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 Au coeur des ténèbres

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MessageSujet: Au coeur des ténèbres   Dim 17 Nov - 16:21

Au cœur des ténèbres

Bon, ma précédente fic s'était un peu mal terminée... Je vous fais la version très résumée mais j'avais perdu espoir dans cette fic. D'une part parce que j'avais des problèmes avec le scénario qui, à la relecture, allait partir en cacahuète, d'autre part parce que ... ben c'était plus les légendaires en fait. Vous avez pu vous en apercevoir par vous-mêmes, vous qui avez lu, mais ça s'éloignait de l'idée de base des légendaires. Je vous rassure, je reviens pas à une fic pour enfants avec celle-ci. MAIS ça revient à une dimension plus simple, que ce soit dans l'écriture (fini les chapitres de dix pages word avec que de la description), ou dans l'histoire et l'ambiance, moins gothiques. Enfin moins gothiques... Tout est relatif. Mais à vous de découvrir.

Ici il y avait une introduction. Il y avait.
Parce qu'en fait je viens (en ce 8 novembre 2015) de la supprimer parce que concrètement elle était naze. Le reste de la fic, je ne le renie pas, à la relecture, ça me plait toujours autant, mais pas cette introduction. Qui en plus n'a aucun rapport avec le reste de l'intrigue.
Pour ceux qui souhaitent relire, en gros ce qu'il s'est passé, c'est que lors d'un combat impliquant Ikaël (j'avais dû l'ajouter àà la demande d'une amie si ma mémoire est correcte), les légendaires deuxième génération (donc avec Ténébris à la place de Danaël) étaient propulsés par un sorcier dans un autre monde.


Dernière édition par Ora le Dim 8 Nov - 14:50, édité 2 fois

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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres   Dim 24 Nov - 14:08

Chapitre 1 : Un monde nouveau

Et des êtres nouveaux…


Un affreux mal de crâne. C’était tout ce qu’il ressentait pour le moment. C’était étrange… il était conscient, il sentait que ses yeux étaient grands ouverts, et pourtant il ne voyait pas. Il bougeait sa langue, mais n’entendait pas les mots qu’il disait, ou du moins essayait de dire. Il n’avait ni chaud, ni froid. Puis soudain tout revint d’un coup, aggravant son mal de crâne. Une vague de douleur partant de sa poitrine le submergea, et le plia en deux, adoptant une position fœtale, dans la boue.
« Attendez… songea-t-il soudain. »
Il était dans la boue ? Comment était possible ? Avec une peine infinie, chacun de ces mouvements lui causant une douleur qu’il n’aurait jamais cru ressentir, il se releva. Il était bien dans la boue, au milieu d’une vaste plaine, dont il ne voyait pas les limites, quelle que soit la direction dans laquelle il regardait. Il tenta de se relever, mais ses jambes encore trop faibles protestèrent violemment, et il glissa, se retrouva à nouveau allongé dans cette boue… Il attendit patiemment que la douleur cesse. Cela prit une longue heure, durant laquelle il ressassa ses souvenirs… il y avait ce sorcier, qui avait prononcé des mots dans une langue qu’il ne connaissait pas… Puis il y avait eu le noir. Puis une sensation de chuter, pendant des heures, comme si l’univers entier n’était plus qu’un gouffre. Puis il avait ressenti un grand choc, et il s’était évanoui. Et il se réveillait là…
Il parvint à se relever. La douleur avait diminué, mais elle persistait. Il examina un peu plus la plaine… il s’agissait d’une prairie, couverte d’herbe, et où que pointait son regard, il pouvait voir le suintement de l’humidité. Ce bourbier dans lequel il s’était réveillé s’étendait à perte de vue. Quelques nuages dans le ciel, mais pas d’étoiles, on était donc en plein jour … et pourtant, quelle était cette obscurité ? Le monde autour de lui était d’une teinte grisâtre pour le moins désagréable… Des ombres, partout. Et pourtant il y voyait aussi clair qu’en plein jour, il distinguait même les rayons du soleil… C’est alors qu’il réalisa.
« Le soleil, murmura-t-il… Il est … Noir ? »
C’était bien cela. Le soleil brûlait les yeux comme à l’accoutumée, mais en fait de lumière éclatante de vie, il était noir comme l’obsidienne sur les pentes d’un volcan. Et cette lumière noire éclairait tout le paysage, lui donnant cette teinte bicolore sinistre. Noir et gris. Tel était le monde dans lequel il se trouvait.
« Je ne peux pas rester là, murmura-t-il… »

Il se mit à marcher. Qui sait, il trouverait sans doute des réponses s’il croisait des indigènes. Comment retourner sur Alysia ? C’était sa première question. Car il était certain qu’il ne pouvait s’agir d’Alysia.  Elle était colorée, le soleil y émettait une vive lumière blanche… Et il y avait de la vie sur Alysia… De la vie… Il se rendit compte qu’il y en avait ici aussi lorsqu’il vit des oiseaux voler dans le ciel. Il vit même un aigle… Un aigle…
« Jadina… songea-t-il. »
Où étaient ses compagnons ? Il se mit à les appeler, tous, les uns après les autres. Personne ne répondait. Il se rendit bien vite à l’évidence, aucun n’était là. Étaient-ils toujours en Alysia ? Étaient-ils dans un autre monde ? Étaient-ils dans ce monde-là, mais ailleurs ? Des questions sans réponses. Il sentit son estomac se nouer sous la pression de l’angoisse qui montait en lui. Peut-être ne les reverrait-il jamais. Il voulut porter la main à ses yeux pour pleurer, mais c’est alors qu’il remarqua un détail.
Les veines de sa main étaient étonnamment grosses, et la peau était fripée. Il regarda Amy, sur son bras. Elle aussi ne semblait pas dans son assiette.
« Des mains de vieillard… murmura-t-il pour lui-même. »

Alors l’angoisse se transforma en peur panique. Combien de temps était-il resté ainsi ? Quel âge avait-il ? Comment allaient ses amis ? Était-ce une autre époque ?
Il se mit à courir aussi vite que ses jambes fatiguées le permettaient. Mais il s’essouffla rapidement.
« Où sont passées ma vigueur et ma force ?, cria-t-il, poussé au désespoir. »
Il était plié en deux, les mains sur les genoux…
« Tu t’es réveillé ? demanda soudain Amy.
-Oui… Combien de temps ? hurla le barbare.
-Je n’en sais pas plus que toi… Je me suis réveillé il y a à peine une heure.
-Tu as vu notre …
-Transformation ? Oui, j’ai vu. Nous avons des corps de vieillards. Et tu ne zozotes plus au passage.
-Un corps de vieillard… L’accident Jovénia serait inversé ?
-Je ne crois pas, car tu as encore ta boudine d’enfant, regarde par toi-même. »
Razzia se baissa. Amy avait raison, il avait encore son corps d’enfant. Mais qui présentait un physique de vieillard.
« Quel genre de sorcellerie est-ce là ? murmura-t-il…
-Je n’ai sans rien. Mais écoute. Tu n’entends pas des bruits de combat au loin ? »
Razzia tendit l’oreille. Amy avait raison. Deux duellistes entrechoquaient leurs épées au loin. En fouillant dans la direction d’où venait le bruit, il put distinguer, à une distance importante de lui, deux silhouettes qui semblaient se battre.
« Allons les voir, murmura-t-il. Même si ce sont des guerriers, peut-être pourront-ils me dire quelque chose… »

Il marcha pendant ce qui lui semblait être des heures. L’espoir le portait. Et si c’était Ténébris qui se battait là-bas ? Il tenta à plusieurs reprises d’accélérer, mais son corps fatigué protesta sous la forme de courbatures… Amy lui certifia qu’il s’y habituerait et repousserait rapidement ses limites. Mais lorsqu’il arriva au niveau des combattants, il était essoufflé. Une montagne se dressait derrière eux, mettant fin à la morne plaine. La boue était toujours présente, et maculait les armures de ces … Adultes. Non, pas des adultes. Des vieillards eux-aussi.
Ils étaient tels le jour et la nuit. L’un d’eux portaient une armure étincelante de lumière noire, richement décorée, des runes couraient sur les moindres articulations, et son blason était composé de rainures de couleurs harmonieuses… Si tant est que l’on pouvait parler ainsi alors qu’il ne s’agissait que de nuances de gris. L’autre portait une armure bien plus sombre, abimée. Aucune rune ne la décorait, ni aucune fioriture. En revanche, des cruelles pointes acérées l’ornaient aux points qu’il était amené à mettre entre lui et son adversaire, afin de blesser ce dernier. Les avatars même de l’harmonie et de la discorde se battaient sous ses yeux. Tous deux allaient tête nue. Ils avaient dû être magnifiques pendant un temps, mais aujourd’hui, des rides creusaient leur front, leurs yeux étaient enfoncés, leurs joues gonflées. Ils bougeaient sans grâce, leurs mouvements rendus saccadés par leur condition physique. Razzia était un enfant, eux étaient adultes. Mais tous trois étaient des vieillards.
« Messieurs… tenta de demander Razzia… »
Les deux combattants l’ignorèrent.
« Tu perds ton temps, intervint une voix claire, mais chevrotante néanmoins.
-Qui me parle ? demanda Razzia.
-Moi, répondit la voix. »
Razzia chercha des yeux, et vit une fée de cinq centimètres de haut flotter dans l’air. Elle aussi était vieille, et battait difficilement de ses ailes abimées par le temps. Razzia lui tendit la main, sur laquelle elle se posa.
« Ils ne me parleront pas ? demanda Razzia.
-Tu n’as rien noté d’étrange ? répondit la fée. »
Razzia observa plus attentivement, et ce qu’il n’avait pas vu lui sauta aux yeux, au point qu’il se demanda comment n’avait-il pas pu voir cela. Les deux guerriers étaient blessés. Non pas des blessures légères, quoiqu’ils en aient, mais des blessures graves. Le sombre avait même la gorge ouverte, qui saignait abondamment, et le clair avait le cœur transpercé, qui saignait également.
« Ils devraient être morts, dit Amy.
-Ils ne peuvent pas, dit la fée. Ce sont les éternels combattants. Lorsque je suis arrivée ici, il y avait une plaine, comme celle que tu vois. Les deux guerriers se battaient déjà. Depuis, une forêt a poussé. Les arbres ont tous été centenaires, puis sont morts, et la forêt a disparu. Deux autres forêts ont subi un sort semblable. Et depuis tout ce temps, ces guerriers n’ont jamais cessé de se battre. Tu crois marcher dans la boue ? C’est le sang qui coule de leurs blessures qui la compose.
-Qu’est-ce que c’est que ce monde… murmura Razzia.
-Mais, répondit la fée… Tu l’ignores donc ? Tu dois être nouveau. C’est le monde des bannis, où se côtoient des êtres venant de tous les univers possibles et imaginables. On y est envoyé par sorcellerie, on en repart jamais. Bienvenue.
-Tout le monde est-il comme les éternels…
-De tels personnages vont et viennent dans ce monde, n’y fais pas attention, tu deviendrais comme eux. »

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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres   Dim 1 Déc - 13:21

Chapitre 2 : Un roi au sommet de la montagne

Roi oui, mais roi de quoi ?

Ténébris ouvrit les yeux. L’obscurité avait envahi toute sa chambre. La chandelle, brillante de lumière noire, s’était éteinte, entièrement consumée depuis bien longtemps… Elle observa la pièce. Sa décoration, son ameublement, tout était spartiate. Un vieux guéridon dans un coin, sur lequel étaient posées ses armes, un coffre dans lequel étaient entreposées le peu d’affaires qu’elle avait, à savoir sa tenue de légendaire et la robe qu’on lui avait fournie, et un lit. C’était tout, mais la pièce était en même temps si petite qu’on avait l’impression que cette quantité de meubles empêchait de s’y déplacer correctement. Les volets étaient fermés, rendant l’intérieur si sombre que l’on ne pouvait se rendre compte du point auquel le tissu des draps était mangé par les mites, l’ameublement fatigué par les années, et l’humidité tachait les murs. La pièce était chaude, mais uniquement parce que c’était l’été. Du moins, c’est ce qu’affirmaient les autres habitants du château…

Ténébris s’était réveillée dans cette chambre il y avait une semaine de cela. Elle s’était demandé où est-ce qu’elle était, ce qu’étaient devenus ses amis… Elle l’ignorait, mais au même moment, loin d’ici, dans une plaine, Razzia se posait les mêmes questions. Comme lui, elle avait constaté que son corps était celui d’une vieillarde. Comme lui, elle avait paniqué. N’ayant personne à qui parler, elle avait voulu sortir de sa chambre. La porte était verrouillée. Plusieurs heures plus tard, une vieille servante était venue à elle, et avait exprimé son soulagement de la savoir éveillée. On l’avait conduite à travers un dédale de couloirs. Puis elle était arrivée dans une immense salle. Des tapisseries abimées par le temps et dévorées par les moisissures la décoraient. Au centre, une table en bois. Ténébris avait pu deviner qu’il serait humide si elle le touchait. Des piliers soutenaient le plafond, mais elle se demandait s’il tiendrait encore bien longtemps… Le palais, car il s’agissait de cela, était sur le point de tomber en ruines. Au fond de la salle, un trône. Dans le passé, il avait dû être richement décoré. Mais aujourd’hui, les dorures étaient ternies, les quelques diamants avaient été arrachés, le velours lacéré. Et sur ce trône était assis un homme. Rien ne le distinguait des autres. Ses vêtements étaient pauvres, et dévorés par le temps. Il ne portait pas de couronne, mais un chevalier en armure rouillée et à laquelle il manquait des pièces s’était avancé vers elle, et lui avait simplement dit :
« A genoux devant le roi ! »
Elle s’était inclinée, plus par instinct de survie que par vrai respect. Enfin, un roi pouvait être pauvre.
« Enfant, lui avait-il alors dit, je suis heureux de vous savoir éveillée. Vous devez sans doute vous demander ou vous êtes, n’est-ce pas ?
-Oui, majesté.
-Bien. Vous êtes dans le royaume de Duruse, dont j’ai le bonheur d’être le roi. Je suis heureux de vous y accueillir, soyez-en sûre, même si les circonstances de votre arrivée doivent vous surprendre. Mais ce n’est pas mon rôle de vous les expliquer. Je tenais juste à vous faire souhaiter personnellement la bienvenue dans mon royaume. »

On l’avait ensuite amenée à une salle, ou un vieil homme s’était chargé de répondre à toutes ses questions. Vraisemblablement, il ne savait rien. Lorsqu’elle avait demandé pourquoi tous dans ce monde avaient l’apparence de vieillards, il avait répondu qu’il en allait ainsi, et qu’il demandait ce que pouvait être une autre apparence. Elle avait demandé si la teinte du soleil était naturelle, il avait répondu qu’à la création du monde, les dieux en avaient décidé ainsi, et à chaque question, il répondait que c’était ainsi. Puis il lui avait offert d’être domestique au palais.
« On manque de gens parmi notre personnel. Le royaume est prospère, soyez-en sure, mais l’état de délabrement du château doit être une preuve que nous avons besoin de bras supplémentaires… Notre roi est bon, et se refuse à engager des ouvriers de force. Or, tous sont occupés ailleurs… Comprenez bien que dans votre situation, l’offre est honnête : à peine arrivée dans ce monde, vous avez déjà un travail. Avouez que vous n’êtes pas à plaindre, n’est-ce pas ? »
Elle avait accepté. Et depuis une semaine, elle nettoyait tous les jours la cour du château. Elle avait pu monter sur les remparts à plusieurs occasions, et avait constaté que l’édifice se trouvait en haut d’une montagne. La brume l’empêchait de voir à sa base, mais on lui avait garanti qu’aux pieds du palais, c’était la capitale, ville prospère et florissante. Et de fait, tous les jours, des chevaliers désignés par le roi descendaient en ville. Ils allaient y rendre la justice, et ramenaient un ravitaillement au palais, en nourriture, et en tissus de temps en temps, selon qu’ils y pensaient ou non. Il arriva une fois que le roi se joigne à eux. Ainsi passa la première semaine de sa vie dans ce monde…

Et c’est lors d’un jour qui devait l’empêcher de sombrer dans la routine qu’elle se réveilla. Elle avait pris conscience, au moment du coucher, qu’elle n’était pas sortie des murs du palais. Elle comptait bien demander à participer à l’expédition du lendemain ce soir. La journée se passa selon la routine désormais quotidienne. Pendant toute la matinée, elle fut en charge du nettoyage de la cour, salie la veille au soir par le retour des chevaliers, qui amenaient avec eux de la poussière, et autres saletés. En début d’après-midi, elle avait deux petites heures à elle, puis elle aidait au nettoyage de la salle du trône, pour le dîner. Tout le palais dinait ensemble, bien qu’il y ait plus d’une centaine d’habitants, majoritairement des guerriers et des guerrières. Ce fut au cours du dîner que Ténébris osa s’adresser au roi.
« Votre majesté, dit-elle, puis-je vous demander une faveur ?
-Au bout d’une semaine ici vous m’en demandez déjà une ? Soit, mais je crains de ne pouvoir accéder à votre requête.
-J’aimerais connaitre un peu plus votre beau royaume, dit-elle.
-Ce que vous en avez entendu ne vous suffit pas ?
-Si, bien sûr que si. Votre royaume est grand, prospère, ses habitants sont heureux. Et vous êtes un excellent roi. Je sais tout cela, mais j’aimerais néanmoins descendre en ville, pour faire la connaissance de mes compatriotes… Puisque votre peuple et vous-mêmes avez choisi de m’accueillir, et que je vous remercie en vous servant, ne serait-ce pas justice que de remercier également votre peuple en allant à sa rencontre ? »
Le roi prit un air pensif, puis dit finalement :
« Le peuple est représenté à travers moi. Soyez donc sure que j’estime que vos loyaux service suffisent. Demain, vous reprendrez votre travail. »
La discussion était close, mais Ténébris avait une autre idée en tête.

Alors que le château était endormi, elle revêtit sa tenue de tueuse, et prit ses deux armes. Qu’elles étaient lourdes avec ce corps de vieillarde ! Elle descendit dans la cour, et monta sur les remparts. Elle s’étonnait qu’ils ne soient pas surveillés, mais cela n’avait pas d’importance. La porte était trop lourde pour elle, alors elle dut descendre en escaladant le mur. La tâche était facilitée par le grand nombre d’aspérités causées par le temps dans la paroi, mais d’un autre côté, c’était la première fois que son corps travaillait vraiment depuis qu’elle était arrivée dans ce monde, et c’est essoufflée et fatiguée qu’elle arriva en bas du mur, où elle s’affala, le temps de se reposer un peu. Elle se releva, puis descendit le sentier qui zigzaguait. La descendante dura quelques heures, puis elle arriva en ville…

Ce n’était qu’un champ de ruines. Partout, des squelettes. Déjà, des arbres poussaient, tandis que la nature reprenait ses droits sur la ville. La bataille devait avoir eu lieu des décennies auparavant, et il semblait bien que personne n’avait pensé à reconstruire la ville… Elle se promena dans les rues, faisant attention de ne pas trébucher dans les trous formés dans les pavés, puis elle aperçut une ombre dans un coin, qui s’enfuit à son approche. Elle s’élança à sa poursuite. L’ombre avait une forme humaine. Sa proie tenta vainement de la semer, mais malgré son corps de vieillarde, Ténébris savait pister un homme. Elle le vit descendre dans un égout. Elle descendit derrière lui. Alors qu’elle s’avançait dans les ténèbres, elle ressentit un grand choc à l’arrière du crâne.

Elle se réveilla ligotée, attachée à un poteau, toujours dans les égouts. Une véritable foule devant elle. Ils ne faisaient pas attention à elle. Mais c’était la misère même qu’elle contemplait. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant était vêtu de loques. Tous avaient un physique de vieillard, même les plus jeunes. L’un d’entre eux lui tournait le dos, assis devant elle, immobile. Son geôlier sans doute. Elle ne dit rien, essayant de tirer un peu sur ses cordes, mais ces gens savaient faire des nœuds. Elle ne put qu’attendre. Une heure s’écoula. Puis enfin ils semblèrent la remarquer.
« Alors la voilà, dit l’un d’entre eux… Toi ! Tu es une fille du château, ou une fille de la campagne ?
-Campagne, répondit instinctivement Ténébris.
Elle reçut une gifle en réponse.
-Menteuse ! Il n’y a plus personne dans la campagne !
-Comment suis-je censée le savoir ? Je suis une nouvelle arrivante…
-Ah. Beaucoup utilisent cette excuse. Donnes-nous une preuve de ce que tu avances !
-Avez-vous vu beaucoup d’enfants venant du château avec de telles armes ? essaya Ténébris.
-Une bonne preuve, répondit l’homme qui l’interrogeait. Tu vas nous rejoindre. Tu vas être des nôtres, et renverser ce tyran.
-Un tyran ? demanda Ténébris. Elle commençait à comprendre, mais elle voulait entendre de la bouche de ce miséreux ce qu’il en était. Qu’a-t-il fait de … Tyrannique ?
-Tu es bien une nouvelle pour ne pas le savoir… Son père a déclenché une guerre. Et le sang a coulé. Et les armées se sont affrontées. Et une armée a perdu, la nôtre. Tu en vois le résultat au-dessus. Les envahisseurs ont tué, massacré, violé, n'épargnant personne. Les sabots de leurs chevaux ont fendu nos visages, leurs épées sont tranché nos chairs, et leurs torches ont mis le feu à nos maisons. Nous sommes les seuls survivants du royaume, nous et ceux du château. Et nous vivons, les uns dans la ville, les autres au château. Et tu sais pourquoi nous ne reconstruisons rien ? Parce que nous nourrissons le tyran.
-Vous le nourrissez ? Mais…
-Nos corps le nourrissent. Ses chevaliers descendent tous les jours, nous tuent, décèpent nos morts en pleine rue, et emmènent de la viande fraiche au château. Et des fois, le tyran vient avec eux. On essaye de le tuer, mais on y arrive pas. »
Ténébris vomit en apprenant ce qu’elle avait mangé pendant une semaine…
« Ecoutez, dit-elle, en se reprenant. Je sais que je n’en ai pas l’air, mais là d’où je viens, je suis une tueuse. Je peux vous aider, si vous le souhaitez… »

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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres   Dim 8 Déc - 16:07

Chapitre 3 : Autre royaume, autre roi

Entre abondance et misère, la frontière est bien plus fine qu’on ne saurait l’imaginer

Ikaël était essoufflé, et cela le frustrait au plus haut point. Pendant un temps, il aurait triomphé de cet exercice en faisant travailler ses muscles, et aurait montré la force dont il disposait. C’était avant d’arriver dans ce monde maudit. C’était dans le temps où il vivait sur Alysia. Mais à présent, il était ici, coincé dans ce corps de vieillard. Les habitants ne comprenaient pas sa frustration, car ils n’avaient jamais vécu autrement. Il avait été étonné de constater que les bébés naissaient avec des rides sur le front, des veines bleues bien visibles et bien ressorties. Et les hommes comme les femmes grandissaient avec ça.
Il s’était ensuite aperçu que cet état de vieillesse n’était pas le propre de l’Homme. Tout dans ce monde semblait dans un état de délabrement et de négligence incroyable. Les vêtements, les murs, les animaux, la nature elle-même semblait fatiguée, vieille, et lasse de vivre. Il avait une fois pensé que le soleil pouvait être noir à cause du deuil qu’il faisait de ce monde sur le déclin, mais le problème était que ce monde, malgré son apparence, florissait autant qu’Alysia. Alors pourquoi une telle malédiction ? Il avait vu un forgeron passer des jours sur une épée, qu’il martelait tallait, avec un talent qui surpassait la plupart des forgerons alysiens qu’il avait connu, et pourtant, à la fin, l’épée était rouillée, émoussée, et il s’était déclaré satisfait.
« Une superbe pièce, avait-il dit. »
Ikaël avait tout d’abord pensé lui faire remarquer l’état de sa superbe pièce, mais il avait bien vite compris que même les créations nouvelles apparaissaient comme étant usées. Enfin, à tout le moins, les institutions de l’état ne l’étaient pas.
Il s’était réveillé dans un hôpital. Quelqu’un qui l’avait trouvé dans la campagne environnante l’avait identifié comme un chevalier à cause de son armure. On le surnommait depuis « le lutin », car il était un chevalier ayant l’apparence d’un enfant. Au départ, beaucoup avaient douté de ses dires, mais son armure étant adaptée à sa taille, personne ne lui en avait tenu rigueur. Il avait été introduit à la cour de Viegraf le Hardi, roi de la montagne. Car son royaume n’avait pas de nom, mais se situait en montagne. On avait plaisanté au sujet du pragmatisme de ceux qui avaient fondé le royaume, puis il avait participé à un banquet. Il y en avait un toutes les semaines ici, car le royaume était prospère. Et Ikaël devait bien admettre que son peuple était heureux. Il descendait fréquemment en ville, dans les heures d’affluence. Partout, les bruits de la ville raisonnaient, et lui rappelaient son monde natal. Et lui, il était accepté en tant que chevalier du faucon d’argent.
Et c’est pour cela qu’il s’entrainait dans la cour. Car si les autres soldats du royaume avaient grandi dans ces corps de vieillards et n’avaient que peu de problèmes pour bouger avec, il devait s’habituer à sa nouvelle condition. Les exercices physiques étaient donc devenus son quotidien, comme s’il recommançait son apprentissage à zéro. Mais c’était bien plus dur qu’en Alysia.
« Un problème le lutin ? demanda Rodas, le maitre d’armes.
-Un peu fatigué Rodas, c’est tout, répondit Ikaël.
-Tu m’étonnes, avec tout ce que t’as fait aujourd’hui ! Faut pas te tuer non plus !
-J’ai pas la sensation d’avoir fait grand-chose…
-Crois-moi t’as buché plus que des gars que je connaissais et qui sont d’excellent guerriers. T’es en forme, arrêtes de dire le contraire. Te muscler, ça tu sais faire. Surestimer de tes forces aussi. Alors maintenant, tu vas te promener en ville, et tu reviens qu’au coucher du soleil, pour le banquet. Je te veux à ma droite, et en forme. Et t’as intérêt à être là sinon je te brise le cou. Tu sais que j’en suis capable. »

Au contraire, Ikaël savait que jamais Rodas n’aurait jamais osé tuer un sujet du roi… Du moins sans sa permission. Telle était la politique ici, on ne s’embrassait pas de subtilités. Les adversaires politiques du roi étaient éloignés de la capitale, quand ils n’étaient pas tout simplement mis en prison ou tués. Le roi n’étant pas un tyran, personne ne se plaignait du système. Il descendit en ville, où il passa le restant de l’après-midi. La capitale était animée, et les gens semblaient heureux. Cependant, où que portait son regard, un alysien aurait jugé que ce n’était que désolation. Le bois étaient moisi, les pierres fissurées, tâchées d’humidité. Chaque maison de la ville semblait menacer de s’effondrer sur elle-même. En outre, la ville était salle. Les gens versaient de leur fenêtre leurs ordures dans la rue, formant au centre de cette dernière des ruisseaux d’eau saumâtre, remplis d’ordures de tous types, et une odeur d’égout masquait toutes les autres odeurs. Et pourtant, au regard de ses critères, la ville semblait prospère. Les fenêtres aux maisons laissaient voir des garde-mangers pleins, et il n’y avait pas de mendiants. Les habitants semblaient heureux. Il laissa son esprit vagabonder. S’il oubliait la saleté ambiante, peut-être aimerait-il cette ville après tout, c’était sa maison dorénavant. Bien entendu, faire ses adieux à Alysia était difficile, mais bon, ce soleil noir, ces couleurs monocordes et grises, tout semblait l’inviter à une nouvelle vie. Il s’aperçut alors qu’il était arrivé aux remparts de la ville. Il monta dessus. Il ne l’avait jamais fait depuis un mois, il se demandait quelle serait l’aspect extérieur de la ville…
Il eut le souffle coupé.
Des baraques entassées les unes sur les autres, parfois sans toit. Jamais plus d’un étage, et plus de quelques mètres carrés. Elles étaient faites avec des pierres entassées, sans ciment, parfois quelques plaques de bois ou de métal. Les rues étaient fines et sales, ne suivaient aucun parcours logique, et les quelques habitants qu’il pouvait apercevoir étaient vêtus de loques… La pauvreté était visible partout. Au loin, la campagne.
« Première fois que tu montes sur le mur, le lutin ? demanda un soldat de garde.
-Première fois, oui. C’est quoi ce quartier ?
-Le faubourg ? Rien de particulier. Des réfugiés de guerre, des pauvres de la campagne… C’est même plus des humains, va. Le roi essaye régulièrement de les aider, mais ils en veulent pas. Quand on leur donne de la nourriture, ils se battent pour l’avoir, et s’entretuent. Pareil pour des soins, des couvertures… Alors on renonce. Pourquoi on donnerait la civilisation à des gens qui en veulent pas. Tu vois ces murs là ? Ils entourent les faubourgs et sécurisent l’entrée dans la ville. Pas pour qu’on entre dans les faubourgs, ça seul un idiot le ferait, mais pour les empêcher d’en sortir. Ces espèces de clochards veulent pas de notre aide, on va pas la donner. »

Ikaël restait silencieux pendant le banquet. Un simple mur séparait deux modes de vie radicalement opposés.
« Un problème le lutin ? demanda Rodas.
-J’ai vu le faubourg aujourd’hui.
-C’est une vision qui t’a choqué ? Alors dis-toi bien que la dernière fois que j’ai envoyé un de mes gars là-bas avec de la bouffe, il est jamais revenu. On a retrouvé son armure en envoyant une expédition le chercher, mais lui, pas moyen de le retrouver. Ces gens-là se vautrent dans leur propre crasse, et c’est pas nous qui allons les en sortir.
-Mais en tant que chevaliers…
-Ton devoir de chevalier est de servir le roi. Si tu veux qu’il agisse, vas lui parler. Mais moi je m’en fiche de ce qui leur arrive. »

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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres   Dim 29 Déc - 14:23

Chapitre 4 : Ô puissant magicien…

Indique-moi le chemin…

Gryf s’était réveillé au milieu d’une forêt. Les mêmes découvertes que les autres l’avaient plongé dans un profond mutisme. Il avait tenté de bouger, mais elle semblait s’étendre à l’infini. Alors le jaguarian avait commencé à survivre comme il le pouvait. Depuis un mois, il se nourrissait de l’eau d’une rivière qui s’asséchait, il se nourrissait de fruits trop murs qui poussaient sur les arbres directement dans cet état, et il lui arrivait d’attraper des animaux trop âgés pour continuer la course-poursuite. La vigueur qu’il avait jadis avait disparu, et il en payait le prix. Mais que pouvait-il, dans un monde où le soleil lui-même semblait s’éteindre, où les nuits étaient sans lunes ni étoiles, et où la teinte grise et sinistre uniformisait le paysage…
« Bon sang, marmonna-t-il, au bord de l’eau. Qu’est-ce que je donnerais pour savoir où sont les autres… »
Mais un mois s’était écoulé, un long mois, et il n’avait toujours aucune nouvelle de ses compagnons. S’ils étaient dans cette forêt, ils se déplaçaient sans laisser la moindre trace.
-Savoir où sont les autres ? intervint une voix criarde, et en même temps épuisée par l’âge. Mais sais-tu déjà où tu es toi-même ?
-Qui… Qui me parle ? cria le jaguarian, en se relevant aussi vite que son nouveau corps lui permettait.
-Pourquoi t’inquiéter de qui te parles quand tu ne sais même pas qui tu es ?
La voix avait changé de côté. L’homme à qui elle appartenait était derrière lui à l’origine, mais il était devant à présent. Et Gryf ne le voyait toujours pas.
-Je suis Gryffenfer, répondit-il, cherchant son interlocuteur des yeux.
-Aaaaaaah, Gryffenfer, le noble combattant des arènes secrètes, et le légendaires guerrier qui aida à vaincre Darkhell ? Je me trompe ?
-Comment savez-vous tout cela ? s’écria Gryf.
-Je me trompe ?
-Vous ne vous trompez-pas…. Montrez-vous !
-La question n’est pas de savoir si je me montre ou pas. La question est plutôt de savoir si tu me vois ou pas mon petit jaguarian… Et sais-tu qui tu es ?
-Tu viens de me le dire, dit Gryf, qui sentait sa colère monter.
-Non, je n’ai dit que ton passé. Pas qui tu es.
-Et naturellement, tu le sais ?
-Bien sûr, puisque je suis Scior, celui qui sait tout. Et toi, tu es ?
-Gryffenfer, tu as déjà énuméré qui j’étais, et tu dois le savoir puisque tu sais tout.
-Et donc et par conséquent, tu as besoin de moi pour le savoir, tu ne sais donc pas qui tu es.
-Je suis Gryffenfer ! Ai-je besoin de savoir autre chose ? »
Une silhouette apparut devant lui. D’abord une forme translucide, puis ses traits se détaillèrent. Un viellard, comme lui. Mais les rides de son front étaient moins profonde, et une certaine noblesse marquait ses traits, noblesse qui le rendaient aussi élégant et beau à regarder qu’un jeune homme de trente ans. Il était vécu d’une longue tunique qui tombait en lambeaux.
« Oui, dit-il. Tu as besoin de savoir qui tu es.
-Tu parles par énigmes, dit Gryf.
-Je ne fais que te dire la vérité. Tu as besoin de savoir qui tu es pour savoir pourquoi tu es ici.
-J’y ai été envoyé, dit Gryf, par un magicien…
-C’est ce que tu crois. Personne ne vient dans ce monde mourant par hasard. Personne. Il faut une raison pour y aller. Et se connaitre est la seule possibilité.
-Et toi, pourquoi es-tu ici ?
-J’y suis venu car j’ai échoué. Je devais défendre ma terre aux côtés de mes frères d’armes, et nous avons perdu. Tous sont morts, et je rampais, blessé, parmi les cadavres. Puis soudain, je me suis mis à chuter. Et me voilà ici.
-Et maintenant que tu sais qui tu es, dit Gryf, en quoi cela t’aide-t-il ?
-Je suis le Prophète de ce monde, dit Scior. Si chaque être pensant de cet endroit teinté de malheur sait pourquoi est-il ici, alors nous pourrons le quitter. Tel est notre châtiment éternel. Alors dis-moi, Gryffenfer, quel crime as-tu commis pour te retrouver ici ?
-Scior, dit Gryf, je ne voudrais pas t’importuner plus longtemps, mais je dois débattre de la question avec mes amis. Peux-tu m’aider à sortir de la forêt ?
-Tu es dans la forêt des yeux aveugles, dit Scior. L’orée est là-bas. »
Il désigna du bras une direction. Gryf doutait de trouver l’orée avant plusieurs jours, si tant est qu’elle y soit, mais il se mit en marche par curiosité. Au bout de quelques instants à peine, il était sorti. Lui qui avait passé parfois des jours à marcher dans cette direction. Lorsqu’il se retourna pour parler à Scior, il n’y avait plus de Scior. Ni de forêt. Devant lui s’étendait une morne plaine, et il distinguait deux combattants en armure qui combattaient l’un contre l’autre, souffrant de nombreuses blessures.

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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres   Dim 28 Sep - 20:29

Chapitre 5 : Le chant de l’océan

L’appel du large

Jadina regardait ses mains. Des mains de vieille femme. Depuis un long mois, elle ne s’y était toujours pas habituée. Comment se faisait-il qu’elle ait ce corps de vieille femme ? Et aurait-elle un jour pu penser que quelque chose d’aussi simple que des couleurs lui manqueraient à ce point ? Dans un monde où tout n’était qu’en nuance de gris, la beauté du jade de l’arbre de Gaméra surpasserait tout, cela ne faisait aucun doute. Même elle n’avait pas de jade de Gaméra à montrer à qui que ce soit. Et quand bien même en aurait-elle eu, alors peut-être aurait-il était gris lui aussi. Gris à l’image de cet univers. Ou plus sombre encore, à l’image de ce soleil noir qui éclairait la morne plaine dans laquelle son convoi avançait depuis qu’elle s’était réveillée.
Les voyageurs, car c’était ainsi qu’eux-mêmes se nommaient, étaient tous des vieillards, même les enfants. Ce qui était en soit un concept bien paradoxal. Mais ce n’était pas à elle de juger. Ils l’avaient recueillie alors qu’elle était évanouie au bord de la route. Depuis, n’ayant nulle part où aller, elle voyageait avec eux, essayant de démêler les fils de cette énigme.
Cependant, quelque chose ne tournait pas rond dans ce voyage. Depuis un mois, la plaine n’avait toujours pas pris fin. Depuis un mois, les chariots lui donnaient l’impression d’avancer sans faire de chemin. Comme si le sol se dérobait sous leurs roues au fur et à mesure de leur progression.
« Que se passe-t-il ici ? avait-elle demandé. »
Elle n’obtenait aucune réponse. Et le convoi avançait, et avançait encore.
« Où va-t-on ? »
Aucune réponse non plus. Les voyageurs ne parlaient que de la pluie, du beau temps, du point auquel ils étaient heureux d’avoir quitté leurs maisons, mais jamais, non jamais ils ne parlaient du voyage, ni de l’avenir. Ils se contentaient de continuer à avancer, inlassablement. Et les jours se succédaient les uns aux autres, et se firent semaines, puis les semaines elles-mêmes se firent un mois. Et Jadina avait l’impression que le convoi n’avait pas avancé d’un mètre. Mais elle restait avec eux. Elle ignorait pourquoi, elle ressentait le besoin d’être avec eux, comme s’ils opéraient un enchantement. Elle avait l’impression que le monde extérieur était mauvais, qu’il fallait rester dans ce convoi, elle y trouverait sans nul doute aide et protection.
Et le convoi se mouvait, et se mouvait encore, sans jamais avancer pour autant.

Et puis un jour, un grondement se fit entendre au loin. Ce ne fut d’abord qu’un vague bruit, un murmure dans les rayons noirs de l’aube, mais au fur et à mesure, alors que la journée avançait, et que les ombres changeaient de place, le grondement se fit de plus en plus important, puis finalement, les yeux fatigués de Jadina purent en voir la source.
Il s’agissait d’une immense étendue d’eau s’étendant par-delà la ligne d’horizon. La princesse d’Orchidia savait ce qu’elle était. La mer. Mais pourquoi faisait-elle ce vacarme assourdissant ? Certes, le ressac n’était jamais silencieux, mais pourquoi un bruit tel que celui qu’elle entendait ? Elle essaya de crier, et n’entendit pas le son de sa propre voix, car il était couvert par le grondement, toujours plus important que sa propre voix, dans ce monde où tout était habituellement d’un silence de mort.
Et soudain, elle eut envie de se jeter à la mer. Elle s’avança d’un pas lent vers cette dernière,  puis accéléra autant qu’elle le put au fur et à mesure qu’elle s’approchait, avant de sentir un choc à l’arrière de son crâne, et de voir le sol s’avancer vers elle.

Elle se réveilla dans un chariot, le grondement toujours aussi puissant. Une femme du convoi la regardait avec compassion. Elle sentit que ses mains et ses pieds avaient été attachés. La femme lui adressa alors la parole, car on se trouvait assez loin de la mer pour s’entendre si l’on parlait assez puissamment.
« L’appel du large est meurtrier, dit-elle. Cette étendue d’eau, ne te fie pas à elle. Elle t’appelle à toi, te prends, te garde, et ne te rends jamais. »

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MessageSujet: Re: Au coeur des ténèbres   Dim 8 Nov - 11:08

Chapitre 6 : Les fragments d’une couronne brisée

Au cœur d’une lointaine étendue gelée

Cela faisait combien de temps ? Un mois ? Deux peut-être ? Shimy avait cessé de compter les jours depuis bien longtemps maintenant. Elle avait une vague notion du temps qui s’écoulait, mais comment pouvait-elle compter les jours ? Où était-elle ? Combien de temps était-elle restée inconsciente, pour sentir son corps si fragile et abimé par le temps ? Quel genre de sort lui avait été jeté ?
Autant de questions qui resteraient à jamais sans réponse, l’elfe le savait. Elle ne savait même pas où était-elle. De quelle région d’Alysia s’agissait-il ? Elle était incapable de le dire. Elle avait perdu ses broches dans la chute et ne les avaient jamais retrouvées. Il faisait froid, et elle sentait des neiges sous ses pieds depuis son réveil. Etait-elle en montagne, ou loin au nord, là où les terres gelaient même au cours de l’été ?
Le fait qu’elle ne sente aucun dénivelé sous ses pas quand elle marchait semblait confirmer la seconde théorie. Mais comment était-elle arrivée ici d’abord ? Et comment faisait-elle pour y survivre ? Elle l’ignorait elle-même. Le fait qu’elle ne soit pas morte de faim ou de froid la rendait folle. Elle avait dormi longtemps, et plusieurs fois. Cela impliquait que plusieurs jours s’étaient écoulés. Et elle avait l’impression que des milliers de vers lui rongeaient l’estomac, tandis que sa bouche ne contenait plus la moindre salive. Elle avait terriblement froid, et ne sentait plus les extrémités de son corps abimé par elle ne savait quelle sorcellerie.
Mais il y avait ce fragment. Tout chaud. Il l’avait attiré quand elle était arrivée ici. Elle ignorait pourquoi, elle avait senti que quelque chose de … De bien ? Quelque chose de bien c’était cela, était là. Elle l’avait pris. Depuis, elle le serrant contre elle, elle oubliait la faim et la soif. Cela la maintenait en vie sans la rassasier, mais lorsque sa magie était active, elle ne sentait plus faim, soif et froid.

Elle passa un temps immense à le serrer contre son cœur, une larme gelée coulant de son œil. Les secours arriveraient, non ? Avec cet éclat de roche, elle pouvait survivre indéfiniment. Elle le sera plus fort encore. Pour la première fois, elle eut l’idée d’essayer une fusion élémentaire. Son corps fatigué protesta contre un tel effort qui lui parut surhumain. L’objet qu’elle tenait était en cristal. Sa fusion lui permettait donc bien d’identifier les minéraux. Mais elle en perdit le contrôle, à l’instant même où elle comprit. Comme si le cristal refusait de se laisser identifier. Ou pas. Car elle sentit d’autres cristaux non loin. Ils ne l’avaient pas appelée avant, maintenant ils le faisaient. Un nouveau mystère à ajouter. Mais cela lui donna un but.

Elle mit plusieurs jours à tous les trouver, tous les assembler. En analysant chacune des failles de ces objets imprégnés de bonne magie et dont la perfection ne faisait aucun doute, l’elfe comprit qu’ils devaient appartenir au même bloc. Quel pouvoir aurait-elle en le rassemblant ! Elle s’affaire à la tâche, comme impatiente de trouver une réponse à cette question. Ou peut-être tout simplement que s’occuper l’esprit avec un simple puzzle lui faisait mieux encore oublier faim, soif et froid que la magie des cristaux elle-même. Ou peut-être qu’elle avait faim de cette magie. Oui, elle n’imaginait désormais plus comment se passer de cette douce chaleur. Au fond de son esprit, une cloche se mit à sonner, comme une alarme. Elle avait déjà vu des humains agir pareillement quand ils buvaient trop. Mais cette cloche se tut. Ce n’était pas de l’alcool. L’alcool était quelque chose de mauvais. Le cristal, lui, était bon. Donc elle n’était pas esclave de sa volonté.

Elle finit par compléter le puzzle. C’était une couronne de cristal ? Oserait-elle seulement la coiffer ? Etait-elle digne de cet artefact ? Et que se passerait-il si elle le faisait ? Elle resta longuement à l’observer, passant son doigt sur les contours. Elle sentit un éclat. Il manquait un bout.
Elle le chercha à son tour. Comment avait-elle pu l’oublier ? Comment cela se pouvait-il qu’elle ait oublié un simple éclat ? La panique grandissait en elle. Elle voulait satisfaire la couronne. En échange elle serait digne de coiffer cet objet bon, elle en était sûre, car il lui faisait oublier faim, soif et froid. Trouver l’objet manquant ne fut pas une mince affaire, car il était enterré sous une épaisse couche de neige, d’où le fait qu’elle l’ait oublié la première fois. Elle dût creuser un tunnel pour l’atteindre.

Faim, soif et froid. Tout disparaitrait définitivement tandis qu’elle s’empara de l’éclat, pleurant presque de joie. Alors, elle acheva d’assembler la couronne. Et quand le dernier éclat eut fusionné avec le reste, elle sentit la magie palpiter.

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