITRE 1 : MACHINATION


Les Orcs de Muliba s'étaient auto-établis Maîtres du front Est d'Eisleymos. Une véritable guerre civile avait éclatée, entre la race Orc et celle, plus inférieure en nombre, des Titans de la Vallée des Dents de Pierre. Finalement, au prix couteux de nombreuses vies, les Titans avaient obtenus le contrôle du Front Ouest de la triste cité. Les parties Nord et Sud avaient été détruites incontestablement il y avait déjà deux ans de cela, par l'Armée Jaguarianne, asservie au Dieu Eternity. Les survivants Humains avaient été emmenés, enchaînés, en file indienne, à Jaguarys pour y être exécutés sous l’œil implacable de Sheibah, liée à présent au Dieu.

-Le cœur des afflictions...

Les Monslaves avaient ensuite entrepris de devenir les Maîtres d'Eisleymos. Durant plus d'un an, les représentants de races venant des quatre coins d'Alysia s'étaient affrontées afin de contrôler l'ancienne cité marginale. Alors que l'Ordre des Monslaves, où la règle d'Or, « chacun pour soi » demeurait la même avant et après le couronnement d'Eternity, avait atteint un nombre étonnement faible d'effectifs, les Orcs de Muliba avaient saisis l'occasion d'écraser ces ennemis et de percevoir un impôt pour chacune des denrées qui entrait ou sortait de nouveau de la cité noire. Le trafic affluait de nouveau.

-Décidément, tout s'achète ici.

C'était bien pour ça qu'il avait bravé tant et tant de risques pour atteindre la titanesque porte d'Eisleymos. Deux Orcs malodorants, vêtus de peau de bête et de pièces d'armures crasseuses le lorgnèrent de haut. « Environ deux mètres chacun. » estima mentalement le voyageur. Il gardait dissimulé sous son épaisse capuche noire son visage. Pour rien au monde il ne devait être reconnu. Les deux gardiens le dévisagèrent, leur halène fétide à quelques centimètres de lui. Le premier Orc portait à sa taille un poignard rouillé, dont la taille de la lame égalait facilement celle de l'avant bras  du chemineau. Il paraissait que durant l'Accident Jovénia, les Orcs n'avaient pas rajeunis, préservant la reproduction de leur race, alors presque en voie d'extinction avant que la Pierre ne se brise, tandis que celle des Hommes décroissait cruellement. A présent le voyageur ne croyait pas se tromper en pensant qu'ils faisaient partie des races les plus abondantes d'Alysia. Mais cela n'avait plus aucune importance à présent. De plus, les effets cents fois maudits de la Pierre de Jovénia avaient été annulés par le Fils d'Anathos. Si un mage lui avait prédit cela il y avait deux ou trois ans, il lui aurait certainement ri au nez. « Allons, sois honnête avec toi même. Ri au nez ? Tu l'aurais sûrement fait jeter en prison. Puis tu l'aurais jugé fou et tu l'aurais fais pendre sur la place publique. » Le second Orc portait un cimeterre à l'air fort pesant au côté, et une lance qu'il braquait sur l'individu.

-Tu es sourd ou bien ?

Ce dernier se ressaisit immédiatement, reculant d'un pas afin d'éviter le désagréable contact de l'acier contre sa poitrine.

-Je vous demande pardon Messire Gardien ?
-J'ai dis le prix d'Entrée à Eisleymos est de cinq.
-Bien sûr Sieur.

Le chemineau plongea sa main à l'intérieur de son grand manteau grisâtre. Il en retira cinq pièces rondes, polies, en or. L'Orc le dévisagea comme s'il venait de lui tendre des cailloux.

-D'où sors-tu ça, Animal ? Tu sais bien que le Kishu n'a plus cours sur Alysia !
-Pourtant c'est tout ce que je possède. Et certaines cités font encore valoir le cours des Kishus.
-C'est contraire aux lois d'Eternity et des Jaguarians.
-Mais vous n'êtes ni l'un ni l'autre.

Les deux Gardiens se concertèrent du regard. Les trois sous brillaient timidement, éclair de soleil dans une nuit de ténèbres. Finalement, l'un des Orcs saisit la menue monnaie, la goûta et cracha avant de glisser le tout dans une poche intérieure.

-Tu es malin, Roublard. Bienvenue à Eisleymos.

Prudent, sans dire mots, leur interlocuteur s'avança et dépassa les lourdes portes que l'on venait d'ouvrir pour lui. Bon sang, pourquoi était-il si nerveux ? Il était pourtant déjà venu une fois à Eisleymos et tout s'était fort bien déroulé. Oui, mais cet âge n'avait rien à voir avec celui qui se traînait aujourd'hui. C'était une autre époque. Une autre ville. Le vagabond resserra encore les bords de sa capuche, quitta à faire blanchir les phalanges de ses doigts. A sa droite, un bordel Farfadet. A sa gauche, un vendeur de chair Humaine. Les derniers humains. Le Voyageur souleva le tissu de son capuchon contre ses narines, afin de ne pas être écœuré par l'odeur, et dépassa d'un pas vif l'étalage. Une Jaguarianne l'arrêta au passage, tendant sa main contre quelques argents, mais il ne la regarda même pas et la dépassa. Il haïssait la race des Jaguarians, tout comme il haïssait celle des Chiridans et des Orcs. Il accéléra davantage sa cadence puis s'arrêta devant un bâtiment ascétique, aux murs aussi noirs que la cité elle même. Un personnage singulier, portant de solides cornes sur le haut de la tête et une queue hérissées de pointes le lorgna.

-Vous venez pour acheter où pour vendre.
-Acheter, Messire.
-Venez avec moi.

Le propriétaire l'amena à l'intérieur du bâtiment. Un Orc surveilla l'entrée et le nouveau client. Des torches brûlaient à l'intérieur de l'habitation, ce qui lui offrait l'illusion d'une certaine chaleur et lumière.

-Vous désirez ?
-J'en veux deux. Des femmes.
-On paye à l'heure. Combien il vous en faudra pour en finir ?
-Je ne désire par acheter des prostituées. Mais des gardes du corps.

La créature en face de lui eut un rire amer. Sa lourde queue frappa le sol, souleva un vaporeux nuage de poussière.

-Alors ça sera plus cher.
-Je le sais.

Le Rôdeur sortit de son vêtement un lourd sac de toile. Il tendit le bras vers le futur acheteur.

-Et faites vite si possible, je ne désire pas m'attarder ici.
-Certainement.

Si il était possible d'être changé en statue de pierre à cause d'un seul regard, nul doute que la vie aurait déjà quitté le Voyageur. La créature renifla les Pach d'Or (la Monnaie officielle de la Nouvelle Alysia) et se saisit du sac.

-Suivez moi.

Le voyageur remarqua que sa queue fouettait toujours le sol derrière elle. Il la suivit néanmoins jusque derrière un rideau sombre. Après que le commerçant eut crié des ordres dans une langue qui était inconnue au vagabond, deux femmes s'avancèrent. Leur vue raviva de vieux souvenirs au chemineau qui se contenta de hocher la tête en les voyant d'un air professionnel. Les deux Marakas portaient un chignon haut, et une longue tresse tombait dans leur dos. Des signes étaient peints sur leurs corps, traduisant leur soumission et leur statut. Les Marakas allaient à n'importe qui, se rangeaient du côté de n'importe qui, du moment que la personne pouvait payer. En revanche jamais elles n'employaient le verbe « je » où ne disait ce qu'elle pensait intérieurement. Les deux femmes abhorraient un collier de cuir noir et un gilet de même couleur, ainsi qu'un pantalon ample en toile, blanc pour l'une et rouge pour l'autre. Des serres poignets et des sandales en cuir brun complétait leur accoutrement. Le commerçant parla de nouveau dans une langue incomprise, puis ses deux biens s'agenouillèrent devant le Voyageur. Ce dernier les estima rapidement. Il posa une main sous le menton d'une des deux femmes, croisant son regard bleu acier, mortellement insensible.

-Je suis votre Maître, maintenant. Quel est votre nom ?
-Allheïa, Seigneur.
-Meysha, Seigneur.

Le Rodeur hocha une seconde fois la tête. Ces Marakas étaient initiées à toutes les techniques de combats, perdues et mortelles,  humaines ou non-humaines, d'Alysia.

-Meysha, Allheïa, vous allez me faire honneur.


*
*  *

Quittant Eisleymos, escorté à sa droite et à sa gauche par les Marakas, le Rodeur prit la route acrimonieuse des Montagnes de l'Oubli. Là ou, paraissait-il, on finissait par s'oublier soi même si l'on y demeurait trop longtemps. Il s'enfonça dans le sentier brumeux, au prix d'une escalade passagère permettant d'atteindre l'endroit qu'il avait repéré il y avait de cela presque six mois. En tout, le voyage d'Eisleymos à chez lui dura une trentaine d'heures. Il avait choisi de parcourir tout d'une traite, évitant ainsi les escadrilles volantes Jaguariannes et les patrouilles irrégulières Orcs. Le temps fut avec eux, la pluie couvrant leur odeur -non leur, mais son odeur- et leur sillage à d'éventuels poursuivants. Ce fut avec soulagement, bien que trempé et épuisé, qu'ils atteignirent la planque caverneuse qui servait de refuge au Chemineau. Aménagée, c'est à dire abritant une couverture, des vivres, de l'eau potable et des armes, cet endroit avait permis à l'Homme de rester cacher des mois. Il était le dernier de sa race. Le dernier homme d'Alysia. Il ne se bornait pas à trouver des survivants, il le savait. Que faisait-il d’ores encore sur cette planète ? Etait-il lâche au point de s'accrocher à une vie de misérable, se cachant dans une caverne et luttant pour survivre ? Au bout du compte, il serait pris.
Ôtant sa cape et son capuchon imbibé d'eau, il entreprit de l'essorer en recueillant soigneusement le liquide ô combien précieux. A demi nu, il tendit la carafe bosselée à Allheïa. Cette dernière braqua sur lui un regard sans expression. Avait-il déjà oublié les manières que l'on se devait d'adopter lorsqu'on s'adressait à une Marakas ?

-Bois, je veux que tu sois toujours en forme. Toutes les deux. Vous devrez me protéger à présent, tel est votre rôle.

Un sourire en coin, il ajouta.

-Ca ne sera pas facile, désormais. Mais je veux que vous mourrez en me protégeant, où avec moi si vous êtes incapables d'accomplir à bien cette mission. La seule que je vous donnerai.

Meysha prit la parole.

-Est-ce là votre seule disposition, Maître ?
-Non.

Le Comte Kasino (l'ancien Comte Kasino) s'assit en face d'elles, sur un rocher vaguement plat. Il les regarda dans les yeux alors qu'elles baissaient les leurs.

-Vous me protégerez en dépit de tout. Vous ne me cacherez rien et me direz toujours la vérité, quoi qu'il en soit. Et si jamais Eternity venait à disparaître, cette Ere à se finir, les lois Jaguariannes et Chiridannes à s'effacer, alors vous et moi feront en sorte que la race des Hommes perdure malgré tout.

Meysha dessina un rictus creux au coin de ses lèvres. Mais elle ne sourit pas.

-Nous sommes des Marakas, Maître. Pas des femmes Humaines.
-Dans ce cas, il ne s'agira non pas de l'Ere des Hommes, mais des Semi-Hommes.

Dociles, les deux gardes du corps hochèrent la tête. Kasino essuya sa chevelure puis laissa tomber ses épaules. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas fermé l’œil. Et plus encore qu'il n'avait dormi sereinement. Il savait que ce sommeil là lui serait refusé à tout jamais.

-A présent, mes chéries. Que pensez-vous de cet Age ?

Un silence glacial comme le blizzard du Grand Nord tomba. Kasino reprit, d'une voix moins autoritaire, presque amicale.

-N'oubliez pas que je vous ai ordonné de me dire la Vérité.

Allheïa hocha la tête et l'ancien Compte crut même intercepter l'ombre d'un sourire sur ses lèvres.

-Si vous n'avez pas peur du supplice qu'Eternity vous réserve dans le cas où il vous capturerait, Maître, alors cette Ere sied convenablement à un Homme de votre trempe.

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Ven 18 Juil - 19:36

CHAPITRE 2 : EXECUTION
   


Le Souverain Jaguarian conclut la phrase qu'il était en train d'écrire, puis referma sans un bruit le recueil qui lui faisait face. Ses prunelles épuisées scrutèrent la couverture, soutenant des caractères Jaguarians enluminés et finement dorés.

Chroniques De la Guerre Du Fils
Livre I
Début de l'An 619 de l'Ere Jaguarianne

Kel-Cha laissa tomber son visage sur le rebord de la couverture, et serra fort la relique entre ses doigts. Il laissa son corps en proie à de violents spasmes de nervosité et de fièvre, comme ça lui arrivait si souvent depuis. Il ne luttait plus, il en avait plus qu'assez de lutter. Depuis combien de temps l'univers avait-il échangé l'entendement contre la folie et la violence ? Des larmes perlèrent à ses yeux, et il les essuya du revers de son avant bras. Rester digne. Garder la tête haute. Toujours. « Vous êtes notre Souverain à présent Roi Kel-Cha, le Peuple vous suivra quoi que vous décidiez. Mais en échange vous devrez vous parer de la couronne de l'impassibilité en toutes circonstances. » Depuis des années, depuis des mois, cette couronne devenait insupportable à porter. Comment pouvait-on exposé l'indifférence alors que tout autour de nous une ignoble hécatombe prospérait. Si encore son fidèle ami et conseiller, Kelma-Thu était présent. Mais Kelma-Thu n'était plus. Tout comme Gryf. Tout comme Garfilda. Tout comme ses plus proches Conseillers, Amis ou Ambassadeurs. Eternity avait pris soin d'encercler le jeune Roi en plaçant tout autour de lui des pions Chiridans. Kel-Cha posa une main sur son coeur et se leva du bureau sur lequel il écrivait. Il essaya et réussit à se souvenir des paroles d'une prière en son coeur, mais les mots même le révulsaient.

Vois nos tourments
Observe notre aveuglement
De tes Cieux de Lumière
Ô Seigneur Indulgent
Soulage et Prospère
Viens en aide à tes Enfants

Si Misery était quelque part, alors Misery était devenu sourd, car aucune réponse aux prières de son peuple n'avait été apportée. Kel-Cha avait cessé de prier depuis des années. Il repensa à son frère. Il ne supportait plus de savoir Gryf captif de Sheibah et Eternity. Ses maints tremblaient. Il ne saurait dire de quoi. D'appréhension ? De peur ? De remords ? Il saisit convulsivement sa plume et son encrier et le balança de toutes ses forces contre l'un des murs de la chambre. Au bruit de son éclatement, une Jaguarianne qu'il avait si bien connue accourut. Une longue crinière blonde flotta derrière elle. Garfilda, qui avait été la nourrice et la plus fidèle servante du temps du Souverain Wis-Kas s'arrêta net en constatant l'air désespéré de son Souverain. Kel-Cha trouvait cette créature dégoûtante. Il émanait de Garfilda une saisissante et fétide sensation de...viol. Kel-Cha ne trouvait pas d'autre mots. Il adorait Garfilda de tout son coeur, mais maudissait dans son être entier la créature à deux mètres de lui.

-Quelque chose ne va pas Roi Kel-Cha ?
-Non. Tout va bien Loryn.
-Vous..Vous en êtes sûr ? J'ai cru entendre un bruit brutal émanant de votre chambre.  
-Effectivement, oui. De la brutalité avec laquelle cet encrier s'est écrasé contre ce mur.
-Ho.

Retire toi, retire toi.

-Vous n'avez donc besoin de rien ? Je puis me retirer ?
-Oui, cela serait préférable en effet...Loryn.

La Jaguarianne s'écarta d'un pas silencieux. Kel-Cha se saisit d'une dague acérée, une arme personnelle et discrète qu'il gardait souvent contre lui ces derniers temps. Il avait été fort pour son peuple. Il s'était agenouillé devant Eternity pour son peuple. Mais maintenant il n'en pouvait plus. Il se sentait vieux et usé. Le Roi Jaguarian dissimula la dague à l'intérieur de sa manche pendante droite, puis enroula son capuchon autour de ses épaules et quitta le Palais Jaguarian. Afin de se diriger d'un pas désespéré vers le Temple Chiridan, également nommé le Grand Palais. La demeure d'Eternity.
Kel-Cha contourna les escaliers de l'Allée principale. La dernière personne qu'il avait envie de voir était Sheibah. Ou Eternity. Peu lui importait. Des gardes Chiridans braquèrent devant son visage des lances acérées. Kel-Cha détailla une énième fois avec dégoût leur queue, leur poitrine touffue, leurs crocs nacrés. Et le joyaux qui ornait leur front. Il fut un temps où il connaissait ces gardes. Ils lui avaient jurés allégeance en toute circonstances il y avait un peu plus de vingt ans maintenant.

-Halte. Où désirez vous vous rendre Roi Jaguarian ?

Kel-Cha se souvint du jour où Eternity s'était incarné. Une fois introduit à Jaguarys, il s'était emparé de la Corne de Sygma qu'il avait forcé Kel-Cha à détruire. Puis il avait ordonné que le peuple Jaguarian se mette en rang. Des milliers d'individus, femmes, hommes, enfants, s'étaient tenus en file devant celle qui était leur ancienne prêtresse. Eternity avait désigné personnellement près de neuf cent Jaguarians. Les Chiridans les avaient possédés de la manière la plus naturelle du monde. Puis Eternity avait disposé ses nouveaux pions à des endroits stratégiques de la cité autrefois cachée. Il avait pris soin de faire encercler le Roi et ses prisonniers personnels, et de s'assurer que les têtes Chiridannes avaient le contrôle des plus importants détachements armés. Puis les Humains qui servaient de corps aux Chiridans avaient été massacrés. C'était le commencement de l'Ere d'Eternity, Fils d'Anathos.

-Je vais voir mon Frère.
-Vous devez avoir la permission d'Eternity, Jaguarian, si vous désirez voir le Prisonnier Gryf. Il est la propriété du Seigneur Eternity.
-Je le sais, Chiridans.

Kel-Cha fit mine de chercher un quelconque laisser passer dans sa manche, et brandit rapide comme la foudre sa dague. Il frappa deux fois. Deux coups décisifs. Les deux gardes s'écroulèrent, leur couronnes dorées encore sur le front. Kel-Cha se refusa de regarder dans les yeux les deux Jaguarians qui l'avaient servis fidèlement toutes ces années. Mes amis, je suis désolé. Il passa entre eux. Un dédale de couloirs sombre s'annonçait, heureusement le Jaguarian avait suffisamment étudié les plans du Temple et des galeries de la prison pour savoir où se diriger. Un troisième Jaguarian s'avança vers lui. Il éleva la voix et saisit Kel-Cha fermement par le bras, afin de l'entraîner malgré lui vers la sortie mais comme pour les deux premiers, l'homme bête le réduit bien vite au silence.

-Alka-Thu, je suis désolé.

Il continua sa marche et s'arrêta devant la dizaine de Jaguarians en armure qui le menaçaient. Il allait devoir jouer serré. Vif comme l'éclair, le Jaguarian s'élança au coeur de la mêlée. Il devait tuer vite et efficacement, avant que l'un des guerrier aie le temps de crier un peu trop fort où de fuir un peu trop loin. Kel-Cha n'étant pas élu Roi des Jaguarians pour rien, il sut se montrer à la hauteur de cette mission. Bientôt, une large flaque de sang s'étendait à ses pieds. Gryf, tiens bon, mon frère.

Ténébris crut entendre une voix au loin. Elle n'était pas sure. Elle n'était sure de rien ces derniers mois. Encore une fois battue par Eternity, torturée, elle était tombée dans un état de semi inconscience qui pouvait durer des jours. Jusqu'à la prochaine séance. Mais cette fois, il semblait bien que... Une silhouette semblait s'être matérialisée devant elle. Elle sentit le contact d'une fourrure rousse contre elle, des muscles la soulevaient. Elle réussit à se tenir debout. C'était déjà ça.

-Ténébris. Légendaire Ténébris. Vous m'entendez ?
-Gryf.. ?
-Non. Ecoutez moi, où est il ? Où est mon frère ?
-Roi Kel-Cha.. ?

Ténébris sentit qu'on la secouait un petit peu. Cela lui donna la sensation qu'un génie minuscule infiltré en son être s'amusait à cribler chacun de ses muscles de petites aiguilles. Mais cela l'éveilla davantage. Elle reconnut parfaitement les traits de..Gryf. Son frère jumeau, donc.

-Ténébris, les Chiridans et Apéhros ne vont pas tarder à nous tomber dessus. J'ai besoin que vous retrouviez votre lucidité. Dites moi où est mon Frère. Je vais vous libérer tous les deux. Je pensais savoir quelle était sa cellule mais je l'ai trouvé vide. Eternity l'a t-il transféré ?
-Non..Il est..Il est parti.
-Gryf ?
-Eternity l'a envoyé en Croisade..loin d'ici. Il est avec un détachement..Jaguarian, sous les ordres de Lheïra et..Asthrid.

Kel-Cha crut que son cœur s'était changé en pierre. Gryf n'était pas à Jaguarys. Il avait pris tant et tant de risque pour... Il observa la jeune femme dans ses bras, qu'il soutenait encore du mieux qu'il pouvait. Non, pas pour rien.  

-Laissez moi vous aider Légendaire Ténébris. Je vais vous faire quitter Jaguarys.

Le Jaguarian passa un bras derrière les épaules de sa nouvelle protégée. Son cœur battait la chamade. Pourvu qu'ils aient le temps d'arriver jusqu'à la passerelle... Il faillit crier de joie lorsqu'il les aperçut au loin. Deux Jaguarians -en fait des Chiridans- s'approchèrent. Ils tenaient par la bride un Dragon Rouge robuste mais factieux. Kel-Cha aida Ténébris à se hisser.

-Je suis heureux de constater qu'il existe parmi votre peuple des Chiridans que la folie meurtrière n'a pas réussi à corrompre.

Le Jaguarian à la crinière verdâtre hocha la tête, l'air nerveux.

-Notre civilisation aurait dû disparaître il y a des siècles, Roi Jaguarian. En tout cas si elle fut préservée de la mort ce n'est certainement pas pour qu'elle en devienne la messagère.

Ténébris fut hissée par les trois Jaguarians sur la bête. Kel-Cha remarqua que les Chiridans n'avaient pas eu la possibilité de dérober à la sellerie le harnachement nécessaire.  Ni serre ni rennes n'entravaient le Dragon. Au loin une cadence que Kel-Cha reconnaitrait entre mille commençait à se faire entendre.

-Vite, envole toi. Allez ! Légendaire Ténébris, je suis terriblement désolé de ce que vous avez subie.

Les Deux Chiridans blêmirent. Kel-Cha tremblait de tous ses membres. Une voix chaotique semblant venir des Ténèbres elle même retentit derrière eux alors que la bête emportant Ténébris n'était plus qu'un point à l'horizon.

-Roi Kel-Cha !

Une déflagration balaya le sol autour de lui et les deux Chiridans crièrent de terreur. Avant même qu'il ait pu les en empêcher, ils se jetèrent aux pieds d'Eternity en pleurant comme des enfants. Mais Kel-Cha comprenait leur peur.

-Mon Seigneur.
-Où est passée la prisonnière !! Qu'avez vous fais de Ténébris !
-Je l'ignore, Seigneur Eternity.
-Tu mens. Tu mens impunément et ignoblement Roi Kel-Cha.

Une seconde déflagration roussit les poils du Souverain, lui brûlant les pupilles si il ne s'était protégé avant du revers des bras.

-Qu'as-tu dans la tête, Roi Kel-Cha ?! Je t'ai permis de rester Roi des Jaguarians, j'ai épargné les tiens, j'ai même gardé ton frère en vie alors que lui et ses amis ont tout tenté pour m'abattre ! Et toi tu craches au visage de cette indulgence ! J'ai fais en sorte que ton existence soit agréable, Roi Kel-Cha, je pourrai aussi faire de ta vie un enfer ardent !

Le Jaguarian recula de trois pas, tremblant à présent autant que les deux Chiridans devant lui.

-Je suis désolé, Seigneur Eternity. Mais je suis en désaccord avec vos idéaux, et avec cette guerre. A quoi cela vous sert-il de garder en vie Les Légendaires Gryf et Ténébris ? Vous désirez voir la race humaine éteinte, et elle l'est ! Vous désirez régner sur le Monde, et ce souhait est aussi exaucé. Accordez au moins à mon Frère et ceux qui le désirent la libération que la mort peut leur apporter !
-Gryf n'a plus rien d'un Légendaire. Il est réduit au rang de simple bête. Le joyau de contrôle placé sur son katseye par le Maître des Chiridans avant sa trahison fait de lui le meilleur de mes soldats. Mais je ne suis pas fou, et si je veux régner efficacement je me dois de posséder encore plus de guerriers invincibles ! Les Humains doivent disparaître jusqu'au dernier, je les ferai payer ce qu'ils ont fait subir à mon fils !
-Razorc...
-Assez !!!

Un souffle ardent et glacé à la fois s'abattit sur Kel-Cha.

-On ne prononce pas son nom. J'interdis à quiconque de prononcer le nom de mon Fils ! Aucun d'entre vous n'a ce droit !
-Votre Fils a certes été mutilé par des humains, mais c'est vous même qui l'avez tué une fois votre réincarnation accomplie.
-Car il était impossible de défaire ce qu'ils lui avaient fait !!
-Seigneur je vous en prie, libérez mon Frère. Vous êtes un Dieu, personne n'oserait vous affronter ! Il faudrait être fou pour envisager se dresser contre votre puissance. Votre Père, Anathos le Tout-Puissant a déjà prouvé par le passé la valeur de votre famille à Alysia. Personne ne vous tiendra tête, jamais !!

Eternity saisit à la gorge le Souverain des Jaguarians. Jamais auparavant Kel-Cha n'avait osé lui répondre sur un tel ton. Jamais il n'avait osé lui répondre tout court.

-Personne hormis toi, aujourd'hui même ! Mais je vais te faire payer cet affront Roi Kel-Cha ! Toi aussi tu as besoin d'être dressé. Je vais même m'occuper personnellement de ta personne. Dès cet instant tu n'es plus Souverain de rien du tout ! Tu es mon prisonnier, mon objet et ton corps en plus de ton âme sont livrés à ma résolution ! Tu te soumettras, tu me serviras puis tu mourras !

Haletant, le Souverain des Jaguarian plongea en tremblant une main dans sa manche.

-Non, Eternity. Pas cette fois.

Il saisit la garde ambré de son arme, et mobilisant toute sa force, il en plongea la lame dans sa poitrine.

-Seigneur Eternity, que s'est-il passé ?

Le Fils d'Anathos lâcha le cadavre qui s'écroula à ses pieds. Sans mots dire, il asséna un coup au visage du Roi déchu. Stupide fierté. Une fierté qu'il emporterait dans la mort. Mais après tout, les évenements n'échappaient pas à son contrôle car il avait justement prévu de se débarrasser de Kel-Cha qui devenait trop gênant à ce stade de son Règne.

-Apéhros, une prisonnière s'est échappée de Jaguarys.
-Ténébris, Seigneur ?
-Oui.
-Vous désirez que je m'occupe de vous la ramener ? Cela sera facile, Seigneur. Sa dernière leçon de dressage l'avait rendu très malléable.
-Je le sais, idiot. Puisque c'est moi qui m'en suis chargé. Non, ne perdons pas de temps à ramener Ténébris. A ce stade, elle ne peut rien tenter contre moi. Apéhros, mon fidèle asservi, je te fais Commandant des mes Armées et Roi des Jaguarians.
-Seigneur je...

Kelma-Thu s'agenouilla aux pieds de son Maître.

-Je vous suis entièrement soumis Seigneur Eternity.


*
*  *

Ténèbres. Débris. Poussières. Il se souvient avoir titubé et tâtonné des minutes entières dans l'obscurité la plus totale des mines d'Orchidia. Ce séisme colossal l'avait expédié à des mètres sous terres. Il était blessé au niveau du front et des genoux. Chaque mouvement le mettait au supplice. Il se doutait bien que ses gardes du corps avaient trépassé. Mais pour le moment ce qui l'obsédait était le fait de trouver rapidement une issue et sauver sa vie. Être livré en tant que prisonnier à Adeyrid, ça jamais ! Mais cette sensation...Comme si on l'épiait. Je ne m'en sortirais pas...Je ne m'en sortirais pas. Une ombre furtive passa près de lui, le faisant chuter encore quelques mètres plus bas. « Bon sang, qui est là ? » Un chasseur. Une proie. Il savait que les combats les plus mortels n'étaient en général pas ceux où les adversaires s'affrontaient durant des heures entière, contrairement à ce que les combattants inexpérimentés aimaient à penser. Certains de ces duels ne duraient même pas 5 secondes. « Pitié, je ne veux pas mourir ici. Je ne veux pas finir pendu, passer devant le Conseil et ma tante. Je dois trouver la sortie de ces satanés mines. Je dois... » Il sentait la présence se rapprocher puis un coup le fit de nouveau basculer. Il sentit une lame s'enfoncer dans sa poitrine alors que le visage de la Légendaire Ténébris exposait une expression perverse. Il se sentit mourir alors que sa meurtrière se délectait de son sang.

-Maître, vous allez bien ?

Kasino était inondé de sueur, sa poitrine se relevait et s'abaissait à un rythme effrayant. Encore ce cauchemar... Il était couché sur le sol, enroulé dans une couverture, torse nu. Il se passa une main dans les cheveux, en essayant une énième fois de comprendre pourquoi il était de nouveau en vie. Meysha était allongée près de lui, le regardant avec des yeux glacials. Elle posa doucement une main de velours (mais dotée de griffes invisibles) sur son poitrail.

-Désirez vous que je vous libère, au moins en pensées, des maux qui vous tourmentent ?

Kasino soupira, reprenant sa respiration. Il regarda la Marakas dans les yeux. En d'autres circonstances, il aurait tout de suite accepté la chaleureuse proposition.

-Non, Meysha. Pas aujourd'hui.

Il se releva, les jambes encore tremblantes. Cela faisait des années qu'il avait été tué, cela faisait des années qu'il aurait dû être mort. Parfois il se demandait si il ne vivait pas dans un cauchemar qui semblait vouloir s'étendre à l'infini. Kasino s'habilla, ajusta solidement son épée à son côté et se dissimula sous son capuchon sombre. Il sa saisit de la carafe d'eau d'hier et but tout ce qu'elle contenait. Il aurait tué pour pouvoir boire du vin. Mais d'un autre côté, ce n'était certainement pas l'Age à se soûler. Qu'avait-il prévu aujourd'hui ? Il observa Allheïa qui surveillait l'entrée de la caverne. Après tout. Il ferma les yeux et l'embrassa. A trois ils étaient moins vulnérables que seul, non ? Et puis qui viendrait le trouver ici ? Il pouvait bien s'accorder une heure de répit. Il fit un signe de la tête à Meysha qui leva un sourcil, expression des plus impertinentes pour des Marakas. L'ancien Comte passa une main sur la nuque de sa garde du corps, prenant plaisir à sentir le contact de sa peau si douce sous sa paume. Il l'embrassa encore. Cette dernière en grimpant sur lui sussura à son oreille :

-Je pensais que vous ne désiriez pas vous évader, aujourd'hui.
-J'ai changé d'avis.

Elle ne lui sourit pas. Il n'aurait pas dit que cela lui crevait le cœur. Kasino n'était pas du style à adorer le sourire des gens, et un sourire sur le visage d'une Marakas serait comme une tache de gras pâteuse au milieu d'une peinture harmonieusement austère. Il n'eut néanmoins jamais le temps d'apprécier la suite des événements. Il crut qu'une explosion eut lieu à l'intérieur même de la Caverne. Les deux Marakas bondirent sur leurs pieds, vives telles la foudre, et se braquèrent devant l'entrée. Le Comte se releva, il saisit la garde de son Epée. N'importe qui, n'importe quoi pouvait surgir. Un Orc, un Vagabond, un Jaguarian. Même Eternity. A cette pensée il crut que le sol allait se dérober sous ses pieds. Soudain, un homme fauve apparut, les griffes tranchantes comme des lames envoyaient bouler de partout autour de lui des cailloux et des roches. Il portait un katseye entièrement noir, semblant être dépourvu d'énergie. En tout cas, le katseye de ce Jaguarian était très différent des katseye qu'il avait pu voir (de loin, fort heureusement) sur les autres Jaguarians. Il hurla le nom de ses gardes du corps au moment où la bête rugit, se dressant de tout son long et les envoya valser dans les airs d'un coup de patte. Kasino frémit en voyant arriver derrière le Jaguarian deux autres Jaguariannes, et une bonne cinquantaine de Soldats de même race. Je suis perdu Je suis perdu Je suis perdu.

-On dirait bien que tu avais raison Asthrid. Le Dernier Homme dont fait mention la prophétie avait bien choisi les Montagnes de l'Oubli pour se cacher...
-Cette affaire sera vite réglée, Lheïra ! Gryf, tue les Marakas. Et l'Humain doit être amené vivant à Maître Eternity.

Kasino esquiva de justesse la force de la charge du Jaguarian. Maintenant qu'elles venaient de le dire. Malgré cette bave, ce regard déserté, cette peau cruellement mutilé, ces veines palpitantes...Il avait en face de lui le Légendaire Gryf. Je suis perdu Je suis perdu. Il brandit son épée et réussit à faire mouche. Il recula tandis que Allheïa et Meysha se jetaient sur lui. Kasino profita de l'ouverture qu'elles lui laissaient pour fuir. Les affronter tous était du suicide. Il n'avait qu'une option et probablement qu'une seule chance. Il rengaina son arme et dégringola la pente qui s'offrait à lui en entendant ses poursuivants le harceler.

*
*  *

Apéhros braqua ses pupilles de chats sur le Prisonnier que deux Chiridans amenaient. Ainsi donc c'était vrai. Il restait encore un dernier Homme. Son Seigneur serait satisfait. Suppliant, jurant, bavant, le Prisonnier fut traîné enchaîné jusqu'aux pieds du Dieu. Un rictus douloureusement amer trônait sur les lèvres du Fils.

-Voici le Dernier Homme dont parle la Prophétie, Seigneur. L'escadrille volante Alpha vient de le trouver, il se dissimulait au coeur des Montagnes, juste sous notre nez.

Le Prisonnier fut jeté à terre. A présent il pleurait. Et tout le monde pouvait l'entendre. La colère d'Eternity serait terrible. Puisque personne semblait désirer l'annonçait, Apéhros se lança.

-Il s'agit d'un ancien Trafiquant de Monslave, Seigneur.

L'homme frissonna. Il osa enfin lever les yeux vers le Dieu, qui venait de voir son visage métamorphosé par la haine. Un trafiquant de Monslave. L'un des tortionnaire de Razorcat. D'une voix puissante qui résonna à des dizaines de mètres à la ronde, Eternity rugit :

-Quel est ton nom, Humain ?
-Faktys, Puissant Seigneur.
-Est-ce vrai ? Est-ce vrai que tu étais un trafiquant de Monslave ? L'un de ceux qui ont persécuté mon Fils lorsque je n'étais encore que la Prêtresse des Jaguarians ?

Le prisonnier balbutia mais personne ne saisit le sens de ces mots. Apéhros eut presque de la peine pour lui. L'homme était assez vieux, il devait bien sûr paraître plus que son âge véritable, mais entre 50 et 60 seùblait être une bonne échelle d'estimation. Eternity se saisit de l’impertinent à la gorge. Ses doigts rougirent, du feu tournoya autour de ses mains. Le dénommé Faktys se débattit en hurlant.

-Es-tu le Dernier Homme ?
-Je l'ignore Seigneur ! Je l'ignore !
-Sais-tu qu'une Prophétie Jaguarianne mentionne ton nom ?
-Je..Je l'ignorais.
-Et elle parle également d'un Fantôme Noir et de Paiements.
-Je..Je ne suis pas pieux, comme vous Seigneur. J'ai toujours..toujours essayé de gagner ma vie honnêtement. Je n'y connais rien en magie où en Prophétie !
-Et bien moi je peux te citer celle ci, si elle t'intéresse, Dernier Homme.

Lorsque le Feu de la guerre et de la domination,
Libérera le Fils de sa diaphane Prison ,
Alors viendra l'Heure du Dernier, Compte rendu en soit aux Hommes
Invoquera et Rattrapé sera, par Deux Paiements
Sacrifiera l'Espoir d'Alysia aux Noir Fantôme
Faute de la Livrer à Elle Même,
Où à jamais elle s'enfoncera et pour l’Éternité, dans le Néant

Sur ce, Eternity rugit de rage. Ses yeux lançaient des éclairs de braise. Il souleva l'Homme de terre en lui broyant la trachée artère.

-J'espère pour toi que ton âme est affermie, Dernier Homme, car dès maintenant tu vas payer pour tous les supplices que toi et tes semblables avaient fait endurer à mon Fils et à tous les autres Jaguarians ! Et crois moi je veillerai à ce que le reste de ta vie soit long et épouvantable.


*
*  *

-Plus vite Allheïa ! Je ne t'ai pas payé pour que tu me retardes !
-Désolée, Maître.

La Marakas accéléra l'allure, rattrapant le Dernier Homme. Kasino s'en voulait d'avoir crié. Il savait qu'elle s'était foulé la cheville en combattant Gryf, mais la peur était encore présente.

-Il n'y a qu'un seul moyen de leur échapper, c'est là où les Jaguarians ne peuvent aller. Sur l'eau. Nous allons rejoindre le Port et embarquer à bord du premier rafiot. A condition qu'il y en ait encore un !

Kasino sentait ses poumons le brûler. Mais pour rien au monde il ne s'arrêterait. Cela faisait des heures qu'ils fuyaient, courant, dévalant les pentes vertigineuses des Montagnes. Par chance, ses poursuivants, munis de lourdes pièces d'Armure et certainement pas autant entraîné à la course que lui perdaient du terrain. Allheïa et Meysha avaient par miracle réussit à survivre à leur confrontation. Meysha perdait beaucoup de sang. Allheïa venait de perdre certainement l'usage d'un bras et y avait laissé sa cheville et de nombreuses plaies également.

-Le port d'Ostéroh, enfin.

Kasino bascula et tomba en avant, la tête dans la poussière. Il toussa et cracha, à bout de force. Le port était déserté et sombre. Un marchand était assis derrière un établi de poisson visiblement plus très frais. Ses deux gardes du corps l'aidèrent à se relever. Kasino s'appuya sur elles. Sa tête et son coeur menaçait d'exploser. Elles le portèrent jusqu'au bout du port, où un Navire -le dernier- s’apprêtait visiblement à  remonter l'ancre et appareiller. Kasino vit un Marakas, bras croisés, pipe en bouche, à côté de la passerelle. Les Marakas mâle différait considérablement des Marakas femelles. Alors que les femmes étaient dès leur enfance initiées à toutes sortes d'arts martiaux, elles étaient l'incarnation de la froideur, l’assujettissement et l'intelligence. Les hommes leur différaient en de nombreux points. La plupart des Marakas mâles étaient maigres, stupides, balourd. Alors que les femelles étaient respectées pour leur silence et leur soumission, les mâle agissaient comme si tout leur appartenait et se comportaient comme de jeunes coqs. Les mâles et les femelles Marakas ne se côtoyaient pratiquement jamais, sauf lorsque ils devaient s'accoupler, en général sur ordre des Maîtres de ces dernières qui payaient gracieusement l'heureux élu. Kasino réussit à balbutier son nom et demanda à monter à bord. Le Marakas le lorgna avec orgueil.

-Combien avez vous ?

Le Dernier Homme sentit ses espoirs l'abandonner. Il n'avait eu le temps de rien prendre en quittant son ancienne planque. Il allait être repris, livré à Eternity. C'était inutile de compter sur la compassion du Marakas. Ce fut Meysha qui répondit à sa place, bravant le regard du mâle.

-Nous sommes ses gardes du corps, nous travaillerons à bord et nous faisons de vous et tout l'équipage nos Maîtres. En échange de trois places à bord. Cela me semble convenable.

Le Marakas parut réfléchir à cette proposition. Il lorgna de nouveau Kasino ainsi que Meysha et Allheïa.

-Je prends un risque en vous aidant, vous êtes un Humain. Si Eternity avait vent de votre présence sur mon bâtiment.. Je veux bien vous prendre à mon bord, mais en guise de paiement, en plus de ce que vous m'avez proposé, vos deux gardes du corps resteront avec nous une fois que vous serez à destination.

Kasino avait conscience de s'être fait rouler. Mais il n'était plus en position de discuter.

-Très bien.

Soutenu par ses Marakas, il fut transporté sur le pont. Le navire délabré remonta l'ancre, l'équipage réduit gagna son poste et la coque s'éloigna de la passerelle. Ils quittaient le port d'Ostéroh. Meysha assis son Maître et entreprit de soigner la blessure qu'il avait sur sa poitrine.

-Qu'en dites vous, Maître. Nous nous sommes finalement bien acquittées de notre mission ne trouvez vous pas ?

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Dim 20 Juil - 15:45

CHAPITRE 3 : DIVERSION



Eternity obliqua son regard bouillonnant sur le Prisonnier étendu à ses pieds. Le Dernier corps répugnant d'une Race répugnante. L'Homme était immobile, comme si la douleur faisait à présent partie intégrante de son corps et son esprit, et ne causait plus en lui ni gémissements, ni cris ni tiraillements inutiles. Eternity savait que Faktys était encore en vie, il l'aurait bien achevé mais la mention de la Prophétie le retenait. Elle était comme une épée de Damoclès planant au dessus de sa tête.

-Seigneur Eternity !

Asthrid et Lheïra se prosternèrent en arrivant devant le Fils.

-Seigneur Eternity nous avons absolument des actualités à vous transmettre !
-Et bien parlez, qu'attendez vous !?
-Seigneur, nous étions en reconnaissance dans la Région Sauvage de l'Ouest, du côtés des Montagnes de l'Oubli. Et nous l'avons vu, Seigneur. Le Dernier Homme.

Eternity s'écarta d'un pas, afin de laisser le loisir aux Jaguariannes d'observer le misérable avorton.

-La Patrouille Alpha vient de me l'amener. Le Dernier Homme est déjà mien. Vous semblez être fort peu avertie Chiridannes.
-Seigneur Eternity, l'Homme que nous avons traqué est blanc de peau, brun et assez jeune. Il ne s'agit pas de celui-ci.

Le masque rugissant d'Eternity sembla se craqueler. Le Dernier Homme ne serait pas le Dernier Homme ?

-Faites le comparaître à mes pieds, immédiatement !!

Tremblantes, les deux Chiridannes serrèrent davantage contre elles leur lance acérée et baissèrent la tête en s'agenouillant humblement.

-Seigneur, c'est justement pour cette raison que nous sommes revenues à Jaguarys avec la plus grande célérité, nous n'avons pas réussi à la ramener car il a fui par voie maritime. Il nous faudrait des Dragons rapidement afin de pouvoir achever sa capture et vous l'exposer comme nous le devons !
-...Etes vous en train de m'apprendre qu'un Homme vient d'échapper à une Délégation Jaguarianne ?
-Seigneur, tout nous porte à croire qu'il était fort bien préparé. Deux Marakas étaient à ses côtés, elles ont terrassé toutes nos montures dans les Montagnes avant de prendre la fuite avec leur Maître. Ils connaissaient des passages dérobées et des pentes impraticables pour une troupe armée, nous lui aurions bien donné la chasse en mer mais plus aucun navire n'était en partance. Nous avons volé le plus de Montures possibles afin de rallier Jaguarys le plus rapidement. Il n'a que quatre jours d'avance sur nous, Seigneur !
-Vos prétextes et faux-fuyant, Chiridannes, me rendent malade ! Vous aviez le Prisonnier Gryf avec vous de surcroît ! Qu'est-ce qui peut justifier qu'un déplorable Homme en peine ait réussi à échapper à plus d'une cinquantaine guerriers d'élite ?!
-Seigneur Eternity, justement. Nous aurions pu le rattraper en lui donnant la chasse avec le Prisonnier Gryf. Mais sa soumission n'est pas totale et il semblerait qu'il retrouve certaines fois des éclats de lucidité et refuse de s'écraser face à l'emprise du Joyau qui le contrôle. C'est ce qui lui est arrivé au moment où nous lui avions ordonné de s'en prendre à l'Humain.
-Le Prisonnier Gryf rampe devant moi !! Vous me mentez !
-Pitié Seigneur ! Constatez la véracité de nos dires par vous même !

Eternity put lever les yeux et apercevoir, cinglé dans un collier de fer relié par des chaînes que tenaient deux Chiridans, l'ancien Légendaire approcher. Depuis sa détention se dernier semblait avoir perdu la faculté de se tenir droit et avançait comme une bête. Le plus étrange était ses yeux. D'habitude vidés de toute énergie et volonté, la pupille dilatée était gonflée de sang. Même si Gryf semblait épuisé et son corps meurtri, ses iris paraissaient aussi vifs que ceux d'un fauve prêt à bondir sur une proie.

-Voyez Seigneur. Nous savons que vous parvenez à contrôler le Prisonnier à distance grâce au Joyau placé par Maître Kirikiri avant sa trahison et avant que ne le tuiez, mais il semblerait vraiment que le Jaguarian ait trouvé le moyen de se soustraire par moment à votre Volonté.

Les Jaguarians qui tenaient les chaînes de Gryf les lâchèrent. Ce dernier était à moins de trois mètres d'Eternity. Le Joyau Ténébreux semblait étinceler. Et Gryf luttait contre ces étincelles qui envahissaient son esprit. Cela se voyait dans ses yeux. Il était couvert de sueur, ses poils hérissés et son corps tout tremblant.

-Comment.. ? C'est impossible ! Tu rampais devant moi lors de ta dernière séance de Dressage !

Gryf ne dit rien, mais il soutint le regard acharné de son ennemi et Maître.

-J'imagine que la distance te permet de réduire l'emprise que j'ai sur ce Joyau. Mais je vais de suite remédier à cette bévue.

Alors que Gryf se tenait la tête à deux mains, des éclairs noirs jaillirent de la pierre sur son front en s'élevant haut dans les cieux. Asthrid, Lheïra et les Chiridans présents observaient la scène avec effroi. Gryf hurlait comme un animal à l'agonie. Au prix d'un sacrifice inimaginable, il réussit à s'avancer jusqu'à être à moins de 50 centimètres du Dieu. Il enfonçait ses griffes dans le crâne afin d'échapper à la douleur, mais tout cela semblait inutile. Eternity le forçait à plier, tentant de le faire reculer, d'un calme horrifiant. Gryf se contorsionnait, secouant la tête et rugissant. Il leva le bras, prêt à attaquer celui qui lui infligeait tant de tourments. Asthrid et Lheïra pointèrent sur le Légendaire déchu leurs lances, promptement. Mais le Fils d'Anathos les fit reculer d'un simple geste du bras. Finalement, le Jaguarian torturé tomba à genoux, gémissant, dans un état semi-inconscient et convulsif. Avant de se prosterner définitivement devant son geôlier. Eternity recula, satisfait. Les yeux de Gryf étaient redevenus deux sphères éjectés de sang, miroirs menant sur un monde de douleur et de désolation.

-Je pense que le voilà calmé et désolé de vous avoir causé du tord. Emmenez le, je me chargerai de son dressage avec plus de conviction demain.
-Merci de votre aide, Eternity, Fils du Tout Puissant.
-Autre chose...

Sans crier gare, le Dieu Jaguarian tendit un bras et un écho lumineux flamboyant se forma au creux de sa paume avant de s'élancer vers Asthrid qui bascula en arrière, tuée, décapitée sur le coup. Lheïra lâcha sa lance en tremblant.

-Seigneur...Vous..Vous l'avez tuée..

Incapable de dire autre chose, ni même de regarder dans les yeux l'Ancienne Prêtresse, Lheïra se mit à sangloter en soutenant le corps de son amie. Une amitié qui avait traversé des Siècles et des Ages. Eternity adopta un ton menaçant.

-Laisse là où elle est. Je suis Fils d'Anathos le Tout-Puissant, mon Père n'aurait omis aucun échec de votre part, et moi non plus. Je suis déjà bon de vous accorder une seconde chance Chiridanne. Anathos ne possède pas mon indulgence.
-Bien, Seigneur.
-Donc vous allez immédiatement vous remettre en route avec une armada de cinq cent unités. Prenez avec vous autant de Dragons Rouges que vous le pourrez. Et amenez moi le Dernier Homme !!!
-Bien sûr Seigneur Eternity ! Je vous remercie de votre entendement à notre égard ! Que...Que faisons nous du Prisonnier Gryf ?
-Je ne veux prendre aucun risques. Laissez-le ici. Votre proie est un Homme il me semble, pas un Démon sorti tout droit des Bas Enfers. Vous saurez bien le maîtriser !
-Assurément Mon Seigneur.


*
* *

Kasino se protégea le visage du revers du bras de la houle qui semblait vouloir retourner la coque du Navire. Les cieux étaient gris et vrombissant. Le Dernier Homme enroula autour de ses poignets le cordage amarré à l'un des mâts et entreprit de déplier les voiles. Une secousse le fit basculer et il percuta de plein fouet le bôme qui tanguait également. Allheïa le soutint alors qu'il se redressait. L'équipage extrêmement réduit pour une coque comme celle ci était aux abois. Le Marakas prenait du repos dans sa cabine après avoir veillé au grain en tenant la barre durant les trois derniers jours. Kasino entreprit de tirer le cordage afin de dérouler cette satané voile, puis fit signe à sa Meysha d'attacher le tout en grimpant dans les haubans.

-Que disent les marins face à cette tempête ?
-Ils appellent ça une simple brise, Maître.
-Sans blague, et elle va durer longtemps leur brise ?

Meysha ne répondit pas mais pencha la tête en observant un point au loin invisible pour Kasino. Perchée autant qu'elle l'était dans les cordages, elle pouvait aisément distinguer ce qui était invisible pour lui. Le Comte se laissa tomber le long de la passerelle, inondé de sueur malgré le froid mordant du large.

-Maître.
-Qu'y a t-il Meysha ?
-Vous devriez voir ça. Nous allons croiser un second Navire.
-Et bien, en quoi cela devrait-il m'intéresser ? Il ne s'agit pas d'une coque Jaguarianne que je sache.
-Non, Maître. Une coque de Pirates.

Kasino jura et se releva d'un bond. Une seconde lame fit tanguer le bateau et le précipita vers l'avant. Il jura encore et se précipita sur le bastingage afin d'espérer détecter quelque chose.

-Tu es sure Meysha ?
-Les Marins murmurent, Maître. Ils sont nerveux.
-Mais l'équipage est réduit, aucun de ces gus ne savent se battre. Et Allheïa et toi êtes encore blessées.
-Nous sommes votre protection rapprochée, Maître.
-Oui, et bien vous n'êtes pas à la hauteur ! Vous ne serez pas à la hauteur. Pas cette fois ci...

Cette fois le Dernier Homme le distinguait bien. Le pavillon, le pavillon. Il n'était guère étonné en l'apercevant. Des pirates poissons. Des Hommes-Poissons. Il cria de rage en frappant le bastingage. Le Navire ennemi serra le vent, gagnant de vitesse la coque Marakas. Le Capitaine sortit de sa cabine. La peur se lisait sur son visage ambré. Il portait une simple épée au côté. Non, non, non, non.

-Je crois Humain, que vous et vos Marakas allaient nous être d'un grand secours finalement.
-Quelles sont nos chances ?!

Le Marakas observa la coque ennemie se rapprocher inexorablement. A bord, les pirates s'agitaient en tous sens, épées au poing. La coque de bois sur laquelle ils flottaient n'avaient pas le moindre espoir d'échapper aux forbans.

-Capitaine, quelles sont nos chances ? Nous allons être pris, c'est ça ?

N'obtenant aucune réponse, Kasino cria le nom de ses Marakas en se précipitant vers l'Arrière du bateau. Un choc violent lui fit comprendre que l'abordage avait commencé. Des cris mêlés au son du tonnerre prirent d'assaut le navire. Kasino tenta de mettre à la mer une chaloupe. Derrière lui on pouvait nettement entendre le son des marins se faire déchirer en deux.

-Allheïa, couvre nous. Meysha, vient m'aider !

Il réussit à ouvrir le premier battant avec l'aide de la Marakas, mais le second résistait. Allheïa envoyait au sol déjà le troisième larron. Les Hommes-Poissons affluaient vers elle, heureux d'avoir repéré une présence féminine à bord. Kasino rabattit son capuchon sur sa tête. Il maudit le second battant qui lui résistait, le narguait. Puis il entendit un bruit sourd tandis que sa Marakas s'écroula sur le pont. Il n'eut le temps de saisir son épée que cinq autres lames l'encerclaient déjà. C'est ce moment que choisis ce maudit battant pour céder, libérant la chaloupe. Kasino envisagea de bondir dans l'embarcation mais Meysha était aussi encerclée par les Pirates et seul à bord d'une barquette comme celle-ci, il ne donnait pas cher de sa vie. L'un des Hommes-Poissons s'approcha de lui. Kasino sentait le contact fort désagréable des lames sur sa peau. Il ne pouvait bouger d'un pouce. L'Homme-Poisson le renifla. Ce devait sûrement être le Capitaine car l'un des bandit lui indiqua que Kasino tentait d'abandonner le navire. Le Pirate le renifla encore.

-Jette ton arme.

Kasino obtempéra, espérant que les pirates s'empressent de le faire mettre au fer avant de remarquer son identité. L'épée fit un bruit sourd en tombant. L'Homme-Poisson se saisit du capuchon grisâtre qui recouvrait le visage de leur proie, et le jeta violemment par dessus bord. Des sifflements et des interjections d'émerveillement s’additionnèrent à cette découverte inattendue.

-Un Homme. Nous qui croyons la race des Hommes éteinte...

L’haleine qu'il inhalait était insupportable, mais il y avait bien pire que ça.

-Fouillez le !

Une masse de pirates grouillante bondit sur Kasino, dérobant tout ce qu'ils pouvaient dérober. Ceinture, chemise, fourreau et bottes disparurent comme par enchantement. Le Capitaine ricana en tournant autour de lui.

-Je crois que nous avons touché le gros lot compagnons. Le Dieu Eternity paierait très cher pour posséder le Dernier des Hommes d'Alysia.

Un bruit sourd résonna et Kasino perdit connaissance. Il tremblait à l'idée de se réveiller aux pieds du Dieu.


*
* *

Apéhros salua comme il convenait son Dieu. Ce dernier ne lui accorda même pas l'ombre d'un regard. Les bras croisés derrière le dos et le regard porté a travers la fenêtre de la plus haute tour du Grand Palais, Eternity semblait pensif.

-Débarrasse moi de celui là aussi, ajouta-t-il l'air distrait en parlant du corps de l'Humain Faktys.

Sans vie et tout sanguinolent, le Dernier Homme avait vécu des jours bien difficiles avant de sombrer dans la béatitude que la mort apportait. Kelma-Thu fit un signe de la main à trois de ses hommes, qui trainèrent la dépouille près de celle d'Asthrid. Kelma-Thu ajusta sa fine couronne dorée et se tint respectueusement derrière le Fils d'Anathos, sans rien oser dire. Eternity se tourna vers le nouveau Roi des Jaguarian, exaspéré par son silence et sa présence.

-Qu'as-tu à me dire Chiridan Apéhros ? Parle, ne reste pas planté ainsi !
-Seigneur, je..je m'interrogeais.
-Ton rôle ne se borne pas à s'interroger, Apéhros. Mais à m'obéir simplement.
-Loin de moi l'idée de vous déplaire Mon Seigneur. Je m'interrogeais au sujet de la Prophétie, je veux dire.

Soudain interessé, Eternity croisa de nouveau ses bras derrière son dos.

-Et bien je t'écoute.
-Seigneur, vous venez d'envoyer Lheïra et une troupe de Guerrier pister celui que vous pensez être le Dernier Homme, mais êtes vous certain qu'il s'agisse bien de lui ?
-Il est le Dernier Homme et la Prophétie est très clair là dessus Apéhros. Je ne vois pas comment je pourrais me tromper !
-Seigneur, et si le Dernier Homme était en réalité une femme ?
-Tu as perdu la raison, Chiridan !
-Je pensais à Ténébris Seigneur. L'ex Légendaire Ténébris.
-...Tu crois, Apéhros, que Ténébris que j'ai pris des années à briser serait l'Elue dont parle la Prophétie Jaguarianne.. ?
-Seigneur, je suis ignare en matière de Prophétie mais Ténébris vient de s'échapper avec l'aide de l'ancien Souverain Jaguarian Kel-Cha. Vous m'avez dit qu'il était inutile de la poursuivre, mais je ne peux m'empêcher d'être inquiet. Si elle décidait de revenir, si elle décidait de tenter quelque chose pour sauver le Prisonnier Gryf, par exemple, il se peut que...
-Tranquillise toi à ce sujet, Roi Apéhros. Ténébris ne peut être l'Elue, car elle ne fait pas partie de la race des Hommes.
-Pardon ? Je..Je ne comprends pas Seigneur.
-N'oublie pas que j'ai eu des années pour faire de Ténébris ma chose. Je sais tout d'elle, de son corps mais de son esprit également. Ténébris est une enfant née de la magie, tout comme l'ancienne Légendaire Jadina dont elle était une sorte de soeur. Il n'y a rien d'Humain chez ces deux femmes.
-Ho..Je m'incline devant votre sagesse et votre savoir, Dieu Eternity. J'ignorais que...
-Puisque nous en sommes aux confidences Roi Jaguarian, je t'écoute. Il y a autre chose que tu désirais me dire, n'est-ce pas.. ?
-Oui, Seigneur. Vous voyez très clairement en moi. Je me questionne également au niveau de la Prophétie. Seigneur pourquoi vous vous en inquiétez ?
-Pourquoi poses-tu cette question stupide?! Tu l'as vu de tes yeux, non ?
-Oui Seigneur. Mais enfin..Bien que je sois totalement ignorant comparé à votre savoir séculaire à ce propos, selon moi cette Prophétie vous est plutôt favorable, non.. ?
-Favorable ?
-Il est question d'un compte rendu à la Race des Hommes, Seigneur. D'un Sacrifice de l'Espoir. De quelque chose de Noir, et d'une Eternité dans le Néant. Tout ceci va en votre sens.
-Tu es si naïf mon brave Apéhros. Effectivement, pour un non-initié ces mots peuvent sembler m'être favorables. Mais il n'en est rien.
-Comment pouvez vous en être certain Seigneur ?
-Car je connais Misery, Apéhros. N'oublie pas qu'il y a quelques années encore j'étais sa Grande Pretresse. Oui, je connais ce Dieu abject, et si il a envoyé une Prophétie sur Alysia, c'est forcément pour me coincer. Je sais lire au travers les mots. Crois moi Chiridan Apéhros, si je ne débusque pas ce Dernier Homme, ce sera lui qui me trouvera et qui mettra fin à mon règne.
-Comment cela peut-il être possible.. ?
-Cette Prophétie met en avant Deux Paiements. Donc deux Destinées. Et si je ne fais rien, que ce soit l'une ou l'autre de ces Destinées qui se réalisent, je serai Perdant. Voilà pourquoi je dois trouver ce Dernier Homme avant qu'il n'actionne le piège mortel dont cette Prophétie fait mention. Et une fois que je l'aurais soumis, alors plus rien ne pourra empêcher Alysia de m'appartenir. Et Misery sera aussi impuissant face à moi que toutes les autres créatures pitoyables de ce monde !
-Je ne saisis pas tout Seigneur, je l'avoue. Mais en attendant soyez assuré de ma fidélité à votre égard.
-Je suis déjà assuré de ta fidélité, Chiridan Apéhros. D'ailleurs, je veux que tu accomplisses encore quelque chose pour moi.
-Mon Seigneur ?
-Enfourche un Dragon Rouge, et rejoins rapidement l'Armée commandée par Lheïra. Prends en le Commandement. Et ramène moi personnellement celui que je convoite. Je veux ce Dernier Homme Apéhros, et je ne veux pas attendre. Tu as jusqu'à la prochaine pleine Lune.
-Cela sera bien suffisant, Seigneur.



*
* *

Kasino papillonna des paupières en se remettant doucement du vilain coup qu'on lui avait asséné au derrière de la tête. Il était à peu de choses prêt nu, les bras liés derrière le dos,e t à fond de cale. Allheïa et Meysha étaient également avec lui. Allheïa se mourait, recroquevillée sur le sol, une plaie béante dans son ventre d'où s'échappait des litres d'un sang particulièrement sombre qui signait sa perte. Son visage exsangue en témoignait. Meysha s'approcha de son Maître. Les Pirates avaient pris soin de lier également les mains des deux Marakas. « Pour éviter qu'elles m'aident à me suicider si je leur ordonnait. »

-Maître, vous allez bien ?
-Je ne vois pas quelles raisons j'aurai de répondre oui. Combien de temps ais-je été inconscient ?
-Plus d'une demi journée. Ils vous ont frappé fort.
-Et naturellement mes sublimes Gardes du Corps n'ont rien pu faire pour me soustraire à leur emprise.
-Allheïa mourante et moi enchaînée ainsi, ce fut au delà de nos compétences, Maître.

Honteuse, la Marakas baissa la tête.

-Mais je vous ferai libérer en paiement de cette dette.
-Meysha, inutile de t'engager sur une voie que tu ne saurais suivre.
-Maître, je...
-Tu veux t'accorder à mon bon plaisir ? Alors ne dit plus un mot. Ne dis plus rien jusqu'à ce qu'on soit arrivé à destination. Car je refuse que l'on se gorge de faux espoirs.

Le Dernier Homme se laissa tomber sur le sol.

-Tout est terminé...

Soudain, une voix caverneuse et pourtant légère comme du papier de riz retentit tout près de lui.

-Je ne vous pensais pas si pessimiste, ancien Comte Kasino d'Orchidia.

Une lumière verdâtre envahit la cellule sombre. Kasino dû clore les paupières afin de ne pas être ébloui.

-Bon sang...Mais qui..vous êtes ?

Une femmes fort énigmatique se tenait devant lui. Son visage était en partie dissimulé par un tissu blanc et une gigantesque cape mauve saisissante flottait derrière elle. A côté, le Comte se sentait deux fois plus misérable qu'il ne l'était. La sublime créature sourit imperceptiblement derrière son voile.

-Mon nom ne vous apprendra rien, Comte Kasino. Disons que pour vous, en cet instant, je suis la providence.
-Pourtant vous semblez connaître le mien...Comment ?
-Disons simplement que je connaissais votre mère, Aloryn Invidia, Comptesse D'Orchidia.
-Ma..

Les mots s'étouffaient dans sa bouche. Cela faisait des années qu'il avait exilé le souvenir de sa mère au fin fond de son esprit, dans un endroit inaccessible et reculé.

-Oui, votre mère. Mais je ne suis pas venue ici pour parlementer famille, vous m'en voyez navrée.
-Ma mère est morte il y a plus de dix ans.
-Je le sais, j'étais présente au moment de sa chute.
-Elle n'a jamais mentionné votre souvenir du temps de son vivant..
-Sans doute parce qu'elle n'en a eu vraiment le temps.

Kasino ne dit plus rien, ne sachant que penser de cette dernière réplique.

-Que voulez vous de moi ?
-Faire un échange, Comte Kasino. Vous me semblez être en très mauvaise posture. Ou je me trompe fort, ou vous ne tenez pas tant que ça à comparaitre devant Eternity, Dieu trois fois Maudit, Fils d'Anathos.
-Effectivement, vous avez vu juste.
-Je peux vous venir en aide.
-En échange de quoi ? Dame, voyez. Je n'ai plus rien. Ni biens, ni nom, ni titre. Que pourrais-je bien vous offrir afin de monnayer votre aide ?
-Effectivement, vous ne me semblez pas riche. Alors je consens à vous faire crédit de ce paiement. Permettez moi de garder en réserve ce que je requiers de vous.
-Je ne comprend rien à ce que vous dites. Pourquoi voulez vous m'aider ?
-Sachez qu'il n'est que dans votre intérêt d'accepter ma proposition, Comte Kasino -ou plutôt devrais-je dire, Dernier Homme-, faites alliance avec moi, sauvez votre honneur et sauvez votre vie et tenez Eternity à distance autant que vous le pourrez.
-...Vous me faites sortir d'ici..vous sauvez ma vie et je vous paierai..plus tard ?
-Comme vous venez de le dire.
-Je n'ai plus rien à perdre, sauf ma vie et mon âme. Je refuse de devenir le Prisonnier d'Eternity. Alors, Dame anonyme, j'accepte votre offre.
-Vous venez de vous faire une alliée dans cette guerre, Comte Kasino.

La Dame s'avança près de l'Homme et entreprit de défaire ses liens. Étrangement, elle ne portait aucune arme sur elle. Kasino entreprit de défaire les liens de ses Marakas également.

-Vous êtes venue ici en vous téléportant n'est-ce pas ? Êtes vous liée à ma famille et à la magie de Jadylina ?
-Je ne le pense pas, Comte. En revanche vous avez raison, c'est bien par le biais d'un portail magique que je me suis introduite à vos côtés, vous m'en voyez désolée. Et c'est grâce à la magie également que vous allez échapper à ceux qui vous ont confondus.

Une sphère éblouissante apparut au centre de la cale, illuminant toute la pièce. En réalité une porte menant à quelque autre endroit. Un ouragan semblait s'être réveillé à l'intérieur de cette minuscule prison. Kasino scruta Allheïa, les mains serrées contre sa blessure mortelle. Elle n'était pas en état de se lever, et encore moins de marcher. Meysha s’apprêta à la soutenir afin de l'aider à franchir le portail magique fulminant, mais il l'en empêcha.

-Allheïa, je te délivre de tes services envers ma personne.

Sans un mot, la seconde Marakas rejoignit son Maître. Allheïa murmura quelque chose de déjà inaudible, et sourit subtilement. Une Marakas préférait de loin la Mort à l'échec du devoir envers son Maître. Kasino retint son souffle et passa au travers l'ouverture béante.

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Mer 23 Juil - 13:47

CHAPITRE 4 : DAMNATION



La Marakas revint vers son Maître, une petite créature récalcitrante au creux de la main. L'endroit était extrêmement sombre, heureusement que le timide feu allumé quelques heures auparavant par sa garde du corps, réchauffait considérablement l'endroit. Kasino n'aurait jamais imaginé que le portail magique de la femme mystérieuse les conduirait ici. La Marakas haussa les épaules en dévisageant le bestial battre des ailes et couiner, pris au piège de sa poigne. Le Comte ne dit rien, lui laissant le soin de le tuer et le préparer. Etait-ce comestible un bébé darkhellion ? Logiquement non. Mais du fin fond de Casthell, il n'avait pas vraiment le choix. A vrai dire, il éprouvait une bien heureuse consolation en songeant que s'il mourrait des suite d'une intoxication alimentaire ici, Eternity ne pourrait jamais mettre la main sur le Dernier Homme, et il en sera à ses frais. Les pensées du Dernier Hommes vagabondèrent de nouveau autour de l'identité de la femme mystérieuse qui venait de lui sauver la vie. Qui était-elle ? Quand se manifesterait-elle de nouveau ? Quel serait son prix lors de sa seconde visite ? La reverrait-il jamais ? Pour le moment, toutes ces questions étaient sans réponses. Il décida de concentrer ses songes sur quelques choses de plus concret qu'une bonne femme sortie de nulle part venue lui sauver la vie.

-Maudite Ere.

Meysha ne dit rien, elle était accroupie devant le petit feu qui rosissait la carcasse du darkhellion. De temps à autre des cris perçants retentissaient, faisant sursauter le Comte et sa compagne. Il s'agissait en réalité de Darkhellions affairés à se battre, autour du château macabre. Meysha avait trouvé une tissu mauve, ressemblant à une cape, par terre, et l'avait tendu à son Maître afin qu'il s'y enroule. Casthell était le dernier des lieux où Kasino aurait aimé trouvé refuge. D'un autre côté, il était au moins sûr qu'aucune patrouille Jaguarianne ne viendrait le rechercher ici. A des dizaines de kilomètres de l'endroit où il se trouvait avant de franchir le portail magique, au sein de l'unique et regrettée demeure du Sorcier Noir, Darkhell, mort il y avait presque 10 ans maintenant, de la main des Légendaires avant que la Pierre de Jovénia ne se brise. Aujourd'hui, l'accident Jovénia était remplacé par l'hégire Jaguarianne et Chiridanne et le sorcier Noir par l'Ere d'Eternity. Si seulement il avait la possibilité de remonter le temps. Dix Accidents Jovénia valaient mieux que sa condition de Dernier Homme recherché par un Dieu sadique et dérangé. Et puis ce château. Ces bruits lugubres, ces murs titanesques, ces ombres inconnaissables, ce froid mordant. Il pouvait presque sentir la morsure de la magie, palpable tout autour de lui. Meysha qui semblait pourtant encore plus hermétique que lui à cet Art ne s'était pas plein. Kasino bailla et posa son regard tiraillé sur les flammes vacillantes devant lui. Il referma autour de lui les pans de son manteau d'infortune. Soudain, ce qui était d'abord un murmure inaudible puis se transforma en une sorte de cri musical le heurta de plein fouet. Le feu gagna de l'ampleur et s'éleva de plusieurs mètres, jusqu'à illuminer entièrement la salle. La Marakas fut soufflée à plusieurs mètres des flammes. Kasino parvint à se retenir en se plaquant contre un mur glacial, la luminosité était devenue insupportable et il dut se couvrir le visage pour que ses yeux ne brûlent pas. Cette lumière dura moins que l'espace d'une seconde, elle fit ensuite place à un nuage de Ténèbres et de Lamentations qui tourbillonnèrent dans la salle. Kasino dut faire un effort surhumain pour ne pas crier en voyant se tenir devant lui, en proie aux flammes devenues anormalement acerbes et vermeilles, la silhouette vibrante toute-reconnaissable fut-elle, du Sorcier Noir. Meysha s'était relevée, un bras devant les yeux mais prête au combat. Pour sa part, Kasino n'était pas prêt du tout. Une voix semblant venir des Enfers les plus chaotique se fit entendre. Le DerniEr Homme remarqua avec terreur que le Sorcier Noir, en proie à des flammes devenues à présent noirâtres, ne brûlait pas.

-Tu as violé mon domaine, mortel.

Kasino balbutia un instant. Que dire ? Le masque rouge et nanti du Sorcier semblait le fixait avec une intensité à la fois flamboyante et glaciale.

-Et bien, serais-tu sourd ? Ou muet ? Ou bien les deux ?
-Je...Je suis désolé Seigneur. Il n'était pas dans mon intention de m'établir ici.
-Tu es pourtant dans l'une des pièces que j'affectionne le plus. Et tu portes mes couleurs, ajouta-t-il à l'attention du tissu mauve qui reposait sur les épaules nues de l'ancien Comte. Ce dernier se saisit du vêtement du bout des doigts et s'approcha du Feu mordant où le lorgnait le visage sans regard. Il tendit le bras.

-Je vous le rend, Sorcier Darkhell. Je m'en vais de suite. Pardon pour le dérangement..
-Tu ne m'as pas dérangé, Mortel. Je ne vis plus ici. Même mon corps n'y repose plus.

Kasino ravala sa salive. Que racontait-il ?

-Je...
-Tu ne comprends rien, n'est-ce pas ? Reste ici, j'ai des projets te concernant, Comte.
-Comment vous savez que...
-Silence, écoute moi sans poser des questions inutiles, ce que j'ai à dire est d'importance. Je ne suis plus en vie.
-Votre esprit à survécu à la mort, Seigneur Darkhell ?
-Non. J'ai été vaincu dans mon corps et mon esprit, mais je ne suis pas mort.
-Mais...comment est-ce possible ?
-J'ai rejoins une autre dimension. Un autre plan, si tu préfères. La plupart des Alysiens croient dur comme l'acier qu'il n'existe rien en dehors de la Vie et de la Mort. Ils se trompent. En réalité, il existe des infinités de Plans, des Dimensions, de Monde...et d'Enfers.
-Je l'ignorais. Pourtant si vous n'êtes...plus ici, comment parvenez vous à -il choisit soigneusement ses mots- entrer en contact avec moi ? A moins que...suis-je moi aussi « parti » ? Ai-je rejoins une autre dimension, comme vous, Seigneur Darkhell ?
-Non, Comte. Tu es toujours vivant. La seule raison qui fait que je puisse « entrer en contact avec quelqu'un comme toi » est la magie. Tu ne la maîtrises pas, mais ce lieu en est imprégné plus que tu ne peux le voir ou le sentir. Casthell se trouve être comme « un nid », chacune des branches ayant servi à son édification est associée à la magie, c'est grâce à la puissance de ces « branches » que je peux traverser le portail me séparant d'Alysia, pour me dresser, l'espace de quelques minutes seulement, au sein de ce « nid ».

Kasino hocha la tête, concentré sur les dires du Sorcier. Il parlait avec des mots et une simplicité étonnante, pourtant derrière ces dires se dissimulait un savoir et une expérience qui le terrifiait. Le spectre reprit :

-L'autre raison qui me permet de traverser le portail séparant les mondes, est la désunion de mon âme ; bien sûr cela peut paraître fort nébuleux pour un non-initié en magie, mas pour parler encore plus simplement, disons que du temps de mon vivant j'ai offert mon essence à la plus Noire des Magie, celle qui m'a maintenue en vie près de 200 ans. Lorsque je suis mort, mon corps est resté sur Alysia, une partie de mon âme -celle que j'ai gardé d'Humaine- est partie dans cette autre dimension, et l'autre partie -celle liée à la Magie Noire- est restée emprisonnée ici, à Casthell. Mais cela ne t'aidera pas beaucoup de savoir le comment. Écoute plutôt le Pourquoi.

Meysha avait baissé les poings. Kasino aurait bien ordonné à la Marakas d'attaquer l'essence du Sorcier Noir présent devant lui, lui donnant le temps de fuir, mais il avait le sentiment que cela ne l'aiderait pas. Darkhell ne ferait qu'une bouchée de Meysha et le rattraperait. Ensuite, il serait seul et vulnérable face à la colère du Sorcier Noir. Le DerniEr Homme s'avança d'un pas pour écouter avec attention ce que la voix caverneuse disait :

-Je suis dans la confidence de ce qu'il est en train d'advenir d'Alysia. Eternity à détruit la Race des Hommes et a pris le contrôle de ce Monde. Et il te cherche, Comte, à cause d'une Prophétie qui fait mention de toi.
-Une Prophétie ?
-Oui, une Prophétie Jaguarianne, venant du Dieu Misery de ce que j'en sais.
-En connaissez vous les propos ? Pourquoi une Prophétie porterait-elle mon nom ?
-Pas ton nom. Elle fait mention du Dernier Homme. Et je ne l'a connais pas en détail, je ne peux la voir, je te le rappelle.
-Je vous écoute, Seigneur Darkhell.
-Combien de temps encore penses-tu, espères-tu te cacher du Dieu, Comte Mortel ? L'Armée Jaguarianne est sans doute déjà à ta recherche, ils peuvent te tomber dessus d'ici 1 heure, 1 mois ou 1 an. Ce qui est sûr, c'est que tu seras pris et livré.

Kasino déglutit péniblement en baissant la tête. Le Sorcier Noir avait raison, et il le savait pertinemment. Il avait juste réussi à se convaincre du contraire et s'aveugler lui même.

-Je vais t'aider, tonna finalement le Sorcier Noir.
-Moi ? Mais...Pourquoi ?
-Je n'ai aucune envie de te répondre. Sache juste que je veux me venger d'Eternity. Je ne peux plus agir dans ce monde, et tu es le Dernier Homme. Également le seul qui vienne trouver refuge dans Casthell.
-Seigneur Darkhell je vois où vous voulez en venir mais je ne peux pas tuer Eternity pour vous. C'est un Dieu et...
-Et la puissance que j'ai acquéri en mon corps de mon Vivant -et jusque dans la Mort- m'a élevé en un rang quasi-divin !
-Je ne suis pas Sorcier, Seigneur Darkhell ! Je n'ai pas votre talent !
-Je vais te faire un don, Comte. Tu deviendras mes yeux et ma présence en ce monde, et moi je serai ton glaive et ton bras. Jure moi soumission totale et je te confierai la suite des projets que j'ai échelonné pour toi.
-Je veux bien me servir de votre pouvoir, Sorcier Noir -quand bien même je suis un néophyte en magie et je ne saurai l'utiliser- pour tenter quelque chose contre Eternity, mais mon Libre Arbitre et la seule faculté qu'il me reste, je ne peux pas le sacrifier ainsi. Vous n'êtes même plus de ce monde et vous en savez beaucoup plus sur moi que moi j'en sais sur vous.

Un silence glacial venait de tomber. Sans doute le Sorcier Noir n'avait-il pas prévu qu'il allait s'opposer ainsi à sa proposition. Les jambes de Kasino cessèrent de le porter et il s'écroula à terre. Son front cogna lourdement contre les dalles en pierre usées du sol de Casthell. Un bourdonnement abominable prit d'assaut son crâne et il eut l'impression que des hommes munis de marteaux frappaient de toutes leurs force sur ses nerfs et dans son esprit. Meysha se précipita sur son Maître et tenta de le relever mais ses yeux étaient vidés de toute énergie et entendement. Ses phallanges d'abord, puis le contour de son visage et sa peau blanchirent radicalement avant de commencer à fondre comme brûlé. Meysha dévisagea le masque rouge en proie aux flammes.

-Assez ! Il vous écoutera !

La douleur et la mutation cessèrent, mais en se retirant avec une lenteur flagrante. Darkhell était Maître de ces maux, et il entendait le montrer. D'une voix très posée -ce qui le rendait plus effrayant encore- il poursuivit à l'attention du Dernier Homme qui venait de vider son estomac sur le sol de Casthell.

-J'ai peut être omis d'ajouter que mon marché est sans condition. Je vais effectivement faire de toi le porteur d'une Magie Noire très puissante, Comte. Tu me serviras, et tu t'en serviras pour exterminer Eternity. Si ta prestation est accomplie avec conviction, alors peut être te laisserais-je en vie une fois le Dieu envoyé au Néant.
-Pourquoi.. ? Pourquoi vous intéressez vous au sort d'Alysia ? Vous ne faites plus parti de ce monde !
-Non, c'est vrai. Mais il y a une personne encore présente sur Alysia que j'aime plus que tout aux mondes. Et lever la main sur elle sera la dernière chose qu'Eternity aura fait de son règne.


*
* *

Ténébris ouvrit les yeux péniblement. Elle ignorait combien de temps elle avait volé, et où elle était à présent. Elle tenta de bouger mais ses poignets étaient liés derrière son dos. Devant elle le sol défilait. Elle déglutit un peu, les lèvres séchées et la bouche pâteuse. Petit à petit les évenements des dernières heures lui revinrent. Elle était attaché en biais sur un Kalifan, qui portait également de nombreux autres paquetages. A sa droite marchaient deux créatures à la peau verdâtres et à l'aspect répugnant. Pas plus grandes que des enfants -ou plutôt de jeunes adolescents- elles étaient solidement armées. « Des Farfadets » songea la Prisonnière. Si elle n'était pas aussi faible, elle se serait mise à rire. Echapper à Eternity pour se faire capturer par une troupe de Farfadets Voyageurs, c'était risible, vraiment. Elle chercha dans sa mémoire encore plus loin. Elle n'avait aucune idée du nombre d'heures -ou de jours- qu'elle avait passé sur le dos du Dragon Rouge. Le roi des Jaguarians qui l'avait aidé à fuir était-il toujours en vie ? Avait-il lui aussi réussi à fuir ? Ténébris prit conscience des risques qu'il avait pris pour la sauver, elle, et espéra de toutes les forces qui lui restaient que Kel-Cha était encore en vie, et sauf. Loin de la colère du Dieu cent fois maudit. Une bile de sang remonta dans sa gorge et elle cracha afin de ne pas s'étouffer. Le Farfadet le plus proche tourna la tête vers elle et la dévisagea de ses yeux vitreux.

-Bell, regarde ça. Notre charmante prisonnière vient de se réveiller.

Le second -du nom de Bell- s'avança près d'elle en posant indécemment sur elle des yeux jaunes vitreux. Ténébris ressentit un frisson glacial surmonter son échine. Les Farfadets étaient -jusqu'à l'arrivée au pouvoir d'Eternity- un peuple retiré, vivant loin des villes, dans les marécages et les plaines principalement. Vicieux, fouineurs, pervertis, ils formaient l'affiliation parfaite d'une race détestée de tous. Néanmoins la disparition de la Race Humaine avait favorisé leur diffusion sur Alysia.

-Bonjour, belle Princesse. Nous qui croyions la Race Humaine éteinte, imaginez votre Surprise lorsque nous vous avons trouvé.

Ténébris voulait leur demander où et quand ils l'avaient trouvée -elle n'en avait plus le moindre souvenir- mais sa mangue refusait encore de se mouvoir. Elle remua afin de tester la solidité des liens qui l'entravaient mais cette manœuvre ne lui servit à rien -excepté à torturer ses pauvres membres. Un fouet dans le dos, un troisième Farfadet s'approcha.

-L'Humaine est réveillée ? Parfait, ça fera une charge de moins pour le Kalifan.

Ténébris releva légèrement la tête afin de croiser le regard de son interlocuteur.

-Que voulez-vous de moi.. ?
-Plein de choses !

Sur cette réponse aussi simpliste que puérile, les trois Farfadets éclatèrent de rire en se tenant les côtes. Ténébris n'était pas plus avancée que ça. Elle établit une liste mentalement. Les Farfadets étaient friands de chair humaine. Option une. La vendre à Eternity semblait une option trop élevée pour leur niveau d’intelligence. En revanche ils pouvaient aussi avoir décidée de faire d'elle une de leur esclave, travaillant dans leurs infects marécages. Option deux. Ou alors ils comptaient tirer de son corps quelques plaisirs de temps à autre, ce qui justifierait le fait qu'elle soit encore en vie, et non empilée morceaux par morceaux autour d'une pique, comme une brochette. Cette dernière option lui donna la confirmation qu'elle attendait, à savoir à la première occasion présente, elle fausserait compagnie à ces trois idiots. En tant normal elle les aurait directement massacrés, puis se serait délectée de leurs tripes à l'air, mais là elle était trop faible. Le dénommé Bell la fit descendre du Kalifan. Elle ignorait si ses jambes la porterait.

-Tu vas marcher maintenant.

Ténébris était pieds nus, elle ne portait rien qui puisse couvrir sa nudité excepté une jupe en haillon, déchirée et tachée de sang -son propre sang.

-Je n'y arriverais pas, se contenta-t-elle de dire.
-Tu n'as pas le choix. Si tu refuses nous pourrions te trancher les doigts un par un jusqu'à ce que tu te décides.

Ténébris foudroya la Farfadet du regard. Elle estima le paysage. Ils étaient au beau milieu d'une plaine, même si le paysage était encore par endroit un peu Montagneux. En tout cas aucune chance qu'elle leur échappe en tentant de fuir. Elle se mit debout, les jambes tremblantes, et constata que son état était moins pire qu'elle l'aurait voulue.

-Et bien c'est parfait, Demoiselle. Vous voyez qu'on peut toujours trouver des arrangements.

Encore une fois les trois créatures se mirent à rire en se tenant les côtes. Ténébris aurait bien voulu effacer ces rictus abjectes de leurs visages répugnants. Apparement, une autre personne également car un jet de Flammes Noires jaillit de nulle part et percuta le Farfadet au Fouet qui se désintégra sous la puissance du coup. L'impact projeta l'Ancienne Légendaire à terre. Les mains toujours liée, elle ne put rien faire d'autre qu'attendre. Les deux autres Farfardets hurlèrent en sortant de leur manteaux des lames fines, taillées dans des os. Ténébris crut qu'elle devenait folle en apercevant son père, lové dans sa cape violette flamboyante, se dressait devant les deux survivants. Elle ne voyait pas son visage, allongée dans l'herbe comme elle l'était, mais avait reconnu le Feu Mystificateur du Sorcier Noir.
Les deux Farfadets s'élancèrent sur le Sorcier, les doigts encore fumant.Une aura de Ténèbres l'entourait et n'importe quel idiot aurait fuit en l'apercevant. Ce dernier écarta doucement les bras et les leva au ciel. Une sphère lumineuse crépitante se forma au centre de ses paumes. Le Sorcier Noir la balança sur les deux Farfadets qui crièrent de douleur. Un vol de membres, de boyaux et d'organes fusa de toutes part avant de s'écraser sur le sol. L'air semblait presque électrique, mais Ténébris connaissait cet électricité là, elle savait reconnaître la signature d'une puissante Magie Noire malgré toutes ses lacunes dans ce domaine. L'impact titanesque fit trembler la terre et elle sombra de nouveau dans un état semi-conscient. Elle sentit Darkhell la soulever avec une certaine affection puis enrouler sa cape mauve autour de sa poitrine impudiquement dévoilée. Elle murmura un « merci » inaudible et s'évanouit de nouveau.

*
* *

-Vous serez mieux ici.
Ténébris rouvrit les yeux en sentant qu'on la posait sur un sol froid. Il faisait noir tout autour d'elle. Elle lutta de toutes ses forces pour ne pas sombrer une énième fois. Elle voulait au moins pouvoir le toucher, le remercier, se jeter dans ses bras. Elle entendit le bruit de pas qui s'éloignaient d'elle. Tout plutôt que rester seule encore une fois. Elle trouva le courage d'ouvrir complètement les yeux et reconnut Casthell. A plusieurs pas devant elle son père s'éloignait. Quelques bougies étaient allumées ça et là, mais l'obscurité et les Ténèbres prédominaient.

-Père, attends..

Lorsque le Sorcier Noir se retourna, Ténébris put enfin admirer son visage. Mais ce n'était pas celui auquel elle s'était attendue.

-Vous n'êtes pas..mon père. Qui vous êtes.. ?

L'Homme -car il semblait bien que ça en était un- s'avança vers elle. Il portait une grande cape violette, une veste en fourrure et des bottes sombres, avec un pantalon en coton, simple. Il n'était pas armé.

-Vous ne me reconnaissez pas, Légendaire Ténébris ?
-Votre visage m'est familié mais...

Un silence s'insinua entre ces propos. Bon sang, ce regard gris, cette chevelure noire.

-Étiez vous un disciple de mon père ?
-Non. J'étais Comte à Orchidia, il a plus d'un Age.

Ténébris en resta bouche bée. Mais cet homme n'était pas censé être...

-Kasino. Comte Kasino d'Orchidia.

Une Marakas sortit de l'obscurité, apportant un bol d'eau. Chaque syllabe coûtait à Ténébris un effort surhumain, et elle crut défaillir de bonheur en sentant de nouveau sur sa langue une eau fraiche. Le Comte l'aida à s'abreuver avec une certaine douceur. Pour autant, Ténébris devinait qu'il était comme contraint. Elle but tout ce que contenait le bol puis resserra sur ses épaules le tissu mauve.

-Merci.

Le Comte fit un geste de la main pour congédier la Marakas qui se retira sans un mot. Ténébris reprit.

-Comte Kasino je vous remercie pour..pour m'avoir aidée.
-Il est vrai que je n'ai pas l'habitude de venir en aide à mes meurtriers.
-Je ne comprends pas.
-Moi non plus Légendaire Ténébris, contentez vous de savoir que je suis vivant, cela sera suffisant.

Voilà qu'il se mettait à parler mystérieusement. Comme la Dame masquée, songea Kasino. Il espérait que Ténébris se rendormirait très vite, car lui même ignorait combien de temps encore il allait tenir. Il était infiniment pâle et défaillant. Et pire que ça...

-Comte, je suis désolée. Je suis désolée que vous ayez dû périr de ma main. Sachez que je n'en était pas entièrement responsable, les événements datant d'après votre mort ont permis d'établir la vérité. J'avais été droguée et...

La croyait-il ? En tout cas il haussa les épaules en se relevant. Ténébris reconnut qu'elle s'était appuyée sur lui depuis tout ce temps.

-Peu importe. Je suis passé à autre chose, vous devriez faire de même.

Il lissa ses cheveux d'une main et s'éloigna, la mine grave. Ténébris essaya de se lever mais elle était vidée de ses forces. Elle repensa à Korbo, elle le revit gisant aux pieds du Dieu. Une rage indescriptible s'empara de son être, elle fit de son mieux pour la chasser puis éclata en sanglots. Moins de cinq minutes plus tard, elle dormait de nouveau.


*
* *

Kasino dépassa la pile d'objets et denrées que lui et sa Marakas avaient pu récupérer sur le Kalifan. Ils avaient dérobés là vêtements, eau potable, vivres et quelques couteaux. Eliminer les trois Farfadets avaient été paradoxalement très facile et extrêmement ardu. Kasino tomba au sol. Son ventre le tiraillait et le torturait. Il pouvait presque sentir ses intestins se tordre à l'intérieur de son corps. Ses veines étaient d'un noir anormal et profond et sa peau avait virée au blanc diaphane. Tout en lui lui faisait mal. Ses jambes, ses muscles, sa tête, ses os, son ventre. Surtout son ventre. Il rampa jusqu'à un coin de la salle, hésitant à appeler Meysha mais se ravisant. Le Sorcier Noir avait bien dit qu'il ne souhaitait pas la présence de sa Marakas. Des larmes montèrent à ses yeux et il se mit à pleurer comme un enfant. Tout plutôt que cette douleur. N'avait-il pas fait ce que le Sorcier Darkhell avait ordonné ? Pourquoi le suppliciait-il ainsi ? Il entendit un bruit sourd, un rugissement qui fit hérisser tous les poils de sa nuque. Il enfonça ses doigts dans son ventre en constatant que ce cri horrible venait de lui même. « Bon sang, je suis en train de me transformer ou quoi ? »

-Je suis ravi de voir que tu t'es décidé à m'obéir, Comte.

Kasino sursauta en voyant Darkhell debout à quelques pas de lui. Cette fois il ne s'était pas matérialisé au travers d'un Feu mais d'une Fissure entre deux dalles. « Il peut donc vraiment se matérialiser n'importe où dans Casthell ? »

-Et bien, qu'y a t-il cette fois ? Tu souffres ?
-Seigneur...pitié..J'ai fais ce que vous attendiez de moi, pourquoi vous m'infligez...ça ?
-Ce n'est pas moi qui te fait souffrir, Comte. C'est la Magie. J'ai nommé ceci l'Envers.
-Et..qu'est-ce ?

Tandis que Kasino vomissait encore une fois, le Sorcier Noir poursuivit très calmement.

-Tout se paie, Comte. Et lorsqu'on joue avec la Magie, le prix est très élevé. Tu viens d’éprouver la puissance de la Magie Noire avec le Feu Mystificateur et le Souffle Manifeste que tu as utilisé pour tuer les Fafadets.
-Mais je les tiens de vous ! C'est votre pouvoir, votre Magie.
-Peut être mais je t'en ai fais don, tu en es le Nouveau Porteur.

De nouveau, un rugissement obscène et glacial retentit à l'intérieur du corps de Dernier Homme.

-Et ça...c'est quoi ?!
-La Magie. Elle se fraie une place en toi.
-On dirait quelque chose de vivant.
-La Magie vit.
-Je ne veux pas de ça en moi !
-As-tu le choix ? Comte Kasino D'Orchidia tu m’appartiens !

Bredouille, Kasino baissa la tête puis se laissa rouler sur le dos, espérant atténuer la douleur. Son corps était pris de convulsion et il avait l'impression de se noyer dans sa propre sueur. Le sang martelait ses tempes comme le marteau d'un forgeron sur une pièce de métal.

-Écoute moi attentivement maintenant. Tu vas devoir apprendre à maîtriser ce pouvoir, et les dégâts qu'il causera en toi. Je veux que tu extermines Eternity pour ce qu'il a fait à ma Fille. Et je veux que tu protèges Ténébris de ta vie. Elle n'est pas ton égale, à mes yeux elle t'est supérieure en tout points, Comte Kasino, veille sur elle et prends soin d'elle, soumets toi à ces besoins et à chacun de ses dires. Je veux qu'elle se rétablisse très vite. Et pas par le biais des soins de ta Marakas. Mais les tiens.
-Très...bien Seigneur.

Kasino n'arrivait plus à parler. Chaque mouvement le faisait souffrir atrocement. Il entendait à présent la bête en lui hurlait. Et ces cris se répercutaient dans son crâne.

-Comte, je ne suis pas d'humeur à plaisanter. Si tu échoues face à Eternity je jure que je me saisirai de ton âme. Tu n'auras rien à attendre de la Mort car seul le Corps peut mourir. Je te ferai payer cet échec au centuple. Ma colère sera bien pire si Ténébris perd la vie par ta faute. Je te retrouverai sur Alysia, je te chasserai. L'Envers qui te frappe précisément ne sera rien face à ce que moi je t'infligerai. Je prolongerai ta misérable existence au delà de l'imaginable et tu te tordras de douleur entre mes mains. Et ne penses même pas à fuir Casthell pour fuir mon courroux, car où que tu penses te camoufler, je te trouverai et je me saisirai de ton corps et de ton âme.

Kasino hurla en sentant l'emprise de Darkhell dans son esprit et enfin, sombra dans l'inconscience.

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Sam 26 Juil - 19:29

CHAPITRE 5 : PRECIPITATION



Son dernier entretien avec le Sorcier Noir -ou du moins l'essence de son âme-  avait laissé à Kasino comme une marque indélébile sur le tableau sombre qu'était jusque à présent sa vie. Une nuit entière, puis une autre journée, presque entière s'étaient écoulées durant lesquelles Ténébris avait essentiellement dormi afin de récupérer des sévices infligées par le Dieu Eternity. Elle s'était réveillée trois fois, à intervalles presque réguliers. La première fois elle avait demandé à boire, puis s'était de suite rendormie. La seconde fois, elle avait tenté de se lever mais ses jambes flageolantes ne la portaient pas très loin. Kasino lui donna un quignon de pain à l'eau qu'il avait dérobé à la diligence Farfadets de la veille, elle avait ensuite bu de nouveau avant de plonger son regard vermeille dans le sien et lui murmurer un inaudible « je suis désolée », puis s'était plongée de nouveau dans un sommeil quasi comateux. La troisième fois -quelques heures suivantes à peine- elle avait réussie à se nourrir d'elle même, et avait pu échanger quelques paroles avec le Dernier Homme. Elle était bien plus intelligente et perspicace qu'il ne s'y attendait.

-Pourquoi vous engagez vous ainsi envers moi, l'avait-elle questionné.

N'ayant obtenu aucune réponse, rien de plus qu'un regard voilé et amer, elle avait repris en le déshabillant du regard -une sensation qui le fit frémir de la tête aux pieds-

-Mon père est intervenu en ma faveur, n'est-ce pas ? Il veut que vous me protégiez... Comment vous a t-il convaincu ? Je le croyais mort.
-Il l'est, Dame.
-Son esprit a donc réussi à traverser l'Onde...

Ignorant ce qu'était « l'Onde », Kasino avait repris d'une voix plus douce qu'il ne l'aurait voulu.

-Il parvint à s'incarner en Casthell. Il voit clair en Alysia et il à fait de moi son Bras Vivant.

Les commissures des lèvres de la fille du Sorcier Noir étaient tremblotantes lorsqu'elle avait repris :

-Il...Il a fait de vous un Sorcier ?
-Je pense...qu'on peut dire les choses ainsi, Dame Ténébris, oui.
-Et j'imagine qu'il vous a ordonné de vous occuper de mon rétablissement. Ainsi que de prévoir la mort prochaine du Fils d'Anathos. Je sais quelles sont ses méthodes de persuasions aiguisées..
-Aiguisées comme de l'acier, oui.
-Je suis désolée Comte Kasino. Je connais le prix à payer exigé par la Magie Noire.
-Vous n'êtes pas une Sorcière, Légendaire Ténébris, que je sache.
-Non. Mais mon père a tenté de faire de moi l'une d'elle. Je sais de quoi je parle, je connais l'existence de l'Envers. Je l'ai subie dans ma chair et dans mon âme. Je vous trouve très résistant Comte Kasino.

En tremblant, il avait lorgné involontairement ses phalanges blanches veinées de noir. Il n'avait pas réussi à dormir ne serait-ce qu'une seule heure durant les 3 derniers jours, des sensations horriblement désagréables semblaient avoir pris d'assaut son corps et son esprit. Il était effrayé, proche d'une peur panique, tout lui semblait menaçant. Il avait même failli dégainer son sabre et décapiter promptement sa Marakas alors qu'elle tentait de le réconforter lors d'une folie d’auto-apitoiement. Mais cela n'était pas le pire. Il avait écarté les pans de sa veste pour laisser à la fille du Sorcier Noir faire le constat qui s'imposait.

-Il y a...quelque chose en moi. L’Envers s'est logé ici, je suis conscient que ce n'est pas vivant, que ce n'est qu'un effet secondaire de la Magie. Mais je peux le sentir bouger et crier, ses hurlements s'amplifient et se répercutent dans ma tête. Je trouve ça répugnant, Légendaire Ténébris. Ça m'effraie plus que tout ce que j'ai eu à affronter jusqu'à présent...et c'est une part intégrante de moi.

Des palpitations irrégulières se faisaient ressentir sous la peau diaphane de l'Homme. Un réseau particulièrement épais de veines noirâtres et de bleus se dessinaient. Et ces cris... A la fois humains et inhumains, audibles et inaudibles. Une épouvantable combinaisons d'horreurs et de terreur réunies.

-L’Envers me tuera, j'en ai la certitude. Votre père m'a dit que je devais apprendre à maîtriser la Magie, mais je ne suis un sorcier qu'en apparence. Je peux éventrer cinquante Fantassins Jaguarians s'il le faut, mais un combat contre cette chose est perdue d'avance.

Contre toute attente, Ténébris abaissa son regard sur lui. Il avait l'impression que les rôles étaient inversés, lui étant le convalescent et elle la soignante.

-J'avais trois ans, commença-t-elle à raconter d'une voix fluette, lorsque mon Père à commencé à m'initier à la Sorcellerie, et plus particulièrement la Magie Interdite. L'Envers se manifeste différemment selon le Sorcier. Moi, je voyais une créature démoniaque. Un être terrifiant à la limite de l'imaginable et qui me ressemblait pourtant trait pour trait. Je la sentais qui me suivait, elle se dissimulait dans mon ombre, dans les pierres, dans le regard des Dragonites qui servaient mon père, sous les meubles, dans les reflets de l'eau. Elle me guettait la nuit dans les Ténèbres de Casthell, parfois elle m'enfourchait et me mordait ou essayait de m'étrangler, d'autres fois elle se contentait de m'observer depuis ses infinis repères, en sifflant comme un serpent. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus, j'avais sans cesse des crises de pleurs où de peurs, ce genre de choses. J'ai supporté l'Envers près 10 ans, Comte Kasino. Et plus d'une fois je me suis accrochée à la cape de mon père en me noyant dans mes propres larmes, le suppliant de m'achever à défaut de pouvoir arrêter ça. Un jour, je devais avoir 13 ou 14 ans, je suis allée le voir. Je ne pleurais pas cette fois ci. Je l'ai regardé dans les yeux, Comte, comme je vous vois, j'ai pointé un couteau sur ma gorge, et je lui ai dis que je ne pourrai jamais surmonter ça. Si il me laissait affronter la Magie Noire et son Envers ne serait-ce une seconde de plus, je me tuerai, sous ses yeux, car jamais je ne serais une fille digne de lui.
-Et...qu'a fait le Sorcier Noir ?
-Un sacrifice au deçà de tous ceux que personne n'a jamais fait pour moi. Il a transféré l'Envers, mon Envers et mon fardeau, en lui. Puis il m'a pris dans ces bras en me disant que tout était terminé. A partir de ce jour je me suis jurée de tout faire pour devenir encore plus puissante que la Sorcière que je n'ai pas pu être. J'ai appris à me battre avec des armes blanches, je donnais le meilleur pour que mon père soit enfin fier de moi. Et je suis devenue la combattante Ténébris que tout Alysia connaît, à la tête des Armées de Darkhell, le Sorcier Noir.
-Comment...Comment le Sorcier Noir peut-il supporter votre Envers en plus du sien ? C'est..C'est...
-Impossible pour le commun des mortels. Mais mon Père est un surhomme, Comte Kasino.
-Comment cela était-il ? Je veux dire, subir les assauts de l'Envers de la Magie durant tant d'années.
-Un supplice au delà de votre imagination. Au lieu, comme cela arrive souvent dans d'autres cas, que nous apprenions à nous accoutumer à lui et à le maîtriser, c'est le contraire qui se passe. Plus le temps et nos compétences en Magie Noire s'accroissent, plus l'Envers gagne en puissance. Mon Père me l'a dit une fois, il n'y a aucun échappatoire. Vous ne pouvez pas chercher à vous soustraire à lui, Comte. Il faut accepter sa présence, qui n'en sera toujours que plus dévorante.

En cet instant, le Dernier Homme se serait volontiers offert à la Mort qui lui apparaissait ni plus ni moins comme une fatale libération.


*
*  *


-Pour la dernière fois, je pense que c'est une mauvaise idée.

Kasino fit abstraction des jérémiades de sa protégée et poursuivit sa course d'un sillage assuré. Il tenait une épée fine lame, joliment travaillée et aux abords aiguisés dans sa main gauche, et une épée de mercenaire, beaucoup plus lourde et handicapante, mais au contact quasi-mortel dans sa main droite. L'armurerie des Dragonites, dissimulée dans les sous-sols de Casthell avait été une vraie mine d'or. Kasino se concentra sur sa poigne qu'il conservait ultra serrée sur les deux gardes, et entreprit de se décrisper. Ce  n'est pas au milieu de la mer qu'on apprenait à nager. On nage. Ce soir, la lune allait être pleine. Ténébris le foudroya du regard. Nul doute, si un regard pouvait briser une personne en mille morceaux, c'était celui-ci. Un regard dur et glacial mais qui allait très bien à la jeune femme, se dit Kasino.

-Comte Kasino, allez vous m'écoutez nom de...
-Ne prononcez pas le nom du Fils, ici, Dame Ténébris. Je crains que cela ne nous porte pas chance...

Les deux compagnons s'allongèrent à plat ventre du haut de leur étrange perchoir. De là, ils pouvaient voir presque la totalité de l'armée Jaguarianne en contrebas. Ils se trouvaient quelque part dans les Montagnes de Lovinah, et presque 3 semaines étaient passées depuis les derniers évènements dans les Montagnes de Shiar. Kasino repéra immédiatement un Jaguarian au pelage verdâtre et aux crins blancs, qui semblait être le commandant. Il savait que Ténébris l'avait vu aussi. C'est donc toi qu'Eternity a mis à mes trousses. Kasino dut se mordre la langue pour ne pas crier quand il sentit un coup de botte bien placé le percuter de plein fouet.

-Non mais tu vas pas bien ! -il s'efforça de chuchoter de nouveau- Tu veux me tuer à la place d'Eternity, c'est ça ?
-Il faut bien ça pour que vous écoutiez ! Comte, malgré le temps que nous avons eu pour récupérer tous deux de nos blessures et nous préparer à l'affrontement, je crois que vous vous trompez.
-Vous croyez ?
-Non, j'en suis sure. Comte, Eternity est un Dieu, tout comme Anathos. Ce n'est ni avec une lame ni avec un Feu Mystificateur que vous le détruirez. Au mieux vous parviendrez à faire jeu égal avec lui.
-Votre Père semblait penser le contraire en « m'offrant » sa Magie.
-Je n'ai pas son savoir mais mon Père a été tué par Anathos en tentant de lui faire face justement, comme vous le faites présentement.
-Nuance, Ténébris, je me prépare à affronter son Armée de sales Jaguarians -ou Chiridans-, non Eternity lui même.
-C'est uniquement pour cette raison que je vous ai suivie. Mais une fois ces sbires morts, vous comptez partir pour Jaguarys afin de vous livrer à ce duel ridicule.
-C'est ça. Et notez dans le cas où je ne le ferai pas que je devrai affronter la colère de votre père. Entre combattre un Dieu dérangé ou subir la colère d'un Sorcier Noir je préfère la première option. La mort est peut être plus rapide.

Ténébris soupira en serrant fort dans ses paumes les épées qu'elle s’apprêtait à brandir contre l'armée ennemie. Durant les 3 semaines qu'ils avaient passé ensemble, elle avait eu tout le temps de lui expliquer ce qu'elle avait pu voir et constater à propos d'Eternity. Elle lui avait patiemment parlé de Sheibah, de leur course poursuite à travers Alysia en compagnie des Légendaires. De leur arrivée dans la cité volante Chiridanne, puis la possession de la Jaguarianne par Eternity, le fratricide contraint, le commencement de l'apocalypse pour elle ainsi que pour les Hommes. Elle entortilla autour de son corps la cape violette qu'elle exhibait de nouveau. Les couleurs de son père. Elle savait qu'il y avait une autre raison qui avait poussé Kasino à attaquer les Armées ennemies sans perdre de temps. L'Envers. Il devenait chaque semaine plus oppressant, plus douloureux et plus dur à supporter. Le Comte craignait de mourir -ou de devenir fou- avant même d'avoir eu le temps de tenter quelque chose pour tenir sa promesse faite au Sorcier Noir.

-Maintenant ?
-Maintenant.


*
*  *

Apéhros fit un signe de la main à Lheïra qui leva au dessus de sa tête l'épée Jaguarianne qu'elle tenait. La main de l'homme-poisson fut tranchée nette dans un tourbillon de sang, d'os et d'écailles. La créature se tortilla de douleur en criant, maintenue par la force comme elle l'était par deux soldats Jaguarians. De l'écume blanchâtre s'écoulait des lèvres de l'homme-poisson qui tordait son corps en tout sens.

-Dis nous la vérité à présent, lâcha d'une voix froide le Nouveau Roi des Jaguarians. Sinon j'ordonne qu'on te tranche l'autre main.
-Maudits soyez vous, les Jaguarians.
-Lheïra.

La Chiridanne leva de nouveau son épée et le Prisonnier s'agita davantage en les injuriant. A son aise. La seconde main du Pirate vola dans les airs. Ce dernier déglutit difficilement, les larmes aux yeux. Apéhros ne le quittait pas du regard. Quelque chose clochait avec ces Pirates, c'était sûr. On ne perdait pas deux Prisonniers comme ça, en particulier lorsqu'ils étaient soi disant mains liées et maintenus à fond de cale.

-Parle où je te promets au nom du Fils je découpe tes jambes en chapelets !

Le Prisonnier se tordait de douleur en hurlant. Mais il ne les insultait plus. C'était déjà ça. Apéhros ordonna aux deux Jaguarians d'allonger le supplicié à même le sol.

-Je veux juste la vérité, Homme-poisson. Où se trouve le Dernier Homme que vous gardiez emprisonné à votre bord ? Il n'a pas pu disparaître de la sorte. Sa Marakas a été retrouvée morte, vous ferez mieux de tout avouez.

Une voix se fit alors entendre, très distincte.

-Vous cherchez le Dernier Homme, Chiridan ? Ne vous fatiguez plus, je suis ici.

Deux silhouettes encapuchonnées vêtues de mauves se dressaient à quelques dizaines de mètres de Kelma-Thu. Apéhros ordonna à Lheïra d'achever le Prisonnier, ce qu'elle fit en l'égorgeant sans ciller. L'homme qui venait de parler laissa tomber doucement son manteau au sol. Il ne portait ni armure ni même cottes de maille. Il était vêtu très simplement. Sa peau diaphane contrastait avec sa chevelure sombre. Il fit tourner dans ses mains deux épées à la lame tranchantes. Apéhros faillit éclater de rire.

-Moi qui commençais à m'embarrasser de devoir comparaître devant le Seigneur Eternity sans la réponse à ses attentes. On peut dire que vous tombez à pic.

La silhouette ennemie sourit. Un sourire ni forcé ni naturel. Il y avait quelque chose d'étrange dont Apéhros avait du mal à mettre le doigt dessus. Une sorte de résignation mêlé à un certain humour. La cinquantaine de Jaguarians à ses ordres brandirent leurs lances et leurs épées face au Dernier Homme. Apéhros avança d'un pas. Il se saisit de la lance électrifiée qu'il portait dans son dos.

-Je t'offre une chance de te rendre, maintenant. Nous sommes beaucoup trop nombreux pour toi, et la Race Jaguarianne t'est en tout points supérieure, Humain.
-Je ne pense pas qu'une Race puisse être Supérieure à une autre, Jaguarian. Je me débrouille très bien à l'épée comme tu pourras le constater. Et  l'amie à ma droite également. Elle semble même avoir de vieux comptes à régler avec votre Dieu.
-Échapper à la domination du Fils pour revenir vers lui de son plein gré ? Il faut vraiment être stupide. Eternity Fils d'Anathos le Tout-Puissant vous écrasera.
-Je l'attends avec une impatience grandissante, tu ne peux l'imaginer.


*
*  *

Les Jaguarians affluèrent vers eux. Une chance qu'ils ne possèdent pas d'archers dans leurs rangs. Kasino se lança dans la mêlée, faisant tournoyer et louvoyer ses épées. Ténébris combattait près de lui, dos à dos. L'ancien Compte sentit l'acier pourfendre le crâne d'un Homme-bête au pelage clair qui tomba en un rugissement plaintif. Deux autres adversaires s’élancèrent. Meysha, à toi. La Marakas bondit d'une excroissance rocheuse en hauteur d'où elle était dissimulée et tomba en pique sur Lheïra qui se dirigeait au trot vers eux Cette dernière chuta et s'écrasa au sol sous  l'effet de la surprise. Le plan fonctionne, jusque là, tout va bien. J'aimerai beaucoup que tu puisses mater ça, Sorcier Noir. Kasino fit voler la mâchoire d'un autre guerrier, et trancha net la le cou d'un troisième. Très vite, ses habits, son visage et ses mains devinrent tachés de gouttelettes rouges et noires.

-Au fait, Comte...
-Je suis indisponible pour l'instant, Ténébris -il enfonça son épée dans le ventre d'un Jaguarian à sa gauche, et sépara en deux parts quasiment égales le crâne d'un énième, à sa droite.
-Je voulais juste vous avertir de ne pas mourir maintenant, ça serait bête. Surtout sous les yeux de votre cousine !
-Je...Mais crève donc toi ! -il balança un coup de pied dans le thorax d'une femelle rousse qui refusait de desserrer son étreinte sur la lame, l'obligeant à l'abandonner-. Je n'ai qu'une seule cousine, Ténébris, il s'agit de Jadina d'Orchidia, une petite peste effarouchée que vous connaissez fort bien !
-J'ai été créée par magie, Comte Kasino. Mon père a mis au point une formule de fécondité qui...Couché chaton ! Une formule de fécondité qui permet de faire don du souffle de vie à un nouveau né avant de la placer dans un corps afin qu'il puisse se développer de façon la plus naturelle qui soit. Pour faire simple, Darkhell est mon père, mais la femme qui a accepté de porter en elle le fruit de cette formule est la mère de Jadina, votre tante !
-Vous me charriez ?
-Absolument pas. -Ténébris s'abaissa et laissa deux autres Jaguarians s'étriper mutuellement. Ses articulations la refaisaient souffrir et elle devait s'interdire des prouesses physiques trop ambitieuses.

Contre toute attente, le Dernier Homme s'esclaffa. Il porta un dernier coup suivi d'une quinte et une riposte inclinée et se redressa de toute sa hauteur.

-Et moi qui envisageai peut être une future procréation entre nous afin de sauver la Race des Hommes !


*
*  *

Apéhros hurla en voyant des halos noirs fuser des paumes de Dernier Homme. Celui même qui tenait deux épées à bout de bras il y avait cinq minutes de ça. Il nous a eu. On l'a cru inoffensif et nous l'avons harcelé, mais c'est ce qu'il cherchait depuis le début. Une masse de corps à portée. Apéhros prit une dizaines de secondes afin d'étudier leurs deux adversaires. Le Dernier Homme venait d'envoyer à terre encore 3 Jaguarians de plus, en balançant des Flammes voraces noires comme les Ténèbres d'Outre Tombe. Il faisait des ravages mais Apéhros ne voulais pas prendre le risque de foncer tête baissée dans la rixe. Mieux vaut attendre qu'il fasse une erreur, qu'il s'épuise. L'ancienne Prisonnière était de plus en plus instable sur ses jambes et peinait à reprendre son souffle. Kelma-Thu se saisit à pleines mains de sa lance électrifiée. Il était dos à elle. Parfais. Elle ne se doutait de rien, occupée à rendre ses coups à une guerrière Jaguarianne qui finit par perdre la moitié d'une épaule puis un crâne. Apéhros pouvait presque voir briller sous ses yeux le point qu'il fixait. La nuque de Ténébris. Sa trachée artère. Il la touchait là, et sa mort serrait rapide. Il s'élança en bandant ses muscles et frappa. L'électricité crépita et s'agita, une odeur de vêtements brûlés puis de chair se propagea dans l'air des Montagnes de Lovinah. Le Dernier Homme venait de s'interposer. Il tomba en arrière, dents serrées afin de ne pas hurler. Les vêtements venaient de brûler, révélant sa poitrine où la chair avait subie le même sort. Apéhros ne perdit pas de temps et s'élança encore. Il tapa de nouveau, au même endroit. Le Dernier Homme sentit les étincelles avides pénétrer dans son corps. Il resta paralysé l'espace d'un moment, à terre. Apéhros sourit alors que deux Jaguarians prenaient d'assaut l'ancienne Légendaire qui venait de provoquer -malgré elle- une ouverture dans laquelle ses adversaires s'engouffrèrent. Alors que les lames allaient se nicher entre ses côtes, encore une fois l'Homme se laissa rouler entre ses jambes et se releva, vif comme l'éclair. Les deux coups l'écorchèrent mais il eut une chance incroyable car aucun des deux le transperça. Bon sang, mais pourquoi risque-t-il tout afin de la protéger, elle ? Il leva les mains au ciel et une sphère tourbillonnante et vibrante s'y forma avant de percuter une demi dizaine d'assaillants d'un coup. L'Homme chavira doucement mais campa solidement ses pieds sur le sol rocailleux et continua à envoyer éclairs, sphères magiques et feu noir. Prudent, Kelma-Thu se retira. Il aperçu à quelques pas Lheïra, en train de ployer sous les coups d'une Marakas particulièrement indomptable. Lheïra était de toutes la meilleure guerrière de la troupe. Apéhros hurla et bondit d'une souplesse féline vers les deux adversaires. Il balança sa lance crépitante sur le flanc de la Marakas. Meysha bondit comme un fauve en sentant le contact douloureux de l'électricité Jaguarianne sur sa peau. Apéhros s'avança afin de laisser le temps à Lheïra de se relever. Cette dernière essuya le sang qui coulait de son visage et se remit en position. La Marakas était très agile, elle anticipait les mouvements de Kelma-Thu avec une expérience fort utile, et rendait coups pour coups. Un coup de pieds d'une rare violence déboita l'épaule de Lheïra, la faisant mordre la poussière une deuxième fois. Meysha allait l'achever en lui brisant la nuque avec son talon lorsque Apéhros s'interposa encore. Cette fois le coup partit et elle reçut l'onde de choc de plein fouet, la sentant se propager en son corps. Ses membres ne lui obéirent plus et elle chuta à son tour. Apéhros leva au devant ses yeux encore surpris une épée qu'il venait de saisir.

-Meurs maintenant, sale Marakas !

Paralysée, Meysha put voir aux premières loges le Jaguarian grassouillet à la fourrure verte hurler de douleur lorsque des flammes noires particulièrement voraces le dévorèrent, ne laissant que presque que des os de son corps. Son Maître la soutint et l'aida à se relever. Le contact de ses mains, exceptionnellement chaudes, encore pétillante de l'onde magique qu'il venait d'envoyer, fit grimacer la Marakas.

-Meysha, tu vas bien ?
-Oui, Maître.
-Ténébris ?
-Ca va, ca va. Comme toujours, cousin.

*
*  *

Kasino papillonna paisiblement des paupières, et finit par ouvrir les yeux. Une sensation de froid l'envahit. Avec bien sûr, et toujours, cette horrible impression d'abriter un monstre remuant à l'intérieur de son ventre. Il serra son abdomen en gémissant de douleur, tentant de faire abstraction des cris qui recommençaient à torturer son esprit. Il ne portait pas de chemise, mais une grande cape -celle de Darkhell- recouvrait ses épaules. Il tenta de s'asseoir mais une main se posa sur son torse, l'obligeant à remettre à plus tard cet effort.

-Restez couché pour l'instant, Comte. J'ai mis un cataplasme sur vos blessures et j'ai tenté de bander ça comme j'ai pu mais c'est pas fameux. Je ne suis pas soignante.

Kasino reconnut la voix de Ténébris. Il grommela et se releva tout de même. Ils étaient à l'intérieur d'une grotte, une tempête de neige avait éclaté à l'extérieur. Kasino apercevait de là où il était la silhouette fuselée de Darkhellion qui les avait emmené de Casthell jusque dans les montagnes de Lovinah. Il baissa le regard et observa son poitrail, couvert d'un monticule de tissus et de bandelettes horriblement découpées.

-C'est quoi ça ?!
-Je vous l'ai dis, je ne suis pas médecin.
-Même un Orc de Muliba ferait mieux.
-Allez vous faire...
-Les blessures étaient graves ?

Ténébris haussa les épaules.

-Brûlures assez sérieuses. Mais je le dis et le répète, je ne suis pas méde...
-D'accord, d'accord.

Kasino se redressa complètement. Il se surprit à sourire à Meysha qui était assise en tailleur près de lui. Un petit mammifère était en train de cuire au dessus d'un feu qui les réchauffait tout les trois.

-Comment vous sentez vous ?
-Très bien.
-Je veux parler de l'Envers.
-Ah, ça. Je...

Kasino grimaça en entendant de nouveau son estomac se contracter et un hurlement prendre d'assaut son crâne. Il eut soudain envie de vomir et ne put s'empêcher de planter ses ongles dans son ventre pour tenter de calmer la douleur, ce qui s'avéra très inutile. Des grosses gouttes de sueur dégoulinaient de ses temps. Ténébris soupira et arracha une cuisse de leur repas qu'elle porta à ses lèvres sans un mot. Meysha en arracha une à son tour et la tendit à son Maître. Ce dernier se leva, écœuré. Depuis qu'il subissait l'assaut de l'Envers, beaucoup de choses avaient changées. Déjà maigre, il avait perdu encore trois bon kilos. La seule vue de la nourriture le rendait malade. Lorsque son corps réclamait à manger en urgence, il trouvait toujours le courage de surmonter son dégoût pour boire une soupe ou manger un fruit. Mais il ne pouvait plus manger de la viande, simplement. Cette seule idée l'écoeurait. Il ne dormais plus, sauf lorsque la douleur était tellement forte que son cerveau cédait et choisissait de lâcher prise. Porter une épée lors de leur précédent combat ne lui avait jamais semblé être une tâche si physiquement éprouvante. Et c'était à lui qu'on demandait de sauver la race des hommes ?

-Maître, mangez sinon jamais vous ne...
-Meysha, je n'ai pas à recevoir d'ordres de toi !
-Mais elle n'a pas tord, tonna la fille de Darkhell en déchirant la cuisse fumante avec ses dents écarlates, si vous refusez de manger vous ne serez bon à rien. Par ailleurs, même si je suis au courant de ce que mon père attend de vous, sachez que je ne veux plus jamais que vous vous interposiez ainsi entre moi et ma mort. Je ne suis pas une gamine, si je fais une erreur en combattant, je peux en assumer les conséquences, même si elles signifient la mort. C'est un ordre que je vous donne, Comte. Ne gâchez pas votre foutue vie ainsi.
-Taisez vous. Je ne veux rien entendre, ne dites plus rien !

En proie à la colère, la détresse, la douleur et la folie, l'Ancien Comte s'éloigna de ses deux compagnes. Il savait qu'ils étaient encore dans les Montagnes de Lovinah. Cela faisait pas plus de trois jours qu'ils avaient décimés entière l'Armée Jaguarianne commandée par Apéhros. Une bonne chose de déjà faite. Mais Ténébris -elle le lui avait clairement dit- refuserait de le laisser pénétrer dans Jaguarys pour défier Eternity. Selon elle, ce serait signer son propre arrêt de mort. Kasino au fond de lui savait qu'elle avait raison, mais il voulait espérer. Il se recroquevilla en position fœtale au fond de la grotte, entouré de givre et de Ténèbres, en remuant doucement la tête comme à l'écoute d'une mélodie inaudible. Sa vue se brouilla doucement. Son ventre grondait, il sentait l'Envers creuser dans son corps un sillage de douleur tout comme une taupe dans la terre creuse des galeries. Quelques lancements involontaires assaillirent son corps et il espéra juste pouvoir sombrer dans l'inconscience de nouveau. Une main douce se posa sur son visage torturé.

-Vous...Vous allez bien ?
-Pardon..Je ne voulais pas crier Téné...bris.

Il semblait se trouver au cœur d'un maelström infernal. Il sentit la main de la fille de Darkhell descendre sur sa poitrine et soulever les bandages. Il ne voulais pas qu'elle le voie comme ça. Vas-t-en, je vais m'en sortir. Vas-t-en et remercie ton paternel de ma part. Tandis qu'un nouveau bleu large comme une main se formait au niveau de son aine, il inclina la tête en arrière et perdit enfin connaissance.

*
*  *

C'était devenu une obsession ou quoi de trifouiller son poitrail ainsi ? Le Comte Kasino ouvrit grand les yeux. Il cria plus fort qu'il ne l'aurait voulu -passant également du vouvoiement au tutoiement.

-Mais ôte tes mains  !!

Il se racla la gorge et se confondit en quelques excuses maladroites en croisant le regard bleu azur d'une jeune femme, emmitouflée dans un manteau miteux. Elle affichait un visage quelque peu enfantin. 20, 25 ans à tout casser. Elle rougit immédiatement et se tordit les doigts de nervosité.

-Je vous prie de m'excuser Sieur. Je...J'étais simplement en train de changer vos pansements. Il faut les désinfecter et les renouveler savez vous ?

Le Comte tombait des nues.

-Heu...Je...Qui vous êtes ?
Elle portait des cheveux d'une couleur assez étonnante, d'un vert presque kaki, qui rebondissaient sensuellement au niveau de ses épaules avant de se terminer en une tresse.

-Pardonnez moi, je me présente. Kara Ahley, je suis une humaine. Comme vous, monsieur.. ?
-Kasino. Vous..Pardonnez moi Dame Kara mais je peux savoir ce que vous faites ici. Dans ma grotte je veux dire ?

Il savait qu'il avait l'air d'un idiot. Afin de rapidement corriger cette image, il entreprit de se lever d'un bond -mal lui en prit, un grondement perçant lui fit comprendre ce que l'Envers pensait de sa prestation. Il sauta sur sa veste qu'il entreprit de boutonner rapidement.

-Je suis une survivante, comme vous j'imagine. En fait, ce serait plutôt à moi de vous demander ce que vous veniez faire dans ma grotte ? Je me cache ici depuis prêt de deux ans, Kasino, et lorsque j'ai entendu que des voyageurs venaient de pénétrer ici, je suis venue à votre rencontre. En vérité, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une armée Chiridanne ou même Jaguarianne et j'ai pensé à fuir par la seconde sortie. Mais les voix que j'entendais n'étaient pas menaçantes et j'ai décidé de me montrer. Votre amis m'a mise au courant de votre état, et comme il se trouve que j'ai quelques compétences en herboristerie et en soins, je me suis proposée de m'occuper de vous.
-Ah, vous n'étiez donc pas en train de me tripoter ?

Elle sourit de sa remarque.

-Non, bien sûr. Pourquoi ferais-je cela ?
-Peut être que je vous plais.
-Alors je ne vous n'attendrez pas que vous vous endormiez pour vous « tripoter », Kasino. Je changeais juste vos bandages, croyez moi.
-Bon bon. Et mon « amie » comme vous dites, où est-elle à ce propos ?

Une brise glaciale s’insinua entre le Dernier Homme et la Dernière Femme.

-Partie à la chasse, en compagnie de la Marakas. Meysha il me semble.
-Meysha oui, ma garde du corps.
-Cela fait un peu plus d'une heure, maintenant.
-Combien de temps ai-je dormi, le savez-vous ?
-Trois bonnes heures je dirai.

Elle leva ses yeux couleur ciel vers lui et lui sourit. Sacré joli sourire. Kasino passa sa ceinture autour de son pantalon en laine et la resserra. Les cris de l'Envers étaient déjà moins agressifs qu'avant qu'il recommence à comater. C'était déjà ça. Il se saisit de la gourde d'eau et en but une bonne gorgée. Puis il envisagea de la tendre à l'inconnue.

-Soif ?

Cette dernière haussa les épaules et sortit de derrière son dos -ce qui en temps normal aurait semblé au Comte très pathétique- une autre gourde, l'air plus vieille.

-Je ne sais pas vous, mais moi, je préfère le vin, Kasino.

Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il l'a vit porter à sa charmante bouche le goulot, et une goutte rouge tomber sur sa cuisse. Il se rassit immédiatement et sourit lorsqu'elle lui tendit la gourde.

-L'un des dernier litre du vin rouge des Hommes.
-Qui n'ait pas été emporté par des Orcs, des Elfes ou des Titans de la Vallée des Dents de Pierre vous voulez dire ?
-Oui. C'est tout ce qu'il me reste de mon ancienne vie et mon ancien foyer, mais je veux bien le partager avec vous.

Prudent, le Dernier Homme renifla la boisson et crut défaillir de joie en la goûtant. Galant, il se contenta tout de même que de quelques gorgées.

-Je vous laisse le reste.
-Merci, Kasino.
-Vous étiez vigneronne,  Kara ?
-Avant l'Ere d'Eternity, oui. Et vous ?
-Comte parait-il.
-J'ai toujours rêvé de rencontrer quelqu'un de la noblesse.
-Vous savez, la Noblesse c'est ni plus ni moins qu'un coffret en or orné de pierreries mais qui cache un sale rat à l'intérieur.
-Je ne suis que paysanne.
-Et moi je ne suis qu'un aristocrate mal embouché qui a paradé à la cours d'Orchidia durant des années.
-C'est déjà mieux que rester accroupie toute la journée à tailler des hêtres et des plants.

Kasino sourit, imaginant en son fort intérieur l'agréable silhouette penchée au soleil, sur des multitudes d'hectares de vignes. Il peut presque sentir le parfum des raisins auréoler les courbes du corps de sa compagne de voyage. Il chassa cette image de son esprit, puis se dit que non, et tenta de l'invoquer à nouveau.

-Vous dites ?
-Je vous demande ce que vous faisiez dans ces Montagnes ? Jaguarys est si près.
-Je me cache, comme vous. Plus on est prêt de l'ennemi moins il a de chance de faire attention à nous, non ?
-Je me suis faite la même réflexion.
-Et puis allez savoir, peut être attendais-je simplement de croiser la route d'une Demoiselle perdue. Une Humaine par exemple.
-Je pensais vraiment que j'étais..que  j'étais la Dernière Femme.
-Vous l'êtes. Et moi je suis le Dernier Homme. La bonne nouvelle c'est que nous ne sommes plus seuls dans notre situation. La mauvaise c'est que maintenant, si Eternity met la main sur vous, il la met sur moi, et vice versa.

Kara glapit doucement, elle cacha ses lèvres avec ses mains. Elle rougit un peu et le questionna sur la provenance de ces blessures. Kasino hésita puis se décida à tout lui raconter. Après tout, elle était seule et eux étaient trois, en cas de revirement de situation ou de problème, elle était en infériorité. De plus, il ne voyait pas vraiment en quoi Kara pourrait les mettre en danger en apprenant qui ils étaient et ce qu'ils tentaient de faire. Il omis juste de parler de l'Envers qu'il devait au « don » fait par Darkhell, et sa mystérieuse résurrection, à ce jour encore non-résolue. Les nuages tombèrent très vite et le soir ne tarda pas à poindre. La neige qui tombait docilement à l'extérieur de la grotte s'était cette fois métamorphosée en une tempête de neige. Encore. Deux nuits d'affilée, songea le Dernier Homme. Il attisa de nouveau le petit feu qui brûlait pour eux. Au loin une sorte d'étoile filante tomba dans le ciel, doucement.

-Kara, vous savez il est étrange que Meysha ait voulue accompagner Ténébris. C'est ma garde du corps et elle préférerait mourir plutôt que de me perdre de vue une minute.
-Ténébris lui a ordonné de la suivre. Elle a dit que, vu que sous étiez sous les ordres du Sorcier Noir et que ce dernier à ordonné que vous vous pliez à la volonté de sa fille, votre garde du corps était soumise à la même règle.
-Oui, c'est tiré par les cheveux, mais c'est du Ténébris. Néanmoins, je suis étonné qu'elle ait tout de même accompagnée. Étonné, mais point déçu.

Il vit Kara qui rougissait de nouveau. Ses prunelles se détournèrent des flammes pour se poser sur celles du Dernier Homme. Il s'approcha d'elle et elle posa une main sur sa poitrine. Ce seul contact donna au Comte envie de la posséder. Mais pas comme il le faisait avant. Pas avec un intérêt passager et un certain dédain. Il avait devant lui la Dernière Femme, qui plus est, elle avait pris soin de lui alors qu'il était inconscient, sans rien exiger en retour. Il voulait la traiter avec la classe, la douceur et la sincérité qui sied à sa personne. Mais comment pourrait-il se désigner comme sincère si il passait un moment d'intimité avec Kara sans lui dire ne serait-ce un mot de ce qui hululait dans son ventre ? Il ne savait même pas si ils seraient deux ou trois durant l'acte. Darkhell avait bien dit que la Magie Noire était vivante. Que se passerait-il si l'Envers la possédait elle aussi ? Kara posa ses lèvres désirables sur celles du Dernier Homme, elle ôta un à un ses vêtements au coin du feu et attira contre elle un Comte qui voyait toutes ces interrogations futiles s'évaporer tel un petit nuage de vapeur.

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Dernière édition par T.O.P Samaël le Ven 1 Aoû - 22:54, édité 1 fois

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Ven 1 Aoû - 22:44

CHAPITRE 6 : DESILLUSION



Sheibah dépassa d'un pas sûr et assuré les deux gardes Jaguarians qui veillaient devant le Grand temple de Jaguarys. Ces deux derniers la saluèrent comme il se devait, avec sincérité et la marque d'un profond respect. Sheibah les dépassa après avoir esquissé un timide sourire. Timide mais pourtant parfaitement sincère. Elle avait le coeur brisé et l'esprit ailleurs. La Jaguarianne dépassa les gardiens du Temple et poursuivit sa route jusqu'au bâtiment pénitencier. Elle serrait fort dans le creux de sa paume le laisser passer rédigé de la main du roi Kel-Cha en personne, bien qu'elle savait qu'en tant que grande Prêtresse elle avait la confiance de tous. Effectivement, les Jaguarians courbèrent la nuque devant elle et l'escortèrent jusqu'à une cellule isolée. Ni fenêtres ni aucunes ouvertures ne flirtaient entre les quatre murs. La Grande Prêtresse tourna la tête vers l'un des gardiens :

-Galcha, n'est-ce pas ? Il est à l'isolement depuis combien de temps ?

Ce fut un autre Jaguarian, à l'allure imposante qui traversa le couloir, torche lumineuse en bout de bras, qui répondit à sa question.

-Depuis plus de cinquante ans, Prêtresse Sheibah. Vous êtes d'ailleurs sa première et seule visite.

Presque involontairement, la Prêtresse sentit son coeur s'alléger dans sa poitrine. Le regard à la fois emplie d'un feu étincelant de vie et d'une mélodieuse compassion, le Jaguarian aux crins blancs lui rendit le sourire qu'elle venait d'afficher. L'espace de quelques secondes elle venait d'oublier toute la détresse qui entravait son esprit et ses pensées.

-Je t'en prie, Kelma. Je t'ai déjà dis un incalculable nombre de fois de me tutoyer. Après tout, nous sommes amis.
-C'est vrai, Sheibah. Mais tu restes avant tout la Grande Prêtresse de Jaguarys.
-C'est fort exact, Grand Conseiller Kelma-Thu.

Le Jaguarian hocha la tête en se passa une main dans son épaisse crinière. Il fixa la torche qu'il portait dans un support accroché au mur, et se saisit de sa lance électrifiée. Une cape rouge flottait derrière son dos.

-Très bien, tu as gagné, Sheibah. Tu as besoin que je reste ?
-Non, merci. Je désire m'entretenir seule avec lui.
-Il est dangereux, Sheibah. Je ne saurai trop te conseiller de faire preuve de prudence et de poigne avec lui.
-Bien sûr, Kelma. Mais si cela fait effectivement plus de cinquante ans qu'il pourrie dans cette cellule, je doute qu'il ne soit aujourd'hui rien de plus qu'un frêle vieillard sans forces ni crocs.

En introduisit la clé dans les trois différentes serrures, le Jaguarian reprit avant de s'écarter pour laisser le passage à la Prêtresse.

-N'en sois pas si certaine mon amie, un Sorcier Noir ça ne vieillit jamais.



*
*  *

Kara Shley reprit son souffle en laissant échapper du fond de sa gorge un petit gémissement. Le rouge lui montait aux joues, comme à chaque fois à ce moment là. Elle se laissa tomber à côté du Dernier Homme, dos contre le sol. Son joli corps -entièrement nu- s'étira en un demi effort. Elle cala sa tête sous la nuque de son amant en se passant la langue sur la lèvre inférieure. Remarquant que ce dernier ne réagissait pas, elle se dandina doucement, puis de plus en plus souplement et finit par se redresser. Kasino reprenait son souffle en fixant le haut de la grotte, d'un air totalement absent. Kara lui tapota doucement la joue ce qui le fit presque sursauter. Il esquissa un sourire fort maladroit en tentant de se rattraper auprès d'elle.

-Oui ?
-Puis-je savoir à qui tu pensais là ?
-Ben...Je...
-On aurait dit que tu n'étais même pas là. Tu sais qu'on vient de coucher ensemble au moins ?
-Oui bien sûr.

Le Comte se leva et entreprit de s'habiller lentement. Il se recroquevilla au moment d'enfiler sa chemise, toujours torturé par l'Envers magique. Il tenta de focaliser ses pensées sur autre chose, mais le second fait qui obstruait son esprit n'en était pas moins douloureux. Il décida de dire la vérité à Kara, après tout il lui devait bien ça. Il ne lui avait jamais menti proprement -si on considérait le fait qu'une réponse très évasive ou un mensonge par omission n'en était par un- et se refusait de commencer maintenant.

-Kara, cela fait quatre jours.
-Je le sais bien, -la jeune femme venait de se rhabiller elle aussi-. Et j'aime toujours autant passer du temps à tes côtés.
-Oui, moi aussi. Mais Ténébris et ma garde du corps ne sont toujours pas là. Je crains le pire.
-Je le comprends. Kasino, nous avons passé les trois derniers jours à les chercher dans les Montagnes. Je suis désolée de ne pas réussir à te rassurer, mais elles se sont sûrement perdus durant la dernière tempête de neige. Elles ont dû s'abriter dans la première grotte ou fracture rocheuse trouvée et le paysage a dû entièrement changer à cause de la neige le lendemain. Nous pouvons continuer nos recherches aujourd'hui encore, si tu le veux. Mais à mon avis c'est inutile. Elles nous retrouverons tôt ou tard.
-Ou alors elles ne sont plus en vie.
-Que veux-tu dire ? Tu fais référence aux gangs de Milsharks qui chassent dans ces Montagnes ?
-Non, Kara. Je fais référence aux Armées Jaguariannes et Chiridannes qui nous chassent dans ces Montagnes.

Un silence s'ensuivit, marquant de son poids leurs échanges. Kasino lissa rapidement ses cheveux et les repoussa derrière sa nuque puis il se frotta les yeux. Il ne dormait pas plus qu'auparavant, même malgré ses aptitudes physiques en compagnie de Kara. En revanche, cela permettait de reléguer l'Envers qui le frappait au second plan de son esprit l'espace de quelques minutes. La jeune femme aux cheveux verdoyants s'approcha de lui et vient se blottir contre sa poitrine. Kasino l'enroula dans ses bras et déposa un baiser sur son front. Plus impulsif que significatif.

-Kara, attends moi ici, je vais y aller.

Il se releva en s'assurant que son épée coulissait bien dans son fourreau.

-Très drôle Dernier Homme. Et si tu t'évanouis de nouveau, au milieu de ces Montagnes ?
-Il n'y a aucune raison afin que je m'évanouisse, mentit évasivement le Dernier Homme.
-Rien qu'à voir ta prestation de tout à l'heure, crois moi je peux me poser des questions quant à ta solidité physique.
-Ne te mêle pas de ça, tonna Kasino, piqué au vif.

Il alluma un tison et se dirigea vers la sortie de la grotte prudemment, sens en alertes et muscles tendus. Les mains cristallines de Kara s’agrippèrent à son bras droit .

-Nous avons toujours mené nos recherches ensemble, Kasino. Je crois vraiment que je vais te laisser aller seul aujourd'hui ?


*
*  *

Eternity frappa du pied le visage du Jaguarian prostré à ses pieds. L'ancien Légendaire Gryf étouffa un rugissement guttural de douleur mais ne broncha pas. Un rictus d'une malveillante satisfaction s'afficha sur les lèvres du Fils d'Anathos.

-Debout.

Gryf s’exécuta. Son katseye était noir comme la plus sombre des mi-nuits, signe de sa soumission effroyable. Eternity plongea son regard sorti tout droit des Enfers d'Anathos dans les pupilles dilatées et incrustées de sang de Gryf.

-Apéhros et l'équipe de Lheïra sont morts. Ce Dernier Homme dont fait mention la Prophétie à plus de ressources qu'il a voulu nous faire croire. Tu sais où il est n'est-ce pas ?

Toujours incapable de retrouver le contrôle du langage, l'ancien Légendaires rugit en hochant la tête. Eternity reprit :

-Tu saurais le retrouver, au coeur des Montagnes de Lovinah ?

Même son rauque et guttural.

-Il sera mien avant l'aube demain matin, n'est-ce pas ?

Cette fois une sorte « oui » s'échappa des crocs clos du Jaguarian. Son corps était peut être meurtri et brisé, de même que son esprit mais ses sens d'homme-bête demeuraient toujours présents et plus aiguisés que ceux des autres de sa race. Eternity haussa un sourcil, l'air menaçant.

-Alors, va. Et ramène moi les !


*
*  *

Sheibah entra prudemment et ne cilla pas d'un poil lorsque Kelma-Thu referma derrière elle la lourde porte qui s'enfonça dans ces gonds. Un Jaguarian au pelage sombre, entièrement noir, crins et poils de même couleur, était enchaîné, chevilles et poignets à un mur. Il ne portait rien d'autre de plus en vêtements qu'un manteau crasseux brun qui peinait à dissimuler ses flancs creux et son corps amaigri. Pourtant, derrière cet abject tableau d'affliction, le Jaguarian avait l’œil aussi vif et acerbe qu'un vautour. Sheibah en resta quelques secondes la bouche entrouverte, muette de surprise.

-Mais...On m'a dit que vous étiez captif depuis plus de cinquante ans ! Comment...Vous ne ressemblez pas à un vieillard.
-Pourtant croyez moi Prêtresse, je me sens vieux. Mon esprit tout comme mon corps sont las.
-Je me nomme Sheibah. Comment avez vous deviné que je suis la Prêtresse de Jaguarys ?
-Je possède une grande acuité visuelle.
-Pourtant vous êtes aveugle, je me trompe ?
-Non, Prêtresse Sheibah. Cependant comme je vous l'ai dis, je vois certaines choses que l’œil lui ne voit pas. Par exemple je perçois très bien votre détresse. Acceptez mon empathie à votre égard. Je suis désolé pour votre Fils.

Comme à chaque fois que l'on mentionnait -même indirectement- le nom de Razorcat, Sheibah sentait tous ses muscles et ses nerfs se tendre et se contracter. Une incroyable boule à la fois brûlante et glaciale semblait se loger dans son estomac, mettant en alerte tout son être. Des larmes perlèrent aux paupières de la Mère lorsqu'elle invoqua mentalement l'image de son Fils, abandonné de toutes sensations et de toutes expressions. Un visage gris, vide, tendu, bestial. Ce n'est pas juste. Ho, comme cela n'est pas juste. Sheibah s'avança afin de se trouver exactement en face du Prisonnier. Ses larmes coulaient sur ses joues, elles ne les essuyait pas. Elle était venue ici en tant que Sheibah, Mère de Razorcat, Jaguarianne au cœur brisé et refusait de jouer un rôle qui ne la représentait pas fidèlement.

-Votre nom c'est Myrh-Zesph, n'est-ce pas ?
-Avant que je ne devienne le Sorcier Myrh-Zesph, mes rares amis me nommaient Mattu-Zesph. Mais en effet, je suis bien celui-ci.
-Quel âge avez vous, Sorcier Myrh-Zesph ?
-Plus de 160 ans, Prêtresse Sheibah.
-Vous n'avez pas l'air d'en avoir plus de 50.
-Je le sais. Sous certains aspects, la Magie peut conserver.
-Sorcier Myrh-Zesph, vous savez que le Roi actuel, Kel-Cha avait prévu de vous exécuter sur la Grande Place de Jaguarys. J'ai usé de mon influence auprès de ce Roi afin qu'il consente à vous faire don d'une lune de plus.
-En d'autres termes je vais être mis à mort demain, et si ce n'est pas aujourd'hui c'est grâce à votre intervention auprès du Fils de Wis-Kas qui m'avait lui même condamné ? Très bien Prêtresse Sheibah, dans ce cas j'aimerai savoir pourquoi vous vous êtes donnée tant de mal pour reculer l'échéance de ma mort.
-J'ai...Je suis perdue, Sorcier Myrh-Zesph. J'ai tout perdu. Des humains s'en sont pris à mon Fils unique. Je n'aspire plus qu'à la vengeance en ce jour. Je rayerai d'une façon ou d'une autre la race Humaine d'Alysia. J'ai pensé que vous pourriez m'aider.
-En échange de quoi, Prêtresse Sheibah ?
-Vous n'ignorez pas quelle mort les lois Jaguariannes prescrivent pour les Sorcier adeptes de Magie Noire. Elle sera lente et douloureuse, vous serez torturé puis brûlé publiquement, vos os seront réduits en poussière et reposeront aux pieds de la tour abritant la Corne. Je peux vous épargner ceci.
-Une mort rapide en échange d'informations.
-C'est tout à votre avantage, Sorcier Myrh-Zesph.
-Connaissez vous la Magie Interdite Prêtresse Sheibah ? Elle possède une pile et une face. Un premier et un second plan. Un Envers et un Endroit. Tout ce que peuvent m'infliger les Jaguarians ne serait rien à côté de ça. Mais je vais tout de même vous aider. Prêtresse Sheibah, le nom des Démons Galinas vous dit il quelque chose ?
-Un Démon Galina, vous dites.. Non, je suis désolée.
-Une race entièrement éteinte et rayée de la surface d'Alysia. Mais le dernier d'entre eux, un Démon Galinas, arpente encore nos cieux. C'est lui qui vous aidera à mettre la patte sur le Pouvoir Ultime. Et la Clé.
-Comment pourrais-je trouver ce Démon, Sorcier Myrh-Zesph ? Où se trouve-t-il en ce moment ?
-Il est en compagnie d'une créature créée à son effigie qui ne tardera pas à pénétrer à Jaguarys, avec un groupe d'Humains. Il s'infiltrera de cette façon là. Son esprit est sournois et rusé.
-Vous voulez dire que ce Démon viendra directement à moi ?
-Sans le savoir, mais oui. Il convoite la Corne de Sygma. Mais il ne parviendra à prendre possession d'elle. Prêtresse Sheibah, ce Démon connaît l'emplacement secret de la Clé qui verrouille l'accès à ce Pouvoir Ultime.
-Il ne me reste donc plus qu'à le convaincre...d'une manière où d'une autre.
-Ne perdez pas de vue qu'il s'agit d'un Démon Galinas. Je vous déconseille de le tenter de rejoindre votre parti par le biais de la force.
-Vos connaissances sont étonnantes.
-Mes connaissances s'étirent sur plus de 150 ans.

La Prêtresse Sheibah sortit de sa manche un petit poignard fuselé, à la lame étincelante.

-Je saurai convaincre ce Démon, Sorcier Myrh-Zesph. Je vous remercie de tout mon coeur...
-Je ne veux pas être tué, Prêtresse Sheibah. Je n'ai peur ni des flammes de l'Enfer, ni des Tortures.
-Votre épreuve sera douloureuse et votre agonie longue. J'aimerai faire quelque chose pour vous aider.

Le Jaguarian au pelage noir sourit et redressa doucement la tête qu'il avait gardé abaissée jusqu'à présent. Ses yeux aveugles et pourtant si vifs firent tressaillir la Grande Prêtresse.

-Dans ce cas, accordez moi la Liberté. Si vous avez autant d'influence auprès du Roi que vous me l'avez mentionné, il ne devrait pas être difficile pour une femme telle que vous d'obtenir pour ma personne le Bannissement définitif de Jaguarys.


*
*  *

Kasino s'assura une dernière fois que le col de sa veste ne montait pas plus haut. Bien qu'il ne neigeait plus -pour la première fois depuis qu'ils avaient posé un pied dans ces Montagnes- l'air était toujours aussi mordant et glacial. Kara suivait le Comte du mieux qu'elle pouvait, néanmoins elle ne ralentissait pas. Au contraire, il avait parfois l'impression que c'est lui qui la ralentissait plus qu'autre chose et que la jeune femme se forçait à plaquer son allure sur la sienne. Il tenait fermement dans sa main droite la garde de son épée et tâtait le sol avec un solide bâton dans sa gauche. Il espérait de toutes ses forces ne pas avoir à combattre une meute de Milksharks qui les prendraient pour cible. Néanmoins, dans le cas où la bataille serait inévitable, il savait que le don fait par le Sorcier Noir lui permettrait d'en venir à bout. Il savait où il voulait le croire. Un rapace plana dans le ciel et Kasino se délecta avec un certain soulagement de son vol gracieux et léger au dessus de leurs deux têtes.

-Nous sommes déjà passé par là je crois. Hier. Où plutôt non, avant hier. Qu'en dis-tu Kara ?
-Je crois bien oui.
-Alors allons dans cette direction. On dirait qu'il y a quelque chose là bas, non ?
-Je ne vois rien, Kasino. A mon avis c'est inutile de poursuivre les recherches ainsi, tes amies nous rejoindront bien un jour où l'autre.
-Si Eternity les détient, la probabilité qu'ils nous retrouvent est en effet très élevée, oui.
-Pardon, Kasino, je ne désirais pas te blesser.
-Tu ne m'as pas blessé. Mais reste toujours sur tes gardes, sois en toutes circonstances prête au combat et peut être alors nous pourrons déjouer les plans d'Eternity.
-Je propose de déjouer d'autres plans que ceux d'un Dieu maléfique fou furieux.

Tandis que Kara agrippait les pans de la chemise du Comte, ce dernier évita de justesse de tomber dans une crevasse dissimulée par l'épaisse couche de neige. Il fit un signe de tête à Kara et poursuivit ses recherches malgré ses commentaires désobligeants.

-Kara, regarde.
-Regarde quoi ?
-Là bas. On dirait...une construction. On devrait s'approcher.
-Kasino, je ne vois rien du tout. On devrait rentrer avant que le soir tombe et que l'ombre nous rattrape.
-Viens.
-Attention !

Une silhouette aussi rapide que la foudre en personne percuta le Dernier Homme qui entreprit de rouler-bouler dans la neige. Il entendit Kara crier mais la neige dans sa bouche et ses oreilles l'abasourdissaient. Le Dernier Homme se redressa d'un bond et arma son épée à bout de bras. Ses poils se hérissèrent lorsqu'il vit que l'ancien Légendaire Gryf se tenait devant lui. Son regard croisa celui de Kara. Il cria en balançant sur le Jaguarian en furie un fouet de sillages lumineux qui le percutèrent de plein fouet.

-Kara, reste derrière moi !
-Kasino...C'est...

Le Comte ne laissa pas le temps à son ennemi de se redresser, il leva les paumes vers le ciel, invoquant la Toute-Puissance du Souffle Manifeste. Ce dernier s'élança vers sa cible à terre, en faisant tourbillonner autour de lui l'air. Plus rapide, Gryf rugit et bondit. Sans élan, il réussit à exécuter un bond incroyablement haut digne des plus grands acrobates d'Alysia. Le Souffle Manifeste percuta un point vide en envoyant valser autour de lui des tonnes de neiges. Voyant que Kara ne s'était pas déplacée, Kasino s'avança près d'elle dans l'intention de faire bouclier avec son corps. Il fit appel à la magie pour emmagasiner de l'énergie et sentit une puissance l'envahir, se nicher dans son ventre en le faisant doucement trembler. Ceci parut déplaire à l'Envers qui se contorsionna en hurlant. Le Dernier Homme tomba au sol, sur les genoux en se tenant la tête à deux mains. Gryf bondit sur lui et lui asséna un coup de griffe qui faillit lui déchirer l'épaule en deux. La lame du Dernier Homme dépeignit un astucieux et aléatoire vol plané dans les airs. Kasino tendit un bras et une onde noire, nébuleuse s'élança de nouveau vers Gryf pour le percuter. De la chair et du sang tacha le sol immaculé de neige. Le Jaguarian hurla et bondit sur le Comte qui n'avait pas eu le temps de préparer une autre attaque. Il n'eut d'autre choix que de lever le bras dans l'espoir de se protéger les yeux. Les griffes acérées entamèrent ses chairs mais il devinait bien que le Fils avait ordonné à l'ancien Légendaire de le laisser en vie. Kasino hurla et fit abstraction de la douleur, il concentra dans sa paume un second Souffle Manifeste. A cette distance, même un Souffle minime ferait des dégâts sur le Jaguarian. Au moment où il allait frapper, Gryf lui asséna un coup de poing dans le ventre qui l'envoya rouler une seconde fois sur le sol. La douleur de l'Envers ajoutée à celle du coup et de la chute le fit crier de douleur et rompre la concentration nécessaire à l'élaboration de son attaque. Le visage dans la neige froide, le ventre en feu, le corps meurtri, le Dernier Homme trouva à peine la force de lever la tête lorsque le Jaguarian le souleva par la gorge. Souviens toi des paroles du Sorcier Noir. Rappelle toi ses menaces. Si tu échoues face à Eternity je jure que je me saisirai de ton âme. Tandis que la panique le gagnait, il serra ses poings et les balança un peu au hasard sur le Jaguarian. Le simple contact de ses doigts sur la fourrure rousse provoqua une nuée d'éclairs verdâtres qui le percutèrent et séparèrent les deux hommes. Kasino reprit son souffle en crachant et toussant. Comment venir à bout de cet adversaire ? Il est tellement rapide. Sa vue était brouillée et il doutait de pouvoir bouger encore. Des cris s'amplifiaient dans son esprit, chacun faisant écho à l'autre. Il sentait la torsion de ses intestins le clouer au sol comme un vulgaire animal pris au collet. Il devait au moins protéger Kara. Pourvu qu'il ne soit rien arrivé à Ténébris, pourvu que Gryf ne l'ai pas tué. Pitié, tout plutôt que subir la colère du Sorcier Noir. Kasino se sentit voler dans les airs puis chuta encore. La neige assouplit sa chute mais son crâne heurta quelque chose de dur et il perdit à demi-connaissance.
Il sentit Gryf le soulever et le hisser sur ses épaules. Du sang maculait la fourrure et le corps du Jaguarian blessé. Kasino tenta de faire le clair dans son esprit. Il ferma les yeux et invoqua l'absence totale. Absence des éléments, de douleur, de couleurs ,de sensations. Concentre, toi. Tu n'es pas sans défense. Tu possèdes la Magie du Sorcier Darkhell. Elle est en toi. Serre toi-s-en. Kasino exécuta un volte face en se redressant. Un bruit sourd tonna à quelques centimètres de lui tandis qu'un maelström d'éclairs magiques et de courant d'airs s'élevait dans le ciel.

-Légendaire Gryf ! N'approchez pas. La Magie de votre ennemi juré Darkhell est en moi, vous n'avez aucune chance !

Comme sourd, le Légendaire fusa sur le Dernier Homme. Kasino le perdit de vue comme à chaque fois qu'il chargeait. Sa vitesse et sa souplesse étaient tout bonnement indescriptibles. Kasino se retourna et invoqua un troisième Souffle en sentant la présence de son adversaire à moins de dix centimètres derrière lui. Encore une fois, le Jaguarian ne sembla pas ressentir la douleur. Il secoua la tête rageusement en bavant. Kasino leva une énième fois les mains, dans un dernier effort. Il ignorait ce qu'il allait faire mais il savait que cette fois il devait frapper fort. Une onde de choc fusa, en transperçant l'air et frappa Gryf en plein poitrail. Le Jaguarian tomba en hurlant de douleur. Pour une fois, le Dernier Homme avait fait mouche. Du sang gicla sur les mains et la veste de Kasino, et une seconde onde de choc aussi tranchante que la première frappa de nouveau le prisonnier d'Eternity. Un rugissement long et grave résonna quand le torse de Gryf se déchira derechef, sa tête s'étalant lourdement sur le sol. Kasino rampa jusqu'à lui. Tout son corps le faisait souffrir le martyr mais il devait au minimum s'assurer que son adversaire était bien mort, et dans le cas contraire l'achever définitivement. Il se redressa sur les coudes, puis, les jambes tremblantes, réussit à se mettre debout. Si on m'avait dit qu'un jour je devrai ma vie au Sorcier Noir. Le Prisonnier du Fils avait ses deux mains appuyées sur son torse ensanglanté. Le sang maculait autant la neige que son pelage roux. Kasino l'espace d'un instant eut de la peine pour lui. La respiration irrégulière du Jaguarian était marquée par le soulèvement de son poitrail déchiré. L'Ancien Comte serra son poing, prêt à laisser jaillir un Feu Mystificateur qui porterait le coup de grâce. Il fut renversé par le choc du rebond intensif du Jaguarian qui le percuta.

-Légendaire Gryf ! Se ranger du côté d'Eternity n'est pas la bonne solution, ne faites pas ça !

Il laissa jaillir les Flammes mais le Jaguarian réagit bien plus promptement. Gryf hurla et lui plaqua le poignet contre le sol d'un coup de genou. Kasino sentit ses os craquer et se briser net sous le coup. Les flammes noires qui dansaient au bout de ses doigts n’atteignirent jamais leur but. Le Jaguarian rugit, un cri empli de rage et de bestialité, et planta ses griffes d'homme-bête dans le ventre du Dernier Homme. La douleur le rendit à demi fou, Kasino inclina la tête en arrière en sentant le contact des griffes dans l'Envers. Ses pupilles se révulsèrent alors qu'un gigantesque tourbillon noir s'éleva de son ventre pour s'enrouler autour du visage et du corps ensanglanté du Jaguarian. Une odeur de chair et de poils brûlés emplis les narines du Dernier Homme. Kasino entendit Kara crier, mêlant sa voix au rugissement de souffrance de Gryf et au sien. Le sol et le ciel semblèrent trembler puis, encore une fois, le Dernier Homme perdit connaissance quelques minutes.

*
*  *

Lorsqu'il revint à lui, Kasino était allongé près de Kara, protégés au coeur d'une cavité rocheuse. Il comprit vite pourquoi au son que produisait la tempête de neige dehors. Ils étaient en fin d'après midi. Il gémit doucement en posa instinctivement ses mains sur son ventre. Il se rappela très rapidement les derniers événements. Le coup de griffes dans le ventre, la colère de l'Envers, la riposte, la tornade de Ténèbres. Il avait toujours considéré l'Envers comme la pire des malédiction, et voilà qu'il venait certainement de lui sauver la vie. Il sentit un goût déplaisant dans sa bouche et entreprit de vomir de la bile et du sang. Kara écarquilla les yeux en le voyant se réveiller. Elle semblait perdue, comme une petite fille, ses bras entourant ses jambes. Son menton était tranquillement posé sur ses genoux. Elle ressemble à une poupée de cire. Le Comte se saisit d'une gourde d'eau qu'il portait à la ceinture et la vida presque entièrement. Il choisit enfin de croiser les yeux bleus de son amante. Elle semblait...paniquée.

-Kara...Tu vas bien ?
-Je suis désolée.
-Ne t'inquiète pas pour moi.

Le Dernier Homme se releva avec une lenteur exubérante, comme si il était en fin de vie. Il contempla les traces laissées par les griffes du Jaguarians sur sa nuque, son thorax et sa poitrine. Mais surtout sur son ventre. Kara avait néanmoins eu la bonne idée d'enrouler tout ça dans ce qui semblait être le tissu de sa veste. Elle portait juste un petit haut en coton fin et son manteau avait servi de matelas à l'Homme.

-Kara. Quelque chose ne va pas ?
-Je t'ai cru mort.
-Tu sembles étrange. Où est mon épée ?

Elle haussa les épaules. Il vit que des larmes avaient marquées de leur sillage ses joues rosées.

-Perdue dans la neige. Je ne l'ai pas retrouvée.
-Combien de temps j'ai sombré dans l'inconscience ?
-Cela fait près de deux heures. Kasino...C'était quoi...ça ?
-De quoi parles-tu ?
-De cette chose... Ce tourbillon de particules qui est sorti de ton ventre et qui a tué Gryf.
-Je crois qu'il s'agit de la Magie.
-On aurait dit...quelque chose de vivant. Gryf est mort. Ca l'a tué.
-Je crois que c'est vivant, oui.
-Comment est-ce possible ? Est-ce que cette magie est encore en toi maintenant ?

Kasino n'avait nul besoin de s'interroger avant de répondre.

-Oui.

Il vit une larme couler sur la joue de la jeune femme. Si belle et si triste. Le Comte s'approcha d'elle et tenta de la réconforter.

-Je suis désolé que tu aies assisté à ça.
-Ca m'a...surprise.
-Je sais.

Allez, fais le. Tu vois bien que quelque chose cloche. Au lieu de ça, le Comte l'attira à lui et l'enveloppa dans ses bras avec un élan protecteur amoureux. Son corps était étonnamment chaud.

-Kara, tu dois me dire la vérité.
-Kasino, j'ai été surprise c'est tout.

Elle s'écarta un peu de lui et esquissa un sourire.

-Il nous reste du vin ?
-Je crois que nous l'avons finis hier.
-Dès que cette tempête se calmera, nous retournerons à notre repère.
-Oui, bien sûr.

*
*  *

Kasino avait laissé le crépuscule arriver. Kara et lui avaient assisté à un magnifique dégradé dans le ciel, qui avait un petit peu adouci l'humeur de chacun. Alors que le Dernier Homme espérait de toutes ses forces que cette maudite tempête allait très vite se calmer, Kara s'était déshabillée et s'était collée à lui en lui demandant de s'occuper d'elle. Vu comme ça, la tempête de neige avait duré bien moins longtemps que prévu. Au début, Kara avait insisté pour qu'ils reviennent directement à leur refuge dans la grotte, mais lui campait sur sa position. Il avait aperçu une sorte de ruine, de construction au loin dans les Montagnes avant l'attaque de Gryf et désirait plus que tout y jeter un coup d'oeil en se rendant sur place. Finalement, Kara avait baissé la tête et s'était mise derrière lui.

-Mince, ça ressemble à une construction Jaguarianne. Ca à l'air très vieux.
-Peut être que oui. Peut être que non. Tu sais, ce n'est pas ici que nous retrouverons Ténébris et Meysha.
-Je ne veux négliger aucune piste. Cette construction aurait pu leur servir de refuge en cas de tempête de neige.
-Kasino, cesse de faire preuve de résistance.

C'était le signal qu'il attendait. Vif comme jamais il ne l'a été -même durant son combat contre le Légendaire Gryf- il fit un volte face et décocha un coup de poing au visage de la jeune femme. Cette dernière disparut littéralement et il fallut quelques secondes au Dernier Homme avant de comprendre qu'elle s'était envolée. Des serres et des griffes d'acier luisaient au bout des doigts que Kara Shley, et un plumage verdoyant lui faisait comme des ailes. Kasino n'en croyait pas ses yeux. Il savait qu'elle allait attaquer, qu'elle préparait quelque chose. Mais de là à ce qu'elle transforme de la sorte. Il n'avait plus une humaine au dessus de lui mais bel et bien une femme-oiseau.

-Kara, que fais-tu ?!
-C'est toi. Pourquoi m'as-tu attaqué ?
-Qui es-tu vraiment ?
-Qu'as-tu compris ?
-Tu es une espionne d'Eternity !
-Bien joué, Dernier Homme.

Dans une danse de plume, Kara Shley se posa sur le sol, à une dizaine de mètres du Dernier Homme.

-Comment ?
-J'ai remarqué que tu m'avais soigné avec tes vêtements tout à l'heure, et ton manteau me servait de matelas. Tu ne portais presque rien sur ton dos et pourtant d'après toi même cela faisait deux heures que je dormais ! Dehors une tempête de neige faisait rage, une femme Humaine n'aurait jamais tenue deux heures, vêtue ainsi. D'autant plus que ton corps était chaud.
-Tu as réussis à faire tous ces liens, Kasino ?
-J'ai remarqué aussi que tu avais pleurais tout à l'heure. J'ai d'abord cru que c'était à cause de moi, mais tu n'as pas semblé si émue que ça lorsque je me suis éveillé. Et tu parlais de Gryf d'une manière presque...familière. C'est pour lui que tu pleurais, c'est lui que tu aimais, n'est-ce pas ?
-Exact. Tu es malin.
-Et puis lorsque il nous a attaqué hier soir, il ne s'en ai pas une seule fois pris à toi. Il n'a même pas été surpris de nous voir tous les deux, comme si il savait d'avance que tu serais à mes côtés. A sa place et si j'avais devant moi un sorcier, je n'aurai pas hésité à menacer la vie de son amie qui était sans défense. Il aurait pu se servir de toi comme bouclier contre moi, ou au mieux comme arme. Mais il ne l'a pas fait. Et pas une seule fois tu n'as tenté de le fuir ou de l'attaquer. Tu savais donc qu'il ne tenterait rien contre toi.
-Alors là, je suis vraiment surprise, petit Homme. Moi qui pensais que tu était un mâle comme les autres.
-Je suis comme les autres. A la seule différence que je suis le Dernier Homme. A quelle race appartiens-tu ? Tu es une Jaguarianne ?
-Non. Je suis la dernière des Galinas et des Chiridirelle, Dernier Homme. Et je suis entièrement soumise au Fils.
-Kara, non...Pas toi. Je voulais...J'ai eu confiance en toi. Je t'apprécie vraiment beaucoup.

Tandis qu'un rayon lumineux fusa vers lui, Kasino put entendre Kara crier de rage :

-Je ne suis pas Kara ! Mon nom est Shun-Day ! Je suis la fiancée de Gryf et je suis l'esclave du Fils d'Anathos !! Ces choses sont les deux seules choses que jamais je ne nierai ou rejetterai dans ma vie ! J'ai eu l'ordre de te trouver, de gagner ta confiance et de t'apporter à Eternity dans le cas où Gryf échouerait face à toi !! Tu vas me payer sa mort, Kasino !!

Un autre rayon lumineux fusa vers lui, faisant voler en éclat la neige et la terre. Kasino tendit la main et réussit à invoquer une paroi invisible pourtant aussi dur que le plus solide des m étaux présent sur Alysia. L'attaque de Shun-Day ne l'atteignit jamais.

-Le premier jour. Lorsque tu m'as dis que je dormais depuis trois heures, c'était du bluff n'est-ce pas ? Et Ténébris et Meysha ne sont jamais parties à la chasse !
-C'est vrai. Cela faisait plus d'une journée que tu étais resté inconscient. Les Hommes sont tellement prévisibles. On leur offre une chaleureuse compagnie et un verre de vin et ils se croient maitres du monde !
-Je ne suis pas comme ça !
-Vraiment ? Ose dire que tu n'as pas joui de ce sentiment. Ose dire en me regardant dans les yeux que plus d'une fois tu ne t'es pas cru plus puissant encore qu'Eternity.
-Non, jamais !

Sans laisser le temps à sa compagne d'en rajouter, Kasino laissa se matérialiser sa rage. Ses veines s’obscurcirent davantage et sa peau semblait huer des éclairs. Il n'avait ni épée ni arme, mais il savait qu'il possédait la magie du Sorcier Noir et son Envers. Kara Shley -Ou Shun-Day- allait mourir. Ici et maintenant. Puis ce serait au tour d'Eternity. Il remercia intérieurement Darkhell, car pour une fois il était heureux d'avoir à sa disposition et en lui une telle machine à tuer.

*
*  *

Shun-Day avait un bras tordu. Un filet de sang rouge coulait sur son menton, et ses plumes et sa chair avait été en partie brûlées. Kasino l'avait vaincu, puis s'était écroulé sur elle, incapable du moindre mouvement. Un combat contre le Légendaire Gryf puis le lendemain même un autre duel contre Kara Shley, c'était beaucoup trop pour lui. Il s'était ensuite relevé et avait vu le sillage dans la neige laissé par la Galinas. Elle avait rampé, malgré ses membres déboîtés et ses os brisés, afin de rejoindre la dépouille de Gryf. Toujours vivante, elle avait attendu la mort, sa tête posée sur la poitrine de l'Homme-bête qui ne respirait plus. Kasino s'était recroquevillé sur lui même en l'apercevant au loin, et avait pleuré. Il tenait plus à elle qu'il le voulait et qu'il l'aurait cru. Puis il s'était approché, avait invoqué un Catalyseur De Front qui l'avait percutée de plein fouet et avait mis fin à ses malheureux jours. Le Dernier Homme, plus seul qu'il ne l'avais jamais été de cette histoire, se serait sans doute suicidé si la menace du Sorcier Noir ne planait pas sans cesse au dessus de sa tête. Il s'était relevé, ne possédant plus rien. Ni armes, ni vivres, et avait marché en direction des ruines. Quelque chose là bas l'appelait et il avait peur de deviner quoi. Il avait posé la paume de sa main sur le vestige Jaguarian, avait fait le tour de l’édifice triangulaire lorsque son pied avait buté sur quelque chose dans le neige. Il s'était agenouillé et avait entreprit de déblayer la couche immaculée à mains nues. Son coeur avait presque faillit s’arrêter de battre lorsqu'il avait dégagé le visage livide de Meysha, puis de Ténébris. Elles étaient mortes brûlées par la magie -il le voyait et le sentait- et leur corps était froid, rigides et creux depuis longtemps. Une oeuvre de Shun-Day, avant qu'ils ne se rencontrent à coups sûrs. Kasino prit Meysha dans ses bras et entreprit de dresser un Cairn à sa mémoire. Il fit de même à l'attention du corps ssans vie de Ténébris. Le corps sans vie de Ténébris.

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Dim 10 Aoû - 17:13

CHAPITRE 7 : PUNITION



Le Dernier Homme sentit le sillage de givre des larmes embuées descendre le long de son visage et flottaient quelques micro-secondes dans l'air derrière lui avant de chuter. Il n'y voyait presque plus, sa gorge le faisait souffrir inimaginablement et ses jambes menaçaient de le trahir à n'importe quel moment, en le faisant chuter net. Si il chutait, c'était la fin. Pire que cela, c'était le commencement d'une fin éternelle. Il sauta lorsqu'il vit un précipice devant lui, et l'espace de quelques secondes il défailli de bonheur en pouvant profiter de ce temps de répit qui lui était accordé. Il tomba quelques mètres plus bas. Il aurait normalement dû se tuer, mais la neige amorti le choc. Le Dernier Homme ne réfléchit pas et fit abstraction des chocs qui prenaient d'assaut son corps et ses membres. Il se releva à la seconde même où il tombait, conscient qu'attendre une demi seconde de plus signerait sa perte, car ses muscles auraient été incapables de lui obéir. A présent, il courrait plus vite qu'il ne l'aurait cru possible pour un Homme, et ne voyait plus rien se profiler devant lui. Il entendit derrière lui le crissement menaçant de l'avalanche provoquée par ce qui le chassait. La neige était plus rapide, elle gagnait du terrain par rapport à lui. Lorsque son pied buta sur un rocher recouvert de neige, il chuta pour la seconde fois et fut incapable de se relever. L'avalanche l’assomma et le balaya sur plusieurs mètres, ajoutant à l'incendie qui venait de sécher et râper sa gorge. Il sentit la neige au dessus de lui fondre à une vitesse difficilement mesurable, ses vêtements se retrouvèrent très vite alourdis et imbibés d'eau. Le ciel et tout ce qui l'entourait était une vague de feu qui le brûlait et le léchait. Ses bras et ses jambes, étendus au maximum, immobilisées sur le sol glaçait, faisait de lui la plus vulnérable des proies. Il ne pouvait pas fermer les yeux afin de se  protéger de cet enfer rougeoyant qui réduisait à néant ses bandages et ses habits. Une voix électrique jaillit du ciel et le frappa en plein coeur.

-Tu courrais loin de moi, Dernier Homme ? Tu pensais m'échapper ! Tu voulais fuir mon courroux !!

Une vague noire plongea droit sur lui et il se trouva au fond d'un enfer à présent aussi sombre que de l'encre. Il sentit son corps s'enfoncer dans la neige, creusant lui même sa propre tombe dans les Montagnes de Lovinah. Incapable de parler, le Dernier Homme vit ses veines noircirent plus qu'il l'aurait cru possible, puis sa peau se déchirer en une fine entaille qui laissait à une vague de sang -le sien- le loisir de s'imprimer sur la surface blanche qu'était sa chair, puis la neige. Encore une fois Darkhell cria :

-Ténébris, ma fille aimée, est morte ! Et tout ça, c'est ta faute, Mortel !! Ou étais-tu alors qu'on l'assassinait ? Qu'as-tu tenté pour absoudre sa meurtrière ? Rien sinon t'étendre sous une répugnante illusion, une démone !!

Le Dernier Homme concentra toutes ses forces pour tenter d'intercepter le peu d'air qu'il trouvait du fond de sa cavité toujours plus profonde. Il était immobilisé par une force invisible.

-Tu m'as trahi !!!

Si le Dernier Homme était face à un miroir, il aurait pu voir que la peau de son visage brûlait et se consumait. Du sang coulait de ses veines noires et de la large entaille qui s'ouvrait partant de sa clavicule et descendant jusqu'à son ventre. Les cris de l'Envers furent totalement relégués au second plan. La colère de Darkhell était innommable. Alors qu'il entendait sonner un glas, il eut la sensation qu'une poigne invisible -en l’occurrence celle de la magie noire- se saisissait de son âme en l'étouffant, la noyant et la brûlant en même temps, mais surtout l'empêchant de s'en aller.

-Tu ne partiras, Mortel ! Tu vas payer cet échec, tu vas me payer sa mort ! Ne t'avais-je pas prévenu que l'Envers te paraîtrait comme la plus douce des caresse après ça ?! Tu ne peux plus courir à présent, tu ne peux plus t'en aller !! Tu restes avec moi, pour toujours et à jamais  !

A présent le temps ne signifiait plus rien, car pour le Dernier Homme, chaque seconde ressemblerait à l'identique, à la précédente.


*
*  *

Elle crut l'espace d'un instant qu'il était mort, et cela ne l'étonnait pas. Elle était juste triste pour lui, et frustrée d'avoir fait un si mauvais calcul dans son équation. La nuit avait fini par tomber, puis l'aube était venu. Cela six fois, puis six fois, puis six fois encore. Durant plus de deux semaines, Elle était restée près de lui, à quelques centaines de mètres, à l'observer. Enfin les nuages noirs étaient devenus un peu moins noirs, les éclairs un peu moins étincelant, le grondement et le crépitement de la magie noire un peu moins menaçant. Elle l'avait entendu hurler et sombrer dans l'inconscience, et avait douté. Alors, Elle avait décidé de se rendre près de son corps pour le constat qui s'imposait. Au début, Elle avait reculé de surprise et de dégoût. Alors qu'il était presque charmant la dernière fois qu'Elle l'avait vu -à bord du bateau Pirate, en compagnie de ses deux gardes du corps- cette fois ci il ne devait plus rien avoir à désirer de son existence, hormis la mort. Mais Elle savait que son heure n'était pas encore venue. Jusqu'à aujourd'hui, elle ne s'était trompée dans ses calculs. Surmontant son recul et son choc, elle avait pris délicatement dans ses bras le corps brûlé et torturé du  Dernier Homme, avant de sentir un tourbillon de Magie Noire l'assaillir.

-Qui es-tu Femme et que fais-tu ? Cette âme m'appartient !
-Je sais qui vous êtes Sorcier Noir.
-Pourquoi je ne puis t'atteindre avec ma Magie !?
-Laissez moi me chargez de celui ci, je vous promets que vous le reverrez.
-Qui es-tu Femme ?!

Surmontant la douleur provoquée par la Magie Noire qu'elle s’efforçait de dissimuler, elle ouvrit à trois pas d'elle un portail magique et s'engouffra à l'intérieur, le Dernier Homme inconscient dans les bras. Moins de cinq minutes plus tard, le Dieu Eternity affluait sur le plateau de neige.


*
*  *

Kasino se redressa doucement. Il était couché à même le sol, mais une épaisse couverture en peau de bête assouplissait le sol. Il prit quelques secondes avant de revenir à la réalité et laisser derrière lui son songe. Il  ne connaissait pas l'endroit où il était.

-Donc, je dois être mort.
-Ho non mon garçon. Tu ne l'es pas encore.

Dans le coin de la salle où il était, une ombre noire était penchée au dessus d'un bureau d'ébène. Kasino plissa les yeux et crut repérer un Jaguarian, à la fourrure noire comme la nuit la plus sombre. Il écarta le linge au dessus de son corps et se leva. L'Envers gronda dans sa tête, mais il fut heureux de constater que ses hurlements habituels s'étaient taris. Il était vulnérable et entièrement nu.

-Quel jour sommes nous ?
-Pour tout te dire cela fait 2 jours qu'on t'a emmené à moi. Et trois fois six jours que tu étais dans la Transcendance.
-Qu'est ce la Transcendance ?
-La signature de la plus noire des magie, celle qui permet de garder tout contrôle sur le corps et l'esprit de quelqu'un. Un Transcendé n'a plus rien à espérer de la mort ou même de la vie. C'est un sort complexe et bien sombre, qui coûte cher mais qui demeure particulièrement acerbe et aiguisé. Et qui permet de martyriser n'importe qui.
-Vous parlez comme si vous étiez un Transcendé vous même.
-Non. Mais j'ai déjà lancé ce sort. Maintenant bois ça. -le Jaguarian sortit de l'ombre et tendit au Dernier Homme une louche d'un bouillon encore chaud- Et dis moi, qui en avait après toi ?
-Je ne me souviens plus.
-Réfléchis.
-Le Sorcier Darkhell je crois. Non je suis sûr. Il m'en voulait car sa fille a péri. J'ai voulu lui échapper mais je n'ai pas réussi.
-Bien. Si ce que l'on dit est vrai, le Sorcier Noir était un très grand homme.
-Quel est votre nom ?
- Myrh-Zesph.
-Sorcier Noir Myrh-Zesph, donc.
-C'est exact.
-Sorcier Myrh-Zesph, qui m'a emmené à vous ?
-Ho, il n'est guère utile de le savoir mon garçon. Il s'agissait d'une femme.
-Comment était-elle ?
-Hélas, trois fois hélas, je n'ai pas eu le temps d'apprécier les traits qui composent son visage. Elle est repartie très vite. Assis toi, n'aie pas peur.

Las de réfléchir, le Dernier Homme prit place sur un tabouret en paille dégarni, près d'une grande table de bois contenant herbes aromatiques, fioles vides et pleines, et grimoires jaunis. Son hote posa devant lui une assiette contenant un liquide brun à l'aspect peu accommodant. Pourtant, le Dernier Homme entreprit de le goûter puis de le finir.

-Sorcier Myrh-Zesph, ce n'est pas que je me déplais ainsi mais si vous avez des vêtements pour moi je vous en serai reconnaissant.

Un râle étouffé surprit le Comte, puis le Jaguarian se retourna, et balança une masse de vêtements noirs qu'il attrapa au vol. Il avançait bossu et courbé. Une longue cape noire déchirée dissimulait son corps frêle et velu. L'ancien Comte s'habilla rapidement, et ne fut guère étonné en constatant que le même type de cape noire lui avait été refilée.

-Tu as une veine incroyable, mon garçon. Généralement un Transcendé n'a pas le moyen d'échapper à ses tourments.
-Si ce que vous dites est vrai sans l'aide de cette femme je serai encore aux mains de Darkhell. Peut-il m'atteindre ici...Sorcier Myrh-Zesph ?
-Je l'ignore. Il serait plus réfléchi de répondre non, j'ai tissé des toiles de Magie Noire autour de cet endroit, afin de repousser d'éventuelles offensives. Le Sorcier Noir est mort et n'a plus de corps, il doit donc être très difficile pour lui de se déplacer jusqu'ici. Et encore plus de briser mes protections, surtout si il vient d'utiliser la Transcendance. Ce sort a dû l'affaiblir considérablement.
-Est-ce vous qui m'avez soigné ? Lorsque Darkhell utilisait...ce sort, j'ai cru que ma peau brûlait. Du sang coulait de mes bras mais je n'ai même plus de cicatrices à présent. Qui dois-je remercier, Sorcier Myrh-Zesph ? Vous ou celle qui m'a arraché de la colère du Sorcier Noir ?

Le Sorcier Jaguarian fixa l'espace d'un instant le Dernier Homme dans les yeux. Puis il éclata de rire. Un rire grave et enroué, glacial qui fit hérisser les poils de la nuque de l'Homme.

-Tu te crois vraiment guéri, petit ? Tu penses qu'on peut effacer ce qu'une Transcendance afflige ? Ho exquise naïveté.

Kasino continua à s'inspecter. Ses avant bras étaient immaculés, sa poitrine et son cou ne comportaient même plus les cicatrices laissées par son combat contre Gry. Seul son ventre portait encore un réseau de veines noires et des bleus, mais cela était la signature de l'Envers et il savait qu'il la porterait jusqu'à son dernier jour. Le Jaguarian s'ébroua puis apporta un grand miroir d'où manquait des pièces qu'il tira en face du Dernier Homme.

-Voici ce que tu dissimules fort bien, Sorcier. Contemple ton propre reflet.

Le Comte tomba à la renverse de surprise. Le choc tétanisa tous ses membres. Ce qu'il voyait le terrifiait. La personne qu'il fixait et qui le fixait en retour ne pouvait être lui. Une fumée brune étrangement fine s'élevait de son corps, comme de la poussière. Il semblait avoir été écorché vif, les muscles, les nerfs, les veines étaient visibles. Son visage était celui d'un être mort depuis longtemps, un espèce de zombie disloqué et à vif. Il passa les mains sur son propre visage et ne comprit pas. Sous ses doigts, sa peau semblait aussi lisse qu'elle aurait due l'être.

-Que m'est-il arrivé ?
-Le Sorcier Noir était apparemment très en colère contre toi.
-Je ressemble vraiment à...ça ?
-Cela dépend pour qui. Aux yeux du commun je dirai non. Pour ceux d'un Sorcier initié, oui.
-Pourquoi j'arrive à voir ma véritable apparence à l'intérieur de ce miroir et non quand je me regarde ou je me touche ?
-La Magie. J'ai réussi à réparer un peu ça mon garçon. Un solide masque qui t'empêchera de constater l'ampleur de la Transcendance. Mais je ne peux empêcher tes yeux de le voir au travers ton propre reflet.

Tremblant, Kasino se redressa.

-Ca suffit ! Eloignez ce miroir !

Il se rassit, encore tremblant et sous le choc de ce qu'il venait de voir.

-Si je ressemble vraiment à ça, alors je vais mourir.
-Non, le Sorcier Noir s'était accordé une « pause » avec toi, mais il avait bien l'attention de te garder en vie encore de longues années. Ne crains rien, tu ne mourras pas des suites de tes afflictions.
-Vous ne pouvez vraiment rien faire ? Vous ne pouvez pas me guérir ?
-Regarde toi et dis moi ce que tu voudrais que je fasses de plus ! Tu as la peau aussi lisse et neuve qu'un enfant, tes anciennes cicatrices ont disparues, tu es encore jeune et grand. Beaucoup tueraient pour te ressembler.
-Mais ce n'est pas le vrai moi !
-Personne ne le saura à part toi et éventuellement d'autres Sorciers. C'est un fardeau presque léger à porter tu ne trouves pas ? A propos, le Sorcier Noir t'a aussi ravi un œil, je n'ai pas réussi à te le rendre. Mais après tout, c'est inutile n'est-ce pas ? Tu y vois très bien de l'autre.
-Ce n'est pas le Sorcier Noir, j'ai perdu mon oeil quand j'étais enfant. Écoutez, je vous remercie de m'avoir aidé, mais que voulez vous en échange ? Un Mage Noir n'aiderait pas un tiers sauf si il n'y trouve pas intérêt.
-Effectivement, tu as vu juste. Je connais Eternity.
-Vous êtes un Jaguarian, c'est normal.
-Exact. Pour être plus précis je connaissais Sheibah, la Jaguarianne qui sert d'hôte à Eternity. C'est même moi qui l'ai aiguillé à libérer le Dieu.
-Pourquoi avoir fait ça ?
-Pour hâter l'arrivée de mon Disciple.
-Qui est-il ?
-Toi.
-Vous voulez...m'enseigner ?
-Oui, j'ai été seul et isolé du reste de la Magie durant tellement d'années. A présent il est temps pour moi de quitter ce monde. Je suis un vieillard mais surtout je crains Eternity. Il se trouve que je n'ai pas été très accueillant avec ses légions lorsqu'elles ont foulé le sol de mon repère, et si je pouvais compter sur la compassion et le sens de la repartie de Sheibah, faire de même avec Eternity serait folie.
-Si je comprends bien vos intentions, vous voulez m'enseigner la maîtrise de la Magie Interdite afin que je tue Eternity.
-Eternity veut ma mort, la seule façon pour moi de l'en empêcher est de le tuer avant. Mais seul je n'aurai jamais assez de poids face à un Dieu, si en tu te bats à mes côtés, toi qui possèdes la magie du Sorcier Noir, alors peut être nous réussirions.
-En somme vous me demandez exactement la même chose que Darkhell.
-Pourquoi le Sorcier Noir désirait l'extinction d'Eternity ? N'était-il pas déjà mort lors de son ascension ?
-Si, mais il avait une vengeance à assouvir.  
-A nous trois, il se peut que nous donnions du fil à retordre à ce Dieu.
-Ténébris, la fille du Sorcier Noir, pensait que personne ne peut tuer un Dieu. Darkhell semblait croire le contraire. Et si je comprends bien, vous êtes de l'avis de Darkhell également ?
-Non. Je pense qu'aucun Mortel ne peut tuer un Dieu. Ce serait illogique et anormal. Mais si le grand Sorcier Noir croit le contraire, son avis mérite d'être pris en considération. Et comme je vous l'ai déjà dis, je suis vieux et je n'ai plus rien à perdre. Je tuerai Eternity où je mourrai en le combattant. Mais je ne le laisserai pas venir m'égorger dans ma demeure.
-Et moi ? Vous ignorez qu'Eternity me recherche à cause d'une soi-disant Prophétie. Si il se réjouira de votre mort, il n'en va pas de même de la mienne. Il me veut vivant et rien ne l'arrêtera.
-Alors on peut dire que j'ai bien plus de chance que toi mon garçon !


*
*  *

Eternity serra ses poings jusqu'à raidirent ses phalanges. Il avait devant les yeux la Prophétie de Misery, affichée dans le Grand Palais de Jaguarys, qui le narguait et le narguait encore. Il avait réussi à éliminer la race des Homme d'Alysia, il avait réduit à néant la corne de Sygma, il avait fait tomber toutes les grandes autorités de la Planète, il avait fait implosé les Légendaires et réussi à soumettre plusieurs d'entre eux. Il ne craignait rien ni personne sur cette Planète. Personne hormis deux Mortels. Le Dernier Homme qui depuis plus de trois ans lui échappait. Et le Sorcier  Myrh-Zesph qui était assez puissant pour pourfendre en quelques secondes des dizaines de guerriers Chiridans et Jaguarians. Il avait pourtant défini ses priorités depuis longtemps. Une fois le Dernier Homme à ses pieds, il irait personnellement s'occuper du Sorcier. Après tout,  Myrh-Zesph semblait désirer plus qu'autre chose la paix et la solitude. Il devrait donc le tuer en prévision du jour où il changerait d'avis. Mais d'abord, il devait absolument trouver ce Dernier Homme. Quel Homme était capable de tuer une armée de cinq cent Jaguarians et Chiridans, de faire mordre la poussière à Lheïra et Apéhros, ses deux guerriers d'Elites ? Comment avait-il pu venir à bout de Gryf, le Légendaire ? Et échapper à l'étreinte mortelle de Shun-Day qui avait pour ordre de le livrer à Jaguarys si jamais il parvenait à fuir Gryf ? Eternity avait tout prévu. Apéhros, puis Gryf, puis Shun-Day. A présent il allait devoir se déplacer et le ramener personnellement. Il avait pisté durant des semaines dans les Montagnes de Lovinah, sans rien trouver. Rien de plus qu'une étrange cavité rectangulaire de plusieurs mètres de profondeur dans la terre au milieu de la neige et des traces de sang tout autour. Comme si le Dernier Homme avait voulu creuser la tombe de quelqu'un. Ou la sienne. Pourtant il n'y avait personne  à des kilomètres à la ronde de cet endroit. Eternity n'étant pas stupide, il avait émis l'hypothèse suivante : « Il peut se téléporter. » Ce qui n'allait certes, pas rendre la chasse facile. D'un autre côté il imaginait aisément l'amplitude de sa jouissance lorsque enfin il l'aurait capturé. Pour l'heure, il prenait le temps de remettre les choses en ordre à Jaguars avant de repartir traquer cet ennemi. Ses Chiridans, près de 900 au départ, étaient à présent réduits à 400.

-Kralmer !
-Présent Seigneur !
-En mon absence tu seras Roi de Jaguarys. Obtiens la soumission des Jaguarians et fais tourner la cité !
-Votre volonté sera faite.
-Je vais devoir m'absenter.
-Pour plusieurs mois Seigneur ?
-Je ne l'espère pas. Mais cela se pourrait bien, Chiridan Kralmer. Je ne veux que personne pénètre dans Jaguarys durant mon absence, ni nos alliés ni commerçants. Si quelqu'un met un pied dans les Montagnes capturez le, je veux pouvoir les interroger et les voir à mon retour. Nomme un Chiridan à la tête des Armées Jaguariannes, je veux que chaque soldat Jaguarian soit sous contrôle. Je ne tolèrerai pas le moindre mouvement de rébellion. Et fais exécuter tous les Chiridans que tu soupçonnes d'insurrection.
-Très bien, cela sera fait comme vous dites. Jaguarys sera nettoyée à votre retour, Seigneur. Partez en paix, et que la main du Père Anathos le Tout-Puissant soit sur vous.

*
*  *

Dix jours s'étaient écoulés pour le Dernier Homme en compagnie du Sorcier Jaguarian  Myrh-Zesph. Ces dix jours avaient filés en un éclair. Il avait cessé de pleurer la mort de Shun-Day et de Ténébris. Il avait réussi à ne plus regretter la fin tragique de Meysha et Allheïa. A ne plus s'apitoyer sur la disparition de la Race Humaine. A présent, il était un Sorcier noir et il faisait ce qu'il devait faire. Pour l'une des première fois dans sa vie, et depuis le Cycle d'Eternity, il se sentait rassuré quant aux promesses d'Avenir. Darkhell ne pouvait plus l'atteindre sous la protection de Myrh-Zesph, il se préparait à faire face à Eternity et il savait que le Sorcier Jaguarian serait à ses côtés lorsque l'heure viendrait. Qu'il vainc ou meure n'avait aucune importance en fin de compte. Une seule chose comptait : Eternity ne ferait jamais de lui son esclave. Il allait se battre et mourir durant cette bataille, mais Eternity ne l'aurait jamais. Et il avait la chance d'avoir à ses côtés le Sorcier Jaguarian. Parfois, Myrh-Zesph s'esclaffait en se tenant les côtes et rétorquait « Ne sois pas défaitiste mon garçon, après tout nous sommes l'Elite d'Alysia. Il se peut que ça soit Eternity lui même qui rampe devant nous un de ces jours. » Puis il lissait sa crinière noire en se replongeant dans un grimoire, et une heure après redressait la tête « En fait non, oublie ce que je viens de te dire. Nous allons mourir bientôt. » Au début Kasino était perplexe par ces changements d'opinion et d'humeur, mais il avait fini par s'habituer. Si l'apprentissage du Sorcier était douloureux, la morsure de l'Envers qui nichait en lui l'aidait à supporter jours après jours les corrections abruptes de son Maître Jaguarian. Il savait que sans la douleur liée à l'Envers qu'il avait appris à supporter, il serait tombé raide mort dès sa première « correction punitive ». D'une certaine manière, le Sorcier Noir avait sauvé sa vie plus d'une fois.

*
*  *

Eternity leva les yeux vers le soleil, sphère parfaite et lumineuse de ses pairs. Il hurla et cracha en sa direction une cascade de feu qui embrasa tout le ciel. Deux autres semaines venaient de s'écouler, il avait parcouru de long en large presque un Continent entier, il avait fauché presque autant d'âmes que durant son ascension au début de son Ere, et le Dernier Homme lui échappait toujours. Il avait rasé des cités d'Orcs, des campements de Farfadets, des Navires Maracas. Il avait balayé tous les bordels environnants qu'il avait pu trouver, il avait rasé chaque Montagne qui menaçait d'abriter sa cible dans l'une de ses grottes, avait enflammé chaque temples, qu'ils soit érigés à la gloire d'Anathos le Père ou d'Eternity Le Fils. Il avait survolé des mers, des lacs, des vestiges, des montagnes et des forêts. « Tu ne te caches ni parmi les vivants, ni parmi les eaux et les roches. Tu es rusé, Homme, mais je te trouverai. »

*
*  *

Kasino observa le bocal transparent que le Sorcier Myrh-Zesph tendait devant son oeil. A l'intérieur ce qui ressemblait à un embryon était recroquevillé dans un liquide pâteux.

-C'est vrai ?
-Si je te le dis.
-Je pourrai moi aussi...arriver à faire ça ?
-Tu es bien trop jeune pour le moment, mon garçon. Scinder sa force pour l'abriter dans un être inférieur fait parti des sorts les plus noirs.
-Quel en est l’intérêt ?
-Retarder sa dernière heure. Récupérer sa force et une partie de sa jeunesse le moment venue. Lorsque le fœtus sera à point, il éclora. Il grandira et vieillira. Plus longtemps j'attendrai, plus puissante sera ma force lorsque je la récupèrerai.
-Pour cela, vous devrez le tuer ?
-L'écorcher et boire son sang.
-Il ignorera qu'une partie de vous sera en lui ?
-Bien sûr. Un jour alors qu'il ne se doutera de rien je viendrai à lui, et je récupèrerai mon dû.
-Dans combien de temps il éclora ?

A sa grande surprise, Myrh-Zesph avait balancé sur le sol le petit bocal qui s'était brisé en des centaines de morceaux.

-Celui ci jamais. Il est trop vieux et trop grand pour que je le fasse éclore à présent. J'aurai dû le placer dans un corps réceptif bien plus tôt si je voulais qu'il se développe convenablement et grandisse.
-Votre magie..Une part de votre magie et de votre force était en lui !
-Bien sûr que non. J'avais modelé ce morceau d'être il y a des années, mais je n'ai jamais vraiment osé me scinder. A présent je suis trop vieux pour le faire et j'en mourrai. Le bocal c'était juste pour mieux t'expliquer.

Kasino avait failli vomir en voyant l'embryon recroquevillé à ses pieds se changer en une petite flaque de sang.

*
*  *

Eternity avançait au cœur de l'incendie vorace qu'il venait de provoquer. Partout autour de lui, des Titans, des Orcs et des Trolls couraient en tout sens afin d'échapper aux flammes gourmandes qui s'accrochaient à leurs vêtements.  En temps normal, Eternity les aurait tous réduits au silence d'un simple mouvement de la main. Mais là son attention était occupée par autre chose. Presque deux mois s'étaient écoulés depuis qu'il avait quitté Jaguarys. Il voulait ce Dernier Homme. Mais au moins, il avait à présent la confirmation qu'il voulait avoir. Il avait fouillé de fond en comble l'antre de celui qu'on appelait le Sorcier Noir, il avait visité nombre et nombre de nécropoles, il s'était aventuré au cœur des plus sombres des marécages et avait même scindé les mers qui se dressaient face à lui. Il ne restait plus qu'un seul endroit. « Le Monde Elfique. Cet idiot a trouvé une clé pour atteindre le Monde Elfique. »


*
*  *

Le Dernier Homme avala sans gêne le bouillon sombre qu'il venait de préparer lui même. Lorsque le Sorcier lui avait avoué les ingrédients qui le composaient il avait cru blêmir, mais avait finalement pris sur lui et s'était affairé à la préparation de l'étrange mixture. La seule que l'Envers supportait et qu'il pouvait engloutir sans que son corps menace de s'évanouir ou de tout rejeter. Myrh-Zesph le regardait, les deux pattes posées sur ses genoux. Il était assis face à lui mais ne mangeait pas. D'ailleurs, le Dernier Homme ne l'avait jamais manger ou boire quoi que ce soit depuis qu'il l'avait pris sous son aile.

-La plupart des Sorcier adeptes de Magie Noire ont une alimentation restreinte et qui sort de l'ordinaire, avait-il confié à son Disciple.
-J'ai l'impression d'être un monstre, avait avoué Kasino au Jaguarian aveugle. J'abrite une abomination en moi, je suis devenu une machine à tuer et maintenant je bois...ça.

Encore une fois, Myrh-Zesph s'était esclaffé en se passant la langue sur les lèvres.

-Tu es un monstre. C'est le prix a payer exigé par la Magie Noire.
-Et vous, Seigneur Myrh-Zesph ? Quel prix la Magie a exigé de vous ?
-As-tu ton idée là dessus ?
-Vous êtes aveugle. Est-ce à cause de ça ?
-Ho non. En fait je me suis arraché les yeux car j'en avais assez de voir les énormités qui m'entouraient. Ca n'a rien à voir avec le Prix.
-Le Sorcier Noir appelait ça L'Envers.
-Et toi ? Comment appelles-tu ça ?
-Peu m'importe.
-En vérité, mon garçon, la Magie a exigé de moi tout ce qui me reliait à mon humanité. Elle a pris mes souvenirs, mes rêves et tout ce qui était mes sentiments. Je n'ai plus dormi depuis presque 150 ans, et je n'ai plus rien qui puisse me rappeler ma vie avant que je me lie à la Magie Sombre. Le jour où j'ai utilisé la Magie pour la première fois, tous ceux que j'aimais ont péri mystérieusement.
-Vous..aviez des proches Seigneur Myrh-Zesph ?
-J'avais des parents comme tout le monde sur Alysia. Et des enfants. Des moins jeunes et des très jeunes. Peut être aussi des frères ou sœurs, je ne m'en souviens plus.

Kasino baissa la tête en faisant le constat muet que lui aussi avait eu un jour parents et famille. La Magie ne les lui avait pas ravis, mais d'autres évènements s'en étaient chargés.

-A partir du jour où j'ai fais alliance avec la Magie Interdite, j'ai oublié qui j'étais. Ceux liés à moi par le sang et à qui je tenais sont tous morts au même moment. Puis ceux liés à moi par d'autres liens également. Le sommeil et tout sentiments m'ont désertés. J'ai oublié jusqu'au goût des aliments que l'on avale pour rester en vie.
-Et vous avez également oublié ce que ça faisait que d'avoir peur. Etre terrifié. Sans arrêt.
-Crois le ou non mon garçon, mais je regrette jusqu'au sentiment que la peur fait naître en nous.
-Avoir peur peut être humain, Seigneur. Mais être sans arrêt terrifié au bord de la folie est inhumain.
-Ca n'est pas ton cas, Sorcier Kasino. Tu n'es pas fou, tu n'as rien d'un être terrifié.
-Je refoule la peur au fond de moi et j'essaie de ne pas y penser. Mais je me demande souvent si je ne suis pas devenu fou.
-La Magie rend fou, mais ta lucidité n'est pas atteinte.
-Et vous, Seigneur Myrh-Zesph ? Qui devient-on lorsque la Magie nous retire tout ce que nous possédons de cher et a qui fait notre humanité ?
-Un vieux fou fatigué, admit le Sorcier.

*
*  *

Eternity fixait l'Océan de corail tout autour de lui. Il était haut dans le ciel et son regard acerbe ne laissait rien passer. Il savait que parfois, des Navires de Pirates et de Contrebandiers traversait cette eau. Ils ouvraient un Portail liant Alysia au monde Elfique et traversaient avec la plus grande prudence. Mais tout cela datait d'avant son avènement. A présent, plus personne n'avait entendu dire que des passages s'ouvraient encore entre le monde des Elfes et celui qui était autrefois Humain.  

-Pardonnez moi Seigneur Eternity, mais il me semble que vous avez fais une erreur dans vos calculs.

Eternity n'avait pas besoin de tourner la tête pour voir dans les cieux, à quelques mètres de lui une femme masquée qui le dévisageait. Il l'aurait bien consumée de suite mais quelque chose en lui l'incitait à la prudence.

-Qui es tu ?
-Laissez moi vous conseiller, Fils d'Anathos le Tout-Puissant. Le Dernier Homme n'est pas là où vous envisagez aller le chercher.
-Il n'est pourtant nulle part ailleurs.
-Il est sur Alysia. Mais il se cache bien, car il est sous la protection d'une tierce personne.
-Et je suppose que tu sais évidemment quelle est l'identité de son débiteur ?
-Bien sûr. Je suis d'ailleurs là pour vous l'indiquer.

Piqué au vif, Eternity se retourna vers l'étrange interlocutrice.

-Qui me dis que ce n'est pas un piège de ta part, Femme ?
-Rien ne vous oblige à me suivre. Continuez à attendre ici, surveiller la mer si cela vous chante, Fils D'Anathos. Vous pouvez bien attendre des siècles avant que quelqu'un munie d'une clé elfique traverse l'un des deux mondes. Je vous incite à gagner du temps.
-Très bien. Je t'écoute.
-Il fait parti de la seconde personnalité que vous craignez. Un Jaguarian aveugle au pelage sombre qui a lié votre route à celle du Démon Galinas.
-Myrh-Zesph ! Il s'est joué de moi !! Depuis le début il alimentait la Prophétie dans mon dos !
-Il prépare sa riposte quand bien même vous vous décideriez à l'attaquer, Seigneur Eternity.
-Je te suis, Femme.

*
*  *

Kasino rapprocha davantage ses jambes de sa poitrine. Il était assis dans l'un des angles de la maisonnée du Sorcier Jaguarian. Ils venaient de travailler près de deux jours et trois nuits d'affiler et le Dernier Homme avait enfin eu la permission attendue. Cela faisait bientôt trois mois que Myrh-Zesph avait fait de lui un Sorcier Noir digne de ce nom. Kasino savait que la magie de Darkhell en lui était plus importante que celle du Jaguarian, mais ce dernier avait une plus grande expérience que lui même, ce qui compensait l'écart. Cela faisait des mois qu'il apprenait à détruire, brûler, incanter, tuer. Il n'avait pas oublié la discussion qu'il avait eu il y avait quelques semaines avec son vieux Professeur. « Tu es un monstre. C'est le prix a payer exigé par la Magie Noire. » L'ancien Comte était las de cette Ere et de son apprentissage. Il s'était découvert néanmoins un véritable intérêt pour les sciences occultes. Des choses qu'il avait été incapable d'imaginer jusque là trouvaient depuis peu un nom et une formule au fin fond des lourds grimoires usés du Jaguarian. Il trouvait ça passionnant malgré lui. Depuis peu, il s'était lancé dans la nécromancie et la démonologie. Bien sûr, cela lui demandait énormément d'énergie mais Myrh-Zesph lui laissait toujours le temps de récupérer. Il avait appris énormément d'autres choses toutes aussi terrifiantes les unes que les autres. « Mais je ne veux pas être un monstre. » Il avait voulu créer afin de compenser toute cette destruction. Faire naître quelque chose, même quelque chose de ridicule. « La plupart des Sorciers Noirs sont de grands artistes, mon garçon. », lui avait avoué le Jaguarian. « Créer est indispensable lorsqu'on utilise la Magie Noire. Et pour l'équilibre mental bien sûr. » Kasino n'avait jamais vraiment été un artiste, il se rangeait plus dans la catégorie « sportif » et « beau parleur ». Sans vraiment réfléchir il avait utilisé un sort bénin pour faire venir à lui une vieille chaise en bois écroulée dans un coin de la demeure. Il avait tranché un des pieds et s'était saisi d'une veille lame pour commencer à sculpter. Au rythme des cris de l'Envers dans son esprit et des pages inconstante froissées par Myrh-Zesph, il avait commencé à graver une silhouette féminine dans le bois usé. Petit à petit, bras et jambes ressortaient gracieusement. Ce n'était certainement pas un chef d'oeuvre de beauté, mais ça restait reconnaissable. Et pour une première statuette de bois, c'était pas mal, avait conclut l'ancien Comte. Il finit par faire ressortir les deux yeux de sa belle et se servit de sa Magie pour graver encore plus profondément dans le vieux bois le nom final :

Kara Shley.

*
*  *

Le Dernier Homme fut réveillé en sursaut par le Sorcier qui le secouait frénétiquement. Il se leva d'un bond et rajusta la cape noire qui pendait sur ses épaules. Il vit la Kara de bois le dévisager à trois pas de lui. La statuette avait dormi près de lui, on dirait.

-Mon garçon, tu dois être prêt. Il est là. Il va venir.
-Seigneur Myrh-Zesph ? Comment ça Il est là ?
-Eternity. Je sens sa prés...

Avant que le Jaguarian n'ait eu le temps d'en dire plus, une explosion de flammes ardents percuta de plein fouet le Maître et l'Eleve. Kasino et Myrh-Zesph eurent tout juste le temps d'invoquer un Bouclier invisible qui leur évita d'être consumé sur place dans le Maelström de feu d'Eternity. La Maisonnée vola en fumée.

-Alors c'est ici que tu te cachais, Dernier Homme !! En proie à la terreur et la couardise, tu fuyais toujours plus loin à l'horizon. Mais tu n'iras pas plus loin aujourd'hui. Tu es à moi !!!

Un jet de feu fusa sur l'ancien Comte qui tendit le bras pour les arrêter. Malheureusement l'impact était plus puissant qu'il ne l'avait anticipé et il dut invoquer d'urgence un Bouclier en sentant le feu mordre son bras. Eternity était effrayant, il se tenait bien droit, planant dans les cieux. Ses yeux étincelaient de fureur. Cette fois c'est toi ou moi, Fils d'Anathos !

Kasino chercha du regard Myrh-Zesph et vit qu'il était à ses côtés. Le Maître sourit à son Disciple et l'ancien Comte estima à quel point il avait de la chance de ne pas ressentir la peur. Eternity cria et fonça vers les deux Sorciers. Myrh-Zesph se prépara à l'offensive, il tendit un bras vers le Dieu et une sphère aussi lumineuse que l'Aurore sembla le percuter. Kasino entendit Eternity hurler mais il continua sa lancée, comme si il n'avait même pas senti le contact douloureux de la Magie en lui. Kasino joignit ses mains et invoqua une téléportation magique. Les griffes d'Eternity ne percutèrent que le vide. Kasino était perché sur une corniche de roches, à quelques mètres du Dieu. Il n'avait jamais vraiment su où se trouvait la demeure de Myrh-Zesph, c'était d'ailleurs l'une des seules règles établies par son Maître durant son apprentissage. Il ne devait pas demander, et ne devait pas sortir.

Kasino invoqua un Souffle Manifeste, deux fois plus étincelant et épais que celui qu'il avait appris à concentrer lors de son combat contre les Chiridans ou contre Gryf. Eternity s'envola, sa vitesse doubla l'espace de quelques secondes et il disparut de la vue de l'Ancien Comte. Kasino hésita quelques secondes et sentit un coup phénoménal dans son dos. Il tomba et dégringola la pente. Le choc passé, il put relever la tête et voir l'Onde Noire de Myrh-Zesph percuter Eternity. Le Jaguarian invoqua ensuite une Vague Lame qui trancha promptement la colline derrière le Dieu eu deux parts, et retomba sur le Fils qui ne tarda pas à être enseveli. Kasino profita de cette halte pour se relever, il essuya le sang qui coulait de son nez et, en ignorant la douleur dans son dos, il courut rejoindre son nouveau Maître. Le sol se mit à gronder et à trembler, une vague de Feu semblait naître au centre de la terre. Le sol se fissura et les roches furent propulsées à des mètres en hauteur tandis qu'Eternity se relevait, le visage déformé par la rage.

-Vous allez me le payer pauvres idiots !! Croyez vous vraiment que de simples Mortels peuvent s'opposer au courroux d'un Dieu, Fils du Tout-Puissant !!

Kasino profita du temps qu'il prenait pour les psalmodier afin d'emmagasiner de l'énergie. Il avait tenté ce sort lors de son combat contre Gryf mais la puissance lovée dans le creux de son ventre avait percuté l'Envers magique et l'avait presque assommé tout seul. Mais là il avait eu des semaines entières pour se perfectionner. Il sentit un sentiment de bien être l'envahir, comme une adrénaline particulièrement aiguë. Le bout de ses doigts crépitaient. Il leva le bras et lança attaque sur attaque, tandis que Myrh-Zesph l'imitait. Si Eternity se les prenait toutes de plein fouet, et malgré le scepticisme de Ténébris, l'Ancien Comte ne voyait pas comment il aurait pu survivre. Le ciel se plomba sous l'effet des magies qui s'affrontaient. Une buée noire tourbillonna une fois les offensives lancées sur le Fils. Kasino utilisa une nouvelle fois une téléportation magique, afin d'échapper au Dieu si jamais il profitait de l'opacité régnante pour riposter. Il profita de cette seconde trêve pour reprendre sa respiration. Il invoqua à haute voix un vent de Sorcier et de cauchemar. Il savait que cela n'aurait presque aucun effet sur un Dieu, mais il espérait chasser cette fumée, ce qui se passa.

-Soyez maudits !!! Meurs sale Sorcier !

Eternity se précipita sur le vieux Jaguarian. Kasino lança un Feu Mystificateur afin de l'empêcher d'atteindre sa cible. Un tourbillon de Flammes auréolait le Fils. Les Flammes Noires de l'Homme et Jaunes du Dieu se mélangèrent et explosèrent. Le souffle précipita l'ancien Comte au sol. Lorsqu'il releva la tête, il vit que Myrh-Zesph chutait. Les bras et les jambes du vieux Sorciers convulsaient sous les coups de griffes et de crocs que lui infligeait l'Ancienne Prêtresse.

- Myrh-Zesph, noon !!

Kasino visa et invoqua un Eclair Magellan qui percuta le Dieu. Ce dernier ne frissonna même pas, il continua d'asséner coups sur coups au vieux Jaguarian qui finit par s'écraser sur le sol dans un bruit rauque. La poussière se souleva et enveloppa tout le paysage. Le Dernier Homme craignait le pire. Il invoqua de nouveau son Vent pour chasser les particules grises et libérer l'horizon. Eternity asséna un coup sur le visage du vieux Jaguarian à ses pieds. Kasino comprit au premier coup d'oeil que son vieux Maître avait eu la colonne vertébrale brisée nette sous le coup.

-Merci bien pour tes conseils, vieil imbécile, mais maintenant que la Race Humaine est rayée de la carte, je n'en ai plus besoin. Je te souhaite bon séjour dans l'Enfer d'Anathos Sorcier Myrh-Zesph !!!

Eternity leva son bras et ses griffes laissèrent un sillage profond et irréparable sur la gorge du Jaguarian Noir. Myrh-Zesph gargouilla quelque chose que Kasino était trop loin pour entendre. Mais il entendit distinctement le Dieu lui répondre, après avoir brisé sa mâchoire d'un coup de patte :

-Tu peux toujours parler, vieille carcasse ! Mon Père saura te remettre à ta place !

Kasino sentit un tremblement prendre d'assaut tout son corps en emmagasinant la nouvelle de la mort du Sorcier Myrh-Zesph. Eternity venait de tuer celui qui l'avait enseigné. Myrh-Zesph était du même avis que Ténébris. Il croyait qu'aucun mortel n'avait la capacité de venir à bout d'un Dieu. Et si c'étaient eux qui détenaient la vérité au bout du compte ? Si Ténébris avait raison ?

-Tu as peur, Dernier Homme ? Tu as vraiment cru que vous pourriez tuer un Dieu ? Je suis Eternity, ancienne Prêtresse de Misery, et Fils d'Anathos le Tout...
-Je le sais ! Tu as dû le dire trois fois au moins en cinq minutes ! Fils d'Anathos, je vais te renvoyer près de ton Père !!
-Essaie donc !!

Kasino espéra que Darkhell ne s'était pas trompé. Il prononça des paroles inintelligibles pour quelconque non initié, et le sol se fissura. Un mur infini de Flammes noires jaillirent des fissures, obligeant le Dieu maudit à reculer. Kasino érigea un Bouclier invisible autour de lui, puis attisa davantage les Flammes.

-Tu crois quoi, Dernier Homme !? Que des Flammes aussi hautes fussent-elle pouvaient m'arrêter !!

Eternity asséna un coup de griffes sur le cou de son ennemi et cria presque aussitôt. Un sillon de sang se dessina sur sa propre nuque. Kasino lui fit un clin d'oeil.

-Bouclier Paramificateur, Fils d'Anathos !

Eternity cria et balança de nouveau ses griffes. Kasino utilisa pour la troisième fois un téléport, il jaillit derrière Eternity et passa ses bras sous ses aisselles. Il tira l'ancienne Jaguarianne à lui et l'immobilisa. Le tonnerre gronda et des éclairs blancs aveuglant frappèrent Eternity qui se débattait en hurlant plus de rage que de douleur.

-Sois maudit, Humain !!
-Tu parles trop !

Kasino laissa pénétrer en lui toute la Magie qu'il pouvait emmagasiner, puis il expulsa en une formidable onde de choc la totalité de ce qu'il possédait.Le paysage fut balayé sur des lieux à la ronde et une vague de silence tomba.

*
*  *

Il toussa en s'extirpant des décombres du mieux qu'il le pouvait. Autour de lui, tout était gris et mort sur des kilomètres. Des mètres de poussières, de suie et de cendre recouvraient le sol. Kasino chercha Eternity du regard mais ne le trouva pas. « Se pourrait-il que... » Il se redressa de toute sa hauteur en titubant. Apparemment il avait eu de la chance, aucun de ses membres n'était cassé. Soudain il exécuta un volte face et se retrouva nez à nez avec le Dieu. Eternity l'empoigna, lui écrasant la tranchée artère. L'air ne passait plus dans ses poumons et le Dernier Homme se sentait aussi vulnérable qu'un petit mammifère pris au collet. Il écarquilla les yeux en les plongeant dans ceux de son adversaire. Non. Non. Non. Non. Accordez moi au moins la grâce de mourir comme Myrh-Zesph.

-Tu es à moi, Dernier Homme. C'est ici que ton rêve éveillé prend fin.

Eternity balança Kasino à ses pieds et s'accroupit en l'incendiant du regard. Le Dernier Homme reprenait sa respiration en sifflant. Il tenta de joindre les mains espérant se téléporter un peu plus loin mais Eternity lui saisit le poignet.

-Non, non, non. Tu as assez fui. Tu vas venir avec moi à présent. Quel est ton nom ?

Kasino serra les dents pour ne pas crier en sentant le feu du Dieu consumer sa chair.

-Kasino...Ancien...Ancien Comte D'Orchidia.
-Et bien, Dernier Homme, toute la joie est pour moi.

Eternity le lâcha et asséna un coup de poing particulièrement puissant dans le thorax de son futur Prisonnier. Kasino trouva le courage de soutenir son regard jusqu'au bout. Il le saisit par les cheveux et le redressa.

-Tu vas venir avec moi à présent, répéta-t-il puissamment d'une voix que l'écho faisait résonner, et tu vas le faire docilement !

Kasino sentit au bout de ses doigts le cristal blanc qu'il venait de former, attendant le bon moment pour le jeter au visage de son geôlier. Il se redressa d'un coup et exécuta un volte face. Sans plus réfléchir, il leva le bras et lança de toutes ces forces les cristaux qui scintillèrent autour d'Eternity. Ces derniers transpercèrent de part en part sa poitrine tout en se propageant sous sa peau, suivant ses veines et les faisant virer au noir. Eternity tomba sur le sol alors que des crépitements se formaient autour du réseau formées par ses veines. Kasino s'écarta de quelques pas et prépara sa nouvelle attaque. Ta dernière chance. A ce moment le Dieu se redressa, encore a demi paralysé, une sphère tourbillonnante se forma à la commissure de ses lèvres. L'Onde Flagelle s'écrasa face au Souffle du Diable, et le tout explosa en une Onde de Choc qui propulsa les deux adversaires. Une lumière verte jaillit de nulle part en englobant tout ce qu'elle pouvait englober. Lorsque Eternity put retrouver l'usage complet de ses membres et voir à travers les flammes et la poussière, il constata avec rage que le Dernier Homme lui avait échappé. Une nouvelle fois.

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Mar 19 Aoû - 22:55

CHAPITRE 8 : ASPIRATION


-Mange ça. Et gare à toi si je te surprends à le vomir tout à l'heure.

Kasino jeta un regard qui aurait pu foudroyer sur place un Kalifan.

-Ce n'est pas ma faute si tu n'as pas voulu m'écouter la dernière fois. J'ai un régime alimentaire très strict.
-Finalement Comte ou Sorcier tu es toujours aussi tatillon.
-Tu m'as sauvé la vie pour mieux m'achever avec ton insupportable présence ?
-Qui sait ?

Histoire de faire bonne mesure, l'Ancien Comte balança dans le Feu qui brûlait devant eux l'indissoluble mixture. Cette fois ce fut Jadina qui l'incendia d'un simple coup d'oeil. Il pensa l'espace d'un instant qu'elle allait d'ailleurs lui balancer un singulier coup de poing. Le coup de poing ne vint jamais mais la magistrale gifle qu'il n'attendait pas l'envoya mordre la poussière.

-Tu es aussi laid que stupide.
-Je te retourne le compliment, Jadina.
-Moi je n'ai pas été brûlée vive au troisième degrés.
-Tu es l'une des seules à pouvoir voir mon vrai visage. Et mieux vaut brûler au troisième degrés que d'avoir de la sève en guise de sang.
-Tu aurais brûlé tout cours si je n'étais pas intervenu.

Kasino se dit que les échanges lyriques prenaient de plus en plus d'ampleur entre lui et sa cousine dernièrement. Mais il ne trouva rien à répondre à cette réplique là. Effectivement, si elle n'était pas intervenue en sa faveur durant le combat contre le Fils, il aurait perdu bien plus que sa liberté. Il n'avait toujours pas compris d'où elle sortait et comment elle avait réussi à le retrouver, mais les faits étaient là. Kasino la regarda avec une certaine tendresse, ce qui le surprit lui même. Si jamais il y avait une femme au monde qu'il devait tuer, nul doute il aurait jeté son dévolu sur elle. Et pourtant il ne pouvait s'empêcher, non pas de l'apprécier mais au moins d'éprouver un certain soulagement d'être à ses côtés et une empathie pour elle. Il ne connaissait presque rien de sa vie et elle ne connaissait presque rien de la sienne. Jadina ignora son regard et se releva, sans un mot, sans une quelconque expression dépeinte sur son visage. Le Dernier Homme l'imita et frissonna en songeant à leur destination. Lorsque le Sorcier Noir avait retrouvé leur trace environ une semaine après que lui et sa cousine eussent échappés au Dieu, cette dernière en était arrivée à la conclusion qu'ils devaient se rendre à Casthell au plus vite. Lorsque Darkhell s'était retiré de lui et qu'il avait enfin pu entendre l’arrangement qu'elle avait passé avec son geôlier, il l'avait insulté. Et il l'avait traité de tous les noms (dont les trois quarts aurait valu la guillotine à la personne qui les lui aurait dits lorsqu'il était encore le dirigeant d'une des provinces d'Orchidia) lorsqu'elle l'avait menacé de l'y emmené pieds et poings liés si jamais il s'entêtait.

-Non seulement nous bénéficierons de sa protection dans Casthell, mais en plus il est le seul à pouvoir nous aider.
-Le Sorcier Noir se plaît à me torturer, avait hurlé l'Ancien Comte au nez de sa cousine.
-Et bien nous ferons en sorte qu'il accepte de reporter ces charmantes activités à plus tard.
-Jadina, ne me livre pas, l'avait-il supplié.
-Ce n'est pas ce que je compte faire, avait-elle avoué. Mais je pense que son aide dans ce combat nous est nécessaire.

Dix huit jours plus tard, devant eux se profilait la magistrale Casthell, antre du Sorcier Noir.
Kasino pouvait sentir clairement son sang pulser dans ses veines et ses tempes. Ses vêtements étaient trempés de sueur et il se demandait si il trouverait le courage de mettre un pied devant l'autre. Jadina marchait en tête, et fait étrange les Darkhellions -ou du moins la petite dizaine qu'Eternity n'avait pas tué lors de sa récente visite- ne les attaquèrent pas lorsqu'ils entrèrent par les portes principales. A des centaines de pieds au dessus de leurs têtes, le Dernier Homme crut discerner le mouvement flamboyant de la cape violette et manqua de s'écrouler. Il avait l'impression de n'être ni plus ni moins qu'un prisonnier Orchidien que l'on amenait au gibet. Et son bourreau à lui était le Sorcier Noir. Ils passèrent les portes et arrivèrent au sein d'une très grande pièce. Kasino, en proie à une peur panique, leva une main et une boule de feu maladroite s'échappa de sa paume pour embraser les quelques tisons accrochés au mur afin d'éclairer la salle. Un vieil escalier leur faisait face, sans réfléchir Jadina en gravit les marches. Ils prirent à gauche puis deux fois le couloir de droite, et franchirent le seuil d'une salle deux fois plus lugubre et grande que celle qui se dressait à l'entrée. C'était là également que le Dernier Homme s'était éveillé lorsqu'il avait pu fuir le vaisseau Pirate. Au centre de cette pièce, le fantôme de Darkhell trônait. Kasino sentit ses jambes s'affaissaient et il tomba à genoux net. Il ne saurait dire si c'était un effet dû à la peur ou à un sort que le Sorcier avait silencieusement lancé. Jadina s'avança, la tête levé dignement. Le masque rouge tourna délicatement et un coup de vent invisible souleva de quelques centimètres la cape de celui qui était jadis un simple homme.

-Je te salue Comte. Heureux de te voir ici. Je m'impatientais de te retrouver...

Jadina le coupa avant qu'il n'ait réussi à ajouter autre chose.

-Darkhell, nous ne sommes pas ici pour parler de la pluie et du beau temps. Je te salue de nouveau, Sorcier Noir, et merci de nous accueillir. Elysio n'est pas avec toi ?

Le Sorcier parut s'embraser derrière son masque à l'évocation de ce nom qui était inconnu au Dernier Homme.

-Elysio et moi vaquons sur des chemins différents depuis longtemps. Cette demeure est la mienne et j'y demeure seul.

Jadina hocha la tête poliment et tourna la tête vers Kasino.

-J'ai cru comprendre que vous avez eu quelques différents, mais l'autoriser à se relever n'est il pas trop te demander ?
-Il restera à mes pieds tant que j'aurai de l'emprise sur lui, Jadina !
-Très bien.

Alors qu'il se demandait ce qu'elle allait faire, Kasino la vit s'asseoir le plus naturellement du monde à côté de lui. Elle replia ses jambes et s'installa en tailleur puis releva la tête vers le Sorcier Noir qui n'avait pas cillé.

-J'ai cru comprendre que vous avez eu tous deux des différents avec Eternity.. ?
-Viens en au fait Jadina. Pour rien au monde -si ce n'est de me tuer- tu serais venue à Casthell. Et je suis déjà mort.
-Tu te trompes Sorcier Noir, il y a quand même une autre raison qui fait que j'ai cru utile de gagner Casthell. Nous sommes très différents, tous dans cette pièce mais avons au moins un point commun, nous souhaitons tous les trois la mort d'Eternity.
-Je me fiche d'Eternity.
-Donc le grand Sorcier Noir aurait renoncé à sa vengeance ? Tu ne me feras jamais croire ça. Je sais ce qu'il a fait subir à Ténébris et je comprends ta peine, je la considérais comme ma soeur. Je viens te faire une proposition, Darkhell. Aide nous maintenant et nous le tuerons en ton nom bientôt.
-Ma magie est suffisante pour débrider ce Dieu maudit, j'en ai la certitude ! Mais ce sale Mortel, ce parasite incompétent n'a même pas été capable de lui tenir tête en combat singulier !
-D'après ce que j'ai entendu Kasino a décimé la totalité de sa plus puissante armada. Les Chiridans Apéhros, Lheïra et Asthrid sont vaincus, ainsi que...Gryf et Shun-Day, qu'il avait réussi à briser. Ce n'est pas rien pour un amateur en magie Noire.
-Je ne me conterais jamais d'une demi-victoire. La mienne, celle que je porterai en mon nom sera complète ou ne sera pas.
-Je le sais. C'est pourquoi je suis ici. Aide nous à atteindre Klashinga, et ta victoire sera totale.
-Klashinga ? Est-ce là ton but ? Mais qu'espères-tu attendre du Gardien ?
-Je suis désolée de dire ça à haute voix. Mais Eternity est porteur d'immortalité. Cent Sorciers comme toi, Darkhell, n'en viendraient pas à bout. J'ai vu Anathos de mes yeux, je l'ai combattu.
-Et tu l'as vaincu !
-Non. La vérité est un peu plus compliquée que ça. Je n'ai jamais tué Anathos directement. J'ai recu de l'aide et surtout j'avais l'épée d'or de Danaël. L'épée d'or forgée dans son sang. Comprends-tu, Darkhell ?
-Es-tu sure de ce que tu affirmes ?
-Ténébris pensait la même chose que moi.
-Je le sais. C'est pour cela que j'accorde de l’intérêt à tes dires, Jadina. Donc tu comptes pactiser avec le Gardien pour qu'il tue Eternity ?
-Je vais pactiser avec le Gardien, oui. Mais ça sera ton serviteur -elle désigna Kasino de la tête- qui tuera Eternity. En ton nom.
-Si il échoue ?
-Il n'échouera pas. Car nous possèderons l'Ultime.
-Le Gardien n'est pas volubile, tu le sais.
-Aide nous juste à atteindre sa demeure.
-A la condition qu'il reste avec moi. Je n'en ai pas vraiment fini avec cet incapable.
-Non. Il vient avec moi. A deux nous aurons bien plus de chance de réussir que si je m'y rends seule.
-Si tu me trompes Jadina, si tu me déçois sur toi aussi je passerai ma colère.
-Tu ne saurais me faire plus souffrir que je ne souffre déjà. Alors j'ai ton accord ?

Le Sorcier Noir se vouta légèrement. Il écarta les pans de sa cape violette et un vent froid s'éleva dans la salle. Il murmura quelques phrases dans une langue étrange mais Kasino sut qu'il ne s'agissait ni d'une incantation ni d'un sort ancien. Jadina saisit son cousin par les cheveux pour le relever, et ensemble il s'engouffrèrent dans les bras ouverts du spectre du Sorcier Noir.

*
* *

Kasino lança un dernier coup d’œil à l'immensité spatiale qui entourait le palais le plus étrange qu'il venait de voir. Au loin de petits météores tournoyaient dans l'étendue céleste, sans jamais s'éloigner d'un même point invisible. Le Dernier Homme monta deux à deux les marches de nacre du palais.

-Jadina, dis moi qui est le propriétaire de cet endroit ? Quel Homme peut vivre ici ?
-Pas un homme, Kasino. Le Gardien. Il s'agit d'une créature créée par les Dieux en personne.
-Et tu ne penses pas qu'elle est fidèle à Eternity ?
-Elle est fidèle à la seule chose qui fait que les Dieux l'ont créée. Sa mission, qui est de protéger les Pierres Divines.
-Combien ?
-Six au départ. Plus que cinq à présent.
-Pourquoi sommes nous ici ?

Jadina stoppa sa marche en levant la tête. Kasino sentit l'Envers se contorsionner dans ses intestins. Un être inimaginable les lorgnait, le regard vide et la prunelle rouge flambante. Une luminosité qui ne pouvait être que divine l'entourait.

-Je vous souhaite la bienvenue Humains, à Klashinga ou l'Enfer du Gardien. J'ai tellement peu de visiteurs depuis qu'Anathos m'a exilé ici.
-Je pensais bien que c'était lui qui t'avait rayé d'Alysia, Gardien. Je suis désolée.
-Pourquoi ça ? Je suis plus près des Dieux, mes Pères, ici. Et cette vue est magnifique. Vous venez
sans doute pour me demander l'une des Pierres Divines ?
-C'est exact. Nous désirons les Pierres, Gardiens. Afin de pouvoir brandir l'Arme Ultime.
-Et contre qui, si je ne suis pas trop indiscret, comptez vous la brandir.. ?

Un silence s'installa. Kasino ne se lassait pas de détailler la créature qui leur faisait face. Il répondit avec tranchant.

-Contre Eternity. Votre « Père ».
-C'est bien ce qu'il me semblait. Donc la raison qui vous a poussé à faire tout ce voyage est de me demander de m'en prendre à l'un de mes Créateurs. Vous ne manquez pas de culot.
-Si les Dieux ne désiraient pas que les Hommes utilisent les Pierres, Gardien, alors je ne pense pas qu'ils vous auraient autorisé à élire domicile sur Alysia. Ni à remettre la Pierre de Jovénia au Sorcier Noir. A moins que vous ayez reçu de nouvelles directives... ?
-...Non. Vous êtes déterminés et malins petits humains. Vous semblez être des enfants ayant grandis, ajouta t il en tournant la tête vers Jadina.

Kasino jurerait que sa cousine avait déjà rencontré cette créature dans le passé.

-Dans ce cas, vous allez nous donner les Pierres n'est-ce pas, tenta le Dernier Homme.
-Si fait. Mais ne croyez pas que cela sera aisé. L'Arme sera votre uniquement si...
-Nous parvenons à vous rejoindre au sommet de votre château, poursuivit Jadina.
-C'est exact. Et que vous vainquez les pièges de Klashinga. Mais soyez avertis, j'ai eu du temps pour perfectionner et modifier mes épreuves, votre passage ne sera pas si aisé. Je doute que vous ne réussissiez cette fois ci, Jadina.

Quelles étaient ces épreuves dont parlait Le Gardien ? A quoi faisait-il allusion ? Kasino était en train de sombrer dans l'ignorance la plus totale.

-Si nous arrivons à vous surprendre, vous jurez nous que vous nous donnerez ce que nous voulons ?
-Vous avez ma parole que celle que vous me demanderez sera votre.

Jadina hocha la tête et saisit son cousin par la main. De lourdes portes s'ouvraient sur eux tandis que l'obscurité la plus noire les envahit.

-Commencez déjà à monter au sommet de votre château, Gardiens. Nous vous rejoindrons bien plus vite que vous ne le pensez.

*
* *

Après avoir avancé le long d'un couloir d'une dizaine de mètres, Kasino et Jadina avaient été contraints de s’arrêter au pied d'un grand vide béant. Kasino s'était servi de la magie pour éclairer ce qui se trouvait derrière le gouffre, mais ils n'avaient rien vu. Aucune porte ne semblait se trouver à l'autre bout. Après deux autres essais, cette hypothèse était devenue une certitude et ils savaient au moins quel chemin prendre. Le couloir formait comme une falaise à pic, surplombant un vide de plusieurs dizaines de mètres. Devant eux l'inconnu, derrière le même couloir par lequel ils venaient d'arriver. Jadina se saisit d'une des torche qui brûlait à quelques pas derrière eux et la balança. Un bruit sonore leur révéla que de l'eau se trouvait plus bas. L'ancienne Légendaire s'était précipitée sans un cri à l'intérieur du gouffre. L'écho qu'il entendit confirma au Dernier Homme qu'elle venait bien d'être réceptionnée par de l'eau. Il avala sa salive puis sauta à son tour. La chute dura moins de deux secondes et il sentit l'eau s'écarter sous lui. Bien sûr, elle était gelée et chaque goutte lui donnait l'impression que sa peau brûlait une seconde fois. Une douleur immense le submergea et le paralysa. Son esprit dériva durant quelques secondes, dans l'obscurité puis il réussit à reprendre le contrôle de ses pensées et de son corps avant qu'un prédateur quelconque vienne festoyer de son corps. Il n'avait jamais été excellent nageur certes, mais savait quand même remonter à la surface, ce qu'il fit avec souffrance et difficulté. Il émergea et l'air accentua le frottement douloureux sur sa peau.

-Jadina, tu as vu ce qu'il y avait en bas ?
-Non. Et toi ?
-Justement non. Je crois...Je crois qu'il n'y a rien. Mais c'est trop facile hein ? Il y a forcément quelque chose ? Un Poulpor géant ou...ou un autre truc.
-Pas de Poulpor en tout cas, l'eau n'est pas salée. Regarde là bas. Il y a une porte. C'est par là que nous devons nager.

Jadina commença à se diriger vers la porte auréolée à quelques dizaines de mètres d'eux. Kasino frissonna malgré lui et imita sa cousine. Quelque chose le turlupinait. C'est trop simple. Même nous qui n'excellons pas à la nage avons pu y arriver. Soudain il sentit une pression se resserrer violemment sur sa cheville. Ne s'y attendant pas, il coula à pic, emporté comme une pierre par la créature qui venait de se trouver une proie. Il vit à quelques mètres de lui Jadina plonger tête la première pour l'aider. Il joignit ses mains, bien décidé à ne jamais être redevable deux fois à sa cousine pour lui avoir sauvé la vie. Au moment où une Vague Lame allait en jaillir, il sentit d'autres pressions se fermer autour de ses poignets. Il se débattit mais bien sûr ses assaillants ne le desserrèrent pas leur étreinte. Il se demanda quelle terrible créature s'apprêtait à le dévorer quand un corps nu de femme, mais aussi de poisson passa devant lui. Des Sirènes. Il paniqua davantage tandis que la pression de l'eau commençait à se faire sentir. Il vit l'une de ses désirables geôlières prendre son visage entre ses mains et l'embrasser. En dépit de ses 30 années de vie passées, il n'avait jamais vécu l'instant d'un baiser aussi passionnel que celui ci. Il se noyait mais ne paniquait plus, trop subjugué par l'expérience qui se révélait douloureusement agréable. Deux autres l'embrassèrent à leurs tour, il sentit leurs mains découvrirent sa nuque et sa poitrine, effleurer ses bras. L'une d'elle referma sa mâchoire sur son bras gauche et la douleur lui fit l'effet d'une douleur dans tout le corps. Alors que toutes se jetèrent avidement sur leur proie, il trouva le réflexe désespéré de porter l'une de ses mains à son ventre, et de s'entailler assez profondément la chair. Un cri inhumain résonna dans son cerveau et jaillit à l'extérieur de lui. Il inclina sa tête en arrière tandis qu'un tourbillon noir sépara les eaux et balaya avec force ses prédatrices. Une vague gigantesque se forma et il laissa l'Envers lui sauver la vie. Il inspira une bouffée d'air démesurée qui lui donna la sensation d'être ramené à la vie puis l'eau l'engloba de nouveau. Il battit des bras et des jambes de nouveau et creva la surface aquatique, épuisé. Comme du sang, l'Envers avait pris la forme d'un fluide d'un noir d'encre semblant vouloir remonter à la surface des eaux. Kasino prit soudain conscience de la présence de sa cousine et plongea sans prendre le temps de réfléchir. Il discerna au bout de plusieurs tentatives son corps sombrant toujours plus en profondeur. Incapable de l'atteindre assez vite et remonter avec elle sans manquer d'air, il se concentra et fit appel à la magie. Un tourbillon d'eau se saisit de Jadina puis de lui même et les envoya mordre la poussière, au seuil de la porte.
Il prit bien cinq bonnes minutes avant de retrouver un rythme respiratoire normal. Jadina a côté de lui n'avait toujours pas bougé. Il trembla un peu en posant son oreille près de sa bouche et en tâtant son pouls.

-Non, c'est impossible. Pas ça..

Il s'accroupit perpendiculairement au corps de la jeune femme et pratiqua malgré son inexpérience un massage cardiaque en 20 pressions.

-Non. J'ai...J'ai tué ma cousine.

Remarque, ça n'était pas la première fois qu'il essayait, mais là il semblait bien qu'il venait de réussir. Il tenta un second massage en espérant de toutes ses pensées mais la réalité le marquait avec toujours plus de forces lorsqu'il la refoulait. Elle venait de mourir. A la fois noyée et touchée par la plus Noire des Magie. Il se releva s’apprêtant à continuer seul lorsqu'un halo vert de jade enveloppa toute la salle et qu'elle se releva en titubant. Des éclairs jaillissaient avec rage de son corps et tout son être était auréolé de la puissance de l'Emeraudia. Kasino recula sous l'effet de surprise.

-Mais...Je ne comprends pas. J'ai cru que tu étais morte.
-D'une certaine manière je l'étais oui.
-J'ai essayé de te ranimé, j'ai voulu...

Elle lui sourit tandis qu'il se rendait compte de ce qu'il venait de lâcher.

-Et bien, qui aurait dit que le grand Comte Kasino D'Orchidia tenait tant que ça à sa petite cousine ?

Il se détourna pour cracher un juron et passa la porte suivante le premier. Il s'attendait à voir des flammes se jetaient sur lui, ou un monstre hideux l'attaquer mais rien ne se passa. Ils pénétrèrent dans une pièce aussi vaste et deux fois plus sombre -si c'était possible- que la première. Une voix qui était celle du Gardien sembla jaillir de nulle part.

Bravo, humains, je suis épaté.
Vous avez eu de la chance avec la première épreuve
Mais ne croyez pas que la seconde sera aussi rapidement expédiée
La réponse que vous chercherez ne sera pas celle qu'il vous faudra trouver
Vous avez été bien habiles et valeureux pour cette fois
Mais à présent, c'est du silence et de la patience qu'il vous faudra.
Un conseil, faites de l'obscurité votre alliée
Car allumer un feu serait le plus grand des dangers.

-Qu'est ce qu'il nous chante ?

Jadina avança prudemment. La salle plongée dans le noir le plus chaotique ressemblait à un gigantesque vide grenier. Des objets de toutes sortes, allant de l'épée à la garde d'or au vieux gri-gri usé jonchait le sol. Le Dernier Homme passa une main sur une vieille chaise en bois.

-On dirait que quelque chose recouvre ces objets. De l'eau peut être où..de l'huile. Voilà pourquoi ton Gardien parlait de ne pas faire de feu.
-De l'huile, tu as raison. Et ce n'est pas mon gardien.
-Tout ce débarras à l'air d'être vieux en tout cas si on en juge par la quantité de toiles qui les recouvre.
-Laisse les où elles sont, viens.

Jadina venait de traverser la pièce et se tenait devant les deux portes faisant office de passage sur la salle suivante. Elle avait formé dans la paume de sa main une petite sphère suffisamment lumineuse pour les éclairer.

-Rien à faire, elles sont verrouillées.
-On a qu'à l'enfoncer.
-Non, il y a une serrure, et nous sommes au cœur du château du Gardien des pierres magiques. Les portes ne s'enfoncent pas comme ça.
-Au fait pourquoi le Gardien a parlé de silence tout à l'heure ?

Comme de juste, une gigantesque araignée fondit sur eux, tombant du sol reliée par un fil blanc à son abdomen.

-Dieux !

Le Comte se jeta sur le côté gauche tandis que Jadina faisait de même sur le droit. Kasino leva les mains et s’apprêta à laisser fuser un Feu Mystificateur mais il se rappela à temps que tout était recouvert d'huile. Il maudit le Gardien en fuyant l'horrible créature qui s'était mise à le poursuivre. Il s'élança derrière un monticule de bric à brac empilé et faillit pour la seconde fois utiliser un Feu Mystificateur afin de s'éclairer. Plongé dans le noir le plus total, il buta sur quelque chose et n'entendait plus rien sinon l'horrible grouillement de la bête qui fondait vers lui. Il joignit les mains de justesse et une téléportation magique vint à son aide au moment où l'araignée percuta le monticules d'objets. Kasino hurla afin d'indiquer son emplacement à Jadina puis permit à une Onde Flagelle de terrasser promptement son adversaire qui s'écroula dans un bruit sourd, raide mort. Jadina le rejoignit, un air visiblement inquiet masquait son visage de jeune femme.

-Ca va je vais bien. Restons sur nos gardes, il doit y en avoir d'autres.
-Je ne pense pas, c'est le bruit que nous faisions en parlant qui l'a réveillée.Si il y en a d'autres elles nous seraient déjà tombées dessus.
-Tu as certainement raison. Alors ça n'était que ça ? Tuer une araignée ?

Jadina se dirigea de nouveau vers la porte.

-J'ai bien peur de te décevoir cousin, mais la porte est toujours clause. C'est très clair, nous allons devoir nous mettre à la recherche de la clé.
-Je crois que tu vas m'aimer.

Il sourit en lançant à sa cousine la petite clé rouillée qu'il venait de trouver tout à fait par hasard au pied du monticule. Jadina lui rendit son sourire, qui s'éteignit néanmoins très vite, et entreprit de la mettre dans la serrure.

-Non ça n'est pas elle. La serrure ne correspond en rien.
-Tu ne veux pas dire que...
-Je crains que si. Nous sommes bloqués ici. On doit vite trouver la clé qui corresponde à cette porte.
-Génial. Tu as vu l'endroit dans lequel nous sommes ? C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.
-Si ce n'était que ça, nous ne pouvons même pas faire de feu afin de travailler de visu. On va devoir mener nos recherches les yeux clos.

Tandis que Jadina entamait ses recherches qui s'avéraient convaincantes -elle venait déjà de trouver une autre clé- le Dernier Homme se retourna vers la porte. Elle était massive et finement travaillée, encadrée de bandes en argent. Jadina revint vers le Comte et lui donna trois autres clés avant de lui ordonner de les essayer. Il lui conseilla de regarder dans la toile gigantesque qui surplombait leurs têtes puis essaya de faire tourner les clés dans la serrure. Bien sûr aucune n'étaient la bonne.

-Jadina, aide moi plutôt à faire sauter cette porte de ces gongs. Autrement nous y serions encore dans dix ans !
-Mais nous sommes dans l'antre du Gardien ! Pas devant une porte rouillée qui s'écroulera au moindre coup.
-Justement, nous ne porterons pas un coup des plus moindre ! Viens m'aider.

La princesse Orchidienne s'avança près de son cousin et tous deux préparèrent leurs attaques. Lorsqu'elles jaillirent, moins de deux secondes plus tard, les portes volèrent en morceaux. Kasino sourit et tous deux s'avancèrent vers la troisième épreuve.

-Bien joué, Kasino. Comment en étais tu si sur ?
-«La réponse que vous chercherez ne sera pas celle qu'il vous faudra trouver. », répondit simplement le Dernier Homme. Jadina acquiesça.
-Je me demande quelle bestiole hideuse nous allons affronter à prés...

Kasino ne parvint pas à terminer sa phrase. Devant lui à l'intérieur d'une riche salle fort bien éclairée, se tenait une table en cristal gigantesque, telle qu'il aurait pu y en avoir dans son ancienne et regrettée demeure. Et sur cette table s'alignaient des dizaines de plats, salés ou sucrés. Il n'en avait pas un seul qui ne lui faisait pas envie et dont il n'aimait pas le goût ou l'odeur. Tous paraissaient excellemment bons et le Comte se serait bien attablé dans l'instant, oubliant jusque l'Envers, si il n'avait pas aperçu au loin la silhouette au combien familière qui lui tendait les mains. Il tressaillit en s’avançant lentement vers elle.

-Mère.. ?
-Mon chéri, je suis Ô combien heureuse. C'est bien toi ?

Le Dernier Homme se retourna vers Jadina qui tira sur sa manche d'un coup sec.

-Kasino ce sont des hallucinations. Suis moi.

Sa cousine passa devant lui et se dirigea droit vers la sortie suivante sans faillir. Il lui emboita l e pas se convainquant qu'elle disait vrai, mais ne put s'empêcher de ralentir puis de s'arrêter au niveau de sa mère.

-Kasino, ne t'en retourne pas. Nous avons été séparés depuis si longtemps.

Jadina cria son nom et Kasino se sentit littéralement déchiré en deux parts. Il vit le visage fin de sa mère se crisper légèrement et ses lèvres se coller avant qu'elle ne dise :

-Comment est-ce possible ? Depuis quand fais-tu des alliances avec Jadina ?
-Je la suis car cela est dans mon intérêt Mère. Ne croyez pas que...

Jadina venait d'ouvrir les portes menant à la salle suivante. Elle ferma un instant les yeux en expirant en découvrant sur quoi les portes venaient de s'ouvrir. Devant elle se trouvait exactement la même salle, avec les mêmes personnes. Elle allait devoir faire face... Elle avança et s'arma solidement près de son cousin.

-Kasino, rien de tout ça n'est vrai. Il faut que tu viennes avec moi. Immédiatement !

Le Dernier Homme se saisit d'un verre de vin rouge sur la table, à portée de bras. Lorsqu'il le porta à ses lèvres il crut tomber d'exquise. Le goût était le plus irréel qu'il avait connu dans sa vie. Il se saisit ensuite d'un Pomut dans lequel il croqua avec avidité. Depuis combien de temps avait-il perdu le goût des aliments ? Pourrait-il un jour se nourrir normalement, de choses saintes sans que l'Envers le ramène à sa dure condition ? En temps normal il se serait effondré sur place, torturé par le goût que l'Envers ne supportait pas, et aurait tout vomi. Mais là... Il croqua un second morceau et comprit que la nourriture atténuait sa douleur et « endormait » la présence de la sombre magie lovée au creux de son ventre. Il piqua de ses yeux gris ceux de sa cousine.

-La nourriture est vraie, elle.

Il tendit un bras et ses doigts effleurèrent ceux de sa mère, si longtemps perdue. Il venait de se rendre compte qu'il avait oublié jusqu'à la finesse des traits de son visage.

-Si vous êtes vraiment ma Mère, dites le moi. Je dois en être sûr, vous pouvez le prouver.
-Souviens toi Kasino. Le jour de tes 20 ans, je t'avais offert deux Marakas. Baraka et Bakara étaient leurs noms, tu as de suite su t’acquitter de leur compagnie. Et c'était le jour des vidanges, lorsque le Comte Ton Père s'est fait tué, plongé dans une embuscade. L'un des mercenaire lui avait tranché l'oreille gauche avant de le décapiter, sa tête m'avait été envoyé à l'intérieur d'un sac. Mon fils, nous savons toi et moi que le Comte D'Orchidia n'était pas ton vrai père, juste un homme qui ne m'avait jamais touché et que je haïssais. Jamais il ne fut satisfait de ne pas avoir eu pour épouse la Future Reine D'Orchidia qui lui avait été promise, et lorsque des années plus tard tu m'avais demandé si les assassins du Comte étaient des mercenaires payés avec mon or, je t'avais répondu par l'affirmative.
-Mère, vous êtes réelle. Je vous aime
-Je t'aime aussi mon chéri.

Jadina semblait sur le point de défaillir. Ses doigts tremblaient. Elle faisait de la peine à voir, se dit le Dernier Homme. Lui avait à présent retrouvé sa mère, mais elle, n'avait plus personne. Il entendit une autre voix prononcer son nom. Un sourire qu'il aurait lui même qualifié de béat couvrit son visage lorsqu'il croisa le regard si léger et définissable de Kara Shley. La jeune femme était encore plus belle que dans ses souvenirs, assise sur une chaise d'acacia vernie.

-Bonsoir, Dernier Homme.

Instinctivement, il s'arracha à son évasement et recula un peu. Il ne devait pas oublier qu'il avait tué de ses mains cette femme -ou cette créature- il y avait quelques mois seulement. Elle sourit de sa posture.

-Que crains-tu ? Je ne suis pas là dans une optique de vengeance.
-Pourquoi es-tu là dans ce cas ?

La jeune femme lui tendit une main qu'il saisit délicatement.

-Si tu me présentais ? N'est-ce pas là ta Mère.. ?

En retrouvant une assurance et une confiance en lui omniprésente avant l'Ere du Fils, le Dernier Homme s'inclina doucement devant sa Mère et fit les présentations d'une voix très douce.

-Tu ne seras plus seul à présent, lui murmura la femme de ses souvenirs, nous sommes là pour t'épauler et t'aider. Je pourrai devenir ta femme.

Il croisa son regard sans ciller. Jamais auparavant il n'avait éprouvé le désir de se marier un jour, se lier lui même à quelqu'un, préférant de loin payer ce qu'il devait et courir les Duchesses ou les Notables. Mais l'idée de prendre cette Dame là pour épouse rendait l'expérience déjà un peu plus attirante. Jadina à côté de lui leva un bras crépitant d'éclairs verts. Elle hurla quelque chose et un puissant flot de magie Orchidienne envahit la salle. Kasino fut balayé lui aussi mais elle l'aida à se relever. Il la maudit et la repoussa, tremblant et de nouveau soumis aux cris retors de l'Envers. Jadina le tira jusqu'à la sortie qu'ils dépassèrent. Ils s'engouffrèrent dans des escaliers à toutes vitesses. Le Dernier Homme laissa la rage envahir son être et manqua de justesse de couper sa cousine en deux à l'aide d'une Vague Lame D'Air qu'elle stoppa d'une seule main.

-Kasino, écoute moi ! Le couloir menant à la salle suivante apparaissait uniquement à la condition que nous nous détournions de ces illusions tous les deux ! Je ne suis pas ton ennemie, il n'y avait personne de vivant là bas !
-La nourriture était vraie ! Ma mère était vraie ! Et Kara aussi !
-Autant que le Danaël que je voyais m'implorant l'était !!

Le Dernier Homme se laissa tomber, dos contre le mur. Il se sentait vieux, usé et fatigué. Et idiot.

-Tu...voyais Danaël ?
-Oui, au début. Ensuite j'ai vu Gryf, Shimy, Ténébris et Razzia. Eux aussi me suppliaient de ne pas partir.
-Tes amis...
-Tu as vu ta mère et...qui était cette Kara ?

Kasino ne répondit pas et se redressa. Il voulait sortir de ce satané château au plus vite et... Il ravala sa salive en repensant à ce qui l'attendait à l'extérieur. La solution la plus sage n'était-elle pas de rester ici, loin de tout, en compagnie de ceux que l'on aimait et qui nous aimaient même si il ne s'agissait que d'un bonheur illusoire ?

-A rester trop longtemps en arrière pour vouloir tout y gagner, c'est le caractère sacré de la vie et ce qui fait notre humanité que nous aurions fini par perdre. Tu as fais le bon choix, cousin.
-Et toi ?
-J'aurai préféré mille fois me perdre dans les bras d'un Danaël illusoire, plutôt que de survivre par des temps pareils. Mais cela serait faire injure à la personne qu'il était. Et je sais que j'aurai le réconfort du vrai Danaël dans ma mort, ainsi que ses caresses qui n'en seront que plus douces.

Le Dernier Homme ne répondit pas et ouvrit grandes les portes qui le lorgnaient. La salle était carré, entièrement blanche cette fois. Et elle ne comportait aucune portes. Tandis que Jadina appuyait sur chaque petit centimètre carré de chaque murs, le Comte se concentra davantage sur le seul objet présent dans la salle exactement au centre. Un miroir.

-Jadina.. ? Viens voir. J'ai trouvé les portes.

Sa cousine s'approcha et tous deux plissèrent les yeux en apercevant de l'autre côté du verre, derrière leurs reflets les deux portes reconnaissables.

-Ce sont celles par lesquelles nous sommes entrés.
-Non, quelque chose est écrit en lettre d'or sur celles ci. C'est sûrement « sortie ». Je n'arrive pas trop à lire comme ça mais...
-Fais comme moi.

Jadina posa doucement sa paume sur le Miroir qui leur faisait face. Kasino invoqua mentalement un bouclier magique autour d'eux puis fit de même. Lorsque sa main toucha celle de son reflet, il vit celui ci lui sourire et le miroir explosa en une infinité de débris de verres. Protégés par le bouclier, ils reculèrent l'un contre l'autre tandis qu'une lumière aveuglante les prenaient d'assaut. Lorsque Kasino ouvrit de nouveau les yeux, il vit enfin à quelques mètres de lui les fameuses portes qui marquaient la fin des épreuves. Mais entre eux et elles se tenaient debout un autre Kasino ainsi qu'une autre Jadina. Les deux reflets fixaient avec ardeur leurs originaux. Kasino frissonna en constatant que « l'homme » qui lui faisait face n'avait pas la peau brûlée et les veines à vifs comme un véritable reflet aurait dû l'être à ses yeux. Il bougea prudemment un bras et une jambe, mais le Dernier Homme d'en face ne l'imita pas et se contenta de l'observer, immobile et sereinement amusé de voir sa copie se ridiculiser ainsi.

-Jadina, les portes sont derrières.
-J'ai vu, cousin. Nous allons devoir les battre j'en ai bien peur.
-Cette magie te dit quelque chose ?
-C'est toi l'expert maintenant.
-Et bien moi ça ne me dit rien.

Le Dernier Homme tendit une main et invoqua. Le sol trembla et se fissura tandis qu'un être fantomatique opaque en jaillit en poussant de grands cris. Il se jeta sur le reflet du Dernier Homme en un lignage de voiles noirâtres. Kasino le vit tendre la main à son tour et générer un bouclier, exactement similaire à celui qu'il venait lui même de dresser avant que le miroir ne se brise. Puis le spectre illusoire se désintégra face à un formidable Feu Mystificateur qui fusa de lui même et sur lui même. Il sut le parer en invoquant à son tour, toujours le même bouclier.

-Ils connaissent les mêmes attaques que nous ! Ca va être dur de les tuer !

Il comprit que Jadina galérait tout autant face à son propre reflet. Cette dernière venait d'invoquer un bouclier en forme d'aigle ainsi qu'une lame étincelante et opta pour une attaque directe. Kasino vit sa cousine se battre dans un duel acharné mais égal avec ce qui était un reflet d'elle même. La Jadina opposée avait invoqué le même bouclier et la même épée et contrait coup sur coup avant d'attaquer et de feinter à son tour. Kasino n'hésita pas, il tendit le bras et invoqua une Onde Flagelle qu'il lia psychologiquement au reflet de Jadina, afin qu'elle même ne soit pas affectée. La décharge magique percuta de plein fouet la cible, qui se métamorphosa en Kasino l'espace de deux secondes histoire de dresser un bouclier, puis redevint Jadina.

-Donc c'est impossible de tuer notre propre adversaire, et il échange de place avec celui de l'autre si on l'attaque..

Kasino invoqua un sortilège d'amplification temporaire, afin d'atteindre le paroxysme de sa puissance. Puis il déchaina coups sur coups. Ondes invisibles, éclairs magiques, tempêtes de feu et poings d'air se mêlèrent sans interruptions, tandis qu'à ses côtés une Jadina particulièrement déchaînée faisait de même contre sa rivale. Finalement, pris de vertige à force d'ériger des attaques surpuissantes et des couches interminables de boucliers, le Dernier Homme stoppa les offensives, les jambes tremblantes à cause de sa prestation. L'Envers hurlait en lui et il devina que son reflet subissait la même chose car son visage se changea en une sorte de rictus et il se tint le ventre en gémissant. La magie de Jadina et celle du Sorcier Darkhell l'environnaient. Il entendit finalement sa cousine tomber de fatigue et il eut tout juste le temps d'envoyer un Impact Invisible sur son clone avant qu'elle ne la pourfende avec ses éclairs de Jade.

-Jadina...Il n'y a aucun moyen de les vaincre. A part, si...

Il s'entailla la paume de la main avec un morceau de verre et se mordit la langue afin de ne pas hurler de douleur en sentant le contact douloureux sur sa peau invisible fondue. Face à lui, son reflet avait exactement la même réaction.

-Si on se tue, ils mourront.. Peut être que si je t'ôtes la vie et que tu me tues, alors..
-Alors nous mourrons tous les deux comme deux idiots ! Non, le Gardien n'attend pas de nous un suicide mais de l'habileté et de l'intelligence.
-Que proposes-tu, très chère cousine ?
-De voir la réalité en face.

Elle se releva sans ciller, les phalanges serrées au maximum à se durcir. Kasino la vit s'avancer vers lui d'un air dur. L'expression la plus dure qu'il n'avait jamais vu sur le visage le plus enfantin qu'il connaissait. Jadina se saisit de lui et le redressa totalement avant de lui expédier un formidable coup de poing. Il jura et vacilla.

-Bon sang mais tu as perdue la tête !
-De nous deux cousin, c'est ta vie qui vaut le moins. Une fois ton clone détruit j'aurai déjà réduit de moitié l'obstacle qui nous empêche de sortir d'ici.
-Pour le détruire il faudra me tuer, sale idiote !
-Bien sûr, je le sais.

Elle lui asséna ensuite un coup de pied dans le ventre, qui fit trembler tout son corps et hurler l'Envers. Il tomba sur le dos et cria en se tenant la tête. Son reflet subissait la même agonie. Jadina semblait s'être édifiée un masque d'une dureté effrayante.

-Tu es le Dernier Homme, tu n'as aucune raison de chérir la vie. Tu méprises ton existence mais ton orgueil mal placé t'empêche de faire ce qui doit être fait depuis le début !
-Tu perds la tête. Ne me parles plus ! Je ne veux plus t'entendre !
-Parce que tu sais que je dis la vérité, Kasino. Tu sais que ta mort m'aidera à sortir d'ici, aidera Alysia à s'en sortir mais tu es bien trop lâche. Tu fuis depuis que tu sais marcher à quatre pattes. Tu as fui tes responsabilités envers Orchidia, envers ta lignée et envers ta Mère. Où étais-tu lorsqu'elle s'est jeté du haut des balcons du Palais ?
-Ferme la !!

Kasino se releva et une Onde Flagelle telle qu'il n'en avait jamais lancé jailli de ses doigts. Jadina la contra d'un simple geste en la déviant. Les murs crépitèrent en accueillant malgré eux l'attaque magique. Le Dernier Homme enchaîna avec un Feu Mystificateur et un Souffle Manifeste mais Jadina se protégea tout aussi efficacement. Elle lui décocha un coup de pied dans la mâchoire et dans le nez.

-C'est tout ce que tu sais faire !? C'est tout ce que tu vaux?!

Kasino sentit un éclair de Jade le percuter et la protection qui le recouvrait, érigée par son Maître Jaguarian tilta plusieurs fois. Jadina faisait non de la tête, en avançant vers lui. Il la haïssait. Il la haïssait depuis le début. Si au moins tu dois crever, que ça soit avec bravoure. Bat toi. Emporte la dans la tombe à tes côtés.

-Que comptes tu faire, toi qui n'as jamais rien fais de ta vie ? N'importe lequel des mes amis aurait donné sa vie pour la mienne. Gryf est mort une fois en me protégeant ! Danaël est mort plus d'une fois en voulant me sauver ! Shimy et Razzia auraient faits de même si l'occasion l'exigeait. Mais toi, Dernier Homme, tu n'as personne et personne ne tient à toi. Personne ne se sacrifierait pour toi, même si tu les payais. Qui t'aiderait si tu étais au bord d'un précipice, sur le point de lâcher prise ? Tes Marakas ? Seul l’or les motiverait et en ce moment tu n'as plus rien ! Tes Catins ! Pour elles tu n'es qu'un parmi tant d'autres, un idiot à la bourse bien remplie !
-Ma Mère m'aimait ! Elle m'aiderait, elle !

Le reflet du Dernier Homme était tombé à genoux, serrant sa tête entre ses paumes. Mais Jadina ne se montrait pas moins cruelle pour autant. Elle décocha un énième coup de pied au visage de son cousin avant d'éclater de rire. Comme je la hais. Je vais la tuer.

-Ta mère ? Laisse moi rire, cousin ! Combien d'années cela fait-il qu'elle est morte ! Si tu ne l'avais pas trahi au dernier moment, peut être vivrait-elle toujours ! En bref, qu'avons nous là ? Un lâche. Un orgueilleux. Un traitre. Un esseulé. Sur qui va-tu compter à présent ?
-Jadina j'ignore ce que tu essaies de faire mais je le jure je vais...

Elle posa son pied sur son poignet avant qu'il n'invoque un autre sort.

-Tu vas quoi ?
-Laisse moi !
-Alors cousin ? Tu n'as même pas le courage de mettre fin à ta saleté de vie ? Qu'est-ce qui te plaît tant dans cette existence ? Tu n'as aucun amis, aucune famille. Tu entames la quatrième décennie de ton existence et tu n'as ni femme, ni enfants. Tout ce que tu possédais, tu l'as perdu. Tu as toujours tout cru pouvoir acheter. L'honneur, le courage, le respect, même l'amour. Que deviens-tu à présent que tu es sans rien ? Et il y a encore plus hilarant. Le Sorcier Noir en personne et le Fils D'Anathos en ont après toi. Mais toi tu continues à vivre malgré tout ! Malgré les morts que tu as sur la conscience ! Ta Mère. Tes Gardes du Corps. Ténébris. Et...cette Kara ? J'ai raison n'est-ce pas ? Qu'aurais-tu bien pu lui apporter de plus à part la désolation et la déception ?
-Tu ne sais rien de Kara !!!

Vif comme la foudre, le Comte se ficha de son poignet qui se brisa net et saisit sa cousine à la gorge. Il déchaina sa colère mais elle riposta avec sa magie de Jade. Le vrai Kasino et la copie parallèle roulèrent à terre encore une fois. Recroquevillé en position fœtale, le Dernier Homme ne pouvait empêcher ses larmes de couler.

-Qu'est-ce qui t'effraie le plus, Kasino ? La mort...ou la vérité ? Car tu sais que tout ce que j'ai dis était...la vérité.

Jadina leva la main et la tornade verte jaillit. Il sentit un immense poids l'écraser suivie d'une rapide douleur -néanmoins bien plus supportable que celles que pouvaient infliger le Sorcier Noir. Il inclina la tête en arrière tandis que la couverture du Sorcier Myrh-Zesph se brisa révélant au grand jour ce qu'il était devenu après la Transcendance. Mais plus rien ne l'importait, car rien ne serait pire que ce qu'il vivait.


*
* *

Le Dernier Homme papillonna des paupières et jura intérieurement tandis qu'une lumière blanche l'aveuglait. « Donc, je suis mort. » Il tenta de se redresser et sentit des mains dans son dos qui l'encourageaient. Il gémit doucement et demanda où il était. Les mots n'arrivaient pas à franchir le bout de ses lèvres et il réitéra sa demande. Lorsque il put discerner le visage inquiet de Jadina à cinq centimètres du sien, il balança de toutes ses forces son poing sur elle et s'écroula sous l'effort.

-Vous avez un compagnon bien étrange, Légendaire Jadina.

Kasino cracha du sang sur le sol jusque là immaculé et roula sur le flanc. Jadina venait de se relever. Le Gardien était près d'elle. Le Dernier Homme attendit quelques instant que la salle arrête de tourner. Un globe sombre était près de lui. Il prit appui dessus pour tenter de se relever mais ses jambes tremblaient. Sa cousine passa un bras derrière son cou.

-Attends, laisse moi t'aider.
-Pousse toi, ne me touche pas.

Il la poussa et réussit à ne pas tomber.

-Je suis navrée cousin. Mais c'était la seule façon pour que nous passions la dernière épreuve ensemble. Je devais t'affaiblir pour que tu puisses accepter et désirer la mort dans ton esprit. Lorsque j'ai frappé avec ma magie ton reflet est mort sur le coup. Mais l'attaque n'était pas mortelle et toi tu as survécu. Grâce au Gardien en fait, il t'a ranimé.

Kasino jeta un regard empli de haine à sa cousine. Malgré ses explications, il la détestait de tout son être. Le Gardien s'avança vers lui.

-Soyez assuré qu'il dit vrai, Mortel Kasino. Votre cousine a ensuite réussie à se convaincre qu'elle aussi méritait la mort, et la désirait. Lorsqu'elle et elle même se sont ensuite battues, l'une s'est effacée...et l'autre à survécu. Cela était ma dernière trouvaille en terme de pièges de Klashinga. Je suis étonné d'ailleurs que vous ayez triompher d'eux...tous les deux.
-Vos pièges sont dégoûtants.
-Il va de soi que pas n'importe qui ne peut venir réclamer les Pierres Divines.

Jadina s'avança vers le Gardien à son tour, oubliant jusqu'à la présence du Dernier Homme.

-Gardien, réglons nos comptes ! Nous avons triomphé des épreuves de Klashinga, à présent il nous faut l'Arme Ultime !
-Je suis navré, Légendaire Jadina, si nous nous sommes mal compris. En vérité, je ne peux vous remettre qu'une seule Pierre Divine.
-Quoi ? Mais nous avons besoin que vous forgiez l'Arme absolue, l'Ultime afin de vaincre Eternity !
-Eternity est mon Père, tout comme les sept autres Divins. Je ne peux me dresser contre lui.
-Vous aviez promis, Gardien !
-Je vous ai donné ma parole, si fait. Mais pour une seule Pierre.
-Gardien, vous vous êtes dressé contre Anathos ! Je me fiche des Pierres, ce que je désire, ce que nous désirons c'est venir à bout d'Eternity !
-Anathos s'est maintes fois opposé aux autres Dieux. Eternity n'est pas son Père.
-Eternity a détruit la Race des Hommes !
-Alors c'est qu'il doit avoir ses raisons pour faire cela, Légendaire Jadina. Je puis vous faire don d'une Pierre. Une seule.

Un silence de mort, aussi lourd qu'un ciel d'orage s'installa. Jadina passa une main dans ses cheveux en soupirant. Kasino s'observa dans le globe près de lui. Son visage était à nu, il était monstrueux et Transcendé. Il ferma les yeux afin de se rappeler les cours de son Vieux Maître, et fit le vide dans son esprit. Tandis que le Gardien s'éloignait en laissant Jadina « méditer sur la Pierre que son âme convoite », le Dernier Homme se forgea un nouveau masque, aussi solide et convainquant que le premier. Lorsqu'il émergea, plusieurs heures étaient passées et Jadina dormait dans un coin de la pièce. Sans faire de bruit, le Dernier Homme s'éloigna de celle que tout son corps désirait voir morte. Le Gardien était debout devant l'un des balcons de Klashinga. Devant lui l'espace infini se profilait, hors du temps.

-Gardien, si vous ne m'aidez pas, vous aussi vous deviendrez un captif d'Eternity.
-Je ne le pense pas, Dernier Homme Kasino.
-Et moi je pense que vous le savez comme je le sais. Votre globe est un puissant artefact. Vous l'avez vu de vos yeux. Eternity est fidèle à son Père, vous avez apparemment provoqué directement le Père. Croyez vous que le Fils se montrera clément ? Au contraire, il se réjouira à l'idée d'avoir comme joujou le Gardien, Création directe des Dieux. Il vous tortura, et que vous puissiez ressentir la douleur ou non, il vous humiliera.
-Vous êtes un Mortel perspicace, malgré les apparences. Mais je me suis résigné à mon sort depuis très longtemps. Bien avant votre naissance, Dernier Homme. C'est ainsi, ma fin approche à grands pas.
-Vous êtes au courant, Gardien. Pour la Prophétie. Misery a placé l'espoir des Hommes et d'Alysia en moi. Je suis le Dernier Homme. L'avenir est changeant, rien n'est fixé. Aidez moi à tuer Eternity, et vous et moi vivrons. Et vous brillerez au regard du Dieu Misery, l'un de vos Père. A qui va votre plus grande dévotion, Gardien ? Eternity Fils d'Anathos. Ou Misery, Seigneur Indulgent ?

Sans un mot le Gardien se retourna vers le Dernier Homme.

-Ce que vous me demandez est blasphématoire.
-Je ne suis qu'un Homme, Gardien. Mais vous devez choisir votre camp. Si vous refusez de forger l'Ultime, alors je mourrai, et c'est la Prophétie de Misery, sa parole que vous souillez.
-Je ne suis qu'une créature créée par les Dieux, Dernier Homme. Et la puissance de l'Ultime ne doit pas aller à un Homme. Votre nature est si corruptible.
-Alors laissez vous promettre de vous rendre l'Ultime une fois mon but atteint. Une fois Alysia débarrassée d'Eternity, les Pierres magiques redeviendront vôtres.

Le Gardien se para d'une délicate révérence.

-Laissez moi le temps de réfléchir à votre proposition, Dernier Homme.
-C'est tout réfléchi. J'ai lu la réponse dans vos yeux à l'instant même où je vous ai fais part de cette proposition.

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Sam 30 Aoû - 12:47

CHAPITRE 9 : CONSECRATION



Jadina s'accroupit de justesse afin d'éviter le regard du garde Chiridan. Elle compta mentalement jusqu'à trente, puis se redressa et bondit sur l'un des toits du Palais Chiridan. Elle fusa, aussi rapide que la foudre et invisible que la nuit la plus noire. Moins de trente secondes plus tard, elle avait atteint son objectif. Elle prit une minute afin de se remémorer l'endroit exact où elle avait enterré la Clef. Cela faisait maintenant dix jours qu'elle était enterrée, et douze depuis qu'elle et Kasino avaient posé la main sur l'Arme Ultime. Jadina soupira et chassa de son fort antérieur l'image mental de Danaël.

-Mon Amour...

Elle ferma les yeux et se concentra jusqu'à invoquer une image mentale neutre. Un fond uni noir. Puis elle bondit et ceintura le Conseiller Chiridan qui passait, sa cape rouge flottant au vent derrière lui. Elle lui couvrit la bouche d'un geste de la main et s'assura qu'il était bien à elle. Aucun cri ne s'échappa du Chiridan au pelage vermeille lorsque l'ancienne Légendaire le tira dans un recoin sombre du Palais Jaguarian.  

*
*  *

Kasino porta à ses lèvres le goulot de la petite fiole qu'il gardait toujours sur lui. Le bouillon dégradant pénétra dans son corps et sa gorge, et termina sa course dans son ventre, lové près de l'Envers. Une bien étrange métaphore. Il reposa la fiole en tremblant sur le sol et se laissa retomber sur le lit. La Marakas allongée près de lui se retourna sur le dos et fixa de ses yeux éclatants le plafond nacré de la demeure d'Odro le Maraudeur qui leur offrait l'hospitalité depuis maintenant presque trois jours. Kasino fit abstraction de son état physique et passa ses jambes de l'autre côté du lit. Jamais un sort ne lui avait demandé autant d'énergie et de sacrifices, ni même autant d'ingrédients effrayants. Il se redressa et se leva, les jambes tremblantes. Il tomba presque immédiatement au sol à genoux, réprimant une envie de vomir. La Marakas vint se tenir près de lui et l'épaula.

-Votre maladie vous martyrise encore, Maître ?
-Lâche moi.

Kasino se redressa de nouveau et se passa une main dans les cheveux, devenus à présent aussi longs que ceux de sa cousine. Il ne voulait pas penser à Jadina, pas maintenant.

-Bastasia, tu vas enfanter.

La Marakas s'assit sur le lit, fort peu préoccupée par sa nudité devant l'ancien Comte.

-Peut être que oui. Peut être que non. Qui peut le savoir ?
-Je le sais. Et je veux que tu t'occupe de cet enfant, protège le au péril de ta vie et cache son identité.

La Marakas braqua sur le Dernier Homme ses yeux emplis d'ironie, acerbes.

-Devrais-je l'aimer aussi ?

Kasino lui rendit son regard et elle baissa le sien au bout de plusieurs secondes. Il ne répondit pas et se rhabilla.

-Un jour je viendrai peut être te le quémander.
-Un jour. Quand cela, Maître ?
-Une Marakas ne pose jamais de questions. En particulier une Marakas achetée.

Bastasia acquiesça en détaillant le corps pâle de son Maître. Elle ne comprenait rien du tout aux excentricités de son Nouveau Maître, tout ce qu'elle savait de lui est qu'il était apparemment très malade, très fier et très secret.

-Il en sera ainsi, mon Maître.

Kasino ferma la porte en douceur et quitta la chambre. Il croisa Odro le Maraudeur, leur hôte de près de deux mètres de haut. Odro avait établi son domaine au dessus de la cité de Crystancion. Il était craint et respecté de tous, non pas grâce à une quelconque valeur morale qui l'habitait mais plutôt grâce au pouvoir qu'il avait acquis sur la cité marchande. Un pouvoir affermi d'une main de fer, grâce à de l'argent sale à souhait et un penchant pour la cruauté gratuite. Le Dernier Homme salua Odro d'un geste de la tête. Sa cape noire semblait voler derrière lui avec harmonie.

-Je vous remercie de votre hospitalité, Odro le Maraudeur. Veillez sur ma Marakas.
-Vous nous quittez déjà, Homme ?
-Je compte bien sûr sur votre silence.
-Mes principes moraux sont connus dans tout Crysancion, petit Homme, répondit l'Ogre en attrapant au vol le sac de Pach d'or que le Comte venait de jeter par dessus son épaule.

Kasino dissimula son visage dans son capuchon et sortit par la porte arrière. Il vomit encore une fois et attendit près d'une demi heure que le monde autour de lui cesse de tourner. Il n'avait jamais été dans un tel état de faiblesse. Le Dernier Homme s'était scindé il y avait de cela trois jours.

*
*  *

-Si tu hurles, si tu tentes de t'enfuir, je t'égorge, Chiridan. Je n'ai plus rien à perdre, je peux très bien interroger quelqu'un d'autre dans un futur proche.

Jadina resserra sa pression sur la bouche du Jaguarian, l'empêchant de répondre. De son autre main elle pressait un couteau sur la gorge de l'Homme Bête.

-Ne fais pas un bruit, tu as bien compris ? Cligne une fois des yeux pour dire oui, deux fois pour non.

Un clignement.

-Bien, nous nous comprenons. Est-ce que tu sais des choses sur le Miroir ?

Deux clignements.

-Est-ce que tu sais au moins de quoi je parle ? As-tu déjà entendu mentionner le Miroir ?

Un seul clignement.

-Donc tu sais de quoi je parle ?

Un instant d'hésitation.

-Réponds. Si tu en as déjà entendu parler, tu sais des choses sur le Miroir.

Deux autres clignements.

-Tu ne sais rien ? Tu en es sûr ? Même en tant que Grand Conseiller Chiridan ?

Un clignement.

-Très bien. Alors tu ne me sers à rien, Chiridan.

Jadina pressa davantage sa lame sur la nuque du Jaguarian. Ce dernier paniqua et se débattit mais l'ex Légendaire le maintenait bien.

-Pitié ! Ne me tuez pas, pitié ! Je vous jure que je ne sais rien. C'est une légende, je croyais que c'était une légende !
-Le Miroir existe, il a été brisé lorsque Eternity a été libéré par la Pretresse Sheibah. Vous, les Chiridans le savez très bien. Et vous devez aussi savoir que ce Miroir peut être Réparé,  emprisonnant de nouveau Eternity si jamais on retrouvait la clef.
-Oui, bien sûr. Mais tout ce que j'ai entendu dire à propos de ce Miroir n'était que légende futile. Je n'ai jamais vu le Miroir des mes yeux après la réincarnation d'Eternity.
-Pourquoi dis tu que ces rumeurs sont fausses ?
-Si le Miroir peut être réparé et emprisonner de nouveau Eternity, alors notre Seigneur a deux fois moins de raisons de le conserver à Jaguarys. Et personne ne l'a plus vu depuis que le Fils s'est réincarné.
-Dois-je en conclure qu'Eternity ne garde pas le Miroir ici, et que tu n'es au courant de rien ?
-Je vous le jure, je n'ai jamais vu ce Miroir.
-Je ne te crois pas. Réponds à ma prochaine question, Chiridan. Eternity est-il de retour à Jaguarys ?
-Je...Oui, il est rentré hier. Je crois qu'il n'a pas trouvé celui qu'il cherchait.
-Connais-tu la Prophétie de Misery ?
-Je l'ai vu une fois mais je ne l'ai pas retenu toute entière. Je ne suis pas Roi des Jaguarians, juste un Conseiller.
-Tu es quand même proche du Roi Kel-Cha.
-Kel-Cha n'est plus notre Roi depuis plusieurs mois. Le nouveau Souverain des Jaguarians et des Chiridans s'appelle Kralmer.
-Un Jaguarian ou un Chiridan ?
-Un Chiridan...fidèle à Eternity.
-Très bien. Je vais te laisser la vie sauve Chiridan, bien que toi et les tiens m’écœurent. Si je ne te tue pas c'est parce que je ne crains pas ton Maître. Tu m'entends ? Je sais que tu vas parler de moi à ton Dieu, mais je ne suis pas effrayée par sa colère.
-Pourtant vous devriez. Vous avez pris tant de risques pour vous infiltrer à Jaguarys tout ça à cause d'une rumeur. Je suis sûr qu'Eternity ne veille pas sur ce qui était autrefois sa prison, elle a été détruite et dans tous les cas je ne vois pas comment on pourrait réparer un artefact.
-Il faut déjà commencer par le retrouver.

*
*  *

Kasino ouvrit les yeux en sentant des pressions s'exercer sur son thorax et ses flancs. Sa peau le brûlait et il avait la bouche pâteuse. Un filet de pêche était enroulé autour de lui, il prit quelques secondes avant de se redresser. Des petits personnages parlaient une langue qui était inconnue au Dernier Homme et le démêlèrent avec ardeur. Leur peau bleutée et leurs petits yeux verts donna au Dernier Homme la réponse à sa question, concernant l'identité des créatures. Des Ccrabins. Kasino se contorsionna en ressentant la poigne de l'Envers mécontent dans son ventre. Les Ccrabins n'étaient généralement pas des créatures violentes, au contraire. Elles habitaient sur des îlots recluses d'Alysia, vivant des produits de la pêche et de la vente de produits artisanaux. Kasino se releva et observa le soleil à l'horizon. Le crépuscule n'allait pas tarder à poindre. Il était échoué sur une plage. Il leva la main en signe de paix et coupa les Ccrabins dans leur incompréhensible monologue.

-Vous pouvez me mener jusqu'à votre village ?

Les Ccrabins levèrent leurs mains et firent des signes au Dernier Homme. L'Ancien Comte les suivit docilement en tentant de se rappeler ce qui venait de lui arriver. Il s'était scellé, puis s'était servi de Bastasia, puis...

-Je me suis endormi. J'étais tellement faible que je me suis mis en repos...

Il passa une main sur son visage rugueux et l'épaisseur de sa barbe le surprit.

-...plusieurs jours apparemment.

Il se remémora le sommeil léthargique dans lequel il s'était plongé afin de récupérer de son dernier sort. Il avait dissimulé l'Ultime à l'aide de puissante Magie Noire, puis avait dû tuer afin de prendre l'apparence d'un Orc de Shamallau. Il savait qu'il s'était abrité à l'aide d'un puissant sort avant de sombrer dans un profond repos, mais ne se souvenait plus de rien, en particulier de ce qu'il faisait sur l'une des plages des îles les plus petites et désertes d'Alysia. Sans doute l'élément aquatique qu'il aimait à s'imaginer avant de sombrer s'était matérialisé à son réveil en l'entraînant jusqu'ici. Les Ccrabins le guidèrent jusqu'à un petit village à l'autre bout de la plage. De nombreux artisans étaient assis par terre, occupés à tisser des filets ou à fabriquer des paniers. Tous dévisagèrent amicalement le naufragé en le suivant du regard jusqu'à l'intérieur de la hutte principale. Celle qui était sans doute la shaman Ccrabin lui tendit dans des coquillages une espèce de bouillie blanche, faite de poissons et de fruits de mer. Le Dernier Homme pu à peine poser les yeux dessus avant de sentir la griffure de l'Envers. Comme l'avait prédit Ténébris, l'Envers était de plus en violent en lui. Au début de sa « formation » de sorcier il était encore plus ou moins capable de se nourrir normalement, puis petit à petit n'avait plus supporté le goût puis la vue de la viande, et de tant d'autres aliments. Il savait à présent qu'il ne pouvait plus rien manger, ni observer quelque chose de comestible sans sentir le mécontentement de l'Envers ou avoir l'envie de vomir. Il se demanda si la même chose se passerait avec le vin et les autres boissons. Le Dernier Homme laissa vagabonder ses pensées jusqu'au souvenir de son vieux Maître Myrh-Zesph, maudit lui aussi bien que d'une façon différente. Lui non plus n'arrivait plus à se nourrir, mais Kasino aurait parié que le Vieux Jaguarian éprouvait encore de l'envie lorsque son regard avait l'occasion de se poser sur quelque chose de comestible. A côté, son sort à lui était presque enviable. Kasino se demanda quelle était la nature de l'Envers qui frappait le Sorcier Darkhell, mais sans doute ne le saurait-il jamais. Il se saisit quand même d'un coquillage taillé et entreprit de se raser. Il but à satiété et chercha dans sa tunique la fiole contenant le bouillon de Myrh-Zesph qu'il avait appris à faire lui même. Il termina ce qu'il restait en tentant d'éloigner de lui la pensée des ingrédients. La shaman lui tendit un collier de coquillages, Kasino aperçut un petit crabe gris accroché au centre de cet étrange talisman. Il le prit et l'enfila néanmoins afin de ne pas offenser son hôte, puis s'excusa et se leva. La prochaine étape nécessitait de récupérer l'Ultime qu'il avait dissimulé et protégé, mais pour avoir le droit de la récupérer il devrait payer un tribut. Un tribut de sang.

*
*  *

Goyle donna un coup de pied dans le dos de l'esclave à la queue de la file qui n'avançait pas assez vite. Il aurait bien écrasé sa tête à coups de pierre, mais était trop occupé pour l'instant. Goyle était le Grand Roi des Orcs d'Arrangar. Pour faire simple, c'était l'Orc le plus cruel et qui cognait le plus fort.

-Ghoar demande l'autorisation de parler à Seigneur Goyle.
-Ghoar autorisé.
-Ghoar vient de retrouver l'esclave qui avait profité de la torpeur provoqué par la gnôle le soir de la fête pour fuir. Ghoar l'a appréhendé à la rivière. Et Ghoar lui a coupé la main pour punir l'esclave.
-Ghoar a bien fait. Ou est l'esclave ? Goyle veut la remettre à sa place aussi.
-Seigneur Goyle, Ghoar vous guiderait volontiers jusqu'à l'esclave rebelle.

L'Orc colossal emboita le pas à son subordonné jusqu'aux bas fonds d'Arrangar. Une Marakas était recroquevillée sur le sol, enchaînée par la cheville. L'Orc la lorgna avec violence et se délecta de son désespoir et de sa nudité.

-La Femelle Marakas devrait savoir que les esclaves n'ont pas le droit de fuir les Orcs. Ghoar t'a punie en te tranchant une main, et Goyle pourrait très bien trancher l'autre avant de remettre l'esclave à sa place de manière plus pragmatique.

La Marakas ne laissa même pas la peur voiler son visage. Tout juste sourit-elle imperceptiblement alors que l'Orc Goyle la saisissait par sa tresse. Il n'eut néanmoins le temps d'aller plus loin et de mettre ses menaces à exécution. Une déflagration de flammes Noires balaya en quelques secondes Orcs, esclaves, bétails et huttes. Puis une Onde percuta sans pitié tous ceux qui étaient encore debout, faisant fondre leurs chaires comme de l'acide. Il ne fallut pas plus de quelques secondes aux derniers gémissements avant de se tarir définitivement. Kasino laissa tomber derrière lui sa cape et sa tunique et avança au cœur du carnage. Ses pieds nus se posèrent dans le sang qui jonchait le sol et il eut alors l'étrange sensation qu'on l'épiait. Il préféra néanmoins se concentrer sur la complexité de ce qui l'attendait.

*
*  *

Jadina s'assit en tailleur et tenta de faire une énième fois le vide dans son esprit. Depuis plusieurs années elle menait des recherches, s'était infiltrée deux fois à Jaguarys, avait entendu des rumeurs qu'elle avait réussi à vérifier. Jamais elle n'abandonnerait la lutte contre Eternity. Puis elle léguerait son savoir à une personne digne qui prendrait à son tour le rôle de défenseur d'Alysia. Enfin, elle pourrait mourir en paix. L'ancienne Princesse serra au creux de sa main la Clé entière qui seule permettait d'activer ou désactiver le Miroir qui avait emprisonné le Dieu. Elle était sure que ça allait marcher. Lorsque Eternity s'était réincarné en la personne de Sheibah, il y avait bientôt quatre ans de cela, le Miroir avait été désactivé par la Prêtresse elle même, à l'aide de la clé divine. Le verre s'était brisé et Eternity avait pu être libéré. Si jamais Kasino échouait avec l'Arme Ultime, Jadina devrait agir très vite. Avant que le Fils puisse mettre à son tour la main sur elle, elle devrait le sceller de nouveau à l'intérieur. Jadina possédait déjà la clé, et elle était à peu près sure de savoir où se trouvait le Miroir brisé. Le grand dilemme serait principalement de s'en emparer. Jadina avait aussi deviné (et réussit à prouver son hypothèse par la suite) pourquoi le Fils n'avait pas détruit l'Artefact une fois sa libération. Il y avait en fait deux raisons à cela. D'abord le Miroir, à l'instar de la Porteuse, du Kréa-Kaos et du Gardien était une création divine de Misery. Pas aussi solide certes, mais en tout cas assez pour ne pas être destructible par des mortels. Eternity avait certainement le pouvoir de le détruire, mais Jadina en était arrivée à la conclusion que cela l'épuiserait considérablement et qu'il était trop préoccupé par son Ere pour s'affaiblir ainsi. La seconde raison, c'était sa dépendance. Eternity avait passé des siècles, enfermé dans le Miroir de Misery tout comme Anathos l'avait été dans la Porteuse. Mais alors que la Porteuse était considérée ni plus ni moins comme une geôle par le Père, le Fils éprouvait une certaine dépendance vis à vis de son ancienne Prison. Peut être même restait-il à l'intérieur du Miroir encore un peu de l'essence du Fils d'Anathos. Jadina n'en avait cependant pas de preuve, mais c'était une hypothèse qui pouvait expliquer pourquoi Eternity affectionnait le Miroir.
Jadina avait choisi de placer son premier espoir (et celui d'Alysia) dans le Dernier Homme. Son cousin. Si Kasino parvenait à vaincre Eternity en duel grâce à l'Arme Ultime, alors tout serait terminé. Mais si jamais il échouait, alors elle ne devrait pas échouer à son tour. Elle utiliserait la Clé et le Miroir et enfermerait Eternity à jamais une seconde fois.

-Même si pour cela je devrais sacrifier Kasino.

L'ancienne leader des Légendaires se releva une fois avoir triée ses priorités et rangea la Clé dans la doublure de sa cape. Il lui restait le Miroir à récupérer sans plus tarder. Bientôt, le Dernier Homme passerait à l'action et elle devrait être prête. Pourtant, malgré son alliance avec Kasino, son Plan A et son Plan B, elle ne pouvait empêcher cette horrible sensation d'une défaite imminente de l'habiter.

-C'est comme si j'oubliais quelque chose...

En fait, elle aurait aimé pouvoir lire la prophétie de Misery, elle l'aurait peut être aidé à mettre le doigt sur ce qui l'échappait.

-Et si nous échouons ? Si nous débarrassons Alysia d'Eternity pour la confronter à une menace bien pire encore?

*
*  *

Kasino allongea la Marakas récemment décédée sur le ventre et dessina une entaille de deux pieds de long qui partit de sa poitrine et descendit jusqu'à son ventre. Il surmonta son dégout en voyant ses organes se répandre au grand jour et s'écarta du cadavre. L'âme la plus précieuse du carnage. Il dégagea ensuite son cœur qu'il extirpa de sa poitrine. L'organe le plus précieux de cette âme. Il couvrit ensuite délicatement le cœur de cendres fines. Le feu d'une vierge. Il expira profondément et s'entailla ensuite à son tour. Son sang presque noir tomba sur le cœur de la Marakas. Le bien le plus précieux du demandeur. Une formule sinistre pour avoir accès à une arme sinistre. Des barrières qu'il avait dressé lui même au cas où le Fils l'aurait retrouvé entretemps. Il incanta en se concentrant, agenouillé dans le sang de ses victimes tandis qu'autour de lui ses victimes se consumaient. Encore une fois il ressentit une inquiétude, l'impression d'être épié mais ce n'était certainement pas l'instant de rompre le sortilège. Et si c'était un Chiridan ou un Jaguarian, il le balaierait avec l'Ultime. Il commença à trembler et sa vue se brouilla, signe que le sortilège fonctionnait. Il était tout simplement en train d'appeler à lui une autre dimension, à l'intérieur de laquelle il venait de cacher l'Ultime. Il porta à ses lèvres le coeur, les cendres et le sang et se retint de justesse de ne pas vomir. Il vacilla et une épaisse fumée d'outre tombe descendit sur lui. Un portail sembla se dessiner tandis que tout tournait à une vitesse incommensurable. Des voix sinistres et lointaines se faisaient entendre, mais le Dernier Homme fit abstraction d'elles et ouvrit le Portail. L'Ultime était là, étincelante comme la lumière des étoiles. Kasino tendit la main et posa sa paume sur la lance faite des Pierres Divines. Une douleur paralysante envahit son corps et il savait que retirer sa main maintenant était synonyme de damnation éternelle. Il ferma les yeux et se familiarisa avec cette douleur cuisante, non comparable à celle de l'Envers mais tout aussi cinglante. Tout tourna encore plus violemment et une vague transparente de magie le percuta, fermant le Portail. L'Ancien Comte fut éjecté, l'Ultime en main. Il resta de nombreuses minutes allongé sur le dos, l'Ultime serré contre sa poitrine, presque entièrement nu et recouvert de sang.

*
*  *

-C'était une Magie bien Noire que vous venez d'utiliser là, Dernier Homme.

L'Homme s'avança d'un pas de velours vers celui qui était en train de se rhabiller après s'être lavé à  une Rivière environnante. Il était assez maigre, creusé et pâle. Une longue chevelure noire jais cascadait en haut de son dos. Le Dernier Homme rabattit son capuchon sur son visage et se saisit de l'Ultime en faisant face à celui qui le suivait depuis un bon moment déjà. Une lueur dorée l'environnait mais son regard s'arrêta sur les cercles resplendissant qui lévitaient au dessus de sa tête.

-Nous sommes censés nous connaître ?
-Non, nous ne sommes jamais rencontrés auparavant. De mon vivant je veux dire.

Kasino essaya de trouver ce qui se cachait derrière le regard bleu ciel de celui qui lui faisait face. Un homme blond aux cheveux mi longs.

-Que me voulez vous ?
-Ne vous énervez pas, Dernier Homme, nous pouvons discuter calmement. J'ai bien peur que si un duel devait s'enclencher entre nous deux, vous seriez beaucoup trop affaibli pour faire face, après la petite démonstration que je viens de voir. Vous avez dû dépenser pas mal d'énergie magique pour vous procurer cette arme, et à ce que je vois vous n'êtes pas armé.
-Je serai peiné d'en arriver là mais je combattrai quand même si il le faut. Donc je me répète, que me voulez vous ?
-Laissez moi me présenter, Dernier Homme. Mon nom est Danaël.

L'ancien leader des Légendaire se délecta intérieurement du rictus de surprise que le Dernier Homme dépeignit involontairement. Il éloigna sa main de son fourreau qui pendait à sa hanche, et croisa les bras de façon à  dissiper l'ambiance tendue et l'électricité ambiante. Le Sorcier dissimula son air surpris et hocha doucement la tête sans desserrer la force de son emprise sur l'Arme divine qu'il tenait.

-Danaël ? Danaël des Légendaires ? Vous êtes mort. Lorsque Anathos s'est réincarné si je ne me trompe pas. Il a...
-Il a pris mon corps, oui. Et cela m'a tué.
-Vous aussi vous voulez m'apporter votre aide afin que j'envoie au tapis le Fils ?
-Non, Dernier Homme. Mais je pense qu'on pourrait se tutoyer, si cela ne vous embête pas. Après tout, j'étais aussi le fiancée de Jadina, votre cousine.
-Jadina ne m'a jamais parlé de vous.
-Et elle ne m'a jamais parlé de vous non plus, ça nous fait un second point en commun. Je t'ai donné mon nom, donne moi le tien à présent.
-Kasino, Ancien Comte.
-Dernier Homme Kasino, je suis venu jusqu'à toi de la part d'une amie que nous avons en commun. Elle est ma Maitresse, et elle t'a aidé il y a quelques mois. Je ne sais pas si tu vois de qui je veux parler. Tu lui es redevable d'un service.
-La femme mystérieuse. Le Navire des Hommes-Poissons.
-C'est exact, oui. « Je consens à vous faire crédit de ce paiement. Permettez moi de garder en réserve ce que je requiers de vous. ». C'était ce qu'elle t'a dit ce jour là, t'en rappelles-tu ?

Danaël laissa environ une seconde de silence. A ce stade là, même un crétin aurait compris où il allait en venir. Il reprit d'une voix posée.

-En guise de remboursement de ta dette, Maîtresse Kalandre ne demande rien de plus que l'Arme que tu tiens si fermement dans ta main.

*
*  *

Kasino n'avait plus rien. Ni famille, ni ami, ni biens. Il disposait de seulement deux choses. L'Ultime. Et les Connaissances. Alors qu'il aurait tout donné pour que Danaël vienne lui demander de reprendre la Magie en lui, ses Connaissances, son Envers ; pour rien au monde il n'aurait cédé l'Ultime. Car elle était aussi synonyme d'Espoir. Le Dernier Homme ignorait tout de cette Dame mystérieuse. Comment avait-il pu être assez stupide pour lui céder tout ce qu'elle demanderait lorsqu'elle lui était venu en aide ? Le Dernier Homme tenta de gagner du temps.

-Vous ne préférez pas prendre plutôt la Magie Noire qui est en moi ?  
-Maîtresse Kalandre a été fort stricte là dessus, Dernier Homme Kasino. C'est les Pierres Divines qu'elle veut. Les Pierres des Dieux, et elles seules.
-Je suis désolé, Légendaire, mais dans ce cas vous pouvez d'ores et déjà retourner auprès de votre « Maîtresse ». Car je ne suis pas disposé à vous laisser l'Arme des Dieux. J'en ai besoin pour sauver Alysia. Et vous le savez.
-Tu violerais ta Promesse, Kasino ?
-Va te faire voir.

Danaël extirpa de son fourreau l'épée d'or qu'il gardait précieusement contre son flanc depuis sa mort. Par précaution, il se mit en garde et leva verticalement son arme.

-J’amènerai les Pierres à ma Maîtresse. Ou je mourrai une seconde fois en essayant.
-Il vaut mieux pour vous que vous rentriez maintenant, Danaël.
-Tu es prêt à te battre, Kasino ?

Sans crier gare, l'Ancien Comte leva une de ses mains en la pointant vers le ciel. Un Souffle Manifeste gigantesque se forma au dessus de lui et se dirigea droit vers son adversaire. Il vit Danaël l'esquiver en bondissant avec une rapidité semblait volée à un oiseau de proie. L'ancien Légendaire bondit sur lui, son épée d'or fièrement levée. Kasino utilisa une téléportation, préférant éviter de parer le coup avec l'Ultime.
Le téléport lui laissa quelque secondes pour se ressaisir. Il vit Danaël devant lui, le chercher du regard, puis se retourner et lever de nouveau son épée au dessus de ses yeux.

-Abandonne, Légendaire Danaël. J'ai en moi la Magie Noir de Darkhell, qui est mon Maître. Vous n'avez aucune chance.
-Les Légendaires et moi avons vaincus Darkhell.

Kasino leva de nouveau la main et un Feu Manifeste en fusa. Danaël cria en sentant la morsure du Feu Magique sur sa peau, mais il réussit néanmoins à y échapper. Une partie de ses vêtements se consumèrent, mais le Légendaire n'y prêta pas longtemps attention. Avant qu'il puisse s'approcher davantage, il fit jaillir d'énormes dents de roches du sol, qui génèrent la course de son ennemi. L'une d'elle écorcha la jambe du Légendaire, qui tomba, lâchant son Epée d'or. Kasino vit l'occasion se dresser devant lui, il lança un Nuage de Feu sur Danaël qui fut obliger de reculer encore, et fonça dans l'espoir de ramasser l'Epée D'or. Au moment où Kasino posa sa main sur la garde de l'Epée magique, Danaël tendit la main et l'Arme vola jusqu'à sa paume qui se referma.

-Surpris, Kasino ? Cette Epée a été forgée par les Elfes de mon vivant, elle est liée à mon sang. Ce qui fait que nous sommes reliés. Navré, Dernier Homme.

Les deux adversaires s'élancèrent l'un sur l'autre. Kasino sentit l'onde de choc se propager dans tout son corps lorsque l'Ultime percuta l'Epée D'Or. Le décor autour d'eux devint un arc-en ciel de gemmes lumineuses et de couleurs. Il fit un tour complet sur lui même et brandit son arme ultime une seconde fois. Danaël para et harcela en plusieurs séries de coups. Kasino avait un peu de mal à manipuler une arme aussi large et longue, mais ses talents d'escrimeurs lui étaient utiles. Tout en combattant il tenta de se souvenir des incantations que le Sorcier Jaguarian lui avait enseigné, il allait en avoir besoin. Ca allait être douloureux pour lui, mais il n'avait pas le choix. Il prononça à haute voix les paroles tout en parant les coups du Légendaire. Danaël était un escrimeur de haute qualité, à n'en pas douter. Un manieur d'épée peut être plus fort que lui. Il savait qu'avec l'Ultime il pourrait le terrasser en quelques minutes -du moment qu'il parvenait à esquiver les coups de son Epée- mais son but n'était pas d'avoir à combattre et tuer tous les serviteurs dévoués de la mystérieuse Dame et qu'elle lui enverrait inlassablement. Il cria en sentant l'Epée D'Or se planter dans son dos et tituba avant de tomber, face contre terre. Il avait été trop distrait. Danaël gardait le bras levé, il la contrôlait à distance. Kasino termina son incantation entre deux souffles, l'Ultime serré contre lui, tentant d'ignorer la paralysie qui le gagnait. La lame ne s'était pas planté profond, le Légendaire ne semblait pas déterminé à le tuer. Il redressa son visage, effondré sur le sol et plongea son regard gris dans celui du fiancé de Jadina. Il se servit de l'Ultime pour se trancher la paume et laissa son sang couler sur la lame divine. Il sourit au Légendaire alors qu'un filet lumineux s'épaississait autour de son corps. Une rune lumineuse vint se former, en s'enroulant autour de son corps et l'Ultime fut enveloppée de lumière à son tour, avant d'éclater en plusieurs centaines de petits morceaux qui lévitèrent. Kasino joignit enfin ses deux mains et termina l'incantation alors que Danaël se précipitait sur lui. L'Ultime vint entrer dans ses paumes et à l'intérieur de sa poitrine. La lumière s'épaissit autour du Dernier Homme et une vague magique le fit léviter et l'embrassa. Puis une explosion silencieuse envoya voler sur plusieurs mètres les deux hommes. Kasino n'avait pas hurlé durant l'expérience qui s'était avéré fort douloureuse pour lui, mais à présent la douleur du contre-sort le clouait au sol. Il tenta de fixer son attention sur la présence de l'Envers qui criait -ou rigolait- dans son esprit. Une douleur qui lui était familière et qu'il savait pouvoir plus ou moins supporter. Il se noyait dans sa propre sueur et était agité de spasmes nerveux. Le Légendaire Danaël vint s'agenouiller près de lui et le secoua, ce qui éveilla la colère de l'Envers. Le Dernier Homme avait au moins la satisfaction de savoir que le sort avait marché. Ce qui signifiait que son calvaire ne faisait que commençait, une nouvelle fois.

*
*  *

-Kasino, tu vas bien ?

Danaël le secoua un peu plus fort. Le cousin de Jadina souffrait atrocement, cela se lisait dans son regard et tout son corps tentait d'emmagasiner cette douleur. Danaël réitéra sa question. Le Dernier Homme le repoussa d'un coup de poing et s'écroula de nouveau.

-N'agis pas inconsidérément, Dernier Homme. Laisse moi au moins t'aider.

Danaël posa sa paume sur sa fidèle Epée D'Or et la dénicha avec le plus de douceur possible du dos de son ennemi. Le Dernier Homme roula complètement sur le dos en respirant bruyamment.

-Où as-tu transféré les Pierres ?

Voyant que le Dernier Homme ne semblait pas vouloir répondre, Danaël se releva et le redressa avec force.

-Ou sont les Pierres Divines ? Qu'en as tu fais ? Réponds moi !

Le Dernier Homme s'obstina dans son silence. Danaël dut faire un effort surhumain pour se montrer patient, attendant qu'il retrouve l'usage de la parole.

-Bon sang mais répondez !!
-Sc..é.
-Pardon ?
-Je les ai...scellé. L'Arme Ultime est...en moi. Plutôt que de vivre dans...une Alysia sans espoirs, je préfèrerai vous...la donner. Mais il reste un espoir. Et plutôt que de le sacrifier, je préfère encore me parjurer !
-Comment peux-tu être si...
Légendaire Danaël. Je ne fais pas ça pour moi. Mais pour vaincre le Fils et sauver Alysia. Il faut que vous compreniez.
-Je me fiche d'Alysia désormais.

Danaël saisit le Dernier Homme par le capuchon de sa cape et le redressa derechef. Il le secoua avec violence et brandit son Epée D'Or sous sa gorge.

-Je te laisse une ultime chance, Dernier Homme. Descelle les Pierres des Dieux maintenant.
-Je ne le ferai pas. Et même si je le voulais sachez que je n'en aurai pas la force. Cacher l'Ultime dans une autre dimension puis la récupérer fut déjà très éprouvant. Alors après l'avoir scellé en moi vous ne devriez pas être étonné que je n'ai plus aucune magie à dépenser...
-Alors Eternity t'aidera à les retrouver, tes forces ! Je vais te livrer ! Tu entends ça, Dernier Homme ?! Il t'obligera à desceller les Pierres Divines, puis je les récupèrerai ! Chose promise, chose due  ! Tu devrais cesser de croire que le monde t'appartient, Kasino. Je comprends pourquoi Jadina n'a jamais évoqué jusqu'à ton nom. Tu m'as bien compris ? Le sort d'Alysia m'indiffère. Si tu ne descelle pas les Pierres tout de suite, Eternity fera de toi sa chose. Et je parierai que ça ne sera pas agréable !

Kasino ferma les yeux en tentant de rester debout sur ses jambes tremblantes. De toutes les  situations qu'il aurait pu imaginer, aucune ne pouvait être pire que celle là. Livré vivant à Eternity, sans forces. Face à un dilemme acerbe. Abandonner l'Espoir d'Alysia à une Dame dont il ne connaissait rien puis prier en espérant que la mort vienne le faucher. Ou alors résister inutilement et sombrer dans un Enfer sans fin entre les mains du Fils en attendant une Éternité de Tourments face au courroux de Darkhell.

-Qu'il en soit ainsi.  

*
*  *

Eternity posa de nouveau son regard brûlant sur le Dernier Homme prostré à ses pieds. Ni chaînes, ni liens magiques ne l'entravaient, mais ce qu'il venait de lui faire subir lui avait ôté toute volonté de fuir ou de se dresser à la face du Fils. Et ce n'était qu'un début. Le Fils D'Anathos sentait déjà en lui toute la jouissance qui l'envahirait lorsqu'il se consacrerait pleinement à briser le Dernier Homme. Il fit un signe de tête au Grand Conseiller Alef qui ordonna à deux Chiridans de se saisir de l'Homme à ses pieds et l'emmener dans l'un des donjon du Palais. Il se tourna vers l'Homme blond qui portait une auréole.

-Homme Danaël, c'est bien cela ?
-J'espère que j'ai votre accord, Seigneur Eternity.
-Les Dieux ne sont jamais dignes de confiance lorsqu'ils donnent leur parole, mais moi Fils D'Anathos vous pouvez me faire confiance. Dès qu'il sera mien et qu'il aura descellé les...Pierres que mes pairs et moi même avons crées, je vous les rendrai.
-N'oubliez pas, Seigneur Eternity. J'ai servi de corps à votre Père. En cela j'estime avoir droit au moins à votre respect et votre droiture, Eternity. De plus, si jamais il vous venait à l'idée de me tuer, sachez que moi et la personne que je sers sommes déjà morts. Donnez moi votre parole que les Pierres Divines seront nôtres, et je vous donne la mienne en retour qu'aucun d'entre nous ne lèvera  l'Ultime contre vous, Seigneur. Cela vous convient je suppose ?
-On ne peut moins, Homme. Nous nous entendons fort bien, on dirait.

Danaël se força à sourire et fit une révérence respectueuse au Fils D'Anathos.

-Je vous laisse tout le loisir de le briser, Seigneur Eternity. Il est à vous. Prenez y du plaisir.
-Ho, vous ne saurez imaginer à quel point...

____________________________________________
Les Pirates de Nouvelle Ère recrutent ! N’hésitez pas à nous contacter si la voie de la piraterie vous intéresse, moussaillons !
Pour des aventures Ivl et Irl !

                                            


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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Lun 1 Sep - 19:36

CHAPITRE 10 : PRÉDICTION



Jadina laissa retomber le long de son flanc sa main encore pétillante d'éclairs de Jade. Elle maintint sa concentration et s'avança. Devant elle lui faisait face le Miroir unique, prison illustre du Fils. Le Miroir était brisé, le verre répandu sur le sol en d'incalculables petits morceaux. Derrière elle, presque la totalité des 400 Chiridans gisaient sur le sol, morts.

-Ca fera ça de moins...

Eternity était esseulé à présent. Il régnait peut être en Maître à Jaguarys, mais Jadina savait que les trois quarts des Jaguarians n'étaient pas fidèles au Fils. Et la poignée des Chiridans encore en vie, dont la foi lui allait sans équivoque, n'étaient plus assez nombreux pour tenir tête à l'Ultime ni à elle même. Ici allait prendre fin l'Ere d'Eternity. Jadina extirpa de la doublure de sa cape blanche la Clé divine. Celle la même qui avait permis de libérer le Fils d'Anathos, celle la même qui avait ouvert la porte au chaos sur Alysia. Elle enfonça les crocs de la Clé dans la serrure prévue à cet effet, et recula. Un halo noir sembla s'épaissir à l'intérieur du Miroir en tournoyant, mais se dissipa assez rapidement. Rien d'autre ne se passa. Cet halo sombre était une minuscule part de l'âme d'Eternity, ruminant toujours à l'intérieur du Miroir brisé. Jadina ne tenta rien pour la détruire, sachant d'avance que c'aurait été peine perdue. Le petit nuage sombre s'enroula autour d'elle et elle sentit comme une force aimantée qui la tirait loin du Miroir. Elle s'était attendue à ressentir quelque chose de beaucoup plus douloureux, voire de mourir sur le coup en enfonçant la Clé divine dans le Miroir, cette force invisible ne la gêna donc pas. Elle retira avec prudence la Clé, mais l'extrait minuscule de l'âme du Dieu Maudit ne la lâcha pas pour autant.

-Je ferai mieux de retrouver rapidement Eternity, avant qu'il comprenne ce que je compte faire et qu'il détruise le Miroir...Tant pis pour Kasino.

En vérité, elle et son cousin s'étaient entendus à Klashinga, lorsque le Gardien leur avait remis l'Ultime, qu'il devrait lever l'Arme Divine contre le Fils à partir de la troisième semaine après qu'ils s'étaient séparés. Or, cette semaine touchait à sa fin. Et Jadina était sure et certaine qu'il ne s'était pas battu contre Eternity. Soit il était déjà perdu, mort ou captif du Dieu, soit il aimait se faire désirer. Le seconde information dont Jadina était sure, c'était qu'Eternity ne possédait pas non plus l'Ultime. Se pourrait-il que son Cousin l'avait caché avant de se faire capturer ? Cette hypothèse était la plus vraisemblable, et la désolait. Jadina cacha de nouveau la Clé dans sa cape et s’apprêta à faire un volte face. Un crépitement sourd, puis de plus en plus audible, se fit entendre. L'ex leader des Légendaires se retourna et vit que l'un des fragments du Miroir luisait d'une étrange façon. De petites fissures se creusaient à l'intérieur du verre, formant des signes minuscules. Jadina se baissa et se saisit du morceau de verre qui avait cessé d’étinceler. Les fissures dans le verre représentaient des signes. Jadina passa sa main sur la surface mais elle était lisse, elle retourna le verre et réussit à lire ce que les petites lettres à l'intérieur placées les unes à côtés des autres signifiaient :

Corps, Âme
Une Troisième
Pour qu'à Jamais
Eternité
Vacilla
Entrainant Alysia
Sans fond dans le
Néant

Jadina ne trembla pas mais sentit la puissance des mots la heurter de plein fouet. Elle serra entre ses doigts le morceau du Miroir de Misery et quitta rapidement le lieu qui l'entourait.

*
*  *

-Arrête toi ici.

Le Dernier Homme obéit, sachant de toutes manières qu'il était trop épuisé, physiquement et mentalement pour tenter une incartade ou une fuite. Eternity ne le lâcha pas du regard. Un regard qui faisait frémir tout le monde et n'importe qui. Eternity n'avait pas ordonné au Dernier Homme de se lever. Il était agenouillé et se lever aurait été pour lui un supplice. Il ignorait si ses jambes le porteraient. En revanche, il n'ignorait pas que le Fils d'Anathis avait un pouvoir effrayant. Celui, si semblable à la Transcendance, de s'infiltrer dans les esprits de ses victimes, pour les lire, les effrayer, les éprouver et les torturer. Eternity ne lui avait pas encore demandé, en une semaine de captivité, de desceller l'Ultime. Kasino savait pourquoi. Il n'était pas encore brisé, et continuait à garder atrocement le contrôle de ses pensées et son esprit. Si le Fils voulait l'Ultime, il devrait le torturer encore et encore. Et Kasino était conscient que ce que le Dieu recherchait était une soumission absolue. Son calvaire n'était pas encore terminé. Se terminerait-il un jour ?

-Lève toi maintenant.

Eternity tournait lentement autour de lui lorsque Kasino essaya de se mettre debout. Il dû s'y prendre trois fois, chutant deux fois. Jamais il ne regardait Eternity dans les yeux, il avait compris ce qu'il risquait lorsqu'il le faisait. Lorsque Danaël l'avait livré et qu'Eternity lui avait demandé de s'agenouiller pour la première fois, il avait volontairement braqué ses pupilles dans les siennes,, et s'était exécuté en faisant une révérence au nez du Fils, tout sourire. Cela avait été une première victoire pour le Dernier Homme, conscient qu'Eternity s'était attendu à tout sauf à ça, qu'il prévoyait d'ores et déjà de le supplicier de longues minutes, voire des heures avant qu'il accepte de plier le genou. Néanmoins, c'était aussi la seule victoire complète qu'avait eu Kasino sur Eternity. Le Dieu s'était ensuite plongé dans une colère frénétique, lâchant toute sa rage sur son prisonnier. Lorsque Kasino était prêt à sombrer dans l'inconscience, secoué de spasmes, Eternity s'était détourné de lui, assouvi, et avait lâché :

-Que nos regards ne se croisent plus à l'avenir, Dernier Homme.

Kasino avait compris la leçon. Au fond de lui une chose le faisait jubiler intérieurement : aussi divin qu'il soit, Eternity n'était jamais parvenu à le supplicier aussi impitoyablement que le Sorcier Noir l'avait fait. Kasino le savait, Eternity le savait et savait qu'il savait. Ceci pouvait être considéré comme une deuxième petite victoire pour l'Homme.

-Contemple, Dernier Homme. Vois et décris moi ce que tu vois.

L'Héritier de Darkhell avait levé la tête tout doucement pour scruter l'inscription resplendissante sur une feuille de parchemin, au dessus d'un socle devant lui. Il fronça les sourcils et se détourna des écritures.

-C'est la Prophétie, Seigneur.
-C'est exact, Dernier Homme. C'est La Prophétie. L'avais-tu déjà lue ?
-Non, Seigneur.
-Et entendue ?
-Non plus, Seigneur.
-Très bien. Laisse moi t'expliquer une chose, Dernier Homme. Quelque chose d'essentiel sur les Prophéties. Les Prophéties, comme tant d'autres choses, possèdent une face visible, et une invisible. Un Endroit et un Envers, je suis sûr que tu me comprends très bien.
-Oui, Seigneur, répondit à tout hasard le Dernier Homme.
-Les Prophéties font toujours mention de Deux bifurcations, Deux jonctions. Soit l'avenir prendra ce tournant là, soit celui ci. Peux-tu identifier cela ?
-Je..Je ne comprend pas grand chose aux Prophéties, Seigneur.
-C'est pourtant simple. Soit tu sacrifieras l'Espoir d'Alysia comme il est écrit. Soit tu ne feras rien. Et dans les deux cas, peu importe quelle bifurcation prend la Prophétie, je mourrai et Alysia sombrera. Comprends-tu à présent ? Tout ce que tu fais, tout ce que tu penses faire, est vain. Car le destin d'Alysia est tout tracé. Ces Deux jonctions, comme je le disais, se rejoignent. Et nul ne peut savoir laquelle de ces deux voies est la bonne, et de quelle façon le prédiction se réalisera.
-Seigneur...Vous êtes persuadé, si je comprends bien, que quoi que je fasse, Alysia sombrera...et que vous allez mourir ?
-Seulement, Dernier Homme, si la Prophétie s’enclenche. En revanche, une fois que le destin se met en marche, une fois qu'elle est enclenchée, personne, même un Dieu ne peut y échapper. Ca serait comme vouloir arrêter le cours du temps. Mais les Prophéties s'accomplissent toujours de la façon la moins attendue par ceux qui les lisent. Enfin, Dernier Homme, il y a autre chose que tu dois savoir à propos de l'Art Prophétique. Une Prophétie fait toujours mention de deux sujets. Un Actif et un Passif. Ici, les sujets sont très clairs. Tu es l'Acteur de la Prophétie, l'Actif. Celui qui va attaquer. Et je suis le Passif, celui qui va être vaincu.

Eternity laissa un silence s'instaurer, afin que son prisonnier ait tout le loisir d'emmagasiner et digérer ses paroles.

-Seigneur, je n'arrive pas à lire tout ça.
-Les Hommes sont des êtres aveugles par nature. Mais même mes Chiridans et Jaguarians ne comprennent pas grand chose de cette Prophétie. Moi même j'arrive à y voir plus ou moins clair parce que je connais très bien Misery. Mais sache aussi que même si deux Sujets sont toujours mentionnés, il est impossible la plupart du temps d'identifier lequel est Actif, donc Enclencheur de la Prophétie, et lequel est Passif, donc Victime de la Prédiction. Il se peut que je me sois trompé, tout Dieu que je suis, et que je sois l'Actif, et toi le Passif. Donc que cette Prophétie, une fois Enclenchée, se referme sur toi comme un piège à loup et tu tue !

Eternity bascula sa tête de Jaguarianne en arrière et éclata d'un rire fauve et grave.

-Mais à ta place je ne m'accrocherai pas à cet espoir. Je te l'ai déjà dis et le répète. Je suis un Dieu et connais très bien les autres Dieux, mes pairs. Ce n'est pas ta fin que Misery a prévu, mais la mienne. Tu ne mourras pas demain, ou après demain Dernier Homme. Mais quand je te le dirai.
-Pourquoi ne pas me tuer si cette Prophétie vous met en danger, Seigneur Eternity ?
-A cause d'une Seconde Prophétie, Dernier Homme. Elle n'a pas été gravée sur du papier de la main de Misery, mais je l'ai vue. Je l'ai vue dans le Miroir il y a des mois. Et je n'en ai parlé à aucun de mes Chiridans. Même Apéhros...

Encore une fois, un silence de plusieurs secondes s'installa. Kasino n'osa pas lever les yeux pour contempler le visage inhabituellement perturbé de son geôlier. Le Fils D'Anathos reprit :

-Sois concentré, Dernier Homme, et écoute.

Corps, Âme
Une Troisième
Pour qu'à Jamais
Eternité
Vacilla
Entrainant Alysia
Sans fond dans le
Néant

Qu'en dis-tu ?

Kasino avala doucement sa salive.A l'évocation de cette Prophétie des flash effrayants avaient pris d'assaut son esprit. Des images d'une violence surprenante l'avaient heurté de plein fouet, si bien qu'il craignait de ne pas réussir à tenir debout. Il n'y connaissait rien aux Prophéties mais il n'avait aucun doute sur le fait que celle ci était liée à la mort. Ces flash avaient tonné à l'intérieur de son esprit comme un gong. Kasino retira doucement ses mains de sur son crâne. Il craignait une réaction démesurée de la part du Fils d'un instant à l'autre. C'était la première fois depuis sa semaine de captivité qu'Eternity lui parlait ainsi, comme un professeur instruisant son élève. Sauf que ledit Eleve n'y comprenait rien et n'était pas vraiment en Etat d'analyser tout cet Art Prophétique. Il trouva vite une réponse à donner qui ferai la satisfaction de la Jaguarianne pervertie, en choisissant de ne pas évoquer ces flash liés aux mots Prophétiques.

-Elle ressemble à la première Seigneur. Sauf que cette fois je ne suis pas mentionné et..elle a l'air encore plus compliquée.
-En quoi est-elle compliquée ?
-Je ne vois pas les Deux Sujets.
-Mais ils sont là ! Je suis désigné sous le mot Eternité. Et toi tu es mentionné implicitement sous les mots Corps et Âme. Réécoute la Prophétie, dit le Fils en la répétant plus lentement. Et maintenant dis moi ce qu'elle t'évoque et ce que tu as vu.  

Kasino gémit doucement en se prenant de nouveau la tête entre les mains. Un rictus de souffrance se dessina sur son visage, Eternity sourit en remarquant la réaction du Fils.

-Dernier Homme, laisse moi t'apprendre une ultime chose concernant l'Art Prophétique. Lorsque l'un des deux Sujets se trouve en contact avec cette Prophétie, c'est à dire lorsqu'il voit les mots ou les entends, la Prophétie lui parle. Sous forme de symboles ou d'images. Donc, tu es bien l'un des deux Sujets de cette Prophétie, Dernier Homme. Dis moi à présent. Qu'est-ce que tu as vu ?!
-Seigneur, je n'y comprends rien mais...mais...c'est une Prophétie de mort. Je...J'ai vu une Lame. Et du Sang.
-Sous quel mot ?
-Je ne sais pas..Tout est allé très vite.
-Réfléchis. Sous quel mot ?
-Corps je crois.
-Ensuite.
-Je crois que je me suis vu moi même. J'étais sur le sol de Casthell, je hurlais à cause de l'Envers de la magie Noire je crois.
-Sous quel mot ?
-Je l'ignore Seigneur je...

Le Dernier Homme tomba au sol en hurlant, sous l'emprise de la fureur d'Eternity. Ce dernier le saisit par son capuchon noir et le tira, en proie à la rage divine la plus exacerbée.

-Sous quel mot as-tu vu ceci ?
-Âme Seigneur...Je...Je crois que c'était le mot Âme.
-Ensuite ?

Kasino ravala sa salive en tentant de répondre le plus rapidement possible.

-Je vous ai vu mourir, Seigneur.
-Quoi ?!
-Je crois que vous étiez mort. Je vous ai vu au sol. Et j'ai aussi vu une vague lumineuse. Comme un Arc en ciel.
-Un Arc en ciel... ? Mais je suis un Dieu, Dernier Homme !! Je suis le Fils d'Anathos le Tout-Puissant !!
-Je le sais, mais je ne contrôle pas ce que la Prophétie fait naître en moi, Seigneur !
-Mmmh... Oui tu as raison, Dernier Homme. Après tout c'est la raison pour laquelle je t'ai fais venir ici. Il est évident que ces Prophéties viennent de Misery, et qu'il souhaite ma mort.
-Alors que signifie cette Prophétie en vérité ?
-Que si tu meurs une Troisième fois, Dernier Homme, alors ta mort entraînera la mienne et fera sombrer Alysia.
-Une Troisième fois ? Mais Seigneur je ne suis mort qu'une seule fois. J'ignore d' ailleurs comment j'ai pu revenir à la vie.
-Non, Dernier Homme. Ne contredis jamais une Prophétie. Tu es déjà mort deux fois. La Première était celle du Corps. Avec la Lame et le Sang. Une blessure mortelle j'imagine, qui t'a ôté la vie. La seconde était la perte de ton Âme, lorsque tu as pactisé avec la Magie Noire.
-En quoi ma mort peut entraîner la vôtre ?
-Même Misery ne peut le savoir. Mais les Prophéties ne se trompent jamais. A présent, Dernier Homme, dis moi. Qu'as-tu vu lorsque tu as lu la Première Prophétie ?
-Rien, Seigneur.
-Ne me mens pas, Dernier Homme. Je suis d'une bonne humeur et l'Art Prophétique qui me concerne est la Prédiction de ma Mort prochaine si jamais tu enclenches l'une de ces deux Prophéties. Je vais donc me montrer patient et te reposer une dernière fois la question. Qu'as fait surgir en toi la première Prophétie ?
-Rien ! Je vous assure Seigneur je n'ai rien v...

Avant que Kasino n'ait eu le temps de terminer sa phrase, il sentit le sol se dérober sous ses pieds et chuta. Un mur de Flammes sulfureuses l'environna et il sentit une force invisible le soulever et le plaquer contre le mur de la salle. Une pression d'air sur sa poitrine l'empêcha de respirer avec aise. Eternity était auréolé de Feu. Il s'avança, mains dans le dos vers sa victime.

-Ne me mens pas Dernier Homme !! Tout comme toi chaque fois que je lis cette Prophétie des images s'insinuent en moi. Les deux Sujets sont obligatoirement touchés par ces flash ! La seule raison qui fait que tu ne vois rien serait que tu ne sois Pas l'un des deux Sujets !!

Les flammes vinrent lécher le corps du Dernier Homme, toujours maintenu contre le mur.

-Peut être que cette Prophétie là est différente !
-Non !! La Seconde Prophétie de Misery faisait mention de toi, il en est de même avec celle ci !
-Je ne saurai vous mentir Seigneur ! Vous le savez.
-Dernier Homme, si tu meurs, nul ne sait comment, mais les deux Prophéties s'enclencheront et je mourrai avec toi. Alysia sombrera, le Néant s'installera sur Terre et ça sera la fin de tout ! Misery croit qu'on n'échappe pas aux Prophéties ! Mais je suis Fils du Tout-Puissant et avant qu'elles ne s'enclenchent je veux pouvoir les déjouer ! Je refuse de mourir à cause de Misery !! Il ne me prendra pas de vitesse, Dernier Homme ! Jamais !!

Le Dernier Homme hurla tandis que le poing d'air qui le maintenait desserra son emprise sur lui. Son crâne cogna contre le sol et si Eternity n'avait pas l'emprise de son esprit, il aurait sombré dans l'inconscience.


*
*  *

Eternity descendit d'un pas trainant les marches du Grand Palais Chiridan. Le Roi des Jaguarians Kralmer courait presque pour rester à ses côtés. Il n'osait pas lever ses prunelles de fauves afin de rencontrer celles de son Seigneur. C'était la première fois que le Chiridan voyait le Fils dans un tel état de rage depuis la capture du Dernier Homme. Kralmer savait qu'il était obsédait depuis le début  par cette Prophétie. Mais seul le Chiridan Apéhros avait eu l'occasion de la contempler de ses yeux. C'était apparemment une Prophétie qui prédisait la fin du Fils D'Anathos, incluant le Dernier Homme. Kralmer suivit son Dieu et tous deux descendirent toutes les marches du Grand Palais. Le Chiridan savait très bien que l'Homme venait d'être supplicié de nombreuses heures par le Fils. Lorsque Kralmer l'avait vu il ne restait plus grand chose de son incroyable volonté. Kralmer avait ordonné à deux gardes Chiridans de récupérer l'Homme au sol et de le remettre en cellule. Il n'avait opposé aucune résistance, comme à chaque fois qu'Eternity s'infiltrait dans son esprit pour le briser.

-Seigneur, puis-je faire quelque chose afin d'adoucir votre humeur ?
-Roi Kralmer, dès demain l'aube je l'obligerai à desceller cette Arme.
-Vous comptez travailler cette nuit, Seigneur ?
-Toute la nuit, Roi Kralmer. Toute la nuit...
-Il ne saurait vous résister, MonSeigneur. Donc demain à l'aube, le Dernier Homme mourra ?
-Non, Roi Kralmer ! Il doit vivre ! Je refuse que le Dernier Homme perde la vie ! Fais doubler les gardes Chiridans qui veillent sur son lieu de détention, personne ne doit s'y infiltrer, personne ne doit ne serait-ce poser le regard sur lui. Et assure toi qu'il ne puisse mettre un terme à sa vie lui même. Enchaîne le ou assure toi qu'il n'y a rien dans sa cellule qui l'incite à cela.
-Ca sera fait immédiatement, MonSeigneur. Désirez vous vous reposer présentement ?
-Je suis un Dieu, sale Chiridan ! Je n'ai aucunement besoin de repos.
-Veuillez m'excuser, Seigneur ! Nous arrivons d'ailleurs dans le couloir qui mène à votre Grande Salle personnelle, je vais déléguer sur le champs un groupe de Chiridans afin d’exécuter vos ordres à propos du Dernier Homme.
-Et bien cesse de m'importuner avec les détails, et fais ton tra...

Eternity et le Jaguarian Kralmer s’arrêtèrent net en constatant le carnage qui se déployait devant eux. La totalité des gardes Chiridans que le Fils avait placé près du Miroir gisaient morts sur le sol. Le Dieu maugréa des malédictions et courut le long du couloir. Il entra jusque dans la salle du Miroir et soupira de soulagement en constatant qu'il était toujours en place.

-Seigneur...quel est ce carnage ?
-Jadina...

Eternity leva la tête et se retourna, les phalanges serrées jusqu'à ne plus sentir ses poings.

-Je savais que tu viendrais jusqu'ici, Jadina. Tu as à présent la confirmation que tu attendais, à savoir que je garde bien au coeur du Palais le Miroir de Misery. Mais que comptes-tu faire sans la Clé, Jadina ? Je sais que tu es là, montre toi !!

Très calmement, l'Ancienne leader des Légendaires sortit de derrière la tour de Sygma dans laquelle elle s'était réfugiée. Les deux futurs adversaires se firent face au loin.

-Tu te trompes, Eternity. J'ai la Clé !!!

L'ancienne Princesse leva haut le bras, la Clé divine dans la main. D'où elle était, elle ne pouvait voir l'air effrayé qui prenait d'assaut le visage du Fils D'Anathos.

-Et je vais te renvoyer d'où tu viens Fils D'Anathos ! Retourne dans l'oubli !!

Elle tendit ses deux mains vers le Dieu maudit et un maelström de Jade en jaillit, percutant de plein fouet sa cible dans un hurlement de rage. Elle vit le Jaguarian qui se tenait à ses côtés se jeter par dessus la balustrade au dernier moment, évitant ainsi l'attaque. Le Dieu se le prit en plein corps, mais Jadina savait d'expérience que cela ne l'affecterait pas. Elle se posa la même question concernant le Miroir, mais son rayon était suffisamment concentré pour qu'il ait pu voler en éclats. Mais peu lui importait, elle avait une autre cible. L'Ancienne Légendaire inspira fort l'air de Jaguarys et fit un demi tour, fauchant sans pitié avec son épée de Jade les deux gardes Chiridans qui tentèrent de l'arrêter.


*
*  *

Kasino roula sur le dos en espérant pouvoir endormir la douleur dans son ventre. Il fixa pour la énième fois la petite assiette qui gisait dans un coin de la cellule, contenant une part de galette sèche et une éponge imbibée d'eau. Cela faisait près de quatre jours que la nourriture était posée là. Il ne l'avait jamais touché et rien que la vue l'écoeurait. Il buvait le plus qu'il pouvait, mais Eternity et les Chiridans prenaient soin de ne jamais lui fournir autant d'eau qu'il pouvait en désirer. Après qu'Eternity ait fini de le « briser », il devait supporter encore et encore le contrecoup de ces séances, sans parler de l'Envers qui était de plus en plus violent. Il entoura son ventre de ses bras et serra de toutes ses forces, mais bien sûr rien n'y fit. L'Envers cria dans son esprit, vrilla son cerveau et se répercuta jusque dans ses tympans, affectant son équilibre. Il tenta de se lever mais chuta. Il hurla à cette malédiction de le laisser en paix, mais les cris redoublèrent et il ne put rien faire d'autre qu'attendre en sanglotant alors qu'un énorme bleu violacé s'inscrivait au niveau de son bas-ventre.


*
*  *

-Allez, debout !

Kasino gémit, dans un état de semi-conscience et se laissa supporter. Il cligna sensiblement des yeux et parvint à remarquer les contours du visage de Jadina. La douleur de l'Envers avait fini par s'atténuer, le plongeant dans un sommeil lourd et trop longtemps désiré. Il ne savait pas combien de temps il avait pu dormir, mais savait que c'était l'affaire de quelques minutes, pas plus. Jadina lui répéta de se lever, mais les gémissements de l'Envers qui reprenaient couvrait la voix de sa cousine. Elle le plaqua contre le mur de sa cellule et lui fila quelques gifles afin de le ranimer. Elle parlait mais le son arrivait à son cerveau avec un décalage mesurable, qui le perturbait et l'empêchait de tout saisir.

-C'est le moment, cousin. Eternity va être vaincu. Où est l'Ultime ? C'est le seul moyen que nous avons qui puisse l'arrêter.
-Jadina...Je..
-Nous n'avons pas le temps ! Où est l'Ultime ?!
-En...moi.
-Pardon ?
-Scellé...en moi.
-Alors descelle-le !
-Je n'en ai plus la...force.
-Kasino, il faut que tu comprennes ! Eternity est retranché, la seule façon de le condamner est de brandir l'Ultime contre lui. Ce n'est pas à moi de le faire, c'est toi que mentionne la Prophétie. Il faut que tu la descelle immédiatement. Je vais te donner du temps, d'accord ? Je vais tenter quelque chose de mon côté contre Eternity, pour te laisser le temps de te saisir de l'Ultime.
-Jadina, je n'y arriverai pas...Il y a...un autre moyen. J'ai vu les Prophéties. Si je meurs, Eternity mourra.
-Quoi ?
-Tue moi Jadina. Et nous aurons gagné. Eternity a interprété lui même la Prophétie.
-Non ! Tu es le Dernier espoir d'Alysia, idiot ! Qui sait si Eternity ne se jouait pas de toi en se doutant que tu tenterais de te suicider ?
-Il était sincère.
-Je me fiche de ces conneries de Prophéties, Kasino ! Ni toi ni moi n'y comprenons rien ! Alors tu vas te ressaisir et desceller cette fichue Arme !
-Je ne pourrais jamais le faire !
-Darkhell aurait réussi, lui.

L'Ancien Comte leva son regard et croisa celui de sa cousine. Étrangement, l'évocation du nom du Sorcier Noir lui donna du courage. Jadina répéta sa dernière phrase et lui tapa doucement dans le dos. Elle le gratifia d'un dernier hochement de tête et s'éclipsa comme elle était venue. Kasino entendait l'agitation extérieure s'accroître, témoignant du combat qui s'installait petit à petit. Le Dernier Homme hurla intérieurement à l'Envers de le laisser tranquille, mais savait très bien que c'était inutile. Il avait besoin d'énergie et de concentration pour desceller l'Ultime, il n'y arriverait jamais.

-Toi, l'Homme ! Rassis toi !

Le Dernier Homme remarqua la présence d'un Jaguarian qu'il avait eu une ou deux fois l'occasion d'apercevoir lorsque Eternity le torturait. Mais il ignorait totalement son grade ou son nom. Le Jaguarian brandissait une lance électrifiée semblable à celle d'Apéhros lorsqu'il avait mis fin à sa vie.

-Reste dans ta cellule, ne sors surtout pas !

Économe du moindre effort, le Dernier Homme ne répondit pas et n'avança pas. Il réfléchit à un sort qu'il pourrait être susceptible de lancer dans son état. Il incanta doucement et la grille de sa cellule s'arracha de ses gongs, faisant sursauter le Jaguarian. Kasino tendit le bras et ladite grille s'écrasa sur lui, le clouant au sol. Le Sorcier s'avança doucement et dépassa la limite de sa prison. Le Jaguarian se débattait, prisonnier sous les grilles, du sang coulait de sa mâchoire. Le Dernier Homme ne fut pas surpris d'apercevoir les cadavres de la vingtaine de Chiridans qui gardaient le couloir. Il se pencha sur son interlocuteur.

-Qui es-tu... ?
-Kralmer, je suis le Souverain des Jaguarians, Dernier Homme !
-Où est Eternity ?
-Il n'est pas là, l'Homme ! Mais ne t'avise pas de quitter ce couloir ou...
-Ou quoi ?

Kasino l'enjamba en vacillant et s'éloigna. Il devait absolument trouver un artefact, un catalyseur ou une pierre de magie, quelque chose qui  lui restaurerait ses forces, seule solution afin qu'il soit en mesure de brandir l'Ultime. Le cours de sa pensée fut interrompue lorsqu'il entendit le bruit de son collier de coquillages tomber sur le sol, au milieu d'une flaque de sang. Le collier des Ccrabins. Les coquillages de la Shaman. Se pourrait-il que... ? L'Ancien Comte s'abaissa avec une lenteur désespérante, en proie à la poigne de l'Envers. Comment ai-je pu ne pas le sentir ? Seul un Sorcier ignare ne saurait pas identifier un artefact lorsqu'on le lui pointe sous le nez. Le petit crabe gris se tortillait en tous sens, accroché au centre du collier. Kasino réfléchit à ce qu'il devait faire et opta pour la solution qui lui semblait la plus évidente en terme de Magie Noire. Il trouva un poignard qui gisait et la force de s'entailler le bout de l'index. Il toucha la petite créature au centre du collier, qui dégagea soudainement une énergie magique en se délivrant de la ficelle qui le retenait. Kasino s'écarta et vit le crabe courir en zigzaguant vers le Chiridan Kralmer. Le petit Crabe pénétra dans la bouche du Souverain qui commençait à crier d'effroi alors que Kasino se saisissait des coquillages qu'il accrocha à son cou. Le Jaguarian se débattit en crachant du sang, ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il comprit que son heure était proche, sa peau se rongea petit à petit en fondant et en s'arrachant d'elle même. Kasino n'osa pas détourner le regard, de peur que sa seule chance échoue. Il assista à la mort du Chiridan tandis que sa force affluait petit à petit, tandis que poils, peau et sang se rependaient sur le sol. Lorsque Kasino put de nouveau scruter un point fixe sans que celui ci vacille, Kralmer gisait sous la grille en un amas sanguinolent. Le petit crabe monta sur la jambe de son Maître et rejoignit sa place, au cœur de l'artefact encore vibrant de l'énergie du mort. Le Dernier Homme sourit et faillit joindre son rire à celui de l'Envers à l'intérieur de son esprit. Jadina avait raison. Il fallait qu'elle tienne bon, il allait intervenir. Eternity Fils D'Anathos le Tout-Puissant allait s'éteindre aujourd'hui. Le Dernier Homme s'assit en tailleur, calqua sa respiration sur le rythme des rires de l'Envers, ce qui, étrangement, s'avéra un exercice fort utile pour ce qu'il devait accomplir, et se concentra.


*
*  *

Jadina s'extirpa des décombres de Jaguarys en essuyant le sang qui coulait sur ses paupières gonflées. Elle n'avait pas cessée de harceler le Fils D'Anathos, mais il s'était montré plus rapide qu'elle sur ce coup. Elle venait d'échapper de peu à la mort. Loin de se laisser déconcentrer, la Légendaire se releva et leva son bouclier devant elle. Elle savait que son épée en Jade était ensevelie dans les décombres et inaccessible.

-Sois maudite Jadina !! Tes amis sont tous morts, je vais t'envoyer les rejoindre au nom du Père !!

Jadina hurla alors que tous les décombres s'élevèrent du sol en même temps et la percutèrent. Elle cria de douleur en sentant les os de ses membres et sa colonne vertébrale se briser. Moins d'une seconde plus tard, elle était de nouveau ensevelie. Elle tenta d'inspirer de l'air mais il se faisait trop rare et la souffrance l'empêchait de se concentrer. Elle tria ses priorités et expulsa de son corps une gigantesque quantité de magie de Jade en une onde de choc qui balaya sur plusieurs mètres les décombres. Puis elle ferma les yeux et se régénéra. Ses os craquèrent et regagnèrent leur place habituelle.

-C'est peut être son Fils, mais il est aussi redoutable qu'Anathos...

Elle se releva en titubant telle une ivrogne puis se stabilisa. Eternity fonça sur elle, toutes griffes dehors. Jadina tendit la main et envoya une sphère de magie verte percuter le Fils, ce qui retarda sa course. Puis elle se concentra, tentant d'utiliser au mieux le temps qui lui était imparti, et expulsa une nouvelle fois sa magie de son corps. Tous aux alentours pouvaient à présent sentir le fluide presque gazeux de la magie de l'Emeraudia dans l'air. Eternity toussa en crachant les morceaux de pierres qu'il avait dans la bouche.

-J'ignore où tu as eu un tel pouvoir, Jadina, mais tu sais très bien que tu ne peux me tuer ainsi ! Tout juste seras tu capable de faire jeu égal avec moi ! Éternellement.

Un sourire glacial décora le visage de l'Ancienne Prêtresse Sheibah lorsqu'un éclair de Feu creva le ciel devenu vert, et la foudroya sur place avec violence. Eternity s'avança vers la vaincue.

-Ta chance est passée. Qu'Anathos ait ton âme !
-Tu ne penses pas ce que tu dis !

L'ex Légendaire se releva d'un bond et asséna un formidable coup de pied à la face d'Eternity qui hurla de rage en reculant sous l'impact. Du sang coula de son nez brisé et Jadina récupéra son bouclier de Jade. Elle sentit le sol se fissurer sous ses pieds, se craqueler et former des fragments. De la lave montait des fissures et des tourbillons de feu qui lui rappelèrent les tornades générées par les Dieux Aube et Crépuscule, tombèrent du ciel. N'oublie pas ton objectif. Tu as la Clé. Tu dois le tirer jusqu'à l'intérieur du Miroir pour le sceller.
Jadina bondit de son îlot qui ne tarda pas à être submergé, et courut jusqu'au Grand Palais qui trônait au centre de toute cette lave. Elle créa un filet lumineux qui l'entoura, en prenant la forme d'un huit renversé, et le balança sur Eternity qui se préparait à attaquer de nouveau. Elle lança une seconde attaque et bondit jusqu'à lui. Au moment où elle allait réussir à le ceinturer pour l'emmener jusqu'au Miroir, il la brûla vive avec un tourbillon ardent qui la percuta de plein fouet. L'ancienne Légendaire hurla de douleur et de frayeur, sachant que le Feu d'un Dieu faisait partie de l'une des seules choses capables de la tuer pour de bon. Elle se jeta à terre et lorsqu'elle releva la tête, c'était pour croiser le regard ardent d'Eternity qui la saisit à la gorge et se préparait à l'égorger d'un coup de griffe.


*
*  *

Kasino volait littéralement. La vitesse qu'il atteignait n'était de celle qu'un être humain ordinaire pouvait supportait. Autour de lui des voie lactées et des étoiles, ainsi que des océans et fluides vitaux cohabitaient avec harmonie. Il serra fort l'Ultime dans sa main et se posa sur l'une des terrasses du Grand Palais d'Eternity. Il leva le bras et un éclair multicolore gigantesque créa une fissure infinie, qui sépara sa cousine d'Eternity. Sa cousine leva les yeux, cherchant où était celui à qui elle devait la vie. Kasino tenta de ne pas être perturbé à la vue de la lave incandescente qui recouvrait Jaguarys, et visa Eternity de nouveau avec l'Ultime. Ce dernier  cria de surprise et de rage et s'envola, évitant le Trou Noir qui s’apprêtait à l'englober dans l'Oubli. Le Fils riposta avec un Souffle du Diable magistral, et Kasino eut tout juste le temps d'invoquer une Protection magique pour ne pas finir en cendres.


*
*  *

Eternity n'y comprenait plus rien. Le Dernier Homme était à genoux devant lui il y avait moins d'une demi journée, et là... Il fixa l'Arme que cet incapable brandissait. Non, c'est impossible. Où a t-il bien pu l'avoir ? Où...

-Surpris, Eternity ?

Il ne vit pas Jadina qui arriva par derrière et créa une Onde de Choc brûlante. Eternity fut balayé comme une plume à la face du vent, il percuta un mur qui s'écroula et tomba. A trois pas de lui se dressait le Miroir dans lequel Misery l'avait enfermé durant des siècles.


*
*  *

-Jadina, tu vas bien ?
-Kasino, bouge toi de le tuer avant qu'il ne nous échappe et détruise le Miroir !
-Quel Miroir ?
-Vas y, Dépêche toi !

Le Dernier Homme s'éleva de nouveau dans le ciel grâce à la Magie de l'Ultime, une Magie divine très différente de celle de Darkhell. Il sentit de nouveau en lui nombres de sensations et vit l'Espace s'incliner sous son vol. L'Harmonie des Pierres Divines le laissait sans voix, et il se sentait chaque secondes plus fort. Il tenta de profiter pleinement de cette sensation de jouissance, mais tout s'arrêta trop vite lorsqu'il toucha le sol, près d'Eternity. Pour la première fois, le Dieu le regardait avec peur. Eternity savait que tout allait se terminer pour lui. Il bondit sur ses jambes et leva le bras vers le Miroir. Kasino  brandit l'Arme mais au moment où un rayon lumineux allait en jaillir pour mettre fin aux agissements du Fils, il sentit une présence invisible le tirer en arrière et un nuage noirâtre prendre d'assaut son  oeil. Il recula, tentant de balayer cette essence maléfique tandis que le Fils D'Anathos faisait voler en éclat le Miroir de Misery.


*
*  *

Eternity tomba en genoux, en criant de douleur. Une sensation si rare pour un Dieu. Il venait de détruire le Miroir qui avait fait de lui un prisonnier durant des siècles. Et à l'intérieur de ce Miroir ce qu'il restait de son âme et qui ne l'avait jamais suivie dans son nouveau corps. Jadina avait réussi à le pousser à bout. L'obliger à se tuer lui même. Il la maudit plus de dix fois, recommandant son âme torturée à son Père Tout-Puissant. Mais à présent, le Miroir n'est plus. Il n'y a aucun risque que je me retrouve scellé de nouveau dans cette geôle.  Eternity se redressa, secoué de petits tremblements. Il chercha du regard le Dernier Homme. Je ne comprends plus rien. La Prophétie disait que ça serait  sa mort qui entraînerait la mienne. Il n'était pas question de l'Ultime. Eternity se retourna d'un coup et cracha un Nuage Noir au visage du Dernier Homme. Normalement, il aurait dû être expulsé sur plusieurs mètres sans avoir le temps d'invoquer un Bouclier. Mais il contra l'attaque et la renvoya grâce à l'Ultime avec une aisance à portée de tous. Eternity reçut de plein fouet sa propre attaque. Un nuage de fumée les enveloppa tous les deux. Le Dieu s'éleva au dessus de la poussière, la fourrure tachetée de sang. Il tendit une main et le sol sous le Dernier Homme se craquela, il chuta de plusieurs mètres et tomba droit au cœur de l'océan de lave.  


*
*  *

Kasino cogna contre l'un des mur du Palais durant sa chute, faisant tomber l'Ultime. Il hurla en la voyant tomber droit vers la Lave mais fort heureusement, l'Arme Ultime stoppa sa course mortelle pour léviter doucement au dessus du Feu liquéfié. Kasino se téléporta à quelques mètres de l'Ultime. Il se sentait soudain faible, comme avant qu'il n'invoque 'lUltime. L'Envers le punissait d'avoir lâché l'arme. Il se plaqua contre le mur du Palais, derrière lui et regarda l'Ultime, lévitant à quelques dizaines de mètres au dessus de la lave. Un carré de sol de était au dessous de ses pieds. Kasino entendit sa cousine crier mais il préféra ne pas répondre. Il sursauta lorsque un gigantesque morceau de ce qui devait être un mur ou un sol en pierre tomba sur la lave, créant un îlot un peu plus large que celui où il était. L'Ultime descendit doucement du ciel, bravant toutes les lois de la physiques, pour se poser doucement au centre. Kasino se téléporta pour la récupérer.


*
*  *

-Inutile de te presser ainsi, Kasino.

Le Dernier Homme recula de quelques pas en contemplant le visage de Danaël, au centre de la plateforme. L'ancien Légendaire le regardait avec une tranquillité agaçante.

-Allez vous en !

Kasino laissa jaillir de sa main une Onde d'Air, dans l'espoir de le faire basculer dans la Lave, mais le Chevalier s’aplatit sur le sol, réussissant à l'esquiver. Kasino n'attendit pas plus longtemps, il sauta par dessus lui et récupéra l'Ultime. Danaël et lui avaient à présent échangés de place. Le jeune homme blond fut le premier à prendre la parole.

-Je te félicite pour avoir échappé à Eternity, Dernier Homme. Mais ne crois pas que tous tes problèmes sont résolus. Vous êtes redevable à Maîtresse Kalandre
-Vous pouvez dire à votre Maîtresse, de ma part et sur le ton que vous voulez, d'aller se faire voir.

Un second personnages apparu, par le biais d'une téléportation magique, à côté de Danaël. Kasino sentait son sang bouillir à l'intérieur de ses veines. Qu'ils crèvent tous.

-Je me nomme Asgaroth, Dernier Homme. Nous sommes venus récupérer notre dû.
-Je ne vous dois rien !
-Vous n'avez aucun honneur.

Kasino leva l'Ultime, bien décidé à les balayer tous les deux lorsque deux autres personnes se téléportèrent derrière lui. Il sentit ses genoux chavirer, et les deux individus qu'il ne pouvait voir le ceinturèrent. Il rugit de rage, mais ne desserra pas pour autant son emprise de la lance Divine. Il entendit un cri de rage et vit Eternity fuser vers la plateforme, les yeux étincelants.


*
*  *

Kasino ferma ses yeux lorsque le portail magique au centre de la plateforme s'activa. Un halo de lumière les enveloppèrent tous. Il tressaillit en se trouvant ensuite presque nez à nez avec la Dame mystérieuse qui lui avait sauvée la vie. Je suis pris. Ca ne doit pas se terminer comme ça, bon sang !

-Bonjour, Dernier Homme.

Kasino ne répondit pas, ne lâchant pas du regard le Dieu maudit, derrière la Dame et ses acolytes. Pourquoi tout était devenu si compliqué ?

-Comte Kasino, laissez moi vous présenter rapidement mon équipe. Vous avez déjà fais la connaissance de Danaël. Voici Asgaroth, et derrière vous Galatée ainsi que Halcyon.
-Je ne suis pas habitué à saluer poliment les gens qui me traitent comme un Prisonnier, Dame ! Laissez moi au moins mettre fin au règne d'Eternity, ensuite nous pourrons discuter !
-Je suis vraiment désolée, Comte Kasino. Mais nous avions un accord et je vais devoir en arriver à prendre des mesures extrêmes afin que vous le respectiez...


*
*  *

Jadina avait vu Kasino être éjecté dans le vide, avant de se téléporter à l'abri sur un minuscule îlot. Maintenant ça ne doit plus durer. Le Miroir a été détruit, la Clé ne me servira plus à rien. Le seul  moyen de débarrasser Alysia d'Eternity, c'est en brandissant l'Arme Ultime. Elle se concentra quelques minutes, afin d'assouplir sa Magie et de la régénérer, puis elle tendit un bras et fit exploser l'un des plus grands murs du Palais. L'un des fragment fit un vol plané pour venir s'écraser dans la lave et former une plate forme. Elle courut et s'élança à son tour dans le vide, sa cape flottant derrière elle. A sa plus grande surprise, elle vit que Kasino et Eternity n'étaient plus seuls sur la plateforme. Elle n'eut le temps d'analyser les personnes autour d'elles que l'une d'entre elles -un Elfe d'une grande taille- la saisit par derrière, bloquant ses bras et ses mains.

-Bon sang mais c'est quoi cette histoire !! Qui vous êtes vous tous ?

Elle s'immobilisa en croisant le regard de la personne qui comptait le plus pour elle. Je dois rêver. Une lame dorée vint se plaquer sous sa gorge.


*
*  *

C'est elle. Après tant d'années.

-Comte Kasino, dit la femme masquée en tendant sa main vers le Dernier Homme, remettez moi les Pierres Divines et je vous relâcherai. Refusez encore une fois...et Halcyon mettra un terme à la vie de votre cousine.  


*
*  *

-Dan...aël ? Danaël...Comment ? Dis moi que c'est faux... Tu étais vivant ? Tu étais vivant durant tout ce temps ?!
-Jadina...Il faut que tu comprennes.
-Dis à cet homme de me relâcher ! Je ne suis pas ton ennemie. Danaël, mon Amour, je t'aime et je ne l'ai jamais été. Qui est cette Femme ?
-Maîtresse, ajouta l'ancien Légendaire en se tournant vers Kalandre, ne la tuez pas. Elle n'est pas corrompue, vous le savez...
-Comte Kasino, les Pierres des Dieux, je vous prie.

Danaël se refusa de regarder sa fiancée dans les yeux. Halcyon la menaçait, et il savait que Kalandre ne bluffait pas. Si son cousin s’entêtait, il la perdrait encore une fois. Il implora une seconde fois Kalandre.

-Dynaméis Danaël, nous faisons tous ce qui doit être fait. Les Légendaires et cette femme fait partie de ta vie passée à présent.

Jadina était à présent en pleurs.

-Qu'est ce que ça signifie ? Danaël, explique moi. Je t'en prie...

Elle semblait tellement plus fatiguée que dans ses souvenirs.


*
*  *

Kalandre n'aimait pas l'idée de devoir mettre fin aux jours de la Légendaire Jadina. Mais elle ne pouvait plus attendre.

-Comte Kasino, vous détesteriez avoir une morte innocente sur la conscience.
-Vous savez bien peu de choses de ma conscience.
-Remettez moi les Pierres des Dieux, et je vous épargnerai ceci.
-Kasino, cria Jadina en se débattant,  refuse ! L'Ultime est la seule arme capable de sauver Alysia !
-Comte, je vous le demande solennellement une dernière fois.
-Allez vous faire voir. Vous et tous vos subalternes. Vous savez très bien que je ne peux faire ça.

Le Dernier Homme vit la Dame mystérieuse lever la main avec une lenteur critique. Jadina écarquilla les yeux une dernière fois en se plongeant dans la vision d'un Danaël désolé. La lame glissa et trancha avec une incroyable précision et dextérité. Alors que l'Ancienne leader des Légendaires tombait aux pieds d'Halcyon, ce dernier la décapita, signant pour de bon son arrêt de mort. C'est à ce moment que le Dernier Homme comprit qu'il n'avait rien désiré de plus en cet instant que se réconcilier avec elle.

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MessageSujet: Re: Cycle d'Eternity - L'Ere du Dernier Homme (Partie Récit)    Jeu 4 Sep - 12:45

CHAPITRE 10 : PREDICTION




Le Comte abaissa son regard clair sur l'homme petit et enrobé qui lui tenait lieu de Grand Conseiller. Un poste illusoire, en vérité Kasino n'avait jamais toléré qu'on le conseille. Son Conseiller était simplement le plus fidèle de ses alliés, son valet et bras droit. Et en rien il n'aurait osé le contredire.

-Tranquillise toi Rasmus, je vais m'adresser à une foule, non  combattre un Cracolac à mains nues. Suis-je bien ainsi ?

Le dénommé Rasmus arrangea le col de la veste rouge de son Seigneur et acquiesça d'un hochement de tête.

-Très autoritaire, comme d'habitude Comte Kasino.
-C'est parfait. Cesse de te ronger ainsi les sangs, Rasmus Delasstola. La foule ne me mangera pas.
-Vous ne lui en donneriez jamais l'occasion, Seigneur, même lors de cette guerre contre Anathos.

L'enfant Kasino lui fit un geste de la main très explicite, lui ordonnant de le suivre mais à deux pas derrière. Baraka et Bakara lui emboitaient la foulée, le visage comme toujours très grave. Le Comte s'assura que la bague de sa mère passée à son propre doigt coulissait correctement, et sortit du Palais. Il passa dans le couloir, escorté par deux gardes personnels, et se tint bien droit sur le balcon. La totalité de la Province d'Aphrassy était réunie sous les balcons du Palais d'Abondance dans lequel il logeait. Depuis la résurrection d'Anathos et la mort des Légendaires, jamais la foule n'avait été aussi excitée et encline à l'insubordination. Il se fit applaudir, siffler, huer peut être mais il s'en foutait comme de son premier assassinat commandé. Il fit un geste à la foule qui se tut rapidement. Kasino dirigeait Aphrassy d'une main de fer depuis quelques années maintenant. Il exposa à la foule d'une voix puissante son discours et fit cas de son avis concernant la guerre menée contre Anathos par les autres cités. Au fur à mesure que les familles entendaient les mots, leurs sourcils se fronçaient, leurs stature se décrispaient et ils s'agitaient avec une véhémence qui ne faisait qu'agacer le Comte. Kasino abrégea, puis conclut. Il n'avait plus aucun adversaire politique, la Reine Adeyrid était malade depuis plusieurs mois, Jadina semblait avoir trépassée de la main d'Anathos, le roi Kinder n'osait pas contredire sa politique totalitaire et avait de toutes manières bien trop à faire ailleurs. Il était tout-Puissant dans la cité. Il leva la main une deuxième fois afin d'imposer le silence, sa garde personnelle se chargeant d'évacuer les opposants les plus violents.

-Et c'est ainsi, quoi qu'on en dise et quoi que le gouvernement Orchidien puisse opposer comme avis, je dis, j'annonce et j'exige, Aphrassy ne sera pas la bête de foin de la Monarchie Larbosienne, et ne fera montre d'aucune contribution, qu'elle soit d'ordre financier, humanitaire ou militaire avec les autres Cités-Etats, afin de se dresser face au Dieu Anathos. Nous appauvrir maintenant ne serait qu'un prétexte, dicté de plus haut, pour soi disant soulager notre conscience. Si Anathos vous effraie, prenez vos biens les plus précieux, vos enfants et vos bagages, et quittez Orchidia et Aphrassy sans plus tarder ! Si vous êtes trop pieux pour le faire, repentez vous. Si vous êtes trop couards, humiliez vous.

Une voix au loin jaillit par dessus les têtes.

-Vous êtes en train de nous dire que vous préférez attendre que la mort vienne faucher Aphrassy, plutôt que de vous lever contre Anathos et ses vulturs ?!
-Il faut vous réveiller, citoyens d'Aphrassy ! La fin du monde a commencé, ce n'est plus qu'un question de temps avant qu'Oroban, puis Orchidia tombent ! Ensuite ça sera notre tour ! Si vous avez un brin d'amour propre, je vous conseille de profiter pleinement de ce qu'il vous reste ! Demain vous ne l'aurez sans doute plus.

Pour faire bonne mesure, il posa sa main sur la cuisse de Baraka à sa droite, et croqua dans un pomut.

-Ni vous, ni moi ni personne dans cette cité n'ira cracher à la face du Dieu ! Dès lors les frontières d'Aphrassy sont fermées, y compris celles menant sur Orchidia ! Si vous voulez vivre un peu plus longtemps, je vous conseille de ne pas aller titiller le démon !


*
*  *

Kasino écarta la mer de lave d'un simple geste du bras. L'Ultime commandait au Feu, à la Terre, aux Eaux, au Ciel. Et à tant d'autres choses. Les lois Physiques, l'Espace, les Dimensions. Il devait tirer profit de cet atout. Il leva son bras jusqu'à qu'une vague gigantesque apparaisse derrière lui, et la laissa retomber sur la Dame masquée, ses valets et Eternity. « Qu'elle vous emporte en enfer ». Kasino vit cette dernière joindre ses mains, invoquant surement un Bouclier où un Portail Dimensionnel. Mais son but premier n'était pas de la toucher. Il s'envola, haut dans le cil jusqu'à ce que Jaguarys devienne un petit cercle au dessous de lui. Encore une fois la puissance de l'Arme Divine le laissa sans voix. .L'air ployait face à son vol, toutes les couleurs que le monde contenaient dansaient devant ses yeux, les minéraux accompagnaient sa course. Il savait où il voulait aller mais ignorait comment le faire. Il ferma les yeux et, tout en continuant à monter dans les cieux à la vitesse du son, laissa la puissance de l'Ultime envahir tout son être. Il tendit la pointe de la lance magique et la biosphère sembla se fissurer, créant une porte vers un autre Monde. Mais Kasino savait que ce n'était pas celui-ci qu'il cherchait à atteindre. Tout était sans doute fini pour lui, mais peut être que si il arrivait à mettre son Plan à exécution... Il laissa l'Ultime crier et lâcher une vague Chaotique sur Jaguarys, espérant toucher le Fils D'Anathos. Ça devrait lui donner le temps de faire ce qu'il essayait de faire. Il se concentra encore et encore, cherchant au fond de sa mémoire els incantations nécessaires, puis soudain la solution lui apparu comme une évidence. Il poursuivit son vol, entièrement serein, et cessa de la rechercher.


*
*  *

Halcyon toussa et chassa les particules de poussières. Ils avaient quittés Jaguarys de justesse, se frayant un passage dans un autre endroit de la Planète grâce à la magie de Kalandre. Danaël le foudroya du regard. L'Elfe le vit et toute cette animosité le mit hors de lui. Si Danaël lui en voulait d'avoir mis fin aux jours de la Légendaire Jadina, qu'il le lui dise en face au lieu de le lorgner ainsi ! Ce fut Galatée qui s'adressa à Kalandre en premier :

-Mère, il a dû partir très loin maintenant. Nous ne le retrouverons jamais.

Un silence s'installa confortablement entre les Dynaméis. Halcyon savait que Kalandre avait un plan, même si elle le gardait secrètement pour elle. Il savait aussi qu'elle était consciente que tuer la cousine du Dernier Homme ne l'aurait jamais incité à donner l'Ultime. Donc, Kalandre voulait la mort de Jadina ? Pourquoi ? En fait, Halcyon n'était même pas entièrement convaincu de cela. Danaël se laissa tomber sur le sol, et se prit le visage des deux mains en soupirant doucement. Galatée posa doucement sa main sur l'épaule de l'ancien Légendaire.

-Ca va aller ?

Il fit un oui timide de la tête et se releva.

-Maîtresse Kalandre, nous attendons quoi ?
-Je vous accordais du temps pour vous remettre Dynaméis Danaël.
-Je n'en ai cure. Faisons ce qui doit être fait ! Que Jadina n'ait pas périe pour rien.

Kalandre acquiesça et joignit de nouveau ses mains. Un portail blanc rectangulaire apparut devant eux, et l'un après l'autre, les Dynaméis suivirent leur Maîtresse. Ils se retrouvèrent au coeur d'une Jaguarys dévastée. Même le Grand Palais venait d'être rasé. Eternity s'avança vers eux, l'air plus impulsif que jamais. Halcyon savait qu'il avait peur. A cause de la Prophétie ? Ces trucs là marcheraient vraiment ?

-Je peux savoir ce que vous faites ici ? Il a fui, comme toujours !  A quoi votre comédie à servie Dame ?!
-Mais elle vous a permis de gagner du temps, Dieu Eternity.

Le Dieu passa sa main griffue sur son menton, un peu apaisé.

-Il faut absolument que vous lui preniez cette Arme !
-Cela va de soi, nous y allons de suite.
-Dame ?
-Dieu Eternity, vous avez quelque chose à me confier ?
-J'ai votre promesse qu'aucun d'entre vous ne l'utilisera contre moi. Ne vous parjurez pas.
-Ça serait bien là la première fois de mon existence, Dieu.


*
*  *

Kasino tombait mais aucun sol n'approchait. Il chutait avec une lenteur agréable, au milieu d'un disque monde totalement inconnu, et paradoxalement très familier. Un ciel ni noir, ni coloré l'enveloppait. Au loin, il pouvait entendre le chant sinistre des étoiles qui brillaient. Chaque mètre qu'il faisait toujours plus bas (ou plus haut ? Comment savoir ?) le renseignait sur d’innommables connaissances en terme de Magie Noire. L'espace d'une seconde, des sorts incroyables s'inscrivaient  dans son esprit pour disparaître celle qui suivait. Il apprit comment donner la vie grâce à la Magie Noire, infliger n'importe quelle maladie, étouffer un fœtus dans le ventre de sa mère où l'envelopper de ses mains, faire plier la Terre et le Ciel. Ses connaissances à lui à côtés étaient pitoyables. Il ne méritait même pas d'être ici. Des os usés et des crânes vides apparurent à côté de lui, chutant à la même vitesse puis tombèrent en poussière. Il vit un enfant à la peau blanche et aux cheveux longs noirs rire de sa chute en le montrant du doigt. Puis tout s'effaça de nouveau. Il saisit fermement l'Ultime et se concentra sur les infinités de connaissances qui se bousculaient autour de lui. Il devait créer un sol. L'imaginer. Il incanta des mots qui lui étaient inconnus et focalisa toute sa Magie dans sa main, puis dans l'Ultime. Du sable qui se transforma en eau noire comme de l'encre vint l'accueillir. Il nagea afin d'en crever la surface, mais se rendit bien vite compte qu'il ne pouvait s'étouffer. Bien que ce qui emplissait ces poumons n'était pas de l'air, sa vie n'était pas en danger. Il tendit ses bras et adopta la position de croix, il « coulait » mais se rendit compte qu'il tombait, et bientôt il tomba dans cette eau noire pour la seconde fois. Un peu agacé de ce petit jeu, il brandit l'Ultime et le fluide fuit, formant une masse grouillante et lévitant dans les « airs ».


*
*  *

Eternity laissa tout sa fureur se matérialiser en une onde de choc bleu électrique qui balaya ce qu'il restait de Jaguarys. La lave incandescente semblait s'animer réellement, des bulles de feu éclataient sans cesse à sa surface.

-Maudit sois-tu Misery ! Jamais tes prédictions n'entraîneront ma fin, tu m'entends ! Jamais !

Il semblait d'ailleurs qu'une Prophétie avait également été la cause du trépas d'Anathos. Une Prophétie délivrée par Misery, sans doute, encore une fois. Mais je suis le Fils D'Anathos le Tout-Puissant, je ne vais pas mourir à cause de quelques mots. Il soupira et avança au coeur de l'océan de lave.

Je dois trier mes priorités. Le Dernier Homme n'a pas encore enclenché les Prophéties, pour qu'il les enclenches, selon la seconde Prophétie qui est une continuité de la Première, il doit mourir. Mais si il reste en vie, il brandira l'Ultime une seconde fois et me tuera. Il faut absolument que cette Dame mystérieuse lui reprenne l'Ultime ! Alors il sera pour ainsi dire sans défenses. Mais puis-je confier ma vie aux mains de cette Femelle dont j'ignore tout ?

Il bouillait intérieurement. Sheibah, l'Ancienne Prêtresse des Jaguarian hurla sa rage puis attendit de nouveau quelques minutes que son calme et son faire play lui reviennent.

-D'un autre côté...si je parvins à prendre l'Arme Ultime...

Il se releva et continua sa marche très lentement, au dessus de la mer de lave.

-Non, je ne dois pas résonner comme ça.  Il faut que je laisse à cette Mortelle le soin de se charger de tout ça.


*
*  *

Kasino vit une silhouette encore plus sombre que tout ce qui l'entourait approcher. Une silhouette aussi gigantesque qu'une Montagne. Le Dernier Homme plissa les yeux d'en l'espoir d'en distinguer plus, mais il n'y avait rien de plus. La silhouette était enveloppée dans ce qui ressemblait à un épais nuage noir qui tournoyait autour de sa personne. Tout ce qu'il parvenait à apercevoir au centre de cette tornade  gigantesque, c'était un masque rouge affublé de crocs blancs.

-Seigneur Darkhell.  

Par respect, habitude, peur ou politesse, le Dernier Homme inclina (trop) humblement la tête face à ce qui était l'âme du Sorcier Noir. Une voix qui semblait venir des quatre points cardinaux, en plus du cœur du maelström de Ténèbres le percuta, lui coupant presque le souffle.

-Tu as encore échoué, Dernier Homme !! J'ai fais un marché avec toi ! Je t'ai donné mes pouvoirs !
-Je le sais, Seigneur, ce n'est qu'un contretemps. L'Arme Ultime est mienne, Eternity a peur, je vais débarrasser Alysia de son autorité.
-Alors qu'attends-tu ?! Que fais-tu ici, dans mon monde ?!
-Il fallait que j'enclenche la Prophétie, Seigneur. Je devais venir vous trouver, pénétrer dans la dimension, le monde que vous occupez après votre monde. Mais j'ignorais comment le faire, alors j'ai compris. Il fallait que je me fie à Misery et sa Prophétie. Il est écrit : « Invoquera et Rattrapé sera, par Deux Paiements ». J'ai donc cessé de chercher, et attendu que vous veniez à moi. L'une de mes débitrice m'avait déjà rattrapé, je savais que vous feriez de même. Et effectivement, c'est vous qui êtes venu à moi. J'ai ainsi pu pénétrer dans votre monde, Seigneur Darkhell.
-Tu crois donc que la Prophétie vient de s'enclencher, Comte Mortel ?
-J'en suis l'un des deux Sujets, Seigneur. Elle va se refermer tel un piège à ours sur Eternity, ce n'est qu'une question de temps.
-Sache, idiot, que tu n'as aucune emprise sur cette Prophétie.
-Pourtant Seigneur..ce que j'en sais me vient d'Eternity lui même. En tant que Sujet Actif, je suis le seul à pouvoir les enclencher.

Darkhell se tut, observant avec un certain mépris mêlé de curiosité ce bout d'Homme qui avait réussi l'exploit de violer son antre Post-Mortique. Le Dernier Homme sentait l'air qui mordait sa peau, comme lorsqu'une électricité ambiante y était contenue. Ce silence l'inquiéta. Que savait Darkhell au juste ? Le Sorcier Noir reprit d'une voix posée :

-Mortel, tes ennemis arrivent.
-Je le sais, Seigneur. Où que j'aille, ils me retrouveront toujours...


*
*  *

Kalandre pénétra dans ce lieu étrange, demeure Post-Mortique du Sorcier Noir Darkhell. Ni haut, ni bas, ni gravité, ni couleurs. Au loin seules quelques étoiles décoraient cet univers de Ténèbres. Mais elle savait que le Dernier Homme était ici. Lui et les Pierres des Dieux. Rien ne le ferait changer d'avis, l'obligeant à lui remettre l'Ultime, cependant Kalandre savait qu'il existait une autre méthode, infaillible. Mais qui coûterait plus cher au Dernier Homme qu'une mort sur la conscience.

-Je ne comprends pas grand chose à ce monde, avoua Asgaroth tout en chutant. Où est le sol ?
-Il semblerait que nous sommes passé dans une autre dimension, un autre espace temps, lui répondit Danaël.

Le géant bleu ne surenchérit pas, toujours aussi peu à l'aise. L'Ancien leader des Légendaires cria soudain un « Attention » alors que leur vitesse de chute s'accélérait et qu'ils tombaient droit sur un disque monde en pierre. Heureusement, leur course se stoppa nette à deux centimètres du sol, avant qu'ils s'écrasent sur la pierre noire et froide. Un château, semblable à Casthell, mais en beaucoup plus effrayant et noir, qui était réduit à l'état de ruine, trônait à quelques mètres d'eux. Le petit groupe s'avança vers la forteresse délaissée.

-Que fait-on, Maîtresse ?
-Il est juste là. Dynaméis, prenez vos armes et allons y.

Danaël suivit le mouvement, mais s'approcha près de sa Maîtresse. Il regardait droit devant lui lorsqu'il lui demanda, en tentant de ne pas faire trembler sa voix.

-Maîtresse, cela ne m'apaisera pas de faire ça.
-Votre coeur a besoin d'être apaisé, Danaël ?
-Je viens de voir Halcyon décapiter ma fiancée sous mes yeux. Je ne suis peut être plus un Légendaire, mais je tenais encore à elle.
-L'amour, qui traverse tel un vent impétueux, temps et âges.
-Il ne s'agit plus de ça. Mais je pense que vous me comprenez.
-Bien sûr, Dynaméis Danaël. Ne vous en faites pas, rien ne vous oblige à vous salir les mains. Les vivants qui possèdent la capacité de délaisser la fureur vengeresse, conservant leurs plein esprits et leurs vertus, sont trop rares à mon goût.
-Mais quelqu'un devra quand même faire le sale boulot, intervint Halcyon la mine renfermée comme à son habitude, et je devine que je serai celui qui va devoir se « salir les mains ».
-Si cela vous pose problème, répondit avec une certaine empathie Kalandre, Asgaroth ou Galatée exécuteront ma volonté sans problèmes.
-Ce n'est pas la question...

L'Elfe releva la tête et allongea son pas.

-Je m'en charge puisqu'il le faut. Mais avançons plus rapidement où il risque encore de nous échapper.


*
*  *

Kasino était au sommet du château en ruine. D'ailleurs, il était en ruine l'espace d'un instant, puis chaque trous étaient rebouchés, chaque fissures disparaissaient l'instant suivant. Un malaise ambiant régnait dans ce monde, mais Kasino s'y sentait très proche, comme chez lui. Peut être que ce mal insoluble, cet air maléfique n'était ni plus ni moins que la Magie Noire qui saturait ce monde. Ou son Envers. Le Comte fixa l'infinité stellaire qui défilait devant ses yeux, si noire et si pure. Il venait de faire ce qu'il fallait. Il avait encore du mal à croire ce que son œil venait de contempler. Jugeant qu'il était resté immobile à contempler le ciel trop longtemps, il se dégagea du muret du haut de la tour et fit un volte face, prêt à s'engager dans les escaliers qui le conduiraient de nouveau hors du château.

Il ne vit pas la Lance Dorée s'enfoncer dans sa poitrine et lui transpercer le cœur.

A l'instar de la première fois, le Comte Kasino s'écroula et mourut avant même d'avoir compris ce qui lui arrivait.



*
*  *

Lorsque le Feu de la guerre et de la domination,
Libérera le Fils de sa diaphane Prison ,
Alors viendra l'Heure du Dernier, Compte rendu en soit aux Hommes
Invoquera et Rattrapé sera, par Deux Paiements
Sacrifiera l'Espoir d'Alysia au Noir Fantôme
Faute de la Livrer à Elle Même,
Où à jamais elle s'enfoncera et pour l’Éternité, dans le Néant


*
*  *

Corps, Âme
Une Troisième
Pour qu'à Jamais
Eternité
Vacilla
Entrainant Alysia
Sans fond dans le
Néant


*
*  *

Eternity entendit un grondement, comme le déplacement d'une Armée gigantesque. Mais en tant que Dieu, il savait que rien n'approchait. En tout cas rien d'aussi gros. C'est impossible. Les Prophéties ont été enclenchées ? Alors, je vais mourir ? J'ai perdu ? Il tournait sans arrêt sur lui-même, tentant de mettre le doigt sur l'identité de ce mal. Quelque chose approchait c'était sûr. Son regard se posa sur le ciel qui tournoyait telle une toupie. D'épais nuages qui évoquaient des spectres noirs se regroupèrent en masse. Bientôt, Alysia fut plongée au cœur des Ténèbres. Les Spectres se délectaient de la peur du Fils D'Anathos, se regroupant toujours plus nombreux au dessus de sa tête. Pour la première fois de son existence, Etrnity Fils du Tout-Puissant tomba à genoux, en proie à l'effroi le plus paralysant.


*
*  *

Kasino toussa et ouvrit doucement son œil. Il était encore plus pâle que d'habitude. Il toucha doucement le bout de ses doigts et s'aperçut qu'ils étaient froids. C'est impossible. Je suis mort deux fois, trois, corrigea-t-il mentalement en songeant à la seconde Prophétie. Et j'ai ressuscité deux fois. Il était sur un sol invisible, toujours prisonnier à l'intérieur du monde de Darkhell. Tout tournait étrangement vite autour de lui. Il était pris d'une petite nausée et se sentait plongé dans une sorte de demi sommeil léthargique. Devant lui, la Dame au visage masquée l'observait, immobile telle une statue, avec toute la grâce et l'autorité qu'elle exhalait.

-Dernier Homme Kasino. Vous êtes mort.

L'Ancien Comte se prit la tête à deux mains, focalisant son attention sur le cri étrangement aiguë de l'Envers dans son crâne. Une damnation éternelle. Même mort je ne serai pas débarrassé de ça. Il réussit à demander audiblement :

-Pourquoi ..?
-Vous obliger à tenir Votre Promesse, Dernier Homme. Croyez bien que je suis vraiment navrée, vous ne m'avez pas laissé le choix. A présent, ajouta t elle en faisant jaillir de l'intérieur de son manteau une rose d'or, vous êtes pour toujours lié à votre serment.

Elle tenait avec délicatesse la rose épineuse, brillante comme un petit soleil.

-Ce qui signifie.. ?
-Pour faire simple, vous m'appartenez. A l'instar des Dynaméis, et jusqu'à que je vous libère de votre promesse, vous êtes mon obligé.

Le Dernier Homme se redressa d'un bond.

-Vous n'avez pas le droit de me faire ça ! Vous n'en avez aucun droit ! Si vous vouliez vous en prendre à moi de mon vivant, grand bien vous en fasse ! Mais exploiter les gens une fois leur mort, provoquée par vous même qui plus est, c'est inadmissible ! Vous m'entendez !
-Je vous ai entendue, oui, Dernier Homme. Néanmoins je n'ai nullement d'intentions maléfiques à votre égard. Vous êtes mort à présent. Donnez moi les Pierres Divines, et je jure de vous libérer de cet engagement qui vous lie.


*
*  *

Eternity lévitait immobile, au cœur de ce qui était autrefois la cité resplendissante des Hommes-Bêtes. A eux deux, Jadina et le Dernier Homme avaient presque failli lui faire plier la nuque. Mais jamais, jamais il s'avouerait vaincu. Pourtant les Prophéties venaient de s'enclencher. Mais qu'est-ce qui a pu faire qu'elles se sont enclenchées ? La Femme l'a tué. Ca ne peut être que cela. Ce qui a enclenché les deux Prophéties. « Ho, Seigneur Père Anathos. Viens moi en aide. »


*
*  *

Kasino s'assit, rejoignant ses genoux près de sa poitrine.

-Mais je ne l'ai plus, Dame.

Cet instant où il vit la surprise, puis l'horrible moment de la réflexion paniquée, et enfin la terreur prendre d'assaut la partie visible du visage de cette Femme était sans doute l'un des plus jouissif de son existence.

-Que dites-vous ?
-Je suis peut être assez joueur, mais passer le restant de mes jours à courir afin d'échapper à une bande de dégénérés qui veulent ma peau ne me paraissait pas très amusant. J'aurai bien dû céder à un moment, mais il est hors de question que je vous confie cette Arme Ultime, capable à elle seule de détruire un Univers entier.
-Où est elle ?! Où sont les Pierres, Dernier Homme !!
-Je les ai données.
-Tu mens ! Tu mens !! Elles sont en toi ! Scellées comme la dernière fois !
-Je les ai données à celui envers qui j'avais encore une dette à payer.
-Non ! Non c'est impossible !!
-Il s'est servi de la puissance des Pierres des Dieux combinée à la Magie Noire pour échapper à la mort et récupérer son Corps.
-Pas ça ! Tu mens !! Tu ne peux que mentir !!
-Il marche de nouveau sur Alysia. Plus puissant que jamais.


*
*  *

Eternity les distingua enfin. Une cape violette battant le vent. Une tornade d'un Feu Noir fusait tout autour de lui. Il tenait dans sa main l'Arme Ultime. Je n'y comprends plus rien. Eternity entendit une voix tonner telle un gong dans son crâne.

« Te souviens-tu de Ténébris, Fils D'Anathos ? Te souviens-tu de ma Fille aimée que tu as torturée sans relâche des mois et des mois... »

Eternity écarquilla les yeux de terreur. Avant même que la pensée suivante s'insinue dans son esprit, la horde de nuages spectrales tomba du ciel en louvoyant et s'écrasa sur lui. Il s'enflamma tentant de les faucher le plus rapidement possibles, mais ils revenaient sans cesse, toujours plus nombreux. Mon Père, aidez moi.


*
*  *

-Comment as-tu pu me faire ça !? Comment as-tu pu te jouer de moi comme ça !!!
-Jadina ne sera pas morte en vain. Jubillez, Mystérieuse Femme, Eternity va finalement être vaincu.

Kalandre le saisit par sa tunique et le releva avec une violence telle que l'Ancien Comte l'aurait cru incapable. Leurs deux visages étaient à présents très proches. Tandis qu'elle essayait avec ardeur de contenir toutes les injures qu'elle voulait lui lancer, elle agrippa son poignet, auréolant le Dernier Homme d'une sorte de Feu incolore qui l'enveloppait et le léchait. Kasino se débattit en sentant toute sa magie le quitter petit à petit. Si cela continuait il allait bientôt devenir encore plus inoffensif qu'un nourrisson. Son masque s'effaçait également, se craquelait. Il vit sa fausse peau fondre, révélant sa véritable apparence. Celle d'un Transcendé monstrueux. Il cria en tentant de se dégager mais elle l'avait saisi fermement. Seul l'Envers ne semblait pas affecté par ce phénomène. Toute la magie qui l'habitait s'en était presque allée.

-Arrêtez ! Arrêtez ça !
-Tu as ruiné tous mes Plans, Comte Kasino, mais je jure que tu ne t'en tireras pas si facilement ! Dès lors tu es mon Prisonnier, j'ai tout-Autorité sur toi et tu es à mes ordres, quels qu'ils soient ! Tu me serviras jusqu'à éponger ta dette et que cette défaite soit oubliée ! Ne pense même pas à fuir les Dynaméis, car telle cette Rose si tu ton chemin s'égare trop du mien sans mon consentement, tu sècheras et tu te changeras en poussière ! Ni à lever la main sur moi, car les Dynaméis me protègeront et ta Magie ne peut me toucher ! Je jure que je te ferai payer cet affront, Comte, tu m'entends ?  

Elle relâcha enfin sa poigne, le faisant tomber de nouveau. Autour d'eux, le Monde tournait toujours aussi vite. Après un dernier rictus haineux, la Dame masquée fit voler sa cape et se détourna.

-Dynaméis, nous partons.

Kasino observait ses mains en tremblant, redevenir celles que la Magie avait modelée. Sa peau lisse et neuve le recouvrit de nouveau. Plus effrayé qu'il ne l'avais jamais été dans cette histoire, il se releva en titubant, et suivit sa Nouvelle Maîtresse à contrecœur.


*
*  *


Eternity osa lever les yeux vers le vainqueur de cette ultime bataille. Il se mourrait, et tous deux le savaient. Le Sorcier Darkhell tenait fermement l'Arme Ultime dans la main. Le Fils D'Anathos roula sur le ventre, cherchant le regard de son successeur, mais même cela ne lui fut pas donné.

-Comment... ? Parvint-il à articuler. Je ne comprends pas.
-Le Comte Kasino est mort, Dieu Eternity.
-La Prophétie disait...que c'est lui qui...me tuerait.
-Tu ne comprends toujours pas, Dieu Impuissant ? Le Comte Kasino est mort. Tu t'es trompé concernant la Prophétie de Misery.

Darkhell se pencha un peu plus, afin le vaincu puisse être frappé encore plus efficacement par la portée des mots qu'il s’apprêtait à prononcer.

-JE suis le Dernier Homme.

Eternity ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Darkhell fit très lentement un demi-tour, se dirigeant vers les ruines du Grand Palais.

-C'est pour cela que la Prophétie ne lui parlait pas, c'est pour cela qu'il était dit que sa mort entraînerait la tienne. Il n'était pas le Sujet Actif. C'était moi depuis le début. Sa mort n'a fait qu'enclencher la Prophétie. Au moment où le Comte Kasino mourrait, je foulai de nouveau aux pieds le sol d'Alysia. Même toi, Eternity Fils du Tout-Puissant, tu n'as pas su interpréter les Dires de Misery. Et au final, tu as perdu.

Eternity se releva en criant, alors que l'Ultime étincelait. Ses yeux lancèrent d'horribles flammes incendiaires avant de s'éteindre, fauchées par le coup Divin. D'Eternity, Fils D'Anathos, il ne resta même pas des cendres.





EPILOGUE




Danaël vint s'asseoir près de Comte, qui ruminait dans son coin. Il ne le regarda pas dans les yeux mais lui tendit une pomme, sans mots dire. L'Homme l'accepta malgré lui, mais il savait qu'avant même de pouvoir porter la peau du fruit à sa bouche, l'Envers aurait manifesté son mécontentement. Il le laissa rouler au sol.

-Désolé Danaël, je suis un Sorcier Noir. Je ne mange pas de ces choses là.

Le jeune homme blond ne lui répondit pas. Il croqua distraitement dans son propre fruit.

-Je pense que la fin de cette histoire n'est pas encore venue.
-C'est le moins que l'on puisse dire.
-Comte, je peux vous poser une question ?

Kasino ne répondit pas, préférant scruter la croupe de la jeune femme aux cheveux roses qui les accompagnait. Il n'en éprouva aucun remords. De toutes manières il n'avait rien d'autre à gagner, et plus rien non plus à perdre.

-Vous aviez l'Arme Ultime, la Fusion des Pierres des Dieux dans votre main, lorsque vous et Jadina vous êtes dressés contre le Dieu Eternity.  Il savait que Misery avait prédit sa fin proche. Pourquoi n'a t-il pas tenté de s'emparer des Pierres Divines ? Avec l'Arme Ultime, Eternity aurait été véritablement au dessus de toutes choses. Un Mastergod.
-Eternity savait qu'il ne pouvait avoir l'Ultime.
-Pourquoi cela ?
-Car les Pierres Divines ont été crées par les Dieux, mais pour les Mortels. Séparément, les Dieux peuvent les utiliser. Mais lorsqu'elles fusionnent afin de former une Arme Ultime, les Dieux sont incapables de les manier. Eternity le savait car Anathos Son Père l'avait appris à ses dépens. Il en était d'ailleurs mort, une première fois.
-Mais comment cela se fait-il que vous ayez pu l'utiliser ? Si même les Dieux ne peuvent prédire le comportement de l'Ultime.
-Parce que je suis un Homme.

Kasino se leva. Ils avaient quitté le monde de Darkhell depuis des heures, et Maîtresse Kalandre avait autorisé au groupe quelques heures de repos. Ils étaient au coeur d'une forêt de champicornes, dans le monde Elfique. Kasino n'avait jamais vu le Monde Elfique. Il avança de quelques pas, grimpa le haut d'une colline verdoyante afin d'apercevoir en contrebas toute la magnificence du paysage. Danaël le rejoignit. Kasino reprit afin d'éclairer sa lanterne.

-A l'inverse des Dieux, les Hommes sont sans cesse habités par divers sentiments. Aucun d'entre nous n'est entièrement innocent, pourtant nous l'avons tous été le jour de notre naissance. Inversement, aucun Homme n'est entièrement perverti non plus. Nous avons tous éprouvé la Colère, la Jalousie, la Fureur, la Vengeance, mais ces sentiments sont sans cesse contrebalancés par d'autres, plus ou moins importants selon les individus, la Compassion, la Conscience, l'Amour... Voilà pourquoi nous pouvons utiliser l'Ultime et pas les Dieux. Nous sommes des êtres conscients, versatiles. Nous ne sommes jamais entièrement Noir, ou entièrement Blanc. Les Dieux eux, ne possèdent qu'une seule Couleur.

Kasino se tourna afin de croiser le visage de Danaël. Il posa une main sur l'épaule de l'Ancien Légendaire et le dépassa. A quelques pas de là, Halcyon avait écouté avec attention. Le Légendaire regarda s'éloigner l'Homme, prisonnier de sa condition.

-Comte, attendez. Comment avez vous appris cela ?
-L'Ultime me l'a appris.

Kalandre sourit. Au fond, c'était aussi bien que celui ci avait rejoint son groupe.






5 ans plus tard.




Odro le Maraudeur était assis sur la massive chaise en bois qui lui tenait lieu de Fauteuil lorsqu'il était seul chez lui, et de Trône lorsqu'il recevait d'autres personnes. Il avait sa joue posée contre sa main gigantesque, son imposante poitrine à nue affalée contre le dossier rembourré pour son petit confort. Il avait un assassinat à commander, et peaufiner les derniers détails avant de contacter un Professionnel. Soudain, les grandes portes menant sur la salle s'ouvrèrent. Il vit une toute petite fille aux cheveux jais apporter jusqu'à lui maladroitement un plateau d'argent. Involontairement, il se détendit à sa vue.

-Bonsoir, Seigneur Ordi.
-Bonsoir, Dynna.

La jeune fille déposa le plateau sur la gigantesque table en bois dru, devant lui.

-Je crois que les cuisiniers vous ont fait un gruau et une tourte. Ça a l'air bon. Ils cuisinent très bien de toutes manières.
-Oui, tu as raison.

Le Maraudeur se leva de son siège et s'approcha du plateau. Une miche de pain encore chaude était posée dessus ainsi qu'un verre de vin. Il observa le regard encore empli d'innocence de la fillette. Délicatement, il lui tendit le grand verre.
-Dynna, quel âge as-tu ?
-Heu...-la petite fille compta rapidement sur ses doigts- 5 ans, Seigneur.
-Et depuis combien d'années me sers-tu ?

Odro vit la bouche de la petite fille s'affaisser un petit peu. Ah, question compliquée.

-Depuis 5 années je crois, Seigneur.
-Tu es une grande fille donc, et tu me sers depuis très longtemps déjà. N'est-ce pas beaucoup, 5 ans, dans la vie d'une petite fille comme toi ?
-Ho oui, Seigneur. C'est très long.
-Alors tiens, c'est pour toi.

Odro engloba dans les mains menues de la fillette la miche de pain. Il lui tendit le verre vin rouge.

-Tu es une grande fille, Dynna. Si tu veux je peux te laisser gouter.
-Vraiment, Seigneur ?

Les yeux gris de l'enfant venaient de s'illuminer.

-Oui, vraiment.
-Maman ne sera pas d'accord, Seigneur.
-Mais qui est le Maître dans cette maison, fillette ?
-Ho, vous bien sûr, Messire.

La petite fille posa la miche de pain sur le rebord de la table, et trempa ses petites lèvres dans le liquide vermeille. Elle grimaça et ses yeux se plissèrent adorablement. Odro sourit.

-Alors ?
-Ca a un goût bizarre, Seigneur.
-Je le sais. Mais est-ce que tu as aimé ce goût bizarre ?
-Plutôt oui, Seigneur.

Le Géant lui ébouriffa rapidement les cheveux.

-Allez, maintenant dégage. J'aimerai pouvoir manger avant que ça refroidisse.
-Seigneur Odro, je peux vous demander quelque chose ?
-Oui, si tu ne m'accapare pas toute la soirée.

La petite fille hésita, les mains croisées derrière le dos. Odro se rassit pour l'impressionner un peu moins.

-Je t'écoute.
-Est-ce que vous savez quand il reviendra mon papa ?
-Ah tiens. Je serai très étonné qu'il revienne un jour Dynna.
-Il l'avait promis à ma maman.
-Oui je vois.

Cette fois, le géant s'accroupit, de façon à être (presque) à la hauteur de l'enfant.

-Mais tu sais, beaucoup d'hommes font des promesses aux femmes. Des promesses en l'air. Ils disent qu'ils reviendront, mais en fait il ne reviennent jamais.

La fillette se mit un doigt à la bouche, réfléchissant à ce que cette grande personne venait de dire.

-Mais mon papa n'est pas comme ça. Si il a promis, il va revenir un jour.
-Et bien, si tu en es si convaincue.
-Il était comment, mon papa ?

Odro sourit en se redressant de toute sa hauteur.

-C'était le Dernier Homme. Et tu lui ressembles beaucoup.



*
*  *


Dynna abaissa la couverture jusque dessous son petit menton. Sa mère devait dormir. Les esclaves devaient dormir. En fait, tous devaient dormir sauf elle. Les paroles d'Odro le Maraudeur ne cessaient de la hanter. Elle n'avait pas tout compris, mais une chose essentielle avait quand même germé dans son cerveau. Odro croyait que son papa était en menteur, mais elle, savait que c'était faux. Elle balança la couette et se leva doucement de son lit. Un lit minuscule dans une pièce minuscule, avec de nombreuses araignées. Mais Dynna n'avait pas peur des araignées, elles étaient silencieuses et ne faisaient pas mal. C'étaient des voisines agréables. La petite fille poussa le plus silencieusement possible la porte de sa chambre. Elle profita de l'obscurité et avança à pas de loup dans le couloir de la Forteresse, jusque dans le débarras. Elle sautilla afin d'atteindre la haute poignée en fer, et serra les dents lorsque la porte s'ouvrit en grinçant. Dynna s'engouffra à l'intérieur et referma la porte derrière elle. Ce n'était pas la première fois qu'elle cherchait les miroirs dans le Palais d'Odro. Les Miroirs étaient magiques. Ignorant le mal de ventre qui la rongeait -il la rongeait tout le temps- la petite fille découvrit le grand Miroir qui traînait dans le débarras. Elle l'aimait bien, celui là, parce qu'il était grand mais en même temps pas trop. On pouvait la voir de plein pieds à l'intérieur. En plus le débarras était la salle contenant un Miroir la plus proche de sa chambre. Dynna posa doucement la paume de sa main sur le Miroir poussiéreux et se concentra.

-Papa.

A l'intérieur du Miroir elle le vit. Il portait des habits élégants, noir et or et avait un grand capuchon sur la tête. Il marchait mais Dynna ne connaissait pas l'endroit où il était. Elle s'assit en tailleur devant le Miroir, observant celui qui obstruait tout le temps ses esprits. Elle trouvait que c'était l'homme le plus beau du monde. Il portait une épaisse frange sur son oeil droit, mais son oeil gauche était exactement de la même couleur que la fillette. Lorsqu'il releva la tête, il sembla qu'il la regardait, et un frisson particulièrement doux grimpa le long de la colonne vertébrale de la petite fille.

-Papa, reviens vite.

Dynna entendit un bruit de pas qui s'approchait et s'arracha à sa contemplation. Elle recouvrit de nouveau le vieux Miroir et quitta le débarras avec autant de minutie que lors de son entrée inapercue. Le Miroir était redevenu vierge.

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