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 L'histoire

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MessageSujet: Re: L'histoire   Mar 2 Sep - 10:26

Shimy :

Shimy trouvait que les journées s'écoulaient avec une lenteur absolue. Elle passait la plupart du temps les fesses posées sur sa monture, un bestial humain malodorant, et lorsque le convoi s'arrêtait, c'était pour que Valérian et ses sbires les contraignent à des corvées ménagères. En tant qu'étudiante puis ensuite Elfe Elémentaire, Shimy n'avait jamais eu à faire la vaisselle, monter ou démonter le campement ou distribuer à tous les machistes du camp leur pain et leur bouillon. Une fois elle avait été désignée de corvée cuisine (rien de bien méchant en soi, surveiller les deux marmites de potages et les transvider dans les assiettes et les bols pour les apporter aux soldats Orobaniens). Cette corvée n'était déjà à la base pas très rayonnante, mais s'en acquitter aux côtés de l'Homme-Bête comme elle avait dû le faire avait rendu l'expérience encore plus déplaisante. Shimy avait presque pu sentir l'électricité crépiter dans l'air tout autour de Gryfenfer, il fouettait l'air de sa queue presque toutes les deux secondes, si bien qu'à la fin la jeune Elfe n'entendait et ne voyait plus que ça. Il avait la machoire crispée et ne l'avait pas desserrée une seule fois, même lorsque l'un des gars l'avait chaleureusement remercier de s'acquitter de la corvée cuisine. Ensuite Gryfenfer avait balancé la cuiller en bois sur le sol, et s'était détourné, l'oeil rayonnant comme celui d'une bête mise en cage.

-Je te laisse servir le groupe, avait il lâché à Shimy en allumant sa cigahlos.
-Hé ho je suis pas ta boniche !

Elle avait été sauvée par Danaël et Jadina qui s'amenaient, l'air aussi fatigué que leurs compagnons. La princesse avait esquissé un sourire en voyant l'Elfe aux fourneaux et avait sorti une vanne :"Je ne vois pas ta toque, Shimy !". A la base innofensive et faite pour détendre l'atmosphère, Shimy lui avait néanmoins lancé un regard Noir en s'éloignant.

-J'espère pour toi Chevalier que cette mission va vite prendre une autre ampleur ! Sinon je crains qu'il y en a un qui risque de foutre le camps très vite !

Le blond Chevalier avait tenté de l'apaiser d'un regard.

-Gryfenfer ? Il ne se plait pas ?
-Servez vous avant que ça refroidisse. Je n'ai plus faim.

Shimy était partie se réfugier sous sa tente. La dernière chose dont elle avait besoin c'était de croiser encore une fois le chemin de Gryfenfer, assis sur une bûche d'arbre dans l'ombre. Elle se corrigea mentalement en voyant qu'il ne s'agissait non pas de Gryfenfer mais Razzia, le colosse du groupe.

-Ca va ? Tu as l'air énervée.

Shimy regrettait déjà son attitude, à savoir avoir fusillé du regard le colosse avant de lui tourner le dos. Tout ça était la faute de ce Gryfenfer. Et puis ces Montagnes. Cela faisait plus d'une semaine qu'ils grimpaient. La nostalgie du monde elfique la prit à la gorge et l'enveloppa, mais elle se résonna en se disant que Danaël et Razzia n'y étaient pour rien. Dès que l'occasion se présenterait, elle retournerait s'excuser auprès de l'Humain. Après tout, il parlait tellement peu, c'était stupide de lui avoir rendu un vent.

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MessageSujet: Re: L'histoire   Dim 28 Sep - 15:33

Danaël était épuisé.
Bercé par les mouvements réguliers de sa monture, il luttait contre le sommeil et sa morsure. Le voyage lui semblait s'éterniser en une longue marche cassante, à travers les coins les plus désertiques du royaume, s'ils y étaient encore.
Depuis plusieurs jours le convoi traversait, à son rythme chahutant, une forêt qui n'en finissait pas.
Piétinant le chemin irrégulier, les hommes passaient en un flot infini, abrutis par la marche et la fatigue. Le bruit de leurs armes et de leurs armures, de leurs boucliers et de leurs sacs s'entrechoquant dans un tintement de métal, s'étendait entre les arbres et atteignait leurs feuillages.
Danaël n'entendait plus le chant des oiseaux.
Le flot  glissait toujours autour de lui, entre les montures et les grands chariots bâchés dans une lenteur épuisée.
Dans un claquement de langue, Danaël porta son Culbutar au niveau du chariot de tête où se trouvait Jaheel. Elle était le chef du convoi.
Avec son regard suprême et perçant au travers du bois, sûr et autoritaire, elle semblait réellement être chef. Il ne faut pas grand chose pour guider les hommes, en général.
Danaël avait du mal à unir ses hommes, à tous les rassembler et même à bien les comprendre. Il sentait que le groupe, son union, sa force, était sans cesse en péril.
Pour Jaheel, on aurait dit que sa position allait de soi, et personne ne la remettait en question.

-On approche enfin du Torrent, dit-elle avant que Danaël n'ait pu ouvrir la bouche. Comment vont vos hommes ?

''La mutinerie couve et risque d'éclater à tout moment ? Je me demande si ce groupe est une bonne idée, même comment il a pu tenir jusque là ?''

-Ils sont fatigués, répondit Danaël en regardant la route. Ils ont besoin d'un peu de repos, comme nous tous.
-Eh bien ils attendront, coupa-t-elle. Le Torrent est la dernière rivière avant notre destination, et pas la plus simple.
-Il paraît que c'est infesté de brigands, d'anciens colons de l'Empire abandonnés. Ils auraient sombré dans la folie.
-C'est tout à fait exact, et c'est la raison pour laquelle nous avons autant de guerriers. S'ils nous tombent dessus, on est morts.

Silence.

-Morts ?
-Bah, on aura quand même pu se tremper les pieds et se rafraîchir avant ! J'ai besoin d'un bain...

Danaël s'éloigna, très peu rassuré par ce qu'il venait d'entendre. Cela l'avait inquiété durant tout le voyage, mais cela se confirmait maintenant : Toute cette armada serait à peine suffisante pour affronter les dangers à venir. Mais il était beaucoup trop tard pour reculer.

Le convoi approcha alors du Torrent, qui portait très bien son nom. La force de l'eau semblait ici totalement incontrôlable, se fracassant en vagues déchaînées contre les rocs et les troncs, cherchant à les arracher et à les faire couler.
Aussi incroyable que cela ait pu paraître, mais il y avait en amont, à quelques mètres du convoi, une sorte de gué, où le calme de l'eau était tel qu'on aurait dit qu'elle appartenait à une autre rivière.
Danaël regarda anxieusement l'autre partie de la rivière déchaînée et se rendit compte qu'elle finissait en une gigantesque cascade.
Et évidemment, il n'avait jamais appris à nager.

-Halte ! beugla Jaheel. Préparez vous tous à traverser le Torrent !

Ils obéirent tous et s'arrêtèrent près de la rivière. Danaël laissa sa monture approcher l'eau et boire, non pas sans serrer ses rênes de peur de tomber. Il aperçu que le reste des Légendaires faisaient de même et il échangea un regard épuisé avec Jadina. Même les traits fatigués, il lui trouvait une beauté presque magique. Il avait l'impression, parmi le groupe, qu'elle était la seule capable de le soutenir, de le comprendre. Et il en avait besoin.
Il leva les yeux et se rendit compte que le chemin sur l'autre rive était pris entre deux grands pitons rocheux, formant une véritable gorge.
Si c'était là que devait avoir lieu une attaque, ce serait la fin du convoi...
Il accourut vers Jaheel, qui discutait avec son père sur la meilleur façon de traverser, et ils ne semblaient pas tout à fait d'accord.

-Je sais, lui répondit Jaheel. Mais comme je l'expliquais à mon père, J'ai passé un marché avec ces pillards. Ils devraient nous laisser passer.
-Ils ''devraient'' ? Répéta Valérian. Mais tu es complètement folle ! Et s'ils refusent ?
-Ils nous attaqueront j'imagine. J'ai envoyé mes cavaliers en éclaireurs, si il y a un problème il me sera signalé.
-Cela me semble tout de même très risqué, commenta Danaël.
-Oui, j'aimerais aussi arriver à destination en claquant des doigts, mais je ne suis pas magicienne, alors je fais avec ce que j'ai. Maintenant si vous voyez mieux pour traverser cette rivière, faîtes moi signe !
Elle s'éloigna d'un pas énergique, furieuse.

-Elle fait n'importe quoi, grogna Valérian en remettant son chapeau à plume en place.
-Mais elle a raison, répondit Danaël. On ne peut pas faire mieux, malheureusement. Simplement se battre si les choses tournent mal.
-Tout tourne mal avec elle.

Il cracha et s'éloigna vers ses hommes, attendant le signal de départ. Celui-ci ne tarda pas à venir.




*



Les sens de Danaël s'éveillèrent tous en même temps, envoyant tout un chacun des messages d'alertes et l’inondant de signaux. Froid. Voie respiratoires bloquées. Eau. Noyade.
Il prit une énorme inspiration alors que des bras puissant le tirait hors de l'eau. Le soleil l'aveuglait, le monde tournait et il avait la nausée.
Ses yeux réussirent à se concentrer sur l'homme qui se tenait au-dessus de lui. Il criait quelque chose mais Danaël n'entendit rien, ses oreilles semblaient ne pas lui obéirent.
L'homme lui plaqua contre le torse quelque chose de brillant, et étrangement familier.
Son épée. C'était son épée. Il se releva péniblement, toussa encore un peu d'eau et comprit où il était.
La rivière. La traversée, les brigands attaquant par centaines, sous une grêle de frondes et une pluie de javelots.
Sa tête lui faisait encore très mal et sa nausée ne partait pas. En la touchant, il se rendit compte qu'il y avait une sérieuse blessure.
Le son de la bataille lui semblait comme étouffait, pourtant il sentait que partout on criait, on s'empoignait et on se tuait, dans une sauvagerie sans précédent.

-Allez, bouge ! Cria l'homme à côté de lui.

Ses oreilles revenaient, peu à peu, et sa tête, oh, sa tête !

-C'est un bain de sang !

L'homme leva sa lance et courut en grandes enjambées rejoindre le combat, pataugeant dans une eau vermeille. Une javeline le frappa en pleine poitrine et il s'écroula, sans un cri.
Danaël leva aussi son arme devant lui, ses instincts reprenant enfin le dessus sur ses sens. La mêlée était engagée.
Un homme lui arriva dessus, agitant un petit fauchon émoussé au dessus de sa tête.
Danaël pivota, se décala de quelques centimètres et frappa le premier, droit dans la gorge.
Le brigand s'arrêta net, surpris. Son sang se mit à couler sans retenue aussitôt que Danaël eut retiré son épée. Ce dernier le dépassa et rejoignit les autres au combat.
Miliciens et Gardes semblaient en très mauvaises postures, manœuvrant avec difficulté dans l'eau et en sous nombre.
Deux brigands se jetèrent sur lui en hurlant, à peine vêtus. Le chevalier n'eut pas le temps de lever son arme.
Il y eut des cris, des hurlements de terreur et surtout de douleurs. Tous furent de courte durée. En quelques secondes, Gryfenfer avait intercepté les deux hommes, fauve à la chasse, et les avaient déchiquetés. Leurs corps ensanglantés retombèrent mollement dans l'eau.

-Gryfenfer... murmura Danaël, déconcerté.

L'homme-bête était désormais agenouillé dans l'écume, tenant entre ses griffes le bras déchiré d'un des bandits. Il mordait avec appétit dedans et en ressortait d'épais morceaux de chair.

-Gryfenfer, répéta Danaël. Qu'est-ce que tu fais ?

Gryfenfer prit la peine d'avaler avant de relever le museau, dévoilant une gueule pleine de sang et un regard interrogateur, comme un homme dérangé durant son repas. Soudain, il sourit, d'un sourire sauvage et carnassier, d'un sourire dégoulinant, d'un sourire d'animal, et non d'homme.
Il repartit aussitôt, agile et léger tueur, semant la mort dans son passage.
Et dans son dos s'étaient fichés deux javelots...
Danaël se reprit, encore une fois, essayant de se débarrasser temporairement de la vision de cette bête affamée.
Devant lui se tenaient des dizaines de bandits  mortels, Il y avait à faire. La bataille continuait.

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MessageSujet: Re: L'histoire   Dim 28 Sep - 23:37

Un nouveau jet de sang s'éleva vers le ciel. Le Léviathan dansait.

Plusieurs dizaines d'assaillants barraient la route au convoi immobilisé, et des cris à l'arrière indiquaient au colosse qu'ils étaient aussi très certainement pris à revers. Les doutes de Razzia sur l'itinéraire emprunté par Jaheel se confirmaient, le relief avantageait clairement les brigands.
Le colosse dévia une lance qui filait vers son ventre, et envoya son pied dans le torse de l'agresseur. Il entendit les os crisser sous le coup, et l'homme s'effondra en arrière, tombant dans l'eau. Il se trouvait en plein milieu de la mêlée, et avait perdu les autres de vue, mais il n'y pensait pas trop. Le souci immédiat était de repousser l'assaut et de sauver le plus de vies possible.
L'esprit de l'ombre rouge se remit en marche.

Les combattants ennemis étaient loin d'être des professionnels. Sûrement quelques villages alentours dont les habitants cédaient facilement à la violence pour piller quelques voyageurs. Ce n'était pas une armée, et cela se sentait. Ils étaient aussi nombreux que le convoi, voire un tout petit peu plus qu'eux, mais tous leurs archers étaient groupés sur la droite, derrière un massif rocheux, les guerriers étaient désorganisés et ils ne tenaient aucune ligne. Les déborder en se regroupant était un jeu d'enfant. L'attaque du convoi était entièrement basée sur la surprise, mais malheureusement pour les paysans qui lui faisaient face, on ne surprend pas un vétéran aguerri comme le colosse de Rymar.
Razzia se redressa de toute sa masse, et poussa le plus sauvage des cris de guerre qu'il put trouver en lui, et se jeta sur la terre ferme en tailladant l'épaule d'un assaillant, le laissant saigner à terre.

Trois bandits lui firent face. L'un avait une hache, les deux autres des lames courbes, qu'ils tenaient à une main. Leurs postures étaient mauvaises, leurs équilibres une parodie. Razzia dévia la lame d'un des assaillants et lui éclata la mâchoire d'un direct fulgurant. Sans laisser de souffle aux deux autres, il trancha le manche de la hache, puis fit un tour sur lui même pour éviter le coup d'estoc du dernier bandit. En hurlant de toute ses forces, Razzia frappa vers le sol, le Léviathan sifflant une mélodie mortelle. Le bras du pauvre homme partit à terre dans une gerbe de sang, tandis que le colosse défiait en hurlant ses prochains opposants.

Devant un tel déchaînement de fureur, il sentit les combattants rapprochés moins sûrs d'eux, et les survivants du combat se ralliaient peu à peu derrière lui. Il entendit une flèche siffler et se planter sur sa droite, et regarda les archers. Il voulut courir vers eux mais une flèche se planta dans son épaule gauche, et Razzia hurla de rage en l'arrachant immédiatement. Des cris de joie retentirent dans les rangs ennemis, et les bandits foncèrent sur lui à plusieurs. L'ombre rouge fut rejointe par des guerriers du convoi, dont Valérian, son vieil adversaire. Razzia grimaça à l'idée d'être reconnu par son ancien ennemi, mais commença à taillader les rangs ennemis en essayant de ne pas y penser.

Il savait que quelque part dans ce carnage, dans ces eaux rouges et bleues, ses quatre alliés se battaient pour leurs vies, et pour leur honneur. C'était aujourd'hui, c'était en ce jour seulement que Korbo commençait à racheter ses erreurs.

Le colosse hurla à l'attention de ses compagnons qu'il devinait quelque part.

"LES ARCHERS!!! TUEZ LES ARCHERS!!!"


Et un nouveau jet de sang s'éleva vers le ciel. Le Léviathan dansait.

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Rien n'est vrai. Tout est permis.

(Ouais enfin encore faut-il trouver à chaque fois unes raison de poster sur un sujet histoire que les signas se suivent. C'pas encore au point, comme système)

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Jaguarian
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MessageSujet: Re: L'histoire   Mar 7 Oct - 17:28

Shimy n'avait pas vu l'attaque venir. Les fesses posées sur cette immonde selle depuis des jours et des jours, la vivacité et l'ardeur habituelle de son esprit semblait s'être apetissé. Tout ce que comprenait l'elfe, c'est que le convoi avait pour objectif de traverser un Torrent, le dernier avant leur destination finale, que le territoire qu'ils foulaient aux pieds était infestés de vermine, et que quel que fût la nature de l'accord passé entre la Chef du convoi et ces soudards, il n'avait pas été respecté.

En un éclair, aussi vif que la foudre, ils leurs étaient tombés dessus. Les bêtes, surprises, avaient fait un écart, balançant les cavaliers les moins expérimentés dans l'eau. Les autres avaient à peine eut le temps de se saisir de leurs armes afin de contrer la vague de flèches qui leur venait dessus. Si ce n'était que ça. Une horde de brigands tout autant ecoeurant que désunis venait de leur tomber dessus en hurlant et bavant. L'Elfe élémentaire avait eu le bon réflexe de sauter de sa monture, évitant ainsi le coup de hache qui avait pour dessein de séparer sa tête des autres parts de son corps. Elle ne le vit pas, mais exactement en même temps, le Chevalier Danaël fut lui aussi désarçonné.

Shimy sentit l'élément aqueux l'envelopper de toutes parts. Mais au contraire de Danaël, elle ne vécut pas cela telle une agression mais, au contraire, le doux enveloppement d'une caresse, avec un quelque chose de l'ordre du maternel, de l'originel. Les 4 Eléments. L'eau. L'elfe se laissa envelopper par cette sérénité bienveillante, avant de crever la surface du Torrent. Tout siffla autour d'elle, l'air était lourd de projectiles, l'eau se changeait petit à petit en une gigantesque flaque de sang.

Shimy bondit en avant afin d'esquiver le sillage mortel d'une serpe aiguisée, qui menaçait de se planter dans sa chair. Elle ne paniqua pas en se retrouvant de nouveau entourée d'eau, calqua tant bien que mal sa respiration sur le rythme régulier de ce milieu tant particulier, et se concentra. Personne ne la vit, mais l'Elfe élémentaire fusionna avec l'eau.

Tout d'abord le bout de ses doigts, puis enfin sa main et tout son avant bras ondula doucement, pour devenir cet élément liquide si pure. Une vague importune se forma sous ses pieds et la ramena avec force à la surface. Shimy dû faire un gigantesque effort pour contrôler entièrement cette vague ni bleue ni verte ni rouge. Elle contorsionna son esprit dans une sorte de gymnastique mentale, visant à exclure de ses sens tout ce qui était de l'ordre de l'agitation, du bruit et de la discorde. Peu à peu, elle pouvait presque voir les mouvements de ses ennemis ralentir. L'elfe élémentaire leva un bras, et le rabaissa aussitôt. La vague qui la soulevait se divisa, et alla frapper sans pitié ses adversaires. Seulement, Shimy remarqua seulement après qu'il n'y avait pas que des ennemis dans le groupe de personne qu'elle venait de faucher, telle une main invisible. Certains soldats du convoi se battaient déjà contre les brigands ! Shimy laissa son esprit se rouvrir au monde, et tomba doucement, comme soutenue par l'air, dans le Torrent. Elle nagea jusqu'à la rive, se demandant si ses alliés s'en étaient sortis. Shimy, elfe élémentaire et protectrice de la paix elfique, n'avait jamais appris à se battre dans un tel chaos. Elle savait plus ou moins gérer l'effet de surprise, élément clé dans l'art de la guerre, mais se battre et invoquer les 4 Eléments dans un tel capharnaüm relevait de la puissance divine. En guerre, les Elfes étaient toujours attentifs aux ordres de leurs supérieurs. Tous en rang, même lors d'un corps à corps, ils ne quittaient rarement leur poste, et le soldat qui le faisait passait aux yeux de tous soit pour un novice, soit pour un insurgé, et il relevait de l'autorité du Commandant de le punir une fois les assauts passés. Shimy connaissait cela, et elle savait se battre et utiliser sa magie, mais uniquement dans ces conditions ci.

A sa gauche, un homme à demi Nu courrait vers elle, hache grossière en main. Shimy s'abaissa et toucha la terre, laissant derechef son esprit se vider de toutes réflexions et toutes perturbations alentours. Un pic acéré de terre et de boue surgit sous le brigands, qui cria de surprise et recula? Hélas trop tard. Plus de la moitié de la jambe gauche transpercée, il s'effondra sur la berge, très vite piétiné par ses camarades, avides d'en découdre avec l'Elfe Elémentaire. Et derrière eux -trop près d'eux- trois autres guerriers Orobaniens courraient dans l'espoir futile de les rattraper et sauver ainsi la vie de la jeune Elfe. Si ils parvenaient à rattraper les brigands, alors Shimy ne pourrait plus attaquer. Même maintenant en vérité, ils étaient trop proches. Ses ennemis étant en pleine course, si elle décidait d'attaquer avec la magie élémentaire, elle devrait alors prendre de nouveau le risque de blesser -voire tuer- ses alliés.

La Légendaire recula suffisamment pour se donner le temps de la réflexion.

-Tant pis...Plus le choix.

L'art de la guerre, c'était aussi ça. Savoir prendre des décisions. Si elle ne faisait rien, elle risquait sa vie, et celle des dizaines d'autres hommes et femmes encore vivants, se battant pour la leur. Elle toucha le sol une nouvelle fois, et allait crier aux 3 soldats de reculer, lorsqu'elle aperçut l'Homme Bête Gryfenfer surgir de nulle part et déchiqueter le dos des brigands qui allaient s'élancer sur elle. Shimy en eut un haut-le-coeur, et probablement un rictus de dégoût. Gryfenfer avait le museau et la gueule constellés de taches de sang. Ses mains tout comme son torse et son visage puaient le sang, et en portaient la couleur. L'Elfe ne pu s'empêcher de frissonner lorsque le Légendaire braqua ses pupilles sur elle. Instinctivement, elle posa sa seconde main sur le sol, se préparant à l'arrêter si toutefois il avait perdu dans ce combat le peu de discernement qu'il avait acquis de son vivant. Mais l'homme bête, bien que rugissant et haletant, ne l'attaqua pas. Ce fut même l'inverse qui se passa. Shimy vit les 3 soldats Orobaniens lever leurs épées et les abattre sur l'homme-bête. Gryfenfer bondit, avec une agilité que l'elfe estima inégalée, et sans réfléchir, contre attaqua. Shimy vit le premier des trois soldats tomber dans la boue en une flaque de sang grossissante. Elle entendit en même temps une flèche sifflante passer près de son oreille, frôlant sa tempe.

L'Elfe était perdue. Elle sentait qu'elle commençait à perdre le contrôle des événements, et avait horreur de ça.

Ses ennemis étaient désorganisés, et leur désorganisation faisait leurs forces face à sa magie elfique. De plus, ses propres alliés maintenant, se battaient entre eux. Cela devait cesser.

-Par Shyska, quelle bêtise ai-je fais là de quitter Karakys ?

Shimy allait lancer de redoutables dents de pierres allaient surgir du sol et perforer le coeur de toute cette vermine. L'Elfe sentait la puissance monter en elle. Elle fit une troisième fois abstraction du vacarme, du sang, des cris d'agonies, du sifflement des flèches...

A la seconde où elle allait permettre à cette énergie grisante de jaillir hors d'elle même, hors du sol, un éclair vert enveloppa le paysage entier, suivi par une gigantesque lumière de même couleur qui enveloppa en son sein tout ce qu'elle pouvait trouver. Shimy fut elle aussi enveloppée et même balayée sur quelques centimètres. Autour d'elle, tous les pillards -combattants comme archers- hurlèrent de douleur.

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MessageSujet: Re: L'histoire   Mar 7 Oct - 18:08

Jadina venait de lancer un sort particulièrement puissant qui avait pour bût de toucher tous ses ennemis,en épargnant le mieux possible ses alliés. Un sort plus que puissant, à vrai dire, car il faisait appel à la bienséance de la guerrière Jadilyna en personne, et son invocatrice risquait sa vie. La Princesse toussa et cracha l'eau qui venait de s'infiltrer dans ses poumons. Elle avait faillie se noyer et la dernière dont son cerveau se souvenait était le cri rauque de Razzia, lorsqu'il leur avait ordonné de tuer les Archers. Jadina sentit des bras puissants la tirer hors de l'eau où elle venait doucement de sombrer.

-Dan...aël ?

Jadina papillonna des paupières et peu à peu les contours du visage de la personne qui la portait sur la berge se dessinèrent. Et ce n'était ni Danaël, ni Razzia ni même Gryfenfer. Un homme d'une grande taille, aux yeux plus ou moins clairs et au visage écorché et trempé la lorgnait avec un certain attendrissement.

-Vous n'avez rien, Dame ?
-Je..Je pense que tout va bien oui. Merci, Commandant Valérian.

Dame. Si seulement cet homme savait qu'il y avait encore quelques mois seulement on l'appelait Princesse, et le seul fait qu'un homme la regarde un peu trop longtemps dans les yeux pouvait lui faire valoir l'emprisonnement. Valérian ignorait, bien sûr, qu'au moment de sa rencontre inopinée avec Danaël, ladite Dame était sur le point de se fiancer au Prince Halan de Sabledoray. L'évocation, même muette, de ce nom, raviva un souvenir étrange dans le coeur de Jadina. Halan. Où était-il en cet instant ? A Sabledoray, ou bien en Orchidia ? Elle ne savait même pas si il avait bien reçu sa lettre, lui annonçant son retrait de la vie politique.
Jadina prit appui sur son bâton aigle qu'elle n'avait pas desserré ne serait-ce d'un centimètre, depuis que l'attaque avait été lancée -et avait aboutie-, et se releva. Ses jambes tremblaient.

-Beurk, je suis pleine de boue.

Elle se passa une main dans les cheveux, mouillés, désorganisés et aussi croupis que l'eau du Torrent. Elle grimaça en constatant qu'il lui faudrait très rapidement prendre un bain, sous peine de sombrer dans une très rapide -et dangereuse pour ses compagnons de voyage- crise de nerfs. Son justaucorps blanc et vert était à présent marron et vert. Jadina repéra la blonde chevelure de Danaël, à quelques pas de là et s'avança d'un pas décidé. Ses jambes tremblantes au début, la portaient très fermement lorsqu'elle arriva au niveau de leur leader et le tira en arrière d'un coup sec par la cape. Ce dernier dépeignit un bref sourire sur son visage lorsqu'il la vit.

-Jadina. On dirait bien que ton bâton magique nous a une fois de plus tiré d'embarras.

Une fois de plus ? Ah oui, la fois avec l'Ombre Verte et Saryn.

-Aigle. Mon Bâton aigle.
-Qu'importe, nous avons un soucis.
-Ho que oui nous avons un soucis ! Regarde ça ?!
-Quoi donc ? Tu es blessée ?
-Si je suis blessée ?? Mais évidemment que je suis blessée MonSieur ! C'est mon anatomie qui est blessée ! Mon apparent qui est blessé ! Mon honneur et mes cheveux qui le sont ! Je vous préviens, nous allons devoir faire une pause pour que...

Jadina fut interrompue dans son discours fort éloquent par la réplique brutale de l'elfe Elémentaire.

-Tu n'as rien d'autre à ajouter Miss Princesse ?! Non parce qu'il se trouve que Razzia est véritablement blessé, lui !
-Razzia..?

Jadina vit enfin pourquoi Danaël et Shimy étaient réunis à cet endroit. Razzia était assis à même le sol, près du Torrent. Lui aussi était constellé de sang et de boue, mais ne s'en plaignait pas. L'ancienne Princesse vit enfin la blessure sanguinolente qui marquait l'épaule du guerrier. Razzia avait ôté son sabre gigantesque et était donc torse nu. Il ne semblai tpas à l'aise qu'autant de personne soient réunis autour de lui.

-Ne bouge pas, nous allons demander à Jaheel si jamais elle peut nous fournir du matériel antiseptique pour soigner ça.

Razzia se leva sans prévenir, il écarta doucement Danaël qui était penché sur lui et marmonna dans sa barbe quelque chose comme "Merci mais ca va aller.". Jadina voyait qu'il n'était clairement pas habitué à se trouver au centre des regards ainsi. Quel homme pouvait donc se cacher derrière ce masque infranchissable ?

-Au fait, où est passé Gryfenfer ?

Jadina trouva elle même la réponse à sa question. En compagnie de Jaheel, l'homme fauve ramenait les nombreux cadavres des alliés tombés durant l'escarmouche. Un amas assez considérable se formait petit à petit.

-Nous avons perdu énormément de soldats Orobaniens. Pourvu que nous arrivions très vite à Eweciüs...

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T.O.P Samaël
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MessageSujet: Re: L'histoire   Ven 31 Oct - 16:38

Gryfenfer était assis sur la rive, dans l'herbe humide et mêlée de sang. Le visage dans les mains, il observait l'étrange spectacle qui se déroulait devant lui.
Les Orobaniens entassaient leurs cadavres les uns sur les autres, comme si ils amassaient des bûches pour le feu, de l'autre côté du Torrent.
Le Jaguarian avait été responsable de la mort de certains d'entre eux, alors que sa frénésie meurtrière était devenue critique. Jaheel, qui observait le ''chantier'', lui lança un regard circonspect, et en même temps très soucieux. Son bras s'était littéralement brisé en deux, mais le médecin du convoi, un expert, l'avait réparée. Elle semblait aller un peu mieux.
Gryfenfer l'avait vue tomber dans le fleuve et s'était aussitôt porté à son secours, son corps tout entier ne bougeant que dans le besoin de la protéger, elle. Il n'avait pas réfléchit, avait reçus des javelots en plein dans le dos, mais Jaheel, elle, avait été évacuée, tandis qu'il continuait le combat.
Et puis... c'était le trou noir. Il avait du perdre le contrôle de soi en sentant le goût du sang dans sa bouche, en entendant les cris déchirés de ses victimes, leur peine, leur souffrance...
Le trou noir.
Il soupira et frotta son visage avec un peu d'eau, mais dans le reflet incertain des eaux, il vit qu'il en restait autour de ses lèvres. Le sang ne s'effaçait jamais.
Alors, il attendait, interdit de s'approcher des humains, et surtout de toute cette viande qu'ils allaient faire...faire brûler et disperser au quatre vents. Il ne sût pas si c'était le dégoût pour ces sous-êtres ou sa faim qui fit grogner son ventre, ou peut-être les deux.
Il se sentait comme une bête en cage, enfermé et incapable d'assouvir définitivement sa soif. Il avait besoin de tuer, comme une drogue insidieuse. Plus il tuait, plus il en avait envie. Ce carnage l'avait mit en appétit.
Bien sûr ils s'étaient un peu défendu. Ils l'avaient touché deux fois, dans le dos, et rien de plus. Les misérable projectiles retirés, ses blessures avaient déjà cicatrisées.
Rien ne pouvait l'abattre, il se sentait invincible, il était Jaguarian, et eux, ils le jalousaient.

-Reste à ta place, gronda la voix de Danaël. Tu en as assez fait pour la journée.

La lame de Danaël était toujours dans son dos, tenue d'une main assurée. Encore et toujours, cette vieille menace pesait sur lui. Danaël s'était bien battu, comme toujours, comme tout les Légendaires. Le seul foutu groupe d'humain sachant se battre. Les autres étaient faibles. Ils l'entravaient, le retenaient.

-Lâche moi, siffla-t-il. J'en ai assez de tout cela.
-Moi aussi, répondit le chevalier. Quand apprendras-tu à te contrôler, pauvre imbécile.

Gryfenfer dévoila une rangée de canines rougeâtres.

-Un humain n'a pas à me dicter me comportement.
-Quel horrible enfant tu fais Gryfenfer, soupira Danaël en s'asseyant à côté de lui. Calme ta rage, respire, cesse de ressasser ces vieilles histoires, ces rancunes. Que t'apportent-elles ? Plus de haine, plus de sang, de violence. N'a-tu donc jamais compris ta place au sein des Légendaires ?
Je ne veux pas faire de ce monde un meilleur endroit Gryfenfer.


Gryfenfer fronça les sourcils, les genoux ramenés près de son torse. Il tourna la tête vers son chef en tentant de comprendre ce qu'il racontait.

-Alysia... -il haussa les épaules- ce ne sont que des royaumes, des bandits, et des bêtes sauvages, des démons et des abominations. Je ne le rendrait pas meilleur. Je ne suis qu'un pauvre chevalier déchu.
Un déserteur. Si une épée pouvait régler les problèmes du monde, eh bien je l'aurais amélioré depuis longtemps.
Tout ce que je peux faire, c'est vous diriger vous, vous trouver quelque chose en quoi placer de l'espoir, tu sais ce que sais ça l'espoir, Gryfenfer ?
C'est ce qui nous fait vivre, tous.


L'odeur de brûlé attira Gryfenfer. Le tas de cadavres avait été alimenté en bois et s'allumait doucement. Les Royalistes s'étaient réunis autour et priaient, dans un murmure grave et profond, qui couvrait les crépitements.

-Ils prient parce qu'ils espèrent pour le futur de leurs frères dans l'au de-là. Et ils espéreront jusqu'à leurs mort.
Ce que je veux vous donner, Gryfenfer, c'est cet objectif pour lequel se battre, se sacrifier et espérer. Une raison d'espérer pour nous, êtres désœuvrés, mercenaires.

Gryfenfer baissa la tête.
Ces mots l'avaient frappés plus profondément que n'importe quelle lame, n'importe quelle flèche.
Sa colère ne semblait plus avoir de sens. Ce qui alimentait sa vie, ce qui était son essence, n'avait plus de sens.

-Je ne suis pas à la hauteur, dit-il alors. Danaël, tu t'es trompé sur ma nature. Tu pensais faire d'une bête un humain. Un homme, comme vous dîtes. C'est impossible.
Regarde ce que j'ai fait.


La gorge de Gryfenfer le serrait. Il avait mal dans tout son cœur, et l'envie de pleurer, s'empara de lui pour la première fois.C'est en regardant les visages des soldats priant, qu'il sût ce qu'il était. Un tueur, rien qu'un tueur. Mais, oh, comme il regrettait, comme il regrettait ! Comme jamais auparavant. Comment Danaël avait fait, il ne le savait pas, mais il venait de l'abattre, lui, Gryfenfer, et de lui arracher avec violence son ego.

-Qu'est-ce que j'ai fait.. ?
-Gryfenfer, chuchota son chef en se rapprochant. Il ne faut plus que tu aies peur, il ne faut plus que tu fuis ta peur, que tu la rejettes, et que tu te mentes. Regarde ta peur, dans les yeux, tout les jours, toutes les heures, et toutes les minutes. Prend conscience de celle-ci, et tu pourras la voir, et tu pourras la combattre. Tu comprends, Gryfenfer, que cette peur te conduis au mensonge, au mensonge à toit même, et que ce mensonge là, il t'aveugle Gryfenfer ! Il t'aveugle ! Tu erres sans but, n'ayant que la violence, n'ayant que la peur. Mais si tu la vois, si tu la comprends, et que chaque jour tu la regrette, et que chaque jour tu exprimes le désir, le simple désir de t'en repentir, alors, tu verras, par petit bout, lentement, elle s'effritera, elle partira, et tu en seras libéré. Il te suffit d'espérer, Gryfenfer, d'espérer, et d'aimer.
-Je t'entends, Danaël, sanglottait Gryfenfer. Je t'entends, et je te comprends.

Danaël le prit dans ses bras, et le serra fort contre lui, et Gryfenfer fit de même, le visage noyé de larmes.

-Je t'aime Gryfenfer, mon frère.

Plus tard, Gryfenfer n'aurait pu dire quand, tant le temps qu'il avait passé dans les bras de Danaël lui avait paru long, ils se levèrent. Les corps, entassés, dans une odeur atroce, finissaient de se consumer. La puanteur était omniprésente, accrochée aux vêtements, aux hommes, planant en l'air comme un oiseau de mauvaise augure, emplissant les narines de l'homme-bête, complètement.
Les survivants s'étaient rassemblés, blessés comme valides, comme s'ils préparaient une réunion.
C'était, à vrai dire, une réunion.
Danaël, une main amicale posée sur son épaule, le poussait en fait, légèrement, vers l'assemblée qui, tout à un coup, se retournait dans un ensemble de regards de haine vers lui. Il n'eut pas le temps de fuir, il était déjà au milieu d'eux, de tout ses visages, de tout ces humains. Les Légendaires, Shimy, Jadina et Razzia étaient restés en arrière, sombres.

-Danaël, chef des Légendaires, commença le Capitaine Valérian en s'avançant dans le cercle. Cet...homme... t'appartient, et il a tué plusieurs de mes soldats, qui luttaient vaillamment pour défendre le convoi du roi. Il a mis en danger la caravane toute entière, par son incapacité à se contrôler, et représente, selon moi, un véritable danger pour nous ! Je demande à ce qu'il soit définitivement exclu !

Il y eut une série de grognements approbateurs, et quelques ''bien-dit'' haineux.
Danaël prit la parole.
-Gryfenfer a lutté tout aussi vaillamment que chacun de tes hommes, Capitaine, et à lui seul il s'est peut-être même montré plus brave que toute la Garde réunie. Aussi, je vous demande de le respecter pour sa valeur de guerrier !
Il a fauté, c'est vrai, et a tué certains de tes hommes, je le reconnais. Mais je doute que, sans son intervention, aussi brutale soit elle, autant d'entre vous seraient là pour en discuter.

Il serra les poings et s’adressa aux soldats. Allons ! Voyez de quelle manière le combat s'est terminé ! Je sais ce que j'ai vu, et je sais que chacun de mes Légendaires s'est aujourd'hui donné à fond dans le but unique de servir son employeur et ses intérêts, à tout prix. Shimy a utilisée sa magie pour renverser les adversaires et les surprendre, Razzia a fait taire les archers qui nous bombardaient, Gryfenfer, oui, malgré sa faute, a inspiré une peur telle aux bandits que j'en ai vu fuir par grappes de dix face à lui ! Enfin, c'est Jadina qui, de son puissant bâton-aigle, a mit un terme au massacre, mettant à terre tout les bandits !
Je ne dénigre en rien vos talents de guerriers, mais simplement, je tiens à vous faire observer que les Légendaires, aujourd'hui, ont sauvés cette caravane d'une très probable défaite.
-C'est d'un cynisme insupportable ! Aboya Valérian ! Et quoi ? Tu vas maintenant dire que tout ceci aurait pu être pire ? Le sang n'a-t-il pas assez coulé comme cela ? Et de toute façon, même si les Légendaires ont aujourd'hui fais montre de courage, cela n'enlève rien aux crimes de cet homme !
-Tu désires, Capitaine, exclure ce guerrier pour ses erreurs ? Dans ce cas, ce sont les Légendaires que tu supprimes de ton armée, car nous ne supporterons jamais, et je te le dit bien, jamais, que l'un d'entre nous, quelque soit sa faute, quelque soit son pêché et quelque soit la gravité de son crime, ne soit rejeté et ignoré du groupe. Gryfenfer n'est pas un membre d'un simple groupe de mercenaires, où les hommes ne sont que des employés que l'on peut virer et remplacer, Gryfenfer, cet homme, et c'est un homme véritable, avec tout autant de défauts et de vertus que vous, eh bien, cet homme est indispensable aux Légendaires, aux même Légendaires qui vous ont, reconnaissez-le, épargné l'extermination ! Et par conséquent, sans cet homme, il ne peut plus y avoir de Légendaires.
Si lui doit partir, alors, j'en fais le serment ici, ce sont les Légendaires qui partent et qui vous abandonnent à votre triste sort dans le reste du voyage !
Légendaires unis un jour, Légendaires unis toujours !


Les Légendaires, en même temps, avaient poussé leur cri de guerre, en signe de défi. Soudain, le Capitaine parut tout décontenancé. Durant un moment, bien que, assez court, il sembla s'affaisser tout entier. Ses sourcils s'étaient légèrement relevés, de stupeur, et il avait sur le visage une expression interdite. Il comprit bien vite qu'une réponse était vite attendue, par un regard anxieux de ses propres soldats, et même de ceux de sa fille, mais c'est cette dernière, son propre enfant, qui parla avant lui.

-Peut-être, commença-t-elle d'un ton calme et mesuré, avec respect pour son père, que nous devrions reconsidérer nos accusations envers cet homme. Le bannir de la caravane signifierait, à coup sûr car messire Danaël me semble tout à fait disposer à appliquer sa menace, la perte du groupe de... mercenaires qui a activement participé au combat et, par son action, grandement participé à notre victoire finale. Cela, je le reconnais.
Étant donné nos pertes, en ajouter un peu plus, et de si puissants éléments qui plus est, serait probablement déraisonnable.
En effet, le reste du voyage n'est pas dénudé de terribles dangers, et chasser les Légendaires nous exposerait à plus de risques que nécessaire.
-Mais ce Jaguarian n'est-il pas déjà un risque suffisant pour vous ? Explosa soudain un des soldats. Quoi, vous nous proposez notre mort, les montagnes et ses dangers, ou bien le Jaguarian et ses déviances animales ?

Gryfenfer, la tête toujours légérement baissée et sombre, sentit la pique le transpercer. Il serra les poings mais, aussitôt, se remémora les paroles de Danaël. Il devait se concentrer là dessus, passer outre l'offense, et surtout, ne pas se remettre à tuer tout le monde.
Les autres soldats se mirent à approuver ce qu'avait dit leur camarade, tantôt par des grognements, tantôt par des coups sur leurs boucliers et armures.
Quant à Valérian, il semblait figé dans une telle expression de stupeur qu'il sembla qu'il ne pourrait plus jamais parler.

-Du calme. Je ne suis pas folle au point de vous exposer inconsciemment à ces risques. Je m'occuperai personnellement du cas de Gryfenfer, et m'assurerai, avec son supérieur Danaël, que cela ne se reproduise plus jamais et, qu'à l'avenir, ses forces ne servent plus que notre cause, jusqu'à ce qu'il soit le fer de lance de notre caravane.
À présent, je vous rappelle qu'il y a toujours des chariots de l'autre côté de la rive. Retournez à vos postes !

Son dernier ordre avait été donné d'un ton sec, sûr, charismatique au possible.
Les hommes maugréèrent à voix basse, en se rembrunissant et en retournant au travail, à moitié satisfait.
Danaël se tourna vers Gryfenfer avec un demi sourire. Valérian s'était enfui avec les soldats, en furie. Jaheel marcha jusqu'à eux d'un pas calme et décidé. Arrivée à leur niveau, elle jaugea l'homme-bête du regard, les lèvres pincées, perplexe. Gryfenfer, lui, n'arrivait pas à la regarder dans les yeux.

-Je te devais ça, dit-elle d'une voix grave et solennelle. Mais je le fais aussi parce que Danaël nous a mis au pied du mur, là. Vous avez fait un beau travail, fit-elle en souriant à Danaël, mais d'un sourire amer et dur.

Danaël se contenta d'incliner légèrement la tête, et ne répondit rien.

-Que l'on soit bien clair, poursuivit-elle, sans changer d'humeur. Il n'y aura pas de prochaine fois. Ne me faîtes pas regretter davantage de vous avoir recruté, et à l'avenir, tenez vous plus qu'à carreaux, ou je vous jure que je n'hésiterai à vous balancer par dessus bord.
-C'est bien comprit, Jaheel, termina Danaël.

La femme les jaugea de nouveau du regard, hocha la tête et tourna les talons sans ajouter un mot.
Gryfenfer lâcha le soupir le plus soulagé de toute sa vie, le plus profond aussi. Danaël lui donna une tape sur l'épaule, une tape franche et amicale, tout ce dont l'homme-bête avait besoin. Rien de plus, qu'un peu de camaraderie, un peu d'amour.

-On s'en tire bien, finalement, déclara Danaël avec un grand sourire. Allez, va te retrouver un peu seul, moi, je vais m'occuper de Razzia et des autres.
-Danaël, murmura doucement Gryfenfer. Danaël, merci, merci, merci pour tout.

Danaël prit le visage de Gryfenfer entre ses mains gantées, le forçant à le regarder droit dans les yeux, et toujours avec ce sourire, ce sourire triste, mais tellement sincère.

-Ne t'en fais pas, mon frère. Nous sommes une famille, à présent, une vraie famille. Et je ne te lâcherai pas, je ne te lâcherai jamais.

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El Diablo
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MessageSujet: Re: L'histoire   Lun 17 Nov - 17:26

Razzia regarda sa plaie à l'air libre, à peine cicatrisée. Le colosse était assis à l'arrière du convoi qui reprenait lentement sa route vers Ewecius. Son regard se perdait dans la fumée sinistre qui s'élevait derrière eux, cendres des hommes morts lors de l'assaut. Quand sa route cesserait-elle donc d'être parsemée de cadavres? Le légendaire paraissait songeur, et à raison. Il ne cessait de réfléchir à la peste qui avait frappé Oroban, et chaque pensée le persuadait davantage qu'il s'agissait d'un plan du sorcier noir. Le géant guettait une occasion d'en parler à Danaël et au groupe, mais ne parvenait pas à réunir assez de courage.

Il savait que tôt ou tard il devrait leur dire la vérité sur son passé, mais ne s'y résolvait jamais. À la simple pensée de prononcer ce nom maudit, ses jambes tremblaient, et ses mots s'étranglaient dans sa bouche. L'ombre rouge...
Mais c'était du passé à présent. Il devait faire face à ses démons, et à ce qu'il avait fait. Il craignait toujours que Valérian ne le reconnaisse, mais visiblement, le port du Léviathan faisait vite oublier la Faucheuse Rouge.

Une voix le tira de ses songes.

"À quoi pensez-vous?"

Razzia se retourna pour voir une fille en armure venir s'asseoir à quelques mètres de lui.

"Jaheel...
-Je venais vous remercier pour le combat de tout à l'heure, ainsi que pour avoir aidé à brûler nos camarades...
-Qui n'en aurait pas fait autant...? Vous devriez remercier Gryfenfer. Après tout, c'est lui qui a bondi à vos côtés lors de la mort de votre sergent.
-Je.. Je ne pensais pas que vous l'aviez vu... Vous étiez loin, à ce moment là, en première ligne avec mon père... Je ne pourrais pas remercier l'homme-bête... Pas vu ce qu'il a fait... Dites-lui merci de ma part quand vous le verrez, d'accord...?
-Je m'en chargerais."

Un silence s'installa. Le calme et l'inflexibilité de l'ancienne ombre rouge finit par envahir Jaheel également, qui scruta à son tour le chemin qu'ils avaient parcouru. Après quelques instants, elle reprit enfin la parole.

"J'étais terrifiée pour mon père, lors de l'affrontement. Il n'est plus celui qu'il était, et il vieillit. Ce n'est plus lui le garde du corps personnel du roi... J'ai pris des mauvaises décisions lors du combat, et cela a couté la vie d'Artrys... J'ai cru que mon père allait être submergé, alors je me suis replié vers lui, et mon sergent m'a couvert d'un tir d'arbalète. J'étais perdue, et loin des alliés, et je vous ai vu...
Vous avez tailladé les bandits sans aucune faiblesse, et créé un halo de courage si violent que mon père s'est battu côte-à-côte avec vous durant tout le combat... Je vous admire pour ça.
-Votre père est un fin guerrier, Jaheel. Il n'aurait pas eu besoin de moi. Et vous non plus. Cessez de vous inquiéter de lui, et concentrez-vous sur votre propre vie.
-Je vous demande pardon..."

Elle laissa sa phrase en suspend. Razzia déglutit discrètement, un goût amer dans la bouche. Il savait ce qu'elle allait dire, et aurait tout fait pour ne pas l'entendre.

"...Simplement... Lorsque j'étais jeune, ma ville a été attaquée par les armées du sorcier noir... Ce jour là, ma mère a été tuée sous mes yeux... D'une horrible façon, par Ténébris la maudite... Et mon père a perdu un combat pour la seule et unique fois de sa vie, contre Korbo... Je suppose que vous le connaissez... Mon père est la seule famille que j'ai jamais eue... Sans lui... Je ne sais pas ce que j'aurais fait... Sa vie m'importe plus que la mienne..."

Les remords mordirent le Rymari au cœur, et il commença à en souffrir. Le légendaire serrait la rambarde de métal au point qu'il sentait l'acier se tordre entre ses doigts, mais n'affichait qu'un masque impassible, alors qu'une douleur furieuse dévorait son âme entière.

"...Merci, Razzia de Rymar."

La jeune fille se leva et rejoint les chariots plus avancés, laissant Razzia seul.

____________________________________________
Rien n'est vrai. Tout est permis.

(Ouais enfin encore faut-il trouver à chaque fois unes raison de poster sur un sujet histoire que les signas se suivent. C'pas encore au point, comme système)

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Jaguarian
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MessageSujet: Re: L'histoire   Jeu 20 Nov - 17:45

Le convoi, bien que réduit au quart de ses effectifs, atteignit enfin les Monts de Givre. Il leur restait une semaine de marche avant que les fiers guerriers qui le composaient puissent espérer voir de leurs yeux la cité miracle qui sauverait Oroban.

Ils atteignirent Ewëcius à l'agonie.

Déjà considérablement réduit à la suite de l'attaque des brigands, à la rivière, paradoxalement finement et grossièrement menée, le quart restant fut de nouveau frappé mortellement au sein des Montagnes. De la petite vingtaine d'hommes en tout ayant échappés aux meurtriers, il n'en restait plus que onze une fois Ewëcius en vue, Légendaires compris. La première attaque venant des Montagnes, celle menée par une meute de loups affamée, fit perdre deux hommes supplémentaires au petit groupe. Les loups de Givre, comme ils étaient ainsi référés dans les ouvrages Orobaniens, étaient connus pour leur férocité ainsi que leur capacité de réflexion extraordinaires. Généralement en meute d'une trentaine d'individus maximum, leur fourrure blanche les dissimulait habilement aux yeux de leurs proies qu'ils traquaient. La meute se divisait en deux groupes, et attaquait leur futur repas sur deux côtés. Tandis que le premier groupe se chargeait de l'encercler et d'attaquer de front, le second faisait office de renfort lorsque la fatigue les gagnait, surgissait de nulle part et attaquait par derrière. Les deux groupes réunis, ces formidables prédateurs terrassaient leur ennemie en une ultime attaque commune.

Le convoi était parvenu à éviter le pire de justesse, grâce à l'odorat affiné de Gryfenfer. Autrement, pris par surprise et vu la violence de l'attaque, les quelques survivants restants auraient eu de la chance. Ils avaient perdus seulement deux hommes, déjà blessés par les brigands, mais c'étaient deux hommes de trop.

La seconde surprise que leur réservait les Monts de Givre était concentrée en un clan de Draugr. Les Draugr, créatures quasi-fantaisistes, décrites dans de vieux ouvrages Alysiens, furent surnommées par les Anciens "Esprits Cupide de la Montagne". Attirés plus que tout autre chose par l'odeur et la texture de l'or, ils se cachaient dans les ténèbres et la brume des Monts de Givre, évitant aussi bien les voyageurs de passage que les Loups de Givre et autres vivants. Mais le convoi regorgeait d'or. Il sentait l'or, il empestait l'or, et il était tout près. Grands de près de deux mètres de haut, très maigre, les doigts crochus, les Draugr étaient tombés sur le convoi en hurlant, sans prévenir. Semblables à des spectres bleutés, il était impossible de les vaincre avec une lame ou une flèche, et seuls l'épée d'or de Danaël, la magie de Shimy ainsi que le baton aigle de Jadina parvinrent à les détruire. Encore une fois, Les Légendaires prouvèrent à Valérian et Jaheel leur valeur, ainsi que la nécessité de les avoir à leurs côtés lors d'une bataille. Cette fois ci, ce furent huit autres hommes qui périrent.

Abattus et déprimés, les membres du convoi avaient atteints Ewëcius deux jours plus tard, après avoir pris le temps d'inhumer ses morts.

Mais encore une fois, c'était la mort qui fut au rendez vous. Un enfer de glace recouvrait les ruines des temples et de la grande bibliothèque de celle qu'on appelait encore "Ewëcius, la Cité des Erudits."




-Mais que s'est-il passé ici...

Frigorifiée, consternée, émue jusqu'au larmes, Jadina s'approcha inconsciemment de Danaël. Le chevalier ne disait rien, mais l'éclat de ses yeux parlaient pour lui, à celui ou plutôt celle qui savait le lire. A leurs pieds, une multitude de cadavres, la plupart démembrés ou décapités, à demi recouverts de neige et de gel. Le froid des Montagnes avaient conservés les corps, ce qui avait masqué l'odeur censée être chariée par le vent au travers les chemins et les vallons.

Jadina leva les mains devant sa bouche, en s'apercevant qu'elle avait failli piétiner le petit cadavre bleuté d'un bébé.

-Les femmes, les hommes, les enfants, les bébés...Ceux qui ont fait ça n'ont épargné personne.
-L'attaque est vieille de plusieurs semaines, dit l'un des soldat en inspectant le carnage et reniflant l'air, je pense que Gryfenfer sera de mon avis.

L'homme bête renifla à son tour et acquiesça. Consterné, le petit groupe s'avança péniblement au coeur de cet enfer de glace.

*

-Mais qui a pu semer un tel chaos ?
-Commandant Valérian, que devons nous faire ?

Shimy s'éloigna, laissant Valérian, Jaheel et Thomas en pleine discussion. Elle ne supportait pas cette odeur. Elle ne supportait pas ce carnage. Elle ne voyait qu'une seule armée capable de commettre une telle folie. Une seule personne pouvait être derrière tout ça.

-Tu penses que c'est Lui, toi aussi.

L'Elfe sursauta, et remarqua que Gryfenfer l'avait suivi. Les bâtiments, les maisons, la grande bibliothèque avait été incendiée. Et partout, tout autour d'eux, des cadavres. Femmes, hommes, enfants. Un désert navrant.

-Je ne vois que le Sorcier Noir pour être capable d'une telle chose.. Tous ces pauvres gens. Qui étaient-ils ? Apparemment des herboristes, des scientifiques, des médecins. Ils n'avaient rien faits pour mériter un tel sort. Et puis ce silence. C'est presque...dérangeant.

L'homme-bête avait acquiescé.

-Tu veux bien venir Gryfenfer ? Notre mission consiste à trouver un remède contre la peste. Peut être...Peut être certains bouquins traitant de ce sujet ont été épargnés dans la grande bibliothèque.

Shimy fut reconnaissante à l'Homme bête de ne pas avoir dit tout haut ce que tous deux pensaient tout bas. Evidemment qu'ils ne trouveraient rien. La bibliothèque avait brûlée, corps et âme. Les deux Légendaires avaient dépassés un temple, où le corps d'un prêtre, en robe blanche recouverte de neige drue, se dressait, empalé sur une lance, elle même fichée dans la glace. La pique traversait le corps en parts égales. Encore une fois, Shimy détourna le regard. Ils atteignirent la bibliothèque, mais aucun des deux Légendaires n'avait le coeur à y entrer. Le bâtiment était en ruine, il avait été détruit puis brûlé. Il n'était même pas necessaire d'y pénétrer pour voir son contenu. Un néant de douleur. Du sang maculait les murs noircis et les vêtements déchirés, traînant au sol.

-Merde, mais qu'ont fait tous ces gens pour mériter un tel sort ! Je n'arrive pas à comprendre.
-Shimy, regarde. Là..

Ils avancèrent encore de quelques pas.

-On dirait...c'était la place du village, n'est-ce pas ?
-Il me semble aussi.

Devant eux, se dressait ce qui semblait être un bûcher. Et un amas gigantesque de corps, certains démembrés, tous brûlés puis gelés, trônait à côté. Shimy observa Gryfenfer s'accroupir, dégager doucement la neige au sol, et renifler. Elle trouva le temps de se perdre un instant dans la contemplation de son compagnon de voyage. Echapper quelques secondes à cette horreur. Le Jaguarian se redressa.

-Ici. Ils ont été torturé.
-Mais qui ?
-Eux, dit il en montrant du doigt la pile de cadavres. Regarde, certains sont démembrés, il y a surtout des femmes, des jeunes filles et des enfants. Pas de doute possible. Et...la terre est gorgée de l'odeur du sang.

Shimy baissa la tête. Que pouvait-elle dire de plus ? Elle posa tristement la main sur l'épaule de Gryfenfer, et fit un volte face.

-Allons rejoindre les autres, Gryf.

Elle enfoui ses mains gelées dans ses poches, faisant abstraction de l'enfer bleu autour d'elle.

-Shimy, attend. Si Darkhell est venu ici, si il a torturé tous ces gens, ces enfants, c'est qu'il recherchait quelque chose. Et il l'a trouvé, sûrement, puisque la ville a ensuite été réduite en cendre.

C'est cet instant que choisi Danaël pour arriver. Jadina semblait très mal, à quelques pas derrière lui. Si c'était la première fois que l'ex princesse voyait un tel spectacle, ça pouvait se comprendre. Nulle parole. Juste un regard. Je suis désolée Danaël. Je suis désolée pour tous ces pauvres gens.

Jaheel s'approcha, l'air grave.

-Venez, Légendaires. Inutile de fouiller Ewëcius, nous y trouverons ni survivants, ni ouvrage intact. Faisons plutôt un feu pour nous réchauffer...

Shimy acquiesça d'un triste hochement de tête. Elle savait que ce n'était pas la faute de Danaël, mais depuis qu'elle s'était engagée dans Les Légendaires, on aurait dit que tout allait de mal en pis. Les cadavres qui croisaient sa route ne faisaient qu'augmenter. La peste, puis l'attaque des brigands, puis les loups, puis les Draugr et enfin... Gryfenfer lui lança un regard empathique, qui lui fit chaud sur le coeur. Elle était trop fatiguée pour s'en étonner, et suivit leur leader ainsi que Jaheel d'un pas lourd.

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MessageSujet: Re: L'histoire   Jeu 20 Nov - 19:25

-J'entends, et j'écoute ce que vous me dites, Légendaire Danaël, reprit Valérian, mais néanmoins je ne peux rien affirmer de moins sur. Nous n'avons aucun indice nous permettant de dire que le Sorcier Noir et son armée sont responsables de ce carnage, et si il y en a eu, la neige en deux ou trois semaines, a bien eu le temps de les faire disparaître.

Jadina serra dans ses mains son baton aigle, écoutant Danaël surenchérir.

-Mais enfin, d'après vous même, Ewëcius était une cité en paix. Aucunes de ses voisines n'aurait eu d'intérêt à faire çà. Vous le savez autant que moi.

-Il a raison, reprit un mercenaire nommé Algard en appuyant les propos du chevalier. Si le Sorcier Noir représente une menace, si il commence à raser ainsi des villes, il faut faire quelque chose ! J'avais un lointain cousin scribe à Ewëcius ! Il me paiera sa mort !

-Ah oui, surenchérit le prénommé Thomas, et que comptes tu faire, seul contre les armées du Sorcier Noir ?

-Faire quelque chose, au moins !

-Cessez vos jérémiades, trancha Jaheel d'une voix grave.

-Je vous rappelle, reprit Valérian, que notre mission est de trouver un moyen capable d'enrayer très vite la Peste qui frappe notre capitale. Je suis conscient que ceux qui ont fait ça doivent le payer cher, et justice devra être rendue, mais ce n'est ni le temps ni l'instant de le faire.

-Ceux qui ont fait ça ? Vous voulez toujours vous convaincre que Darkhell est étranger à ce massacre ?

-Notre rôles, soldat, n'est pas de rechercher les responsables de cette aberration. Je comprend votre haine et vos raisons de croire que le Sorcier est coupable, mais sans preuves, nous n'y pouvons rien. Et même avec, hélas, j'ai bien peur que nous ne soyons en mesure de lutter contre ses armées, ces dragonites et...sa fille.

Il avait prononcé ces deux derniers mots en chuchotant, comme s'il craignait d'évoquer une quelconque abomination rien qu'en les disant à voix haute. Jadina se sentait mal, elle avait froid, elle ne sentait plus ses doigts et ses pieds. Ils étaient tous réunis autour d'un feu, mais même ce feu-ci semblait ne pas réussir à réchauffer la Princesse. Elle avait entendu des mots de guerre, de massacre, de souffrance et de mort, toute la journée, et ça continuait depuis que les ombres de la nuit avaient pris d'assaut Ewëcius. Vraiment, elle n'en voulait plus.
Afin de ne pas se concentrer sur les propos de Jaheel, qui décrivait l'horreur de ce qu'elle avait vu dans l'un des temples principal de la ville, elle posa son regard sur Valérian, en face d'elle, et contempla un a un chaque visage de ce petit groupe.

Tout d'abord, il y avait le commandant, Valérian. Malgré son air dur et autoritaire, Jadina savait qu'il pouvait se montrer compatissant et tendre. Et les événements de cette journée semblaient avoir réussi à craqueler ce masque d'acier de commandant sévère que dépeignait parfois son visage.

Ensuite, à côté de lui il y avait Danaël. Le Chevalier était perdu dans ses pensées, il regardait le feu flamber tout doucement.

A la gauche de Danaël, Shimy balançait quelques brindilles dans le feu. Elle était assise sur les genoux, ses cuisses sous elle. Gryfenfer grognait doucement, à la gauche de Shimy. Lui aussi sembalit s'être lassé de la conversation. Jadina avait remarqué que depuis l'attaque des Loups, la tension électrique entre les soldats et Gryfenfer s'était distendue, et certains mercenaires en étaient même venu à lui adresser un sourire frêle de temps à autre. Thomas par exemple.

A gauche de Gryfenfer, il y avait Jaheel. Les yeux aussi vifs que les prunelles de son voisin, elle parlait avec de grands gestes. Jadina était au fond impressionnée par l'ardeur dont faisait montre ce brin de femme. Puis venaient à côté de Jaheel un solide gaillard, Algard, aux cheveux longs et broussailleux. Il écoutait sa supérieure, les yeux observant les flammes danser. A côté d'Algard et d'elle même, se tenait accroupi Sam, qui terminait son bouillon, sans mot dire. Sam ne parlait pas beaucoup, et il avait un bras encore enveloppé dans des bandelettes, après l'attaque des Loups de Givre qui ne l'avait pas épargné. Tout comme son voisin, Elnan. Puis à sa gauche Thomas, l'optimiste du groupe malgré son air de dur qu'il se donnait parfois. Jadina ne savait pas pourquoi, mais elle l'aimait bien. En fait, Thomas était sûrement le premier a avoir choisi de laisser derrière lui l'accroche avec Gryfenfer, bien qu'il ne pardonnait pas et n'oubliait pas. "Nous sommes peu nombreux. Je veux avancer, simplement" l'avait-elle entendu dire à Valérian il y avait quelques jours, après l'attaque des loups. L'ouverture de Thomas semblait avoir entraîné avec elle Elnan, puis peut être un peu Sam. Seul Algard restait encore méfiant, et évitait l'homme-bête comme la peste.

Quant à Gryfenfer, il semblait avoir pris sur lui cette rage qui l'animait. Du moins, Jadina espérait. Elle se tendit soudainement en posant le doigt sur un détail qui lui avait jusque là échappé. Ou donc était Razzia ?

Entendant de nouveau Thomas et Algard se disputer à propos de la suite des événements, Jadina décida de se lever. Lorsque Danaël lui demanda où elle allait, elle répondit évasivement.

-Je vais trouver Razzia, il devrait venir manger.
-Razzia va venir, il est juste allé chasser. Je pense qu'il avait besoin de s'aérer un peu l'esprit après ce que nous venons de découvrir.

C'était exactement ça dont la princesse avait besoin. S'aérer l'esprit. Elle sourit à Danaël pour le rassurer, rabattit contre elle les pans de son manteau fourré, et s'éloigna. Elle avait entendu assez de phrases morbides pour aujourd'hui. Qu'ils continuent à détailler les corps et leur agonie jusqu'à l'aube si ça leur chantait. Elle, se sentait trop mal pour continuer à les écouter, et elle avait besoin de marcher. L'ancienne Princesse ramena le bâton aigle contre elle, et s'éloigna de la ville fantôme.


*

L'odeur des sapins, des arbres, lui gonflèrent le coeur de soulagement. Que c'était bon de s'éloigner de ce carnage. La Princesse avisa la course d'un petit écureuil qui grimpa en plusieurs bonds dans un grand pin. La neige avait cessé, et la température semblait s'être stabilisée. En prenant garde où elle mettait les pieds, Jadina s'éloigna doucement, en prenant garde à ne jamais perdre de vue la lueur rouge du feu de camp dans son dos. La tranquillité de la forêt l'apaisait. Dire qu'elle avait quitté son palais, ses devoirs, pour se confronter à ça.
Elle marcha sur environ deux cent mètres, puis fut interpellé par un son étrange, sur sa gauche. Comme le crissement de la neige sous des bottes légères, celles d'un rodeur ou d'un petit animal.

-Sûrement un bestial qui a pris peur en m'entendant venir vers lui.

Jadina arma néanmoins son bâton aigle et se retourna. Elle vit distinctement le mouvement furtif d'une ombre, se profiler entre deux arbres. Et son instinct lui soufflait que ça n'était pas un animal. Invoquant un sort de luminosité, elle pointa son bâton-aigle en direction de l'intrus qui sursauta et partit en courant. De ce qu'elle en avait vu, ce n'était pas un homme adulte ni une femme. Ni même un Dragonite. Peut être un enfant ? Jadina lui cria de s'arrêter, qu'elle ne lui voulait aucun mal. Elle rattrapait aisément sa cible, qui était moins rapide qu'elle. Au moment où elle allait la saisir par le bras, son pied glissa sur une plaque de verglas et elle chuta sur le dos. Heureusement pour elle, la neige amortit le choc, mais son bâton-aigle vola loin d'elle et le sort lumineux prit fin. Jadina se maudit, et se releva tout doucement. Elle fit jouer doucement ses articulations, afin de vérifier qu'elle ne s'était rien cassé. Quelle idiote ! On lui avait bien dit qu'une princesse ne devait jamais courir la campagne. Courir tout court d'ailleurs. Le plus grave, c'était que maintenant, elle n'avait plus aucune chance de mettre la main sur la personne qui l'épiait. Jadina se mit en quête de retrouver son bâton aigle, puis elle ferait demi-tour, refusant de tomber dans le piège que lui tendait la forêt. S'égarer était si facile.

-C'est ça que vous cherchez madame..?

Jadina tourna la tête dans l'optique de trouver qui venait de parler, mais elle ne vit personne. Elle entendit un craquement sec au dessus de sa tête, et recula afin d'éviter que son baton-aigle lui dégringole sur la figure. Doucement, la princesse le ramassa.

-Je te remercie. Mais pourquoi te caches-tu ? Tu es dans l'arbre c'est ça ? Je ne vais pas te faire de mal, tu peux te montrer tu sais.

Elle avait adopté le timbre le plus doux et rassurant qu'elle était capable de prendre. Car nul doute, c'était bien à un enfant qu'elle parlait. Une enfant, corrigea-t-elle, lorsqu'elle vit se tenir devant elle une petite tête blonde, aux yeux rouges d'avoir trop pleurés. Jadina fut de suite attendrie. Elle serra doucement son bâton aigle dans les mains, évitant tout geste brutale, de peur de faire fuir la petite fille.

-Bonjour, je ne te veux aucun mal. Je m'appelle Jadina. Et toi ?

La fillette ne dit rien, elle était sur le qui vive, prête à détaler à chaque seconde. Jadina recula un petit peu, afin de lui prouver qu'elle n'avait aucune intention hostile. La fillette portait un sac de toile en bandoulière, et ses vêtements étaient déchirés et sales.

-Veux-tu bien me dire ton nom, petite ?

-Vous êtes pas avec eux...?

-Mais de qui parles-tu ?

-Eux...Ceux qui les ont tous tués.

-Tu viens d'Ewëcius ? Qui a fait ça à cette cité ?

-Recule, cria la fillette en voyant Jadina s'approcher, recule, je ne veux pas. Je ne veux pas que tu me touches !

-Promis, je ne te toucherai pas.

Jadina s'accroupit, afin d'être à la hauteur de l'enfant.

-Si tu ne veux pas me dire ton nom ce n'est pas grave. Mais viens au moins avec moi. Je suis avec des amis, nous avons fais un feu pour nous réchauffer, et il y a de quoi manger. Tu as faim n'est-ce pas ?

-Tu n'es pas avec les méchants ?

-Nous avions une mission à Ewëcius. Nous ignorons tout de ce qu'il s'est passé ici. Je suis vraiment désolée pour les tiens, petite. Mais maintenant, je te fais la promesse que nous allons tous t'aider. Viens au moins pour te réchauffer, avec nous.

La fillette se jeta alors dans les bras de Jadina en pleurant. Son petit corps était gelé. La Princesse n'avait jamais eu le coeur autant déchiré de toute sa vie.

-C'est la Sorcière qui a fait ça. Elle a fait du mal à mon papa pendant longtemps. Elle a tué ma maman. Elle a tué tout le monde. C'est la faute à la Sorcière. Elle lèche le sang sur ses lames, et elle met le feu à tout ce qu'il y a autour d'elle. Elle l'a fait pour le livre.


***

Jadina regarda tristement l'enfant. Blottie près d'elle, au coin du feu, elle venait d'avaler son deuxième bol de bouillon. Elle ne devait pas avoir plus de 6 ans, pensa la Princesse tristement. Que s'était-il donc passé ici ?
La petite Mia -telle était son prénom- ne répondait aux questions de personne d'autre hormis celles de Jadina. La princesse soupçonnait que Shimy et Gryfenfer l'effrayaient, et Valérian l'intimidait deux fois plus, si c'était possible. Jadina caressait tout doucement la chevelure de la petite. Jusque là, elle avait dit que deux mots : son prénom et "Sorcière". Danaël attendit patiemment qu'elle termine son second plat, puis lui demanda d'une voix douce si elle avait vu et surtout reconnu les malfrats qui avaient accomplis ceci. Et qui était cette "Sorcière". Mais la petite Mia se préservait dans son mutisme. Elle gardait jalousement contre elle sa petite sacoche. Jadina présumait qu'il y avait à l'intérieur des vivres, ce qui lui avait permis d'échapper à la mort toutes ces semaines. Finalement, les hommes furent fatigués du silence de la gamine, Jaheel s'exclama qu'elle avait besoin d'air et de chaleur, et tous se levèrent. Gryfenfer et Jaheel partirent dans un coin. Shimy suivit Danaël et Thomas. Sam, Algard et Elnan s'écartèrent également, afin de s'occuper des corvées. Jadina garda un moment la petite contre elle, puis osa demander doucement :

-Mia, je vais veiller sur toi, d'accord ? Je vais te protéger des méchants qui ont détruit ta maison. Nous devrions bientôt rentrer à Larbos, là bas, tu trouveras certainement quelqu'un qui acceptera de t'aider.

-Je ne veux pas te quitter, murmura la petite, les larmes aux yeux. Et les autres quelqu'uns ils sont méchants.

-Tu trouves que le blond chevalier qui était assis à côté de moi tout à l'heure semble méchant..?

Pour la première fois de la soirée, depuis des semaines surement, Jadina observa un sourire tremblant sur les lèvres de Mia.

-Non, lui il à l'air gentil. C'est ton amoureux ?

-C'est un ami, plutot.

-Pourquoi c'est pas ton amoureux ?

Jugeant plus sage de parler d'autres choses que de l'affreuse fin de sa famille, Jadina se prit au jeu.

-Il peut l'être, si tu veux.

-C'est moi qui peut décider ?

-Il est gentil tu sais. Si ça peut te faire plaisir alors je suis sure qu'il sera d'accord pour être mon amoureux !

-C'est un vrai chevalier ? Enchaîna Mia, qui surpris Jadina tant par sa vivacité que sa capacité à passer d'un sujet à un autre.

-Un vrai, oui. Avec une épée d'or.

Jadina sourit à la fillette, qui se blottit contre elle en baillant.

-Tu veux bien rester avec moi pendant que je dors ? Depuis qu'ils sont morts, j'ai peur la nuit.

-Bien sur, endors toi, je ne bougerai pas, Mia.

-Le chevalier nous protège ?

-Oui, toi comme moi.

-Si elle revient, même le chevalier il ne pourra rien faire contre elle.

-Mia...qui est-elle cette sorcière ?

-Je ne sais pas. Elle a fait couler beaucoup de sang, celui de mes parents, des prêtres, de mes amis. Elle l'a fait pour le Livre.

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MessageSujet: Re: L'histoire   Sam 13 Déc - 11:43

C'était un spectacle désolant.
Une étendue de cadavres, une mer de destruction et de folie, aux reflets morts.
Il n'y avait plus rien ici, plus d'espor ou de vie, plus d'amour ni de bruit. Seul le vent venait trouvler le silence pesant. Gryfenfer avait légèrement tremblé, déstabilisé, choqué même. Lui qui, auparavant, avait côtoyé la Mort de la façon la plus sauvage et la plus sensuelle, dans les arènes de sang, acclamé par la foule bruyante, était désormais impressionné par un tel déchaînement de violence.
Puis, il s'était terriblement rembruni, sans un mot, prenant sur sa rage avec efforts.
Il était demeuré silencieux et sombre, jusqu'à ce que l'elfe l'interpelle pour inspecter le génocide, retrouver quelque chose d'utile. C'était l’œuvre de Darkhell, il le savait, il le dit à l'elfe qui ne put qu’acquiescer.
Plus ils avançaient, plus le carnage devenait cruel, sanglant et total. Les hommes, les femmes et les enfants, torturés, démembrés, tous exécutés.
L'odeur des corps elle-même était morte, mais leurs cris s'élevaient encore, résonnant en échos sur les murs calcinés. Et pourtant, Gryfenfer était resté de marbre, désabusé.
Tout cela devait dater de plusieurs semaines, mais ça n'avait plus d'importance. La bibliothèque, le but du voyage, avait été détruite. À par eux, il n'y avait plus rien de vivant, et encore, Gryfenfer n'était pas sûr.
Plus tard, il s'était regroupés au camp, où un petit feu avait été allumé. Le foyer peinait à réchauffer qui que ce soit, même si Shimy jetait encore des branches avec espoir. Même Gryfenfer avait froid alors que les autres, les rares hommes à avoir survécu aux aléas du voyage, serraient les dents et se blottissaient pour se protéger du froid mordant et du gel.
Leur visage aux traits exacerbés faisaient penser Gryfenfer aux humains torturés et rendus fous dans les prisons de l'arène. Ils savaient que leur calvaire avait été vain, et qu'il  fallait en plus rentrer chez eux.
Danaël évoquait Darkhell comme auteur potentiel du bain de sang, même si ça n'avait pas été bien difficile à comprendre : ce lieu avait une terrifiante aura maléfique.
Jadina avait quitté le groupe, seule, incapable d'entendre d'avantage. Razzia aussi avait disparu, mais Gryfenfer n'avait même pas fait attention à lui. Il restait figé, impassible, les bras croisés.
Il était... tellement déçu.
Jadina était finalement revenue, accompagnée de la seule survivante : une fillette accrochée à ses jambes. Après interrogatoire, la gamine n'avait rien révélé. Elle était ouverte à tout dialogue, mais dès que le sujet de la ville en cendres était évoqué, elle se refermait. Elle avait achevé de décourager tout le monde.
Gryfenfer était exténué et de toute façon, certain comme Shimy que l'auteur du carnage était le Sorcier Noir.
Ils s'étaient éloignés du feu de camp, lui, les Légendaires et ce qu'il restait du convoi. À peine quelques hommes. Bizarrement, ils semblaient bien moins... méfiant et hostiles à son égard. Peut-être en raison de l'alarmant sous-effectif, peut-être parce qu'ils s'en remettaient à lui pour les sauver. Quelle race étrange.



Jaheel alluma une cigahlos d'un coup de briquet assuré. Gryfenfer l'avait suivie assez mécaniquement, sans doute parce que, tellement démoralisé, il aurait pu se trouver avec n'importe que qui, pourvu qu'il ne parle pas de la ville.
Il pensait à Shimy, mais elle était partie sans l'attendre et avait été rattrapée par un des soldats, qui se rapprochait trop d'elle selon lui. Il ne parvenait pas à nommer ce sentiment encore inconnu à lui, mais sentait simplement que c'était là une nouvelle source de colère.
Décidément, il n'y réchapperait jamais...


-Tu en veux une ? Proposa Jaheel.

Il n'avait pas envie de fumer. Pourquoi Shimy était-elle partie sans même l'attendre ?

-Non, merci, marmonna-t-il. J'aimerais plutôt un coup de rhum, ou plus puissant si possible.
-Ça serait pratique pour combattre ce froid, sourit-elle.
-Qu'est-ce qu'on va faire à présent ? Demanda-t-il en fourrant ses mains dans ses poches, sentant le vent se lever.
-Aucune idée, j'imagine qu'on va rentrer. Il n'y a plus rien ici... Je n'ai pas envie de geler ici.

Gryfenfer soupira. Autour de lui ne s'étendait que neige et désespoir, une mer froide balayée par les rafales du vent. Les bourrasques violentes sifflaient sur les collines et sur son visage.
C'était peut-être pour cela qu'il ne l'avait pas senti.
Le vent était traître, et  sa présence dérobait à tous ses sens.
Il ne le vit que trop tard.

-Jaheel bouge-toi !

Elle reçut le coup de plein fouet. Son corps raide décolla et s'écrasa dans la neige, inerte.
La créature, deux fois plus haute que le Jaguarian, brandissait une arme grossière. Elle attaqua dans un hurlement inhumain, d'un seul coup meurtrier. Gryfenfer eut à peine le temps de bondir en arrière mais la lame lui déchira la poitrine. Son sang souilla la neige immaculée de son noir d'encre. Il s'écroula sans un mot.

Le froid infiltrait lentement ses membres, engourdissait ses extrémités et mordait ses os. Ses yeux ouverts ne brillaient pas davantage que son sang. Son cœur allait s'arrêter, il le sentait déjà ralentir.
Là, au fond de sa poitrine blessée, il battait à peine. Vraiment, quelle triste fin.
Il se mit à tousser. À peine, au début, puis de plus en plus fort.
Le Jaguarian cracha du sang noir et vomit sa bile, avant de se redresser douloureusement.
Gryfenfer se tenait, les genoux tremblants, debout, vivant.
Il refusait simplement la Mort. Il n’avait pas fait ce chemin pour mourir ici. Sa main se posa sur sa plaie qui s’étendait de sa poitrine droite sur son flanc gauche, épaisse frontière noire sur son corps.
C’était douloureux, mais pas important.
Il lança un regard chargé de foudre à son adversaire, qui déjà se remettait en garde, pas effrayé, tout juste méfiant. Cette chose l’avait blessé, lui. Il ne pouvait pas l’accepter.

En une seconde, Gryfenfer avait bondit, droit sur la gorge, les crocs en avant.
Clac. Une pression froide. Rien de plus, une précision de prédateur.
La proie chuta sans un bruit, trop surprise pour crier, comme ça, dans la neige molle.
Tout était déjà fini.
Gryfenfer goûta un nouveau sang, tout excité, mais le recracha aussitôt. Infect. Il avait mangé des charognes bien meilleures.
Il se redressa et détailla mieux son ennemi. C’était une sorte de gros troll, totalement glabre, les bras énormes et les jambes courtes, mais assez fortes pour supporter un buste de cette taille.
Le Jaguarian lui prit son casque, frappé de la marque de Darkhell.
Puis, se relevant, il se dirigea vers Jaheel, en titubant. Sa tête le tourner, et lui faisait atrocement mal.
Il ne fallait pas tomber, ne pas perdre connaissance.
Ces genoux cédèrent près d’elle, il se tint la tête, vomit encore. Il aperçut, sous sa gorge délicate, la longue tâche vermeille qui s’agrandissait doucement, doucement, sur la neige écarlate.
Morte.
Le plus important était de retrouver les autres et de refermer ce gouffre. Néanmoins, il emporta le corps avec lui.
C’était probablement un poids inutile, mais il ne pouvait pas simplement déclarer qu’elle était morte, les mains vides. Les humains avaient souvent du mal avec la mort. Et, qui sait, ils étaient si stupides qu’ils pouvaient l’accuser lui, de l’avoir tuée.
Mais il était épuisé, à l’agonie, et ne pouvait que traîner le corps lourd derrière lui, dans la neige, par la cheville. Et sa tête, sa tête, qui venait le relancer de douleur. Le vent glacial lui fouettait le visage, s’insérait dans sa blessure et le repoussait, le déstabilisait pour le faire chuter et l’ensevelir. Il ne se laisserait pas abattre, jamais, par rien ni personne.
Il e l'était promis, tout juste échappé des arènes. Par rien ni personne. Par rien ni personne!
Ses pas titubant le portèrent lentement jusqu'à la lumière faible du foyer. Il était abrité, et Jadina y était planquée, serrant son bout d'humain comme si sa vie en dépendait.
Il avait réussi.


-Alors, c'était donc un serviteur de Darkhell...

Jadina observait sombrement le casque que Gryfenfer lui avait donné. Le choc passé, elle avait pu le guérir de sa blessure et saisir le casque sans trop trembler. La gamine, elle, se taisait.
Gryfenfer fit oui de la tête. Il était allongé près du feu, respirait avec difficulté et avait mal au crâne, mais sa plaie était fermée, et il était vivant.

-Il faut qu'on déguerpisse avant que d'autres ne nous tombes dessus, dit la magicienne.
-Bah, je tuerai tout ceux qui viennent, comme ça, ils ne viendront plus.

Le ton du Jaguarian était étrangement calme. Il se sentait parfaitement bien à vrai dire, peut-être grâce au sort de Jadina, ou parce qu'il avait pu tuer récemment.

-Vu ce qu'un seul a pu te faire, répondit-elle, je ne suis pas sûre que ce sois la meilleure des idées. Les autres vont rentrer d'une minute à l'autre de toute façon, on avisera.

Gryfenfer tourna la tête vers Jaheel. Jadina l'avait couverte avec ce qu'elle avait pu trouver, pas grand-chose, des sacs de couchages. C'était vraiment une bonne fille, Jadina.
Il soupira et cela le fit tousser. Puis, en regardant les étoiles -le blizzard s'était calmé- il dit :

-Dis moi, Jadina, dis moi... dis moi que nous n'avons pas fait tout ce voyage pour rien, et que tous ces gens morts, ne l'ont pas été en vain.

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